CHAPITRE 1 : Retour aux sources
Les senteurs de pins parasols, d'iode et d'arômes sucrés émanant des panetteria étaient communes à toute la Sicile. Mais à Taormina, l'air des hauteurs sublimait chaque effluve afin qu'elle vous reste en tête des années durant. Des souvenirs olfactifs réconfortants que chaque habitant de la région chérissait et avait hâte de retrouver, qu'importe l'endroit où il serait amené à aller.
À tout juste seize ans, Lena et sa mère avaient quitté leur vieux quartier malfamé de Naples pour rentrer chez elles, sur les hauteurs de leur terre natale.
Ici, les ruelles étaient étroites, et le linge séchait d'un balcon à l'autre. Les gens prenaient le temps de vivre et de se parler, parfois durant des heures, assis à la terrasse d'un café.
Lena ne se souvenait que peu des lieux ou de la vieille maison délabrée de sa grand-mère. Par contre, dès qu'elle mettait un pied dehors, ses sens trouvaient une familiarité dans chaque parfum et dans chaque bruit.
- Maman ! Je sors faire un tour ! cria-t-elle à l'attention de Maria Sandri qui se préparait aussi à quitter la maison pour un entretien d'embauche inespéré dans un domaine pas loin.
- Fais attention à ne pas te perdre, et prends tes clés !
Lena haussa les épaules avant de sourire. Comment voulait-elle qu'on se perde ici ?
- Je demanderai mon chemin si ça arrive, tonna l'adolescente avec une confiance inébranlable.
De toute façon, tout le monde avait l'air de se connaître. Si elle donnait le nom de sa défunte nonna, on allait la mener jusqu'à sa maison.
En cette fin d'été, Lena n'était obsédée que par une chose : comment allait se passer sa rentrée dans ce patelin ?
Est-ce qu'il y avait seulement des jeunes ici ? Car en dehors des touristes, la jeune fille n'avait vu que des personnes d'un certain âge.
C'était peut-être pour la faire mentir, mais le destin, ce jour-là, lui prouva que la population de Taormina comptait quelques jeunes spécimens en dehors des touristes.
Alors qu'elle se trouvait à observer la mer Ionienne, perchée sur la terrasse du belvédère, un garçon, à peine plus âgé et très sympathique, l'interrompit dans sa contemplation.
- Salut, répondit Lena, contente de voir un visage un peu moins ridé dans le coin.
- Tu es en visite, ici ? demanda le garçon d'un blond qui dénotait un peu.
- Heu... non. J'ai emménagé il y a peu.
- C'est pas commun de voir des gens du continent s'installer sur l'île.
- En réalité, on est originaires de Taormine. On ne fait que revenir aux sources, expliqua Lena en replaçant une mèche dans sa masse brune.
- Hmm, je vois...
- Et sinon, tu t'appelles comment ? demanda-t-elle avec un sourire franc.
- Nino, fit le garçon avec un sourire qui fit briller son regard de jade.
- Contrairement à ta tête, ton prénom fait bien sicilien.
- C'est vrai qu'on me prend souvent pour un Anglais.
- Ça m'étonne pas. Moi, c'est Lena. Je rentre en première cette année.
- Au lycée Salvatore Pugliatti ?
- T'es là-bas toi aussi ?
- Oui, en terminale, filière tourisme.
- La coïncidence... je suis suis en hôtellerie.
Le cœur de Lena s'allégea un peu. Elle n'allait pas arriver dans un lycée où elle ne connaissait personne, en fin de compte...
*
En franchissant la haute grille en fer forgé du Domaine De Nelli, Maria eut l'impression d'entrer dans un monde confiné, protégé du reste de la terre par des kilomètres de murs en pierre de taille.
Précédée par un homme dont elle n'aurait su deviner la fonction, elle marchait, les épaules tendues sous son unique chemisier blanc. Les dettes laissées par son mari pesaient encore lourdement sur la vie de sa fille et sur la sienne. Ce travail de femme de chambre était leur seule bouée de sauvetage, ça et la vieille maison que lui avait laissée sa mère.
Un homme en costume sombre, la cinquantaine austère, les attendait sur le perron du vestibule.
- Vous êtes en avance, dit-il en observant Maria d'un regard froid. Je suis Signor Vane, le majordome. Suivez-moi.
Ils traversèrent un hall immense au sol de marbre poli comme un miroir. Les plafonds peints s'élevaient si haut que Maria en eut presque le tournis. Au fond de la pièce, derrière un imposant bureau en bois fumé disposé près des baies vitrées donnant sur l'Ionienne, un homme aux cheveux gris et à la posture de monarque finissait sa conversation téléphonique.
En la voyant entrer avec son employé, il abrégea.
Don Alfonso De Nelli. Ce riche magnat de l'immobilier avait besoin d'une employée d'un sérieux exemplaire pour son manoir, et une vieille connaissance de sa mère, qui avait travaillé des années durant pour cette famille, avait proposé son curriculum pour l'aider.
Le majordome s'inclina légèrement. Maria s'étonna de cette attitude.
- Don Alfonso, voici donna Maria Sandri. Elle vient pour le poste de femme de chambre. Elle nous a été recommandée par donna Bertino.
Don Alfonso ne répondit rien. Ses yeux sombres, perçants, détaillèrent Maria.
- Bonjour, signore.
- Prenez place, l'invita le maître des lieux.
- Merci.
- Le poste exige une présence permanente au domaine, déclara le majordome en se postant derrière elle et en lui tendant des documents. Vous serez logée, nourrie, mais votre service s'étend sur toute la semaine, en dehors du dimanche.
Maria leva des yeux interloqués vers l'homme.
- Je suis confuse, commença-t-elle par dire, mais je pensais que je pouvais rentrer chez moi après mon service. C'est que je ne peux pas laisser ma fille seule toute la semaine. Lena a seize ans, mais elle a encore besoin de moi au quotidien.
Le majordome fronça les sourcils, prêt à couper court.
- Donna Bertino ne vous a rien dit à ce sujet ? Il est regrettable, madame, que vous n'ayez pas posé plus de questions sur votre futur emploi...
- Laissez, Vane.
La voix de Don Alfonso s'éleva et le majordome se tut immédiatement. Le vieil homme pivota sur son siège et se leva, les mains croisées dans le dos. Son regard était intimidant, habitué à ce que tout le monde baisse les yeux devant lui.
- Une fille de seize ans..., murmura-t-il.
- Oui, signore. Lena rentre en première au lycée Salvatore Pugliatti.
- Très bien, reprit Don Alfonso d'un ton sec. Vous pouvez emménager avec elle ici. Mais elle doit se faire discrète et ne pas distraire mon petit-fils. Il a une année très importante.
Maria fut prise au dépourvu. Emménager au domaine avec Lena ?
Même si cet arrangement ne l'enchantait pas, elle se dit que leur maison était trop délabrée pour y vivre décemment, et ses finances ne lui permettaient pas de faire des travaux. En plus, si elles étaient nourries et logées, cela lui permettrait de commencer à rembourser la somme astronomique que Paolo lui avait laissée avant de prendre la poudre d'escampette.
- C'est très généreux de votre part, fit Maria avec reconnaissance. Merci... Merci infiniment.
- Vane va vous préparer vos chambres dans l'aile du personnel. Vous commencez dès demain matin. Pour le reste, vos collègues se chargeront de vous l'expliquer.
CHAPITRE 2 : Ermes De Nelli
L'emménagement dans l'aile réservée au personnel s'était fait dans une grande discrétion. Maria et Lena n'avaient apporté avec elles qu'une valise pour ne pas s'encombrer. De toute façon, leur maison n'était qu'à quelques dizaines de kilomètres.
Le contraste entre leurs minces possessions et le luxe ostentatoire du Domaine De Nelli était saisissant. Leurs chambres, bien que simples et exiguës par rapport aux autres pièces du manoir, restaient bien agencées, fraîches et d'une propreté irréprochable.
Pour Maria, c'était un soulagement immense ; pour Lena, c'était le début d'un ennui qu'elle redoutait.
Mais comme sa mère n'avait pas assez confiance pour la laisser seule chez elles, elle se retrouvait dans ces lieux intimidants et mornes.
Pendant que Maria revêtait son tablier noir ajusté et recevait ses premières instructions de l'austère M. Vane, Lena décida d'explorer les lieux. Sa mère lui avait bien répété les consignes du maître de maison : « Fais-toi discrète, ne dérange personne », mais la curiosité chez l'adolescente était bien trop grande. Et puis, elle n'allait pas rester cloîtrée dans cette chambre toute la journée, le vieil employeur pouvait comprendre ça tout de même.
Elle troqua son jean rigide et chaud pour un short et un t-shirt simple. Elle glissa hors de l'aile du personnel par une porte latérale qui donnait sur les cuisines. Le domaine s'étendait à perte de vue. Des terrasses en escalier surplombaient la mer Ionienne, bordées de bougainvilliers éclatants, d'oliviers centenaires et de statues de marbre clair qui semblaient monter la garde. Le silence n'était interrompu que par le clapotis lointain des vagues contre les falaises et le chant strident des cigales. Lena marchait à pas feutrés sur les dallages chauffés par le soleil d'après-midi, émerveillée par tant de splendeur. Tout ici respirait l'argent, le pouvoir et une forme d'élégance inaccessible au commun des mortels.
En tournant à l'angle d'une haie de lauriers-roses taillée avec soin, un bruit d'eau agitée attira son attention. Elle s'approcha doucement et découvrit, cachée derrière une volée de marches en pierre, une immense piscine à débordement dont l'eau turquoise semblait se confondre directement avec l'immensité de la mer et le ciel. C'était un coin de paradis secret, le genre d'endroit où l'on se croit seul au monde.
Soudain, une silhouette émergea bruyamment de l'eau, brisant la surface miroitante.
Lena s'arrêta net, pétrifiée. Un jeune homme venait de prendre appui sur le rebord pour sortir du bassin d'un mouvement fluide, puissant et purement athlétique. L'eau ruisselait sur sa peau hâlée par le soleil de Sicile, sculptant les muscles saillants de ses épaules, de son torse et de ses abdominaux parfaitement dessinés. Ses cheveux bruns, mouillés et plaqués en arrière par son mouvement, faisaient ressortir des traits acérés, une mâchoire carrée et des yeux aussi bleus que le rivage.
Il attrapa une serviette de bain d'un blanc éclatant posée sur un transat et commença à s'essuyer le visage, avant de marquer un temps d'arrêt. Il l'avait sentie. Sans même lever les yeux vers les feuillages qui la dissimulaient en partie , il savait qu'elle était là.
Son regard se posa directement sur Lena. Au lieu de se couvrir, de s'offusquer ou de manifester la moindre surprise face à cette intruse, il afficha lentement un sourire plein d'arrogance.
- On profite du spectacle ? lança-t-il d'une voix grave, amusée et teintée d'un ton provocateur.
Lena sentit le rouge lui monter aux joues instantanément, une chaleur cuisante qui n'avait rien à voir avec le soleil. Elle se sentait prise en faute et voulut faire demi-tour, mais ses pieds semblaient cloués au dallage.
Le jeune homme passa la serviette autour de sa nuque et fit quelques pas vers elle. Presque nu, de grosses gouttes d'eau parcourant encore ses longues jambes bronzées et son torse impeccable.
Son physique imposant d'homme en devenir dégageait une assurance feline, le genre de présence qui prend toute la place et intimide.
- Je... euh... non ! bégaya Lena en reculant d'un demi-pas, les yeux fixés un peu trop longuement sur son torse mouillé avant de remonter précipitamment vers son visage. Je ne... je voulais pas déranger. Je regardais juste le jardin. C'est... c'est immense.
Le garçon s'arrêta à moins de deux mètres d'elle, croisant les bras sur sa poitrine, la jaugeant sans aucune pudeur de haut en bas. Il prenait plaisir à la voir se décomposer. À tenter de trouver une explication.
- Tu es bien curieuse, piccolina. Tu te trouve en ce moment même dans une zone privée. Tu sais chez qui tu es, au moins ? C'est pas un parc public ici.
- Chez... chez le signore Alfonso De Nelli, parvint-elle à articuler, essayant de retrouver un peu de cette confiance inébranlable qu'elle avait habituellement, mais c'était impossible face à ce garçon et à son aura écrasante.
- Et moi, je suis Ermes, dit-il en inclinant légèrement la tête, l'air faussement solennel et condescendant. Son petit-fils. Et toi, tu es qui, pour oser traîner ici ?
- Lena, répondit-elle dans un souffle, sa voix l'abandonnant presque.
- Lena..., répéta-t-il lentement. Et que fait la charmante et timide Lena, dans ma propriété ? Ne me dis pas que tu t'es perdue ?
- Ma mère est la nouvelle femme de chambre, expliqua-t-elle en essayant de lever le menton, refusant de se laisser totalement écraser par son arrogance et bien que son cœur batte la chamade. On a emménagé ce matin au manoir. Je... je vais vivre ici un temps.
À ces mots, le sourire d'Ermes se figea une fraction de seconde, se transformant en un rire bref, franchement moqueur et méprisant. L'idée que cette fille, si naïve et déstabilisée, allait habiter sous le même toit que lui, semblait l'amuser au plus haut point. Le malaise de Lena augmenta d'un cran. Comme si elle devinait dans ses yeux d'un bleu dans fond, que sa présence suscitait un intérêt malsain.
- La fille de la domestique... murmura-t-il, une lueur provocatrice et satisfaite perçant dans ses pupilles. Eh bien, Lena...
Il fit un pas de plus, envahissant son espace tout en la dominant de deux têtes. Elle sentit l'odeur du chlore mélangée à celle de sa peau chaude, une odeur de danger et d'interdit.
- ...je crois qu'on va beaucoup s'amuser cette année. Fais juste attention à ne pas rester trop souvent dans mes pattes, piccolina. Les règles ici sont strictes.
Il lui adressa un dernier clin d'œil insolent, son regard s'attardant sur elle une fraction de seconde de trop, avant de lui tourner le dos pour retourner vers son transat sans plus se soucier d'elle.
Lena prit une bouffée d'air comme si, jusque-là, elle avait oublié de repirer.
Elle resta là , toute un instant, ocillant entre honte d'avoir perdu ses moyens et une colère qu'elle n'identifiait pas encore.
CHAPITRE 3 : Un rapprochement mouvementé
Pendant les jours qui suivirent leur première rencontre au bord de la piscine, le temps sembla suspendre son envol au-dessus du Domaine De Nelli. La fin du mois d'août étalait une chaleur lourde qui écrasait les hauteurs de Taormina dès les premières heures de la matinée. Maria passait ses journées à l'intérieur du manoir, absorbée par les exigences de Signor Vane et l'entretien des salons immenses. Lena, quant à elle, s'efforçait de respecter la consigne de discrétion qui lui avait été imposée.
Elle restait sagement dans la petite cour pavée de l'aile du personnel, lisant à l'ombre d'un citronnier ou aidant sa mère à étendre ou à plier le linge frais de la maison.
L'héritier des De Nelli, quant à lui, s'ennuyait. Étouffé par les heures de révision que lui imposait son précepteur principal en vue de sa terminale, il cherchait sans cesse à échapper à cette autorité qu'il jugeait trop pesante. C'était tout de même les vacances, il pouvait bien respirer un peu. Et il entrevit rapidement la présence de Lena comme une distraction potentielle.
Au début, il s'était contenté de briser les règles que lui-même lui avait rappelées au bord de la piscine, en s'invitant sans avertissement sur le territoire des domestiques.
Il apparaissait au détour d'une arcade, les mains dans les poches de son pantalon en lin clair, la chemise légèrement ouverte sur son torse hâlé.
Ce matin-là, alors qu'elle lisait, assise au sol, le dos contre le mur de la bâtisse, il se posta au-dessus d'elle, toujours avec cette assurance qui la troublait et lui faisait perdre tous ses moyens.
- Tu n'as pas trop chaud ? lui demanda Ermes, qui ne portait qu'un short de plage et une serviette calée sur l'épaule.
- C'est une véritable question ? rétorqua la jeune fille, qui s'agaçait intérieurement de le voir venir la narguer depuis plus de trois jours.
- J'allais descendre piquer une tête, je voulais savoir si tu voulais venir avec moi.
Lena crut d'abord qu'il plaisantait, qu'il allait faire mine de se rappeler qu'en raison de son statut, elle ne pourrait pas profiter de la piscine. Mais, bizarrement, il lui parut sincère.
Alors qu'elle se relevait, toute contente de pouvoir tromper son ennui et surtout de se rapprocher un peu plus de ce mystérieux garçon qui avait presque son âge d'après ce qu'elle avait appris, elle se rappela une chose qui avait son importance.
- J'aurais bien aimé, bredouilla Lena, penaude, mais je n'ai... pas de maillot.
Ermes la toisa avec une insistance déconcertée.
- Qui dans cette région n'a pas de maillot ? demanda-t-il sur un ton moqueur et un brin perplexe. On est entourés par la mer.
- Apparemment, moi, rétorqua la jeune fille, vexée par la condescendance de son ton.
Et alors qu'elle voulut se rasseoir à sa place pour continuer sa lecture, la main ferme et fraîche d'Ermes lui retint le bras.
Ce fut comme un véritable électrochoc. Ce contact anodin, dépourvu de toute intention de séduction, imprima pourtant au corps de Lena une tension qu'elle n'avait jamais connue en présence de quelqu'un d'autre.
Était-ce le fait qu'il soit riche ? Qu'il soit beau ?
Elle n'aurait su le dire, mais le fait est que son cœur fit un bond et que ses jambes flageolèrent.
- Tant pis pour le maillot, décréta Ermes en lâchant son bras pour lui prendre la main.
Avant qu'elle ne puisse protester, il l'entraîna vers les terrasses en cascade et vers la piscine.
- C'est pas une bonne idée. Si on me voit, je vais attirer des problèmes à ma mère.
- Arrête donc de geindre. Tu vas te baigner. Tu ne fais rien de mal.
- Tu as dit toi-même qu'il y avait des règles strictes à suivre au domaine... que je ne devais pas...
Il s'arrêta et fit volte-face vers elle.
- Ecoute, la première règle et la plus importante est celle de ne pas me tenir tête ou me contredire, dit-il avec une gravité qui dissipa tout trait juvénile et qui le fit soudain paraître plus vieux et plus autoritaire.
Le souffle coupé par cette phrase qu'elle n'aurait jamais cru entendre dans la bouche d'un adolescent, elle écarquilla ses grands yeux noirs et le suivit sans plus rien dire.
En arrivant devant la piscine, Ermes ne s'arrêta pas. Il sentit une légère résistance derrière lui et comprit que sa prise pensait qu'il l'avait invitée à piquer une tête dans le bassin.
- On va descendre sur la plage, lui annonça-t-il en se tournant brièvement vers elle. On sera plus tranquilles là-bas, piccolina.
- De quelle plage tu parles ? demanda Lena, qui ne voyait qu'un précipice entouré d'une rambarde de marbre sculpté. Et cesse de m'appeler comme ça !
- Et comment veux-tu que je t'appelle ? Tu dois faire un mètre cinquante à tout casser, se moqua-t-il.
- Un mètre soixante et un, pour ta gouverne ! C'est pas de ma faute si t'es une perche et que tout le monde te paraît petit.
- Une perche, hein ?
Lena ne comprit rien à ce qui se arriva ensuite : Ermes se tourna vers elle, passa ses bras derrière son dos et sous ses jambes, et voilà qu'elle ne touchait plus le sol.
- Hé ! T'as perdu la tête ? protesta-t-elle en tapant sur son torse, qui lui sembla fait de métal ou de pierre.
- On va descendre des marches abruptes, la prévint le jeune maître des lieux. Si tu ne veux pas qu'on se ramasse, tu ferais mieux de cesser de gigoter.
Subjuguée par ses traits et sa peau parfaits, malgré la proximité et l'âge ingrat qui donnait à la plupart des jeunes de son âge pleins de boutons, Lena se tut et s'immobilisa.
Enfin, juste le temps que son corps et son esprit comprennent qu'elle se trouvait tout contre ce garçon au corps d'apollon et au regard mystérieux...