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La Luna rejetée est revenue Reine

La Luna rejetée est revenue Reine

Auteur: Romance Plume
Genre: Loup-garou
Naïla Élaris croyait que la cérémonie de la pleine lune allait lui offrir le plus beau jour de sa vie, jusqu'à ce que la déesse lui révèle comme compagnon Kaël Draven, l'Alpha de la Lune Noire et le loup le plus puissant de la région. Alors qu'elle pense enfin avoir trouvé son destin, Kaël la rejette publiquement devant toute sa meute, sans lui donner la moindre explication, anéantissant son cœur et la contraignant à quitter le territoire avant l'aube pour disparaître pendant cinq longues années. Personne ne sait ce qu'elle est devenue, jusqu'au jour où une nouvelle puissance surgit aux frontières : une alliance de meutes indépendantes dirigée par une mystérieuse Luna que tous les Alphas surnomment la Reine de la Lune d'Argent. Lorsque cette femme arrive sur le territoire de la Lune Noire, Kaël découvre avec stupeur qu'il s'agit de Naïla, mais la jeune fille fragile qu'il avait humiliée a disparu ; devant lui se tient désormais une reine élégante, puissante et respectée, qui ne le considère plus comme son compagnon, mais comme un simple Alpha parmi d'autres. Pourtant, alors que des villages sont attaqués, que des loups disparaissent et qu'une énergie ancienne contamine mystérieusement les territoires, une guerre menace les royaumes. Kaël découvre que Naïla détient les clés capables de sauver les meutes et doit ravaler sa fierté pour demander l'aide de celle dont il a brisé le cœur. Mais Naïla veut des réponses : pourquoi Kaël l'a-t-il réellement rejetée, qui lui a menti, pourquoi sa mère craignait-elle cette meute et quel secret se cache derrière son sang ? Ses recherches révèlent bientôt que son rejet faisait partie d'un plan destiné à l'éloigner d'un héritage dont quelqu'un redoute terriblement la puissance. Lorsque la guerre éclate, Naïla devra alors choisir entre sauver l'homme qui lui a brisé le cœur et le royaume qui l'a rejetée, ou laisser tous ceux qui l'ont humiliée payer le prix de leurs secrets.
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Chapitre 1 Prologue

La lune est pleine ce soir-là, immense et blanche, suspendue au-dessus de la place centrale comme un œil qui refuse de cligner, tandis que Naïla reste immobile au milieu du cercle de pierre en essayant de calmer les battements affolés de son cœur.

Autour d'elle, des centaines de loups observent la cérémonie dans un silence presque religieux, les anciens installés sur les gradins, les familles importantes occupant les premières places et les guerriers formant un cercle autour de la place, mais Naïla ne voit presque personne, car toute son attention est tournée vers l'homme qui se tient devant elle.

Kaël Draven.

Son Alpha.

Son compagnon.

L'homme dont elle vient de sentir le lien quelques secondes plus tôt.

Le lien est toujours présent, invisible mais brûlant, et Naïla n'a jamais ressenti une sensation aussi puissante. Une chaleur lui traverse la poitrine tandis que son loup pousse un cri de joie dans son esprit.

Il est à nous.

Elle voudrait sourire, courir vers lui et se laisser emporter par cette nouvelle certitude, mais Kaël ne bouge pas. Il la regarde avec un visage fermé, si froid que le sourire qui commençait à naître sur les lèvres de Naïla disparaît lentement.

« Kaël ? »

Sa voix tremble, à peine plus forte qu'un murmure, mais dans le silence de la place, tout le monde l'entend.

Kaël descend alors les deux marches qui séparent l'estrade du cercle rituel et s'arrête à quelques mètres d'elle. Naïla sent immédiatement son odeur, cette odeur qu'elle reconnaîtrait même au milieu d'une centaine de loups, et son cœur se serre lorsqu'elle se demande pourquoi il ne vient pas vers elle, pourquoi il ne tend pas la main et pourquoi son regard semble cacher quelque chose qu'elle ne comprend pas.

Le vieux gardien de la cérémonie fronce les sourcils avant de rappeler d'une voix solennelle : « Alpha, le lien a été reconnu par la Lune. »

Kaël ne répond pas.

« Vous devez accepter votre Luna. »

Un murmure parcourt aussitôt l'assemblée et Naïla relève les yeux vers Kaël, remarquant pour la première fois une émotion étrange dans son regard : de la peur. Ce n'est qu'une fraction de seconde avant qu'elle ne disparaisse, mais elle l'a vue.

Kaël avance.

Naïla retient son souffle, persuadée qu'il va enfin prendre sa main, mais lorsqu'il s'arrête devant elle, son expression demeure froide.

« Naïla Élaris. »

Elle déglutit avant de répondre doucement :

« Oui ? »

Kaël serre la mâchoire, puis prononce les mots qui vont bouleverser leurs deux existences.

« Je rejette le lien qui nous unit. »

Pendant quelques secondes, Naïla ne comprend pas ce qu'elle vient d'entendre, comme si son esprit refusait d'assimiler ces paroles. Elle fixe son visage avec incrédulité avant de murmurer :

« Quoi ? »

Kaël détourne légèrement les yeux.

« Je te rejette comme ma compagne. »

Cette fois, elle comprend, et quelque chose se brise brutalement dans sa poitrine tandis que son loup pousse un hurlement si violent qu'elle porte instinctivement une main contre son ventre. Autour d'elle, les murmures éclatent ; certains la regardent avec pitié, d'autres avec mépris, tandis qu'une femme laisse échapper un petit rire que Naïla reconnaît immédiatement : Elya, celle qui avait toujours rêvé de devenir Luna, observe la scène avec des yeux brillants de satisfaction.

Naïla regarde de nouveau Kaël.

« Pourquoi ? »

Un seul mot, mais toute sa douleur y est contenue.

Kaël reste silencieux.

« Pourquoi ? » répète-t-elle, cette fois avec une voix brisée.

Il finit par répondre d'un ton grave :

« Parce que je ne peux pas faire de toi ma Luna. »

« Mais la Lune nous a choisis. »

« Je sais. »

« Alors pourquoi ? »

Kaël serre les poings et, pendant un bref instant, Naïla croit qu'il va enfin lui révéler la vérité. Pourtant, il ne le fait pas.

« Ce lien ne signifie rien pour moi. »

Ces quelques mots lui font plus mal que le rejet lui-même. Une larme roule lentement sur sa joue, mais Naïla l'essuie aussitôt, refusant de pleurer devant eux et surtout devant lui. Kaël la regarde et ses yeux tremblent presque imperceptiblement, comme s'il souffrait lui aussi, mais Naïla ne remarque rien de tout cela ; elle ne voit que l'homme qui vient de l'humilier devant toute sa meute.

Le gardien baisse finalement la tête pour signifier que la cérémonie est terminée.

Naïla regarde Kaël une dernière fois.

« Très bien. »

Sa voix est étonnamment calme, ce qui fait froncer les sourcils à Kaël.

« Naïla... »

« Tu n'as pas besoin d'expliquer. »

Elle recule lentement avant d'ajouter, avec une dignité qui dissimule à peine la douleur qui la consume :

« Tu viens de faire ton choix. »

Puis elle tourne les talons.

Personne ne l'arrête lorsqu'elle traverse la foule sous les regards, passe devant Elya, devant les guerriers et finalement devant les portes de la meute. Personne ne comprend pourquoi elle ne pleure pas, personne ne voit ses doigts trembler et personne ne sait qu'à l'intérieur de son esprit, son loup est en train de mourir.

Ce n'est qu'une fois qu'elle franchit les limites du territoire que Naïla s'effondre enfin, tombant à genoux dans l'herbe humide tandis qu'elle porte une main contre sa poitrine.

« Pourquoi m'as-tu fait ça ? »

Elle ne sait même pas si elle parle à Kaël, à la Lune ou à son propre destin.

C'est alors qu'une voix résonne derrière elle.

« Parce qu'il ne fallait jamais qu'ils découvrent qui tu es. »

Naïla se retourne brutalement et aperçoit entre les arbres un homme grand, vêtu de noir, dont le regard est fixé sur elle. Elle se redresse aussitôt.

« Qui êtes-vous ? »

L'homme ne répond pas immédiatement ; il regarde d'abord derrière elle, vers les lumières de la meute qu'elle vient de quitter, avant de reporter son attention sur elle.

« Si tu retournes là-bas, ils te tueront. »

Naïla fronce les sourcils.

« Pourquoi ? »

L'homme s'approche lentement.

« Parce que ton compagnon vient de te rejeter pour la mauvaise raison. »

Naïla reste immobile, incapable de comprendre.

« Qu'est-ce que vous racontez ? »

Sans répondre, l'homme sort alors une petite médaille argentée et la lui tend. Dès qu'elle la voit, Naïla se fige : elle reconnaît immédiatement l'objet qui appartenait à sa mère.

Sa respiration se bloque.

« Où avez-vous trouvé ça ? »

L'homme plonge son regard dans le sien.

« Ta mère me l'a confiée avant de mourir. »

Le sang de Naïla se glace.

« Ma mère est morte quand j'avais six ans. »

« Je sais. »

Il marque une pause, puis prononce une phrase qui fait vaciller toutes les certitudes de la jeune femme :

« Mais elle n'était pas celle que tu croyais. »

Au même instant, un hurlement déchire la nuit au loin, bientôt suivi d'un deuxième, puis de plusieurs autres. L'homme tourne brusquement la tête vers la forêt.

« Ils sont déjà là. »

Naïla se relève.

« Qui ? »

Il la regarde avec gravité.

« Ceux qui ont passé cinq ans à attendre que tu quittes cette meute. »

Naïla serre la médaille dans sa paume et, pour la première fois depuis son rejet, quelque chose d'autre que la douleur apparaît dans son regard : d'abord la peur, puis la colère, tandis qu'au plus profond d'elle, son loup cesse enfin de pleurer et ouvre lentement les yeux.

Parce que Naïla ne le sait pas encore, mais cette nuit-là, elle ne vient pas de perdre son destin. Elle vient de le rencontrer.

Chapitre 2 Chapitre 1

Le sang bat dans les tempes de Naïla comme un tambour de guerre.

Elle court.

Les branches basses lui griffent les avant-bras, ouvrent de fines lignes rouges qu'elle ne sent presque plus. Devant elle, Edrik se déplace sans un bruit, silhouette sombre qui semble se fondre entre les troncs plutôt que les éviter. Elle le suit parce qu'elle n'a personne d'autre à suivre.

Derrière eux, les hurlements se rapprochent.

Trois. Peut-être quatre.

« Plus vite », murmure Edrik, sans se retourner.

Naïla accélère. Son corps proteste, elle n'a pas dormi, pas mangé depuis le matin, et quelque chose en elle, quelque part sous le sternum, continue de saigner sans plaie visible. Le lien. Le lien rompu qui refuse de mourir tout à fait, qui la tire encore vers l'arrière, vers la place de pierre, vers l'homme qui vient de la détruire devant sa propre meute.

Elle serre les dents.

Pas maintenant.

Un rocher affleure sous ses pieds nus, elle a perdu ses chaussures quelque part entre le cercle rituel et la lisière du territoire et elle trébuche. Edrik la rattrape par le bras avec une force qui la surprend, la redresse sans ralentir.

« Je peux courir seule », dit-elle, la voix rauque.

« Alors cours. »

Elle court.

La forêt de la Lune Noire n'a jamais été hostile pour elle. Elle y a grandi, elle en connaît les odeurs de mousse et de résine, le bruit particulier que fait le vent dans les pins centenaires qui bordent la rivière Aldenn. Mais ce soir, chaque ombre lui semble receler une menace, et elle comprend, avec une clarté glaçante, qu'elle ne fait plus partie de ce territoire. Elle en a été retranchée en une phrase.

Je te rejette comme ma compagne.

Les mots reviennent, encore et encore, comme une plaie qu'elle rouvre sans le vouloir.

« Arrête de penser à lui », dit Edrik.

Elle sursaute. « Comment savez-vous ce que ...»

« Ton odeur change. » Il tourne légèrement la tête, assez pour qu'elle voie le profil de son visage dans l'obscurité, mâchoire nette, cicatrice fine sous l'œil gauche, l'air de quelqu'un qui a couru dans des bois bien plus dangereux que celui-ci. « Quand tu penses à lui, ton sang ralentit une seconde. C'est le moment où on meurt, dans une poursuite. »

Naïla ne répond rien. Elle a trop mal pour discuter de la mécanique de sa propre survie.

Ils atteignent une pente rocheuse qui descend vers un ravin étroit. Edrik s'arrête net, une main levée. Naïla percute presque son dos.

« Quoi... »

« Chut. »

Elle se tait. Elle écoute.

Le vent. L'eau, quelque part en contrebas. Et puis, entre les deux, un souffle qui n'est pas naturel, trop régulier, trop maîtrisé. Quelqu'un respire en essayant de ne pas être entendu, et c'est précisément ce contrôle qui le trahit.

Naïla ferme les yeux.

Elle ne sait pas ce qu'elle fait exactement quand elle fait ça. Personne ne le lui a jamais appris. C'est venu pour la première fois trois ans plus tôt, un vague picotement dans la poitrine chaque fois qu'un loup souffrait près d'elle, et elle a passé des années à croire que c'était un défaut, une hypersensibilité dont elle devait avoir honte. Ce soir, dans le noir, elle laisse cette chose remonter sans la combattre.

Des présences.

Trois, effectivement. Non, quatre. Elles avancent en éventail, à une centaine de mètres, avec une discipline qui ne ressemble à aucune patrouille de la Lune Noire qu'elle ait jamais croisée. Kaël envoie des guerriers en meute compacte, épaule contre épaule. Ceux-là se déploient comme des chasseurs qui connaissent leur territoire ou qui l'ont étudié.

« Ils ne sont pas d'ici », dit-elle tout bas.

Edrik la regarde, une lueur d'intérêt traversant son visage fermé. « Comment tu sais ça ?

- Je le sens. Leur façon de bouger. C'est... méthodique. Personne d'ici ne chasse comme ça. »

Il ne dit rien pendant un moment. Puis : « Bien. »

« Bien ?

- Tu commences à utiliser ce que tu es. » Il désigne le ravin d'un mouvement de menton. « On descend. L'eau couvrira notre odeur sur une centaine de mètres. Après, on remonte côté est. »

« Et si je vous dis que je n'ai pas confiance en vous ? »

Edrik s'arrête, la main déjà tendue vers la première prise rocheuse. Il la regarde vraiment, pour la première fois depuis qu'ils ont quitté la clairière, pas un regard de fuite, mais un regard qui pèse.

« Alors reste ici et meurs sur ton territoire natal, avec la satisfaction d'avoir eu raison. » Un silence. « Ou descends, et pose-moi tes questions une fois qu'on sera vivants pour les entendre. »

Naïla descend.

L'eau lui arrive aux cuisses, glacée, et lui coupe le souffle. Elle avance quand même, une main sur la paroi rocheuse, les pieds cherchant chaque appui dans le lit de la rivière. Edrik reste près d'elle, plus près qu'elle ne l'aurait cru nécessaire, et elle comprend, après quelques mètres, qu'il se positionne entre elle et l'amont, entre elle et la direction d'où viendrait une attaque.

Elle ne sait pas quoi faire de ce geste.

Personne, depuis la mort de sa mère, ne s'est jamais placé entre elle et un danger sans qu'elle ait à le demander.

« Vous connaissiez ma mère », dit-elle, la voix étouffée par le bruit de l'eau.

« Oui.

- Comment ? »

Edrik ne répond pas tout de suite. Ses yeux scrutent la rive opposée, les buissons denses, les ombres entre les rochers.

« Ce n'est pas le moment, Naïla.

- Vous avez dit qu'elle n'était pas celle que je croyais. » Elle s'arrête au milieu du courant, malgré le froid qui lui mord les jambes. « Vous ne pouvez pas dire une chose pareille et refuser de l'expliquer. »

Il se tourne vers elle. Dans l'obscurité, elle distingue à peine ses traits, mais elle perçoit quelque chose dans sa voix qui n'était pas là avant. Une lassitude ancienne.

« Ta mère s'appelait Ilyana. Elle a passé les six premières années de ta vie à te faire croire qu'elle n'était qu'une couturière venue d'une meute sans nom, morte d'une maladie ordinaire. » Il fait une pause. « Rien de tout ça n'est vrai. »

Naïla sent son cœur cogner contre ses côtes, plus fort que la course, plus fort que le froid.

« Alors qui était-elle ? »

Un hurlement déchire la nuit, tout proche cette fois, et Edrik la saisit par le poignet.

« Plus tard. Maintenant, on bouge. »

Ils remontent la rive est, trempés, glacés, silencieux. Naïla a cessé de poser des questions, non parce qu'elle a renoncé à les poser, mais parce qu'elle comprend, à la façon dont Edrik scrute chaque ombre, que le danger n'est pas passé. Loin de là.

Ils débouchent sur une clairière plus petite que celle du rituel, entourée de rochers moussus, un ancien lieu de repos pour bûcherons abandonné depuis des décennies. Une cabane à moitié effondrée se dresse au centre, son toit troué par le temps.

« On s'arrête ici deux minutes », dit Edrik. « Pas plus. »

Naïla s'effondre contre un rocher, les jambes tremblantes. Le froid de la rivière a engourdi ses pieds nus ; sa robe de cérémonie, blanche autrefois, est maintenant tachée de boue et de sang séché aux avant-bras. Elle porte encore, autour du cou, le fin collier que sa mère lui avait laissé, le seul objet qui lui reste d'elle, avec la médaille qu'Edrik lui a rendue quelques heures plus tôt.

Elle la sort de sa poche et la fait tourner entre ses doigts.

Un croissant de lune argenté, entouré d'un cercle de runes qu'elle n'a jamais su déchiffrer. Enfant, elle croyait que c'était une simple babiole. Sa mère la gardait toujours cachée sous ses vêtements, jamais exposée, et quand la petite Naïla avait demandé pourquoi, Ilyana avait souri, ce sourire triste qu'elle avait souvent, sans jamais l'expliquer et avait dit : « Un jour, ma chérie, tu comprendras pourquoi il ne faut jamais montrer ce qu'on porte de plus précieux. »

« Ces runes, dit-elle sans lever les yeux. Elles signifient quoi ? »

Chapitre 3 Chapitre 2

Edrik s'accroupit face à elle, assez proche pour voir l'objet, assez loin pour ne pas envahir son espace.

« C'est un sceau de lignée. » Il désigne le cercle du bout du doigt, sans toucher le métal. « Chaque famille de Lunas Souveraines en portait un, différent selon la branche. Celui-ci... » Il s'interrompt.

« Quoi ?

- Celui-ci est un sceau que je croyais éteint depuis vingt-cinq ans. »

Naïla relève enfin les yeux vers lui. « Les Lunas Souveraines. Vous en avez déjà parlé. C'est quoi, exactement ? »

Edrik s'assoit lentement sur un tronc renversé, comme si la question méritait qu'il prenne le temps d'y répondre correctement ou comme s'il redoutait la réponse qu'il allait devoir donner.

« Il y a plus de deux siècles, avant que les grandes meutes ne se partagent les territoires comme elles le font aujourd'hui, il existait une lignée de femmes capables d'unir plusieurs meutes sous une seule autorité, sans les soumettre par la force, sans lien de compagnon imposé, sans conquête. Juste... » il cherche le mot, « par consentement. Par un lien qu'elles créaient elles-mêmes entre les Alphas, un lien qui rendait la guerre inutile. »

Le vent agite les feuilles au-dessus d'eux. Naïla resserre ses bras autour de ses genoux.

« Ça paraît... trop beau pour être vrai.

- C'est exactement ce que pensaient ceux qui ont fini par les exterminer. » La voix d'Edrik se durcit. « Un pouvoir qui ne repose pas sur la domination fait peur à ceux qui ne savent gouverner que par elle. En l'espace d'une génération, la lignée a été traquée, dispersée, presque effacée. Les archives ont été réécrites. Le nom même de "Luna Souveraine" est devenu une légende que plus personne ne prend au sérieux, un conte pour endormir les louveteaux. »

Naïla sent quelque chose se nouer dans sa gorge. « Et ma mère...

- Ta mère était l'une des trois dernières descendantes vivantes. Peut-être la dernière, à la fin. Elle a fui avant ta naissance, changé de nom, effacé ses traces sur trois territoires différents. » Il la regarde droit dans les yeux. « Elle a fait ça pour te protéger, Naïla. Pas pour te mentir. »

Un long silence s'installe. Naïla sent les larmes lui monter aux yeux, mais elle refuse de les laisser couler, pas encore, pas maintenant, pas après avoir déjà pleuré une fois ce soir devant des centaines de témoins.

« Pourquoi Kaël m'a-t-il rejetée ? » demande-t-elle finalement. « Vous avez dit qu'il l'a fait pour la mauvaise raison. »

Edrik hésite. C'est la première fois, depuis qu'elle le connaît depuis quelques heures à peine, songe-t-elle avec un vertige, qu'elle le voit chercher ses mots.

« Il existe une prophétie, transmise depuis des générations dans certaines meutes du nord. Une version dit qu'une femme liée par le sang à un grand Alpha provoquera la chute de son royaume. » Il marque une pause. « Le père de Kaël a passé sa vie à préparer son fils à craindre cette prophétie. Ce que je ne sais pas encore, c'est s'il croyait vraiment que tu étais cette menace, ou s'il savait exactement qui tu étais et voulait, pour d'autres raisons, t'éloigner de son fils. »

Naïla ferme les yeux. Le froid, la fatigue, la trahison, tout se mélange en une douleur sourde qu'elle n'arrive plus à localiser précisément.

« Alors il m'a rejetée à cause d'un mensonge que son propre père lui a raconté.

- Peut-être. » Edrik se lève, soudain tendu, le regard fixé vers l'orée de la clairière. « On en reparlera. »

« Encore plus tard ? »

« Naïla. »

Quelque chose dans sa voix la fait taire immédiatement.

Elle suit son regard.

À la lisière des arbres, quatre silhouettes se découpent contre le ciel, immobiles. Elles ne bougent pas comme des loups de patrouille qui viennent de retrouver une piste. Elles se tiennent en formation, patientes, presque calmes, la posture de chasseurs qui savent que leur proie ne peut plus s'échapper.

Naïla se relève lentement, chaque muscle de son corps se tendant d'instinct.

« Ils vous ramènent à Kaël ? » demande-t-elle à voix basse, sans quitter les silhouettes des yeux.

Edrik ne répond pas immédiatement. Elle sent, plus qu'elle ne voit, son corps se déplacer légèrement devant le sien.

« Non », dit-il enfin, la voix étrangement plate.

« Alors quoi ? »

L'une des silhouettes s'avance d'un pas, juste assez pour que la faible lumière de la lune touche son visage, un homme au crâne rasé, une cicatrice traversant tout le côté gauche du visage, un médaillon noir accroché à sa gorge, différent de tout blason que Naïla ait jamais vu porté par les guerriers de la Lune Noire.

Il sourit.

Ce n'est pas un sourire rassurant.

« Ils ne sont pas venus pour te ramener chez Kaël Draven, Naïla », dit Edrik, chaque mot tombant comme une pierre. « Ils sont venus pour s'assurer que tu n'y retournes jamais. »

L'homme au crâne rasé incline légèrement la tête, comme s'il venait d'entendre une plaisanterie qui l'amuse.

« La fille d'Ilyana », dit-il, et sa voix porte, glaciale, jusqu'à eux. « On te cherche depuis plus longtemps que tu ne l'imagines. »

Derrière lui, les trois autres silhouettes commencent à avancer.

Naïla sent son loup se redresser en elle, toutes griffes dehors, et pour la première fois depuis la place de pierre, la douleur du rejet recule d'un pas devant quelque chose de plus urgent, de plus simple.

La survie.

L'homme au crâne rasé fait un pas de plus.

Naïla recule.

« Reste derrière moi », dit Edrik.

« Je ne suis pas... »

« Reste. Derrière. Moi. »

Elle obéit. Pas par soumission. Par calcul. Elle ne connaît pas encore la force de ce qui vient vers eux.

Les trois autres silhouettes se déploient dans les arbres, silencieuses, méthodiques. L'homme au médaillon noir s'arrête à dix mètres. Il ne semble pas pressé.

« Edrik Solheim », dit-il. « On m'avait dit que tu étais mort. »

« On t'a menti. »

Un sourire. Froid. « Apparemment. »

Naïla sent son cœur cogner. Son loup gratte sous sa peau, veut sortir, veut se battre. Elle le retient.

Pas encore.

« Vous la voulez vivante ? » demande Edrik.

Silence.

« C'est bien ce que je pensais. » Edrik ne bouge pas d'un centimètre. « Alors vous avez un problème. Parce que moi, je n'ai aucune raison de vous garder en vie. »

L'homme rit. Un rire bas, sans joie.

« Toujours aussi arrogant. »

« Toujours aussi bavard. »

Naïla n'a pas le temps de comprendre le signal. Edrik bouge, vite, trop vite pour un œil humain et la nuit explose.

Elle ne voit que des fragments.

Un corps qui vole contre un tronc.

Un grognement presque humain, presque pas.

Edrik, couvert de sang qui n'est pas le sien, qui esquive une lame courbée à quelques centimètres de sa gorge.

Naïla recule contre un rocher. Son dos heurte la pierre froide. Elle ferme les poings.

Fais quelque chose.

Quoi ?

Un des guerriers rompt le combat et se tourne vers elle. Grand. Épaules larges. Le même médaillon noir que son chef, luisant faiblement sous la lune.

Il s'approche.

Naïla n'a pas d'arme. Pas d'entraînement. Rien qu'un cœur qui bat trop fort et une chose sous ses côtes qui grandit, qui pousse, qui exige.

Elle laisse faire.

Ce n'est pas une décision consciente. C'est comme lâcher une corde qu'elle tenait trop serrée depuis trop longtemps. La chose en elle se déverse, pas vers l'extérieur, pas en un coup, mais vers lui, vers ce guerrier qui avance, et elle sent, avec une clarté effrayante, quelque chose battre en lui.

Pas son cœur.

Autre chose.

Un fil.

Fin. Tendu. Relié à quelqu'un d'autre, loin d'ici, quelqu'un qui tire sur ce fil comme on tire une laisse.

Il n'agit pas seul.

Le guerrier s'arrête à un mètre d'elle, lève sa lame.

« Attends », dit Naïla.

Il n'attend pas.

Elle roule sur le côté au moment où la lame s'abat, sent l'air fendu près de sa joue, entend le métal racler la roche. Son genou heurte le sol, une douleur vive, mais elle est debout avant d'avoir vraiment décidé de se relever.

Le guerrier se retourne.

Et s'effondre.

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