Une femme a débarqué dans ma clinique avec un garçon qui avait les yeux de mon âme sœur et une maladie génétique propre à sa lignée d'Alpha. Elle a désigné mon compagnon, Damien, comme étant le père, et à travers notre lien, j'ai senti l'amour qu'il lui portait pendant qu'il me mentait effrontément sur l'endroit où il se trouvait.
Ce soir-là, au gala de la meute, il m'a violemment repoussée pour protéger ce garçon, provoquant la fausse couche du bébé que je venais d'apprendre que je portais. Alors que je perdais mon sang sur le sol, il consolait son fils pour un genou écorché, sans même me jeter un regard.
Sa maîtresse m'a ensuite poussée d'une falaise, me rejetant en son nom. Mais j'ai survécu, et une semaine plus tard, je suis montée dans un avion pour la Suisse, prête à renaître des cendres de la femme qu'il avait anéantie.
Chapitre 1
POINT DE VUE D'ELARA :
L'odeur aseptisée des herbes médicinales emplissait mon cabinet, un parfum qui, d'habitude, apaisait mon âme. Aujourd'hui, j'avais l'impression d'être en cage. C'était mon premier jour en tant que Guérisseuse en Chef de la Meute de la Lune Noire, un poste que j'avais mérité, un poste que mon âme sœur, l'Alpha Damien Dubois, avait célébré avec moi.
Mais la femme assise en face de moi n'était pas une patiente en quête de réconfort. C'était une déclaration de guerre.
Elle s'appelait Cassia Morin, une Oméga de bas rang. Son fils, un petit garçon avec les yeux gris d'orage de Damien, gigotait sur ses genoux.
« Il a ces... crises », dit Cassia, sa voix un doux ronronnement qui me hérissait les nerfs. « Les médecins de la meute sont inutiles. Ils ont dit que seule la Guérisseuse en Chef pouvait poser un diagnostic. »
Je regardai le garçon, Léo. Son énergie semblait erratique, un bourdonnement chaotique, faible mais familier. C'était un déséquilibre énergétique rare, dont je n'avais lu l'existence que dans d'anciens textes, un trouble qui ne survenait que dans la lignée Alpha de la Meute de la Lune Noire.
Ma louve intérieure s'agita, un grondement sourd de malaise au fond de mon esprit.
Puis je l'ai sentie. Une odeur accrochée au garçon, si faible qu'elle se perdait presque sous le parfum bon marché de sa mère. C'était l'odeur d'un orage éclatant sur une forêt de pins, de terre brute et d'éclairs crépitants. C'était l'odeur de Damien. L'odeur de mon âme sœur.
Mon cœur martelait mes côtes, un battement frénétique de déni.
« Et le nom du père ? » demandai-je, la voix tendue, en poussant un formulaire d'admission sur le bureau.
Cassia sourit, une courbe lente et délibérée de ses lèvres. Elle prit le stylo et écrivit d'une écriture élégante : Damien Dubois.
Le nom me fixait, une tache noire sur le papier blanc. Le monde bascula.
« La lignée d'un Alpha », dit Cassia, les yeux fixés sur les miens, « a besoin d'une famille complète pour la protéger, vous ne croyez pas, Guérisseuse Vance ? »
La provocation était aussi acérée qu'une lame d'argent. Avant que je puisse répondre, son téléphone vibra. Elle répondit, sa voix devenant mielleuse. « Damien, chéri... »
À travers notre lien d'âme sœur, le lien sacré que la Déesse de la Lune forge entre deux âmes destinées, je ressentis une vague de chaleur et d'affection venant de Damien. Elle était dirigée vers la femme en face de moi. La sensation fut un coup physique, me coupant le souffle.
Je fermai les yeux et le contactai par notre Lien Mental, le langage silencieux de notre meute.
« Où es-tu ? » envoyai-je, ma pensée empreinte d'un désespoir que je ne pouvais cacher.
Sa réponse fut instantanée, douce et bien rodée. « En réunion avec les Anciens, mon amour. Je serai peut-être en retard pour le dîner. »
Le mensonge a créé une fissure glaciale dans notre lien, une sensation froide et écœurante qui m'a tordu les entrailles.
Cassia raccrocha, son sourire s'élargissant en un rictus triomphant. « Damien vient nous chercher. »
Je me levai et me dirigeai vers la fenêtre, mes mouvements raides. Mon bureau donnait sur la place principale. Quelques minutes plus tard, la voiture noire de Damien s'arrêta. Il en sortit, non pas avec l'attitude formelle d'un Alpha s'occupant des affaires de la meute, mais avec l'aisance détendue d'un père.
Il prit le garçon, Léo, dans ses bras. Je le regardai parler à Cassia, la tête penchée près de la sienne, une image de bonheur domestique. Une parfaite famille Alpha.
Un carillon mental aigu, la signature unique du Lien Mental de mon âme sœur, résonna dans ma conscience.
« La réunion a duré plus longtemps que prévu », dit sa voix mentale, teintée d'un faux regret. « L'équipe a décidé de dîner à l'extérieur. Je ne rentrerai pas ce soir. »
Mais derrière ses mots, un autre son filtrait à travers le lien, un son qu'il ne pouvait cacher. Le cri joyeux d'un enfant.
« Papa ! »
Le mensonge brisa le peu de sang-froid qu'il me restait. Mon monde, qui s'était construit autour de lui, s'effondra en poussière.
Mes mains tremblaient, mais mes gestes étaient assurés. Je décrochai le téléphone de mon bureau, mes doigts composant un numéro que j'avais mémorisé des mois auparavant, un numéro que je n'avais jamais appelé, pour lui.
Une voix calme et accentuée répondit à la deuxième sonnerie. « Sanctuaire de la Lune, Directeur Alistair à l'appareil. »
« Directeur », dis-je, la voix vide. « C'est Elara Vance de la Meute de la Lune Noire. Concernant le programme de recherche de six mois... le poste est-il toujours disponible ? »
Il y eut une pause. « Mademoiselle Vance. Nous avions presque perdu espoir. Oui, il l'est. Mais le programme exige un isolement total. Aucun contact avec votre meute d'origine pendant toute la durée. »
« Je comprends », dis-je, regardant par la fenêtre l'homme qui était mon tout, l'autre moitié de mon âme, alors qu'il s'éloignait avec son autre famille. « J'accepte. »
POINT DE VUE D'ELARA :
« Excellent », fit la voix du Directeur Alistair au téléphone. « Votre place est confirmée. Nous vous attendons en Suisse dans une semaine. »
Une semaine. Six mois d'isolement total. C'était parfait. C'était le seul moyen de rompre un lien qui était maintenant une source de pur poison.
Je traversai la suite Alpha que je partageais avec Damien comme un fantôme dans ma propre vie. Tout l'endroit ressemblait à un musée de notre amour. Une coupe en argent gravée de nos noms, de notre cérémonie d'union. Une photo encadrée de notre premier voyage ensemble, son bras enroulé autour de moi, tous deux souriant comme des idiots.
Une vague de dégoût me submergea.
Je pris un sac poubelle dans la cuisine. La coupe en argent fut la première à partir, se brisant contre le sol en marbre dans un fracas satisfaisant. Le cadre photo suivit, le verre se brisant sur son visage menteur.
Je dévalisai le placard, sortant ses vêtements – les costumes coûteux qu'il portait pour ses « réunions diplomatiques ». Ils portaient tous l'odeur faible et persistante d'autres meutes, d'autres louves. Des souvenirs de ses voyages d'affaires, des babioles de ses trahisons, tout est parti dans les sacs.
Finalement, j'ai fait mes propres valises. Mes livres, mes vêtements, mes outils de guérison. J'ai organisé l'envoi par un coursier sur le territoire de ma meilleure amie Ayla, dans la Meute du Ruisseau d'Argent. À l'aube, toute trace de moi avait disparu, sauf mon corps.
Il est rentré le lendemain soir. Il est entré en souriant et a essayé de m'entourer de ses bras.
« Tu m'as manqué », murmura-t-il, son visage se rapprochant de mon cou.
Mais tout ce que je pouvais sentir sur lui, c'était Cassia. Son odeur écœurante et bon marché d'Oméga était partout sur sa peau, dans ses cheveux. Je reculai comme si j'avais été brûlée, le repoussant avec une force qui nous surprit tous les deux.
« Elara ? » Son front se plissa d'incompréhension.
Il sortit une petite boîte de sa poche. « Un cadeau. De mon voyage. »
À l'intérieur se trouvait une petite fiole d'huile essentielle, contenue dans un récipient en argent ouvragé. C'était la même huile que Cassia utilisait. Et il avait oublié, dans son enchevêtrement de mensonges, que j'étais gravement allergique à l'argent. Le métal brûlait ma peau, une faiblesse connue de tous les loups-garous. Que mon propre âme sœur l'oublie n'était pas de la négligence. C'était le signe que, dans son esprit, j'avais déjà cessé d'exister.
Je fixai l'argent, la preuve de son mépris total. La colère était un nœud froid et dur dans mon estomac.
« Damien », dis-je d'une voix plate. « Nous devrions avoir un enfant. »
Je voulais voir son visage. Je voulais voir comment il allait se sortir de celle-là par un mensonge.
Il se raidit. « Elara, nous en avons déjà parlé. La meute a besoin de toute mon attention. Ce n'est pas le bon moment. »
Son téléphone sonna. Il jeta un coup d'œil à l'écran, et je vis le nom de Cassia. En arrière-plan, j'entendais un enfant pleurer.
« C'est pour le travail », dit-il rapidement en se détournant. « Je dois prendre cet appel. » Il sortit sur le balcon, sa voix baissant jusqu'à un murmure apaisant.
Pendant son absence, mon téléphone bipa avec un message d'un numéro inconnu. Un seul lien, anonyme. Mes doigts tremblèrent en cliquant dessus, un nœud d'angoisse se resserrant dans mon ventre.
Il menait à une galerie de photos publique.
Sa page était publique. Une galerie de sa vie. Une vie avec mon âme sœur. Des dizaines de photos de Damien avec Léo. Damien poussant Léo sur une balançoire. Damien tenant Léo sur ses épaules lors d'un festival de la meute. Damien endormi sur un canapé avec le garçon blotti sur sa poitrine.
Et sous chaque photo, des commentaires de membres de notre propre meute.
« Quelle belle famille, Alpha ! »
« Léo est votre portrait craché ! »
Toute la meute savait. Tout le monde sauf moi. J'étais l'idiote. La future Luna qui n'était rien de plus qu'un bouche-trou.
Une violente nausée me submergea. Je courus aux toilettes, vidant le contenu de mon estomac dans la cuvette. Alors que j'étais agenouillée là, tremblante, une horrible prise de conscience s'imposa. Ce n'était pas seulement le choc.
Mon cycle était en retard.
POINT DE VUE D'ELARA :
Le lendemain matin, j'étais la première au centre médical de la meute. J'ai demandé à une jeune Guérisseuse, en qui j'avais confiance, de faire une analyse de sang. Je lui ai dit que c'était pour une patiente.
Elle revint une heure plus tard, les yeux écarquillés. « Guérisseuse en Chef, les niveaux d'hormones sont sans équivoque. La patiente est enceinte de six semaines. »
Enceinte. Le mot résonnait dans la salle d'examen silencieuse. Un enfant. Un enfant de l'homme qui avait une autre famille. Un enfant dont il venait de me dire qu'il ne voulait pas.
Un désespoir glacial s'installa en moi, si lourd que je pouvais à peine respirer. Ce louveteau était une partie de moi, une partie de mon âme, mais c'était aussi un lien avec un homme qui avait brisé ma confiance.
Je quittai la clinique, hébétée, et me dirigeai vers la salle du conseil des Anciens, sans savoir où j'allais. Au détour d'un coin, j'entendis des voix. La voix de Damien, basse et apaisante.
« Cassia, calme-toi. »
Je me cachai derrière un grand pilier de pierre. Je les vis debout dans une alcôve isolée. Cassia pleurait, le visage enfoui dans la poitrine de Damien.
« Quand, Damien ? » sanglota-t-elle. « Quand feras-tu de moi ta Luna ? Ce n'est qu'une Guérisseuse ! Je t'ai donné un fils ! Un héritier ! »
Damien lui caressa les cheveux. Sa voix était ferme, mais contenait une note d'affection lasse. « Je te l'ai dit, je ne rejetterai pas Elara. Le lien est un devoir sacré. Elle est ma responsabilité. »
Une responsabilité. Pas son amour. Pas son âme sœur. Son devoir.
Alors qu'il la tenait, les yeux de Cassia se levèrent et rencontrèrent les miens par-dessus son épaule. Un sourire triomphant et cruel se dessina sur son visage. Elle savait que j'étais là. C'était une autre performance, mise en scène pour moi.
La dernière lueur d'espoir en moi s'éteignit. J'étais un bouche-trou. Une façade pratique et respectable pour sa vraie vie.
Je me retournai et m'éloignai, mes pas silencieux. Je retournai à mon bureau et passai deux appels. Le premier fut pour programmer une cérémonie. Un rituel terrible et douloureux pour interrompre le flux d'énergie lunaire d'une mère à son louveteau à naître, mettant ainsi fin à la grossesse.
Le second appel fut pour mon amie, Ayla.
« Ayla », dis-je, la voix dénuée d'émotion. « J'ai besoin que tu rédiges les papiers. Une Dissolution formelle du Lien d'Âme Sœur. »
C'était la première étape légale vers un Rejet.
Avant qu'elle ne puisse poser de questions, un Lien Mental de Damien traversa mes pensées. Ce n'était pas une demande. C'était un ordre, empreint du pouvoir indéniable de son autorité d'Alpha.
« Le gala annuel de la meute a lieu ce soir. Tu seras là. Tu te tiendras à mes côtés en tant que ma future Luna. »
L'Ordre de l'Alpha vibra à travers mes os, un pouvoir auquel aucun membre de la meute ne pouvait facilement désobéir. Il était destiné à imposer l'obéissance, à assurer la stabilité de la meute. Il l'utilisait sur sa propre compagne pour me forcer à jouer la comédie.
« Je serai là », répondis-je, ma voix mentale froide et cassante.
Il aurait sa Luna parfaite pour une dernière nuit. Il n'avait aucune idée de la tempête qui était sur le point de s'abattre sur sa tête.