Je me retourne une dernière fois pour regarder cette maison. Je ne reviendrais pas, qu'importe la raison, je ne remettrais plus les pieds sur ce territoire.
En voyant la lumière à l'étage, je ne peux m'empêcher de penser à ma mère. Ça me brise le cœur de savoir que je ne la reverrai pas mais je n'ai plus le choix. Je ne peux plus supporter la folie de mon père et son obsession pour moi.
Je suis la fille de l'Alpha, sa seule enfant. Il sait que je ne pourrais jamais régner sur la meute, aucune femme n'a ce pouvoir mais ça lui importe peu, car depuis que je suis toute petite, tout ce qu'il attend de moi, c'est que je me mari avec l'Alpha qu'il aura choisit. Qu'importe qu'il ne soit pas mon compagnon, tout ce qui compte pour lui c'est qu'il place la personne qu'il choisira à la tête de la meute.
Pour être sûr que je ne rencontre pas mon compagnon, il m'empêche de sortir, de côtoyer d'autres jeunes de mon âge. Il m'empêche de vivre tout simplement.
Dans un mois, j'aurai seize ans, ma louve se montrera enfin et il est hors de question qu'elle et moi, vivions ça, enfermée dans une chambre avant d'être livrée à un pervers.
Je soupire en réajustant mon sac à dos et me tourne pour commencer à m'éloigner. Je n'aurai pas de deuxième chance. J'ai tout misé sur ce cou là. Si j'échoue, mon père n'attendra pas pour me marier de force.
Je profite du changement de gardes, avance en silence dans la nuit en priant pour que personne ne me voit. Après plus d'une heure d'effort, je fini par sortir de la forêt.
Légèrement surprise de la facilité avec laquelle j'ai réussis, je ne m'arrête pas et pour la première fois depuis une éternité, mes pieds foulent une route en goudron.
Le hurlement d'un loup me fait accélérer. Puis, un autre le suit et encore un autre. Ils sont au courant. Ils savent que je me suis enfuie. C'est une question de minutes avant qu'ils ne me retrouvent. Je pousse sur mes jambes dans un espoir fou de semer des Loups.
Le bruit de leurs courses se rapprochent alors que j'attaque un virage. Des phares m'éblouissent et me force à ralentir ma course. La voiture s'arrête, un jeune passe la tête par la vitre baissée et me demande si je vais bien.
- Je peux monter s'il vous plaît ?
Il hésite un instant mais en me voyant me retourner alors que les bruits se rapprochent, il accepte.
Au moment ou il reprend la route, je vois la tête du bêta de mon père sortir des arbres. J'ai gagné, je peux pas m'empêcher de penser ça en souriant. Jamais il ne prendra le risque de venir me poursuivre alors que je suis avec un humain.
Je respire un grand cou et me tourne vers mon sauveur. Il doit avoir 18 ans, tout au plus. Blond, plutôt mignon.
- Merci, dis je sincèrement. Merci beaucoup.
- Y a pas de quoi. Moi c'est Donovan.
- Et moi Emma.
- Alors, ou veux tu que je te dépose Emma ?
- Loin, le plus loin possible.
- Je rentre chez mes parents. C'est les vacances scolaire. Ils habitent à environ 50 kilomètres d'ici. Je peux te déposer là bas si tu veux.
- Ça sera parfait dis je.
- Tu sais qu'il fera encore nuit quand on arrivera.
- Je sais.
- Et tu comptes dormir où ?
- J'aviserai.
- Tu as des problèmes, me demande t il soucieux ? Je peux te déposer à la gendarmerie si tu veux ? Ils pourront sûrement t'aider.
- C'est gentil, mais ça va aller. Je vais me débrouiller.
Il hésite à poursuivre et après un court instant, reprend.
- Je sais pas ce que tu cherches à fuir mais, je m'en voudrais de te laisser seule dehors en pleine nuit. Tu as quoi, seize ans ? Dix sept ans ? La maison de mes parents est de plein pied, ma chambre est à l'arrière. Tu vas passer par la fenêtre et au moins tu passeras le reste de la nuit en sécurité.
- Tu en as largement assez fait. Je ne peux pas accepter.
- Et moi je pourrais pas dormir en sachant que j'ai laissé une jeune fille dehors à la merci des dégénérés de notre société.
Je le regarde intriguée. Mon instinct me dit qu'il ne représente aucun danger pour moi. Ces intentions n'ont rien de mauvaises, je peux le sentir. C'est juste que je n'ai pas vraiment l'habitude qu'on soit gentil avec moi.
- D'accord, je veux bien rester chez toi cette nuit, mais je partirai à l'aube. Il est hors de question que je te cause plus de problème.
- Très bien.
Le ronronnement du moteur me berce et je m'endors rapidement pour ne me réveiller que lorsqu'il se gare.
- Tu vois la maison avec les volets bleu, me dit il en me la montrant du doigt. C'est là. Je vais aller me garer devant toi, tu te baisses pour que personne ne te vois. Laisses moi cinq minutes et après tu passeras derrière, je vais t'ouvrir la fenêtre. Tu as compris ?
- J'ai compris.
Je me couche sur la banquette le temps qu'il se gare. Il descend de la voiture et j'entends la voix de ces parents qui semblent vraiment heureux de le revoir. J'attends les cinq minutes, me glisse hors du véhicule pour faire le tour de la maison discrètement. Comme promis, je trouve la fenêtre ouverte. Je n'ai aucun mal à entrer dans la chambre. La pièce est bien plus petite que celle que j'avais chez moi.
Malgré l'obscurité, j'arrive facilement à distinguer ce qui m'entoure. Il y a de larges posters de groupe de musique que je ne connais pas. Un bureau, tellement bien rangé qu'on voit qu'il n'est quasiment jamais utilisé. Un lit une place avec une table de chevet et un petit canapé posé face à une télé.
Je regarde le réveil, presque minuit. La meute entière doit être mobilisée à cette heure là. Je pose mon sac sur le canapé et m'assieds en attendant.
Dix minutes plus tard, il ouvre la porte, me surprenant une fois encore en m'apportant un sandwich et un grand verre de soda.
- La chambre de mes parents de l'autre côté de la maison. On peut parler, bien sûr faut pas hurler, mais on peut parler tranquillement. Je t'ai apporté ça. Je me suis dis que tu avais peut être faim et soif, dit il en posant le tout sur son bureau.
- Merci, tu n'étais vraiment pas obligé de faire ça , vraiment, dis je en prenant le sandwich.
Je mange en silence pendant qu'il range ces affaires. Quand il a finit, il s'installe sur le lit et me regarde.
- Tu veux me parler un peu ?
- De quoi ?
- J'en sais rien, peut être du pourquoi tu te trouvais sur une route perdue au milieu de nul part en pleine nuit. Pourquoi quand je t'ai vu j'ai cru que tu étais pourchassée. Tu vois, ce genre de choses quoi.
- Je suis pas sûr que je doive tout te dire. Demain j'aurai disparut de ta vie. Moins tu en sais et mieux tu te porteras.
- Quel âge as tu ?
- Pourquoi ? Tu veux me persuader de rentrer chez moi, dis je avec un sourire triste.
- J'ai pour habitude de ne pas juger les gens. Tu as ton histoire et si tu es partie de chez toi, c'est qu'il y a une raison. Demain tu seras peut être partie mais rien ne m'empêche d'apprendre un peu à te connaître avant.
- J'aurai seize ans le mois prochain.
- Et qu'est ce que tu comptes faire ? Tu sais où tu vas aller ? Comment tu vas vivre ?
- Je vais partir, loin, aussi loin que je le peux. Je sais que j'en ai pas l'aire, mais tu peux me croire, je suis largement capable de m'occuper de moi même.
- C'est juste que tu es si jeune et qu'il y a tellement d'histoires sur des jeunes filles dans ton âge à qui il arrive malheur.
Je souris en l'entendant parler. Décidément, cet humain est une bonne personne. Il n'a aucune idée que je m'entraîne 8h par jour depuis que je sais marcher. Que mes profs ont toujours été des Loups et que si j'étais un homme, je ferais déjà partie des gardes de ma meute.
- Tu es quelqu'un de bien Donovan. C'est si rare que j'en suis encore surprise. Mais ne t'inquiète pas pour moi. Je peux te garantir qu'on ne retrouvera pas mon corps dans un fossé, je ne ferai pas la une des journaux. J'ai suffisamment d'argent pour tenir quelques temps et j'aurai aucun mal à trouver des petits boulots sur la route. Je dois partir. Tu as peur qu'il m'arrive quelque chose dehors, mais si je ne fuis pas, il m'arrivera bien pire que tout ce que tu peux imaginer. Grâce à toi, j'ai une courte avance, une avance suffisante pour me donner un peu d'espoir. Je vais essayer de dormir un peu si ça ne te gêne pas. J'aimerai repartir le plus tôt possible.
- Bien sûr. Prends le lit, je vais dormir dans le fauteuil.
- Je peux dormir dans le fauteuil, ça ne me dérange pas.
- J'insiste.
- Merci.
Je m'allonge sur son lit toute habillée, je sers mon sac contre moi, m'endormant rapidement. Je dois reprendre des forces, l'aventure ne fait que commencer.
Lorsque j'ouvre les yeux quelques heures plus tard, je constate qu'il a déposé un sac à côté de moi avec des provisions. Je sors un papier et un crayon et griffonne un petit mot de remerciement que je dépose sur le lit. Je me glisse par la fenêtre sans difficulté.
Alors que le soleil se lève, je respire à pleins poumons. Même si je dois fuir aussi loin que possible, je ne peux que sourire en savourant ce sentiment de liberté.
4 Ans plus tard
Je sors de la salle de sport en regardant l'heure. C'est bon, je suis à vingt minutes de mon travaille et je ne commence que dans quarante minutes. J'attache mes cheveux en une haute queue de cheval avant de mettre mes écouteurs sur les oreilles en lançant ma playlist de mon portable puis, je commence à marcher doucement dans les rues de ma ville.
On est en plein mois de juin et la chaleur est étouffante. Les terrasses sont prises d'assaut surtout qu'en plus on est en pleine coupe du monde de foot. J'ai aucune idée de qui joue, mais je sais que la soirée va être longue et épuisante.
Ça fait un an que je travaille dans un bar. Le patron, Julien a bien voulut m'engager même si je n'avais aucune expérience. Je crois qu'il voit en moi la fille qu'il n'a jamais eu. Il me loue un petit appartement pour pas trop cher et quand les clients un peu trop bourrés me tournent autour, il s'en débarrasse à chaque fois. La cinquantaine, toujours de bonne humeur avec son éternel torchon sur l'épaule.
Bien sûr et pour la deuxième fois de la semaine, ma collègue nous lâche pour la soirée. Autant dire qu'un soir de match c'est pas ce qu'il y a de mieux mais au moins, j'aurai plus de pourboires. J'achète un grand café à un vendeur ambulant que je fini en poussant la porte du bar.
- Emma. T'es en avance, me dit le Julien tout sourire.
- Je sors du sport, alors autant venir directement.
- Ha si toutes mes serveuses pouvaient être comme toi Emma. Si tu savais comme ça me changerait la vie.
- T'en fais pas Boss, je te lâcherai pas.
Je file derrière le bar et y dépose mes affaires avant de mettre mon tablier. Les premiers clients arrivent et entre les cris, le maquillage et les drapeaux, je sens déjà arriver la migraine à grand pas.
Le grand écran est allumé, les présentateurs vantent les mérite des joueurs, quelques minutes plus tard, alors que j'en suis déjà à plus d'une vingtaine de bières servies, le cou de sifflet lance le début du match.
Au bout de vingt minutes, le bar est plein à craquer, Julien a le sourire. Ce soir, la caisse sera pleine. Je n'ai aucune idée du score mais la tension est palpable entre les supporters. En récupérant une autre tournée, je me dirige vers une table de jeunes pour les servir.
Comme toujours, je me contente de sourire en posant les verres avant de leur donner l'addition. Celui qui la prend me fait un clin d'œil que j'ignore alors qu'un deuxième essaye d'entamer la conversation.
- Tu veux pas venir un boire un verre avec nous ?
- Désolé Messieurs mais je travaille.
- Allez, rien qu'un verre, insiste t il en tentant un sourire charmeur.
- Merci, mais non merci.
Je tend la main pour couper court à la conversation, il griffonne son numéro sur un papier pour me le donner en même temps que l'argent. Dès que je retourne au comptoir, je jette le numéro à la poubelle et soupire en pensant que ça n'est sûrement que le premier d'une longue série.
Le match est déjà bien avancé, une bonne partie de la salle est alcoolisée et certains clients se font un peu plus lourd. C'est à ce moment là que Julien prend ma place, je remplis les verres à la chaîne quand une sensation étrange me fait frissonner.
Quelque chose de chaud se diffuse au creux de mon ventre alors qu'une odeur de pin et de mousse m'enivre.
- Me dis pas que tu te sens pas bien, me demande Julien inquiet ?
- Je vais bien Boss, t'inquiète pas pour moi.
- T'es sûr ?
- Je suis sûr.
Je lui fais mon plus beau sourire pour le rassurer mais je me sens trembler. Ma louve s'agite, elle aimerait que je cherche la source de cette odeur, bien qu'elle sache que se soit impossible.
La porte du bar s'ouvre sur un groupe de cinq hommes. Je réalise tout de suite que se sont des Loups. Mon corps se tend automatiquement, ça fait deux ans que je n'en n'ai pas croisé. Deux ans que je me croyais enfin à l'abri.
Ils se dirigent vers moi. Je n'arrive pas à les voir, un but vient d'être inscrit et des clients sautent, cris, se prennent dans les bras en chantant. Cette odeur se fait plus forte, presque trop forte. Je ferme les yeux un court instant en secouant la tête et quand je me reprends, ils sont devant moi.
Je reste figer sur place, l'un d'eux s'approche et je suis incapable de détourner mon regard de ce Loup. Il est juste magnifique. Si blond que ces cheveux en sont presque blanc avec des yeux d'un vert intense et un corps à se damner.
Il me sourit en voyant que je le détaille. Ma louve n'a pas besoin de me le dire, je le sais déjà. Je soupire et me tourne vers les autres.
- Je vous sers quelque choses ?
Ils ne répondent pas et se tournent vers celui que j'aimerai ignorer. Un Alpha, c'est la seule raison qui les pousse à attendre sa réponse. Je soupire de plus belle avant de reprendre.
- Comme vous le voyez, il y a beaucoup de monde alors vous commandez, où vous partez.
Malgré le bruit assourdissant, j'entends son grognement, il n'aime sûrement pas ma façon de lui parler. Je réponds sur le même ton avant de lui dire.
- On est dans un bar ici, pas sur ton territoire et moi j'ai du boulot.
Je fais un signe à Julien pour qu'il vienne me remplacer. Je préfère encore me mêler à la clientèle quitte à devoir en recaler plus d'un, plutôt que de rester face à lui.
- T'es sûr que tu veux aller en salle Emma ? me demande Julien surprit.
- T'inquiète pas pour moi Boss. Depuis le temps, tu devrais savoir que je sais me débrouiller.
Je lui souris et lui laisse ma place. Je sais qu'il me regarde, mais je ne lui ferai pas le plaisir de me retourner.
Après deux longues heures de service intense, le bar se vide enfin. J'en profite pour nettoyer les tables et constate qu'ils sont toujours là. Une demie heure plus tard, ils sont les derniers clients.
- On va fermer, merci de régler votre note et de partir, dis je sur le ton le plus neutre possible.
- On doit parler.
Cette voix me procure une longue décharge de plaisir qui se propage dans tout mon corps mais je ne laisse rien paraître.
- On ne doit pas parler et on ne va pas parler. Pars, fais comme si tu n'étais jamais rentré ici. Oublies tout ça.
Les autres me regardent étrangement. Ils n'ont certainement pas l'habitude qu'on dise non à leur Alpha.
- Tu sais bien que c'est impossible, grogne t il.
- Je te l'ai dis, on est dans un bar ici, pas sur ton territoire. Maintenant, payez et partez. Dans cinq minutes, si vous êtes encore là, j'appelle les flics.
- Tu sais très bien qu'ils ne feront pas le poids.
- Je sais surtout qu'aucun Alpha n'est assez stupide pour mettre sa meute en danger en dévoilant son existence aux humains.
Je tourne les talons et repart vers le comptoir ou je fini d'essuyer les verres. Mon portable me rappelle à ma vie simple et normale. En voyant le destinataire, je ne peux m'empêcher de sourire. Il tombe vraiment au bon moment celui là. Mon patron me taquine comme il le fait à chaque fois.
- Hé bien, qu'est ce qui te fait sourire comme ça ?
- Le plaisir de travailler avec toi Boss.
- Mais bien sûr. Tu vas finir par me le présenter ?
- Aucune chance. Tout ces trucs de couples c'est clairement pas pour moi.
- Tu dis ça parce que t'es jeune. Un jour, tu comprendras que ça change tout d'avoir une personne à aimer.
- Au pire j'adopterai un chien ou un chat. Allez, soyons fou, je prendrai les deux, dis je en riant.
Je me retourne et constate qu'ils sont partis. Je répond à son texto et dix minutes plus tard. On se sépare sur le pas de la porte.
- Amuses toi bien Emma, me dit il avec un clin d'œil.
- C'est exactement ce que je compte faire.
Il s'éloigne alors que je me tourne vers la forêt. Ma louve a besoin de courir, ni elle ni moi ne nous attendions à cette rencontre. Il n'y a jamais de Loups ici.
Elle a bien le droit à un peu de plaisir. Je me déshabille à l'abri des arbres et la laisse prendre le dessus. Elle s'élance aussitôt, court, parcours cette forêt comme si elle était la sienne. L'odeur d'un lièvre l'attire et elle se lance à sa poursuite avant de tuer sa proie et de la dévorer. Elle nettoie sa fourrure quand cette odeur revient.
POV Dean
Je l'ai suivis. Je dois comprendre pourquoi elle me fuit, pourquoi elle refuse de parler avec moi. Normalement, elle devrait en avoir autant envie que moi. Ces vêtements sont posés à l'entrée de la forêt, son odeur est partout sur cette terre, une odeur de rose mouillée avec quelques notes de menthe. Elle doit avoir l'habitude de courir ici.
À mon tour, je laisse mon Loup prendre le dessus, il aura peut être plus de chance de capter son attention. Je ne mets pas longtemps à la trouver et je suis stupéfait par ce que je vois.
Une magnifique louve blanche, d'une taille impressionnante, bien plus grande que toutes les autres louves que j'ai déjà vu. Elle se tourne vers moi, ces yeux bleu sont encore plus beau sous l'éclat de la lune.
Je m'approche lentement, mais elle se met à grogner férocement. Mon Loup est blessé par ce comportement, il ne comprend pas sa réaction. Si elle a des réserves, sa louve devrait la raisonner, lui dire que je ne lui veux pas de mal.
Je la regarde s'éloigner à regret. Je retourne sur mes pas pour reprendre ma forme. Elle finira par revenir, au moins pour récupérer ces vêtements.
Une heure plus tard, elle arrive enfin. Elle reprend sa forme devant moi. Son corps est juste parfait, la forme de ces seins, la finesse de sa taille, la courbe de ces hanches. Elle récupère ces vêtements et s'habille en m'ignorant.
Je grogne pour lui faire comprendre que je veux qu'on parle, mais je l'entends soupirer avant qu'elle ne se tourne vers moi.
- Qu'est ce que tu as pas comprit dans pars ?
- Je peux pas partir sans toi.
- Crois moi, tu le peux et tu vas le faire. Je ne te suivrai pas. Je ne suivrai aucun Alpha, aucun Loup. Personne ne m'enfermera dans une meute. Des tas de louves doivent faire la queue pour avoir tes faveurs. Choisis en une, n'importe laquelle, mais moi, oublies moi.
Elle commence à partir mais je l'arrête en l'attrapant par le bras. Sa réaction me surprend, c'est presque comme si je l'avais brûlé, elle saute en arrière alors que son regard s'assombrit.
- Tu ne me touches pas. Jamais.
Elle a presque craché ces derniers mots. Son portable sonne et déjà elle s'éloigne.
- Je t'ai dis que je passais, je suis en route. Je serai là dans dix minutes.
POV Emma
Dix minutes plus tard, je frappe à sa porte. La vie est étrange. Je connais Jérémie depuis que je vis ici. Hautain, arrogant, grande gueule, tout ce que je déteste et il ne m'apprécie pas plus, pourtant, un soir, après quelques verres au bar, on a finit chez lui. Si quand il parle, il a le don de m'énerver, quand il est au lit, je dois avouer qu'il se défend plus que bien.
Dès qu'il m'ouvre, il me sourit et la minute suivante, il me plaque contre le mur en retirant mes vêtements. C'est tout ce dont j'avais besoin. Un moment de détente complète, de plaisir, un instant, ou seul son sexe qui bouge en moi compte.
Après un orgasme bien mérité, surtout avec une soirée comme ça, il m'offre une cigarette et me propose une bière que j'accepte.
- ça c'est bien passé ce soir ? T'as pas été trop emmerdé par les supporters ?
- Pas plus que pendant les autres matchs. Vivement que cette coupe du monde soit fini et que ça se calme un peu.
On discute un peu, juste quelques minutes, le temps que je finisse ma bière. Je me rhabille et commence à me lever pour partir.
- Tu peux rester un peu si tu veux ?
- Je suis crevée, je vais aller me coucher. On se rappelle, lui dis je en déposant un baiser sur sa joue.
- On se rappelle, dit il en me souriant.
La nuit est encore douce, j'allume une autre cigarette et mets mes écouteurs avant de marcher lentement pour rentrer chez moi.
Il n'est pas partit. Son odeur est dans l'aire. Il me suit. À deux cent mètres de chez moi, je m'arrête, retire mes écouteurs et dis tout haut.
- Tu souffriras plus qu'autre choses, si tu restes là. Pars, ta meute doit t'attendre.
Je n'attends pas de réponse, je n'attends rien de lui. Je me dépêche de rentrer et m'enferme chez moi. Je file sous la douche et me couche à bout de forces.
POV Dean
J'envoie un message aux miens pour les prévenir de ne pas m'attendre. Je me fous de ce qu'elle a dit, je ne peux pas partir comme ça, pas sans comprendre. Je repère rapidement son appartement et patiente.
Une fois qu'elle sera endormie, j'espère pouvoir communiquer avec sa louve. Au bout d'une heure à attendre dehors, je profite de mon agilité pour grimper sur son balcon au deuxième étage. La fenêtre est fermée, mais je trouve rapidement sa chambre.
Elle dort paisiblement, inconsciente de l'incendie qu'elle attise en moi. Son visage, ainsi détendu est encore plus beau que tout à l'heure. Ces traits son fins, presque délicat et sa chevelure brune est à l'exact opposé de la mienne. Elle est vraiment magnifique, c'est indéniablement la plus belle femme qu'il m'ait été donné de voir.
J'essaye de me concentrer alors que mon corps me hurle de débouler chez elle pour la prendre et après quelques minutes, je parviens à contacter sa louve.
- Si elle s'aperçoit que tu es là, elle ne va pas apprécier, dit elle froidement.
- Pourquoi ? Pourquoi elle me fuit comme ça ?
- Et toi, pourquoi tu ne pars pas comme elle te l'a demandé ?
- Je ne peux pas. Pas comme ça. Je peux pas partir et faire comme si je ne l'avais jamais croisé.
- Tu devrais. Elle ne te suivra pas et moi non plus.
- Pourquoi ?
Elle semble hésiter un court instant et finit par me répondre.
- Elle nous a sauvé, avant même qu'elle me rencontre. Elle nous a sauvé. Qu'importe qui tu es. Elle ne prendra jamais le risque de s'exposer. Elle a fuit les Loups et ne compte pas en côtoyer d'autres. Tu devrais partir Alpha. Ta meute doit t'attendre.
- Je peux comprendre qu'elle puisse avoir des réserves, elle ne me connaît pas, mais toi. Tu n'as pas envie d'être avec nous ? Tu n'as pas envie de nous laisser t'approcher ?
- Sans elle, je ne serais plus là. Je ne suivrai pas un Alpha, c'est elle que je suis.
- Mais, je ne vous veux pas de mal. Jamais je ne pourrais lui faire de mal. Je veux juste m'occuper d'elle.
- Si tu avais été un Loup classique, j'aurai peut être put faire quelque chose, mais le fait que tu sois un Alpha met un terme à tout tes espoirs. Ton rôle est de tout faire pour les tiens, quitte à nous sacrifier au passage. On a pas besoin de toi. On a pas besoin d'un mâle à nos côtés.
Je reste sous le choc en entendant ces paroles. Les sacrifier ? Qui pourrait faire ça à sa compagne ? Je suis prêt à lui répondre, mais elle me devance.
- On t'a déjà prévenu Alpha. Oublies nous. Ne nous force pas à fuir encore plus loin.
J'essaye de lui répondre, mais je sens que la discussion est close et que je n'obtiendrai plus rien d'elle. La douleur qui m'envahit est telle que j'en ai le souffle coupé. Mon Loup souffre, il ne comprends pas ce rejet, cette indifférence. Je ne repars que quelques minutes plus tard, après l'avoir regardé encore un peu.
POV Emma.
Quand j'ouvre les yeux, il est plus de midi. Mon portable vibre sur la table de chevet. En voyant le nom de Julien, je peste en réalisant que je vais encore faire un double service ce soir.
- Salut Boss.
- Bonjour Emma. Je te réveille ?
- T'inquiète pas, c'est pas grave. Laisses moi deviner. Alice est encore malade et elle ne sera pas là ce soir.
- Et notre gagnante est Emma, dit il enjoué.
- Elle abuse sérieux.
- Je sais, j'ai déjà passé une annonce pour la remplacer.
- T'as raison.
- En attendant, j'ai une livraison à 17h et c'est elle qui devait s'en charger. J'ai rendez vous avec le comptable à 16h30, j'arriverai jamais à l'heure.
- C'est bon. Je vais venir Boss. Tu sais bien que je te laisserai pas tomber.
- Je te rajoute une prime pour la soirée.
- T'as pas besoin. Bon à toute Boss, faut que j'arrive à sortir de mon lit maintenant.
Je balance mon portable sur le lit pour en profiter encore un peu. J'ai passé ma nuit à rêver de lui. De son corps parfait, de sa voix suave, de son odeur entêtante. Je soupire en me levant et file prendre une douche froide, histoire de me calmer un peu.
En sortant, j'enfile un short en jean et un débardeur avant d'ouvrir toutes les fenêtres et de sortir sur le balcon, une cigarette à la main. La chaleur est écrasante pourtant sur le parking, des enfants jouent, se courent après, à croire que ces petites créatures sont inépuisable. Mon petit voisin me voit et me fait de grands signes de la main auquel je répond.
- Tu viens jouer avec nous Emma, cri t il de toutes ces forces.
- Pas moyen Louis, il fait beaucoup trop chaud pour ça.
Il retourne avec ces copains pendant que je reste encore un peu à les regarder.
J'ai mis du temps à trouver cette ville. Une ville paisible, animée, bienveillante. Les habitants n'hésitent pas à dire bonjour aux inconnus et quand je suis arrivée, j'ai pu constater qu'ils n'avaient pas peur de tendre la main. J'aime cette nouvelle vie, après deux ans à fuir, à regarder constamment au dessus de mon épaule de crainte d'y voir un des hommes de mon père.
Ici, personne ne connaît l'existence des Loups, les forêts ne sont pas assez grandes pour y contenir une meute. Il n'y a pas de rumeurs, rien. Jamais il ne pourra me retrouver ici. Enfin ça, ça reste vrai si il se décide à partir. Sinon, ça sera à moi de quitter cet endroit, de partir encore plus loin, toujours plus loin pour enfin respirer.
En rentrant, je récupère mon portable et me sert un café. Jérémie m'a écrit, ce qui me surprend un peu, on se voit rarement deux soirs de suite.
« Salut, ça va ? Ce soir, avec des potes, on se retrouve à ton bar. J'ai essayé de les faire aller ailleurs, mais y a pas mieux que chez vous. Je voulais juste te le dire avant que tu me vois arriver. T'inquiètes, comme d'hab, je fais comme si je te connaissais pas... »
Je relis le message deux fois. Au pire, ça peut promettre une bonne fin de soirée.
« OK, pas de problème. Et t'es pas obligé de faire comme si tu me connaissais pas. Tout le monde sait qu'on se connaît. À ce soir. »
Décidément ces mecs, tous les même. Incapable d'assumer qu'une femme puisse vouloir autre chose d'eux qu'une relation stable. Je connecte mon enceinte à mon portable et lance ma playlist avant de danser tout en chantant.
Je crois que c'est un des trucs que je préfère faire. Mettre la musique à fond, me défouler, sauter, danser. Après une bonne demie heure, je me sens enfin bien. Je balance mon portable dans mon sac en reprenant mon souffle et sort de chez moi. Comme presque tout les jours, je m'arrête à la boulangerie du coin pour prendre un sandwich. La vendeuse me connaît bien.
- Salut Emma, alors direction la salle de sport ?
- Salut Lola, non, c'est mort, il fait trop chaud. Je veux passer à la librairie avant d'aller bosser. J'ai commandé un super roman et j'espère qu'ils l'ont reçut.
- Alors, qu'est ce que tu prends aujourd'hui ?
- Un crudité s'il te plaît.
- Ça marche.
Dés que je sors de la boulangerie, j'aperçois une ombre qui se glisse entre deux maisons. Ça n'est qu'un détail, mais ça attire mon attention. Je me remets en route tout en mangeant et comme prévu, je récupère mon roman que je commence en terrasse d'un café.
Le moment venu, je file au travail, je m'occupe de la livraison. Je fais l'ouverture et Julien me rejoint un peu plus tard. La soirée est un peu plus calme que la veille, les clients un peu moins alcoolisés. Jérémie reste avec ces amis, il connaît les termes de notre accord. On peut s'amuser, mais il n'y aura jamais plus que ça.
Je suis occupée à servir sa table quand je le sens arriver. Cette odeur, cette chaleur qui vibre au creux de mon ventre. Je peste silencieusement, décidément, il ne me facilite pas les choses. .
- Qu'est ce que je vous sert.
- Cinq bières, dit il en me fixant un peu trop longtemps à mon goût.
- Très bien, je vous apporte ça.
Je retourne au comptoir où je m'occupe de leurs commandes. Julien les a reconnut et me dit doucement.
- C'est les mecs d'hier ?
- M'en parle pas, j'espère qu'ils traîneront pas jusqu'à pas d'heure.
- Un problème avec eux ?
- Rien que je ne puisse gérer seule.
- OK.
Je le rassure avec un sourire et prend la commande pour aller les servir. En posant les verres sur la table, il se rapproche un peu de moi et presque aussitôt je fais trois pas en arrière.
- Tu ne veux toujours pas me parler, dit il.
- Et toi tu ne veux toujours pas partir visiblement.
- Je peux revenir tout les soirs tu sais.
- Jusqu'à ce que tu pousses la porte et que tu t'aperçoives que toi tu es ici alors que moi, je suis déjà à plusieurs centaines de kilomètres.
- Qu'est ce que tu cherches à fuir ?
- Ça dépend des jours, mais depuis hier, ce que je cherche à fuir, c'est toi.