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La Louve qui défiait l'Alpha

La Louve qui défiait l'Alpha

Auteur: Noahran
Genre: Loup-garou
À dix-huit ans, Fayra Emberwick n'a qu'un objectif : intégrer l'escouade de l'Alliance des Six et prouver qu'elle mérite sa place parmi les meilleurs combattants. L'amour ? Très peu pour elle. Les compagnons destinés ? Encore moins. Fayra refuse depuis toujours l'idée qu'une pleine lune puisse décider à sa place de l'homme qu'elle devra aimer. Puis elle rencontre Garrick. Alpha redouté, chef de l'escouade et combattant aussi dangereux qu'insupportablement séduisant, Garrick est habitué à donner des ordres et à être obéi. Fayra, elle, est probablement la pire recrue qu'il pouvait espérer rencontrer. Elle le défie. Il la pousse à bout. Elle refuse de céder. Il refuse de la laisser gagner. Entre eux, chaque affrontement devient plus intense, chaque regard plus dangereux, chaque contact plus difficile à oublier. Mais derrière l'arrogance de Garrick se cache un homme marqué par un passé sanglant. Des années plus tôt, la redoutable meute de l'Ombre a massacré sa famille et presque détruit les siens. Aujourd'hui, l'ennemi se rapproche à nouveau, et l'Alliance des Six pourrait bientôt devoir se battre pour sa survie. Alors que Fayra tente de devenir la guerrière qu'elle a toujours rêvé d'être, elle découvre que son combat le plus difficile ne se déroulera peut-être pas sur un terrain d'entraînement. Car son cœur commence à choisir Garrick. Et la prochaine pleine lune approche. Si le destin lui désigne un autre compagnon, Fayra devra choisir entre les lois de son monde... et l'homme qu'elle refuse désormais de perdre. Elle voulait défier un Alpha. Elle pourrait finir par défier le destin lui-même.
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Chapitre 1 No.1

Chapitre 1

Fayra

Je n'avais presque pas fermé l'œil de la nuit. Ces derniers jours avaient été éprouvants, entre la remise des diplômes du lycée et toutes les célébrations qui accompagnaient cette étape importante. Pourtant, malgré la fatigue, j'étais trop agitée pour réussir à trouver un véritable repos. D'une certaine manière, j'avais l'impression d'avoir attendu cette journée depuis toujours.

- Briella ! lançai-je en attrapant un oreiller avant de le projeter à travers la chambre.

Il atterrit sur la silhouette endormie de ma sœur, qui répondit aussitôt par un grognement mécontent.

Je traversai notre chambre à pas feutrés en direction de la salle de bain attenante, donnant au passage un coup de pied dans le cadre de son lit.

- Tu ferais mieux de te lever, sinon on va rater le bus.

J'allumai la lumière de la salle de bain, puis bâillai en observant mon reflet dans le miroir. Mes cheveux blonds, parfaitement raides d'ordinaire, formaient ce matin-là un désordre impossible. Je commençai donc par les démêler soigneusement, jusqu'à pouvoir les lisser et les attacher en une longue queue-de-cheval. Ensuite, je troquai mes grosses lunettes noires un peu trop sérieuses contre mes lentilles de contact, me brossai les dents, puis rangeai les derniers produits de toilette qu'il me restait à glisser dans mon sac.

Quand je ressortis, Briella était enfin assise dans son lit, encore à moitié prisonnière du sommeil.

Elle tendit la main vers sa table de chevet pour récupérer ses lunettes et posa les larges montures noires sur l'arête de son nez. Nous avions exactement les mêmes, et même si nous étions de vraies jumelles, j'étais persuadée qu'elle portait ce style studieux avec bien plus d'élégance que moi.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-elle d'une voix pâteuse en repoussant sa couette.

Je lui adressai un sourire par-dessus mon épaule, avant de hausser les sourcils d'un air malicieux.

- L'heure de déguerpir d'ici.

Briella et moi avions toujours vécu à Summervale. Notre petite ville tranquille, blottie au cœur des étendues sauvages du Colorado, n'aurait sans doute rien eu de remarquable aux yeux d'un simple voyageur de passage. Pourtant, tous ses habitants partageaient une chose essentielle : un secret jalousement gardé. Nous étions des métamorphes-loups.

La plupart des gens sont convaincus que les loups-garous appartiennent aux contes et aux légendes. En réalité, des meutes de métamorphes existent partout dans le monde, dissimulées au milieu des humains sans que ceux-ci ne s'en doutent. En tant qu'espèce, nous avons appris à vivre dans la discrétion, loin de l'attention générale. La plupart des meutes possèdent leurs propres territoires, leurs villes, leurs écoles, afin de rester séparées du reste de la population et de vivre sans craindre d'être découvertes. Nous nous méfions des étrangers, car depuis l'enfance, on nous répète qu'un humain mis dans la confidence pourrait, un jour, provoquer notre disparition.

Lorsque j'étais petite, je me souvenais souvent d'avoir surpris des conversations à voix basse au sujet de la sécurité de notre meute et de notre ville. En général, les meutes de métamorphes se surveillent de loin et évitent les conflits ouverts. Mais environ six ans plus tôt, un alpha avide de pouvoir, installé dans le nord-ouest du Pacifique, avait commencé à lancer des attaques coordonnées contre d'autres meutes. Il éliminait leurs chefs, absorbait leurs membres et s'emparait de leurs territoires. Peu à peu, il avait rassemblé sous son autorité une immense meute, qu'il avait baptisée la « meute de l'Ombre ». Tout indiquait qu'il ne comptait pas s'arrêter avant d'avoir soumis chaque meute d'Amérique du Nord.

Quand tout cela avait commencé, nous vivions dans l'angoisse permanente d'être les prochains sur sa liste. Briella et moi étions encore jeunes, et les adultes ne nous révélaient pas grand-chose. Pourtant, je me souvenais très bien de nos parents nous réunissant à plusieurs reprises pour nous expliquer des plans de fuite, au cas où notre territoire serait attaqué.

Notre situation avait changé environ cinq ans plus tôt, lorsque notre meute avait conclu une alliance avec cinq autres. Elles s'étaient installées dans les territoires voisins, et nous avions fini par former une sorte de grande coalition. Chaque meute conservait son indépendance, son alpha et son mode de vie, mais toutes se soutenaient et se protégeaient mutuellement. À l'origine, cette union était née d'une nécessité : survivre face à la menace grandissante de la meute de l'Ombre. Pourtant, avec le temps, elle s'était révélée bien plus bénéfique que prévu.

Notre coin du monde n'était plus aussi isolé qu'avant. L'arrivée de nouveaux habitants avait apporté davantage de possibilités, et la région s'était développée à une vitesse impressionnante. Aujourd'hui, nos territoires comptaient une brasserie florissante, un chalet de ski très fréquenté et une multitude d'entreprises prospères. Le tourisme, concentré aux abords de nos terres, rapportait beaucoup d'argent, tout en restant suffisamment éloigné du cœur de nos territoires pour éviter que des humains ne pénètrent réellement dans notre univers. Nous nous étions alliés pour survivre, mais désormais, nous prospérions.

Comme notre alliance regroupait six meutes, certains avaient commencé à l'appeler en plaisantant l'« Alliance des Six ». Le surnom était resté. Même si nous utilisions ce nom et que nos intérêts allaient dans la même direction, nous demeurions six meutes bien distinctes, chacune dirigée par son propre alpha. Chaque groupe vivait sur son territoire, selon ses habitudes et ses lois. Quand une décision concernait l'ensemble des territoires ou leur sécurité, les six alphas et leurs bêtas se réunissaient en conseil.

L'Alliance des Six possédait aussi une escouade de sécurité commune. Elle rassemblait les meilleurs combattants de chacune des six meutes et se chargeait aussi bien des grandes menaces que des patrouilles ordinaires aux frontières. Dès l'instant où cette escouade avait été créée, j'avais su que je voulais en faire partie. Non, plus que ça : il fallait que j'en fasse partie.

Je n'avais jamais été une élève brillante. Tandis que ma sœur jumelle enchaînait les excellentes notes avec une facilité déconcertante, moi, je séchais les cours et j'allais fumer en cachette derrière les gradins. Je sais, c'est terriblement cliché. Pourtant, même si Briella et moi avions partagé le même ventre, nous n'aurions pas pu être plus différentes. Elle était réfléchie, prudente, intelligente. Moi, j'étais impulsive, négligente et obstinée.

J'avais toujours eu un tempérament combatif, mais une sortie scolaire au centre d'entraînement de l'escouade, lorsque j'avais quatorze ans, avait marqué un véritable tournant. Jusque-là, je n'avais jamais beaucoup pensé à mon avenir. Ce jour-là, en observant ces combattants impressionnants s'entraîner avec une force et une maîtrise incroyables, quelque chose s'était éveillé en moi pour la première fois. J'avais trouvé ce que je voulais devenir. À partir de ce moment-là, je m'étais jetée corps et âme dans l'entraînement.

On ne rejoignait pas l'escouade de sécurité en remplissant simplement un formulaire. Après l'obtention du diplôme, il fallait survivre à un été d'entraînement brutal, puis être sélectionné. L'escouade était capitale pour la protection de l'Alliance des Six, alors elle recrutait activement. Lorsque j'étais encore au lycée, quelques combattants venaient une fois par semaine pour nous faire suivre un parcours d'entraînement. Ceux d'entre nous qui rêvaient d'intégrer l'escouade continuaient ensuite à s'exercer ensemble les soirs de semaine.

J'avais essayé de convaincre Briella de s'entraîner avec moi, mais elle préférait largement rester devant son ordinateur plutôt que se salir les mains. Finalement, cela lui avait réussi, car l'escouade de sécurité ne reposait pas uniquement sur les muscles. Une petite unité composée de spécialistes en informatique travaillait aussi pour elle, surveillant les mouvements de la meute de l'Ombre ainsi que toute autre menace potentielle. Briella était une sorte de petit génie du piratage informatique, alors on l'avait invitée à rejoindre cette unité. Elle n'avait même pas besoin de passer des épreuves ou de faire ses preuves. Elle était admise, tout simplement. Quelle chanceuse.

De mon côté, comme j'avais la mauvaise habitude de tout remettre à la dernière minute, j'étais encore en train de boucler ma valise pour le camp d'entraînement d'été, alors qu'il ne nous restait presque plus de temps. La valise posée sur mon lit débordait dangereusement, et je m'appuyai de tout mon poids dessus pour tenter de la fermer. De l'autre côté de la chambre, j'entendis Briella glousser en me regardant me débattre.

- Tu comptes m'aider ou juste profiter du spectacle ? grognai-je en déplaçant davantage mon poids sur le couvercle de la valise.

Je relevai la tête au moment où Briella quittait son lit. Elle traversa la pièce jusqu'à moi, me fit signe de m'écarter, puis se retourna avant de s'asseoir directement sur ma valise.

Chapitre 2 No.2

- Tiens, dit Briella en se tortillant pour placer tout son poids bien au centre de ma valise. Toi, ferme la fermeture. Tu as plus de force que moi.

Elle n'avait pas tort. Même si, génétiquement, nous étions parfaitement identiques - mêmes yeux bleus, mêmes longs cheveux blonds, même peau hâlée, même silhouette grande et élancée - mes quatre années d'entraînement m'avaient donné une musculature bien plus marquée que la sienne. Je luttai pendant plusieurs minutes avec la fermeture éclair, tirant dessus avec acharnement. Grâce au poids de Briella installé sur le dessus, je parvins enfin, par miracle, à dompter ma valise trop pleine.

Pendant que Briella filait dans la salle de bain pour se brosser les dents et se préparer, j'abandonnai mon pyjama pour enfiler un legging de yoga taille haute, une brassière de sport blanche et un t-shirt court de la même couleur. Elle réapparut quelques minutes plus tard, vêtue d'un jean noir et d'une chemise en flanelle, avant d'attraper sa propre valise soigneusement rangée dans un coin. Évidemment, elle avait déjà terminé ses bagages. Je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel.

Nous descendîmes ensuite prendre un petit déjeuner rapide avec nos parents, puis vint le moment des adieux. Maman était particulièrement émue à l'idée de voir ses deux filles désormais grandes quitter la maison. Quand je m'approchai pour la serrer dans mes bras, elle posa une main sur ma joue et encadra doucement mon visage entre ses paumes.

- Vous reviendrez au moins pour la course de la pleine lune ? demanda-t-elle.

Je dus retenir la réponse sarcastique qui me venait naturellement. Je savais qu'elle allait souffrir de notre absence, mais je savais aussi qu'elle avait une autre idée derrière la tête en nous parlant de cette course.

Briella et moi avions eu dix-huit ans le mois précédent, ce qui signifiait que nous pouvions désormais trouver nos compagnons. Le lien d'âme sœur était propre aux métamorphes-loups et ne pouvait se déclencher qu'une nuit de pleine lune. Si nous nous trouvions près de la personne que le destin nous avait réservée, nos louves nous guideraient l'une vers l'autre, et le lien se scellerait de lui-même.

Mes parents décrivaient toujours cette rencontre comme une expérience merveilleuse, presque sacrée. Moi, j'avais sans doute une vision plus amère des choses. Je trouvais assez injuste de ne pas pouvoir choisir librement la personne à aimer. Et si le destin me désignait quelqu'un de lamentable ? J'étais censée l'accepter simplement parce qu'une force invisible l'avait décidé ? À mes yeux, toute cette idée appartenait à un autre âge.

Briella ne partageait pas mon cynisme. Au fond, elle avait l'âme romantique. Pourtant, elle répétait qu'elle n'était pas prête à rencontrer son compagnon, pas encore. Elle ne voulait rien qui puisse la détourner de ses études ou de ses projets informatiques. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'elle n'avait jamais fréquenté personne au lycée. De mon côté, je n'étais sortie avec personne non plus, mais pour une autre raison : je ne voyais pas l'intérêt de m'attacher à quelqu'un qui, très probablement, ne serait jamais mon compagnon destiné. Les chances de choisir soi-même la personne que le destin nous réserve étaient tellement minces que je ne comprenais pas pourquoi on s'infligeait volontairement une peine de cœur presque certaine. Un jour, le destin ferait peut-être son choix pour moi. En attendant, je comptais bien vivre selon mes propres règles.

- On verra si on peut se libérer, répondis-je à ma mère, même si je n'avais pas réellement l'intention de revenir pour la course de la pleine lune.

Cet été, toute mon attention devait rester tournée vers l'entraînement.

Maman sourit et me serra contre elle avec force. Elle était plus petite que moi - Briella et moi tenions clairement notre taille de notre père - mais malgré sa silhouette menue, elle donnait les meilleures étreintes du monde. J'avais beau être impatiente de quitter enfin la maison, je devais reconnaître que ses câlins allaient me manquer.

Papa nous conduisit jusqu'à la place de la ville, où nous devions prendre le bus pour le camp d'entraînement. Sur le court trajet, il se montra étonnamment bavard. Il nous répéta combien il était fier de nous voir intégrer l'escouade, et, peu à peu, je commençai à réaliser à quel point mes parents allaient me manquer, tous les deux. Je refusai pourtant de m'attarder sur cette pensée. J'avais attendu ce jour pendant trop longtemps. C'était le premier jour du reste de ma vie.

L'Alpha Ashbourne était venu sur la place pour saluer le groupe de recrues de notre meute. Papa s'éloigna pour échanger quelques mots avec lui pendant que Briella et moi rejoignions nos camarades. Nous étions quinze de notre meute à partir pour le camp d'été, et plusieurs recrues chargeaient déjà leurs bagages dans le bus.

- Fayra ! Briella !

Je reconnus la voix de Bastian avant même de le voir. Il leva la main pour nous faire signe de venir le rejoindre, là où il se tenait avec Dorian près du bus.

Bastian et Dorian faisaient partie de mes amis proches. Depuis deux ans, nous nous entraînions ensemble les soirs de semaine. Bastian était grand, mince, avec des cheveux bruns un peu désordonnés et une peau dorée par le soleil. Il avait ce genre de beauté évidente, une mâchoire carrée, des traits harmonieux, un charme facile. Je supposais que cela ne me dérangerait pas vraiment s'il devait un jour se révéler être mon compagnon, même s'il lui faudrait d'abord sortir de la zone amicale. J'étais presque certaine qu'il avait toujours eu un faible pour moi. C'était un dragueur sans honte. Mais de mon côté, je n'avais jamais ressenti cette étincelle entre nous. Peut-être que le lien d'âme sœur était justement censé apporter ce genre de chose.

- Salut, beauté, lança Bastian d'une voix enjôleuse lorsque nous arrivâmes près d'eux, en m'adressant un clin d'œil.

Je levai les yeux au ciel en laissant échapper un petit rire.

- Salut, Bastian. Je vois que tu as voyagé léger.

- Mes affaires sont déjà dans le bus. Donne, je prends la tienne.

Avant même que je puisse protester, il attrapa la poignée de ma valise et la tira vers le compartiment à bagages.

- Je peux prendre la tienne, Briella, proposa Dorian en s'approchant d'elle.

Pour un garçon qui rêvait de devenir combattant, Dorian était l'un des types les plus doux que j'aie jamais rencontrés. Je n'avais jamais pensé qu'il possédait vraiment le tempérament nécessaire pour intégrer l'escouade de sécurité. Pourtant, lorsqu'il s'agissait de combat rapproché, il se révélait franchement impressionnant. Il n'était pas aussi grand que Bastian, mais il avait pris beaucoup de masse au cours de l'année précédente. Tandis qu'il transportait la valise de Briella vers le bus, les muscles dessinés sous son t-shirt se contractaient à chacun de ses mouvements. Dorian avait des cheveux blond sable et des yeux verts. Comme Bastian, il était objectivement séduisant. Contrairement à Bastian, en revanche, j'espérais vraiment qu'il ne serait jamais mon compagnon. Il était bien trop gentil. Je l'aurais écrasé sans même le vouloir.

L'Alpha Ashbourne prononça quelques paroles avant notre départ. En résumé, il nous rappela que notre comportement, durant notre absence, rejaillirait sur lui et sur toute la meute. Peu après, je me retrouvai à faire signe à mon père à travers la vitre du bus, tandis que celui-ci quittait la place de la ville.

- Ce n'est que pour quelques semaines, murmura Briella, davantage pour se convaincre elle-même que pour me rassurer.

Je me tournai sur mon siège afin de lui faire face.

- Tu ne comptes pas vraiment revenir pour la course de la pleine lune, si ?

Briella haussa les épaules en repoussant ses lunettes sur son nez.

- Je veux dire... ce serait quand même agréable de revoir papa et maman.

- Mais tu veux vraiment trouver un compagnon ? Déjà ? demandai-je avec un rire incrédule en secouant la tête. Ne laisse pas maman te mettre la pression.

- Ce n'est pas le cas, me coupa Briella.

Elle croisa les bras d'un air contrarié.

- Ils vont simplement me manquer, voilà tout. Et tu sais comment est ma louve. Elle a besoin de courir les soirs de pleine lune.

- Si tu le dis, répondis-je, le scepticisme transpirant dans ma voix.

Cette fois, ce fut à Briella de lever les yeux au ciel.

- On décidera plus tard, dit-elle, mettant clairement fin à la discussion.

Je savais que Briella ne rentrerait pas pour la course de la pleine lune si je refusais de l'accompagner. Mais je savais aussi que si elle le désirait vraiment, je finirais par venir avec elle. Nous n'avions peut-être plus grand-chose en commun, mais nous faisions encore tout ensemble. Elle était ma meilleure amie. Il n'existait personne au monde en qui j'avais davantage confiance.

- Alors, vous pensez que ça va être comment ? demanda Bastian.

Il passa un bras par-dessus le dossier du siège devant nous et tourna la tête dans notre direction. Dorian, assis à côté de lui, l'imita aussitôt et se pencha pour nous regarder, Briella et moi.

Je haussai les épaules.

- Les gens disent que c'est l'enfer. Mais honnêtement, je ne vois pas qui pourrait être mieux préparé que nous.

J'essayais de paraître détendue afin de dissimuler l'inquiétude qui montait en moi à l'approche du camp. Nous nous étions entraînés dur toute l'année, mais c'était maintenant que tout allait réellement compter. Et si je n'étais pas assez forte ? Et si on me renvoyait ? Je tentai de chasser ces pensées dès qu'elles apparurent, mais elles s'accrochèrent malgré moi.

- Moi, je suis juste content qu'on puisse faire ça tous ensemble, dit Dorian avec son grand sourire lumineux.

Aussitôt, une part de ma tension se dissipa.

- On verra si tu diras encore ça quand je te mettrai au sol pendant l'entraînement, répliquai-je en riant, lui donnant un petit coup de poing dans le bras.

- Oh, elle t'a bien eu ! lança Bastian en frappant à son tour le bras de Dorian d'un geste moqueur.

Dorian fit une grimace, leva les yeux au ciel et tira la langue.

Je me tournai vers Briella. Elle regardait par la fenêtre tandis que le bus s'engageait sur la route sinueuse qui traversait la forêt. Je distinguais son reflet dans la vitre, mais je n'arrivais pas à déchiffrer son expression. Était-elle nerveuse ? Triste ? Je tendis la main vers la sienne et la serrai doucement. C'était notre signal secret pour demander : « Ça va ? »

Briella tourna le visage vers moi et esquissa un petit sourire. Pourtant, je voyais bien qu'elle se forçait. Elle serra ma main en retour pour me dire que tout allait bien, mais quelque chose sonnait faux.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je.

Les garçons comprirent aussitôt, au ton plus bas de ma voix, qu'ils devaient nous laisser un peu d'intimité. Ils se retournèrent et s'enfoncèrent dans leurs sièges.

Briella secoua la tête.

- Rien.

Je haussai les sourcils, l'encourageant du regard à parler franchement.

Elle soupira.

- C'est juste que... ça va faire bizarre d'être loin de la maison. Loin de toi. C'est tout.

- Comment ça ? On va toutes les deux au camp d'entraînement.

Briella secoua encore la tête.

- On ne sait pas à quelle fréquence on se verra. Peut-être qu'on ne se verra même pas du tout. Toi, au moins, tu as Dorian et Bastian. Moi, je vais me retrouver seule.

Je repris sa main et la pressai avec douceur, pour la rassurer.

- Non, tu ne seras pas seule. On ne sait même pas encore comment les choses vont se passer. Tu ne peux pas déjà t'inquiéter comme ça.

Je lui offris un sourire que je voulus convaincant, mais je compris aussitôt qu'elle avait raison. Nous ignorions si nous allions nous croiser chaque jour durant l'été ou si nous serions séparées tout le temps. Une boule se forma dans ma gorge lorsque j'imaginai passer toute la saison loin de ma jumelle.

- Oui, souffla Briella en relâchant un peu ses épaules. Tu as raison. On verra bien.

Elle semblait un peu apaisée.

Moi, beaucoup moins.

Chapitre 3 No.3

Garrick

Les bus commencèrent à entrer dans l'enceinte du complexe de l'escouade un peu après neuf heures du matin, et j'étais déjà tendu. Le premier jour du camp d'entraînement me mettait toujours légèrement sur les nerfs, surtout lorsque les nouvelles recrues arrivaient. Le complexe se trouvait sur les terres de ma meute, et en tant qu'alpha, la sécurité des miens passait avant tout. Accueillir chaque année un groupe de loups venus d'autres territoires, même s'ils appartenaient à des meutes alliées, comportait forcément une part de risque. Depuis plusieurs années, le programme de formation de l'escouade donnait d'excellents résultats, mais on ne savait jamais quand un élément pourri pouvait se glisser parmi les autres. Je restais donc toujours prêt à examiner chaque nouvelle recrue de près.

Des années plus tôt, lorsque ma meute s'était unie aux autres pour former l'Alliance des Six, je m'étais immédiatement porté volontaire pour diriger l'escouade de sécurité. L'idée venait de moi. Je savais, par expérience, à quel point la meute de l'Ombre était dangereuse, et je voulais mettre en place des défenses solides, réfléchies et efficaces contre elle.

J'avais à peine dix-huit ans lorsque la meute de l'Ombre s'en était prise à la mienne. Nous avions résisté, mais seule la moitié d'entre nous avait eu la chance d'en sortir vivante. Mes parents avaient été tués pendant l'affrontement, faisant de moi le nouvel alpha bien avant que je sois prêt à porter un tel poids. J'avais rassemblé les survivants et nous avions fui avant que la meute de l'Ombre ne revienne terminer le massacre. Un mois plus tard, nous avions rejoint une autre meute, et cette rencontre avait finalement conduit à la création de l'alliance de l'Alliance des Six. Nos effectifs étaient si réduits qu'en toute honnêteté, je ne savais pas ce que nous serions devenus sans cette alliance.

Je n'étais pas prêt à devenir alpha à dix-huit ans, pourtant je m'étais adapté rapidement. Très vite, j'avais découvert que j'étais sacrément doué pour ça. J'avais créé l'escouade de sécurité, mis en place le recrutement, organisé le programme d'entraînement et continué à superviser l'ensemble tout en assumant mes responsabilités d'alpha auprès d'une meute qui ne cessait de grandir. Cinq ans s'étaient écoulés depuis nos débuts, et l'escouade fonctionnait désormais comme une mécanique parfaitement réglée. J'en étais fier comme un père peut l'être de son enfant.

Le complexe de l'escouade se trouvait sur le territoire de ma meute, à l'écart, au cœur des bois, à environ huit cents mètres de notre petite ville. L'endroit était immense : un centre d'entraînement couvert, une arène extérieure, une piste, un pôle informatique doté des technologies les plus récentes pour notre équipe de génies, des bureaux, ainsi que des baraquements pour les membres de l'escouade et les recrues. Toute l'Alliance des Six avait participé au défrichage du terrain et à la construction, qui s'était faite en quelques mois à peine. Pour un chantier réalisé aussi vite, le résultat était franchement impressionnant.

Les recrues descendaient peu à peu des bus et découvraient les lieux, tandis que le brouhaha de leurs conversations venait rompre le calme de la forêt. Cette année, nous en comptions quarante-neuf, un record absolu. Le plus gros contingent venait de la meute de Summervale, et nous avions également réussi à recruter chez eux une nouvelle recrue pour notre unité informatique. D'après ce qu'on m'avait dit, ce gamin était une sorte de prodige du piratage, et notre équipe de techniciens brûlait déjà d'impatience de l'accueillir.

- Votre groupe est bien fourni cette année, lançai-je à mon ami Tavon en observant les jeunes de Summervale quitter leur bus.

Tavon étira les bras devant lui et fit craquer ses articulations.

- Faut croire qu'on sait comment les élever, répondit-il avec un sourire en coin.

Tavon était le fils aîné de l'Alpha Ashbourne, le chef de la meute de Summervale. Il était destiné à prendre un jour la place de son père, même si Ashbourne n'avait manifestement aucune intention de lui céder le commandement de sitôt. Il avait dit à Tavon qu'il attendait encore qu'il mûrisse, ce qui, à vrai dire, se comprenait assez bien : ce type avait un tempérament explosif. Malgré cela, Tavon savait se montrer sérieux lorsque la situation l'exigeait. Il avait été mon bras droit lorsque nous avions lancé l'escouade, et depuis, il vivait presque en permanence au complexe. Il avait l'âme d'un alpha, aucun doute là-dessus. Honnêtement, il pouvait parfois se comporter comme un vrai con, mais nous nous entendions très bien. Il était probablement mon ami le plus proche.

Nous cinq, qui dirigions l'escouade, étions devenus particulièrement soudés, même si nous avions tous des tempéraments dominants. Tavon, Joren, Bram, Rhett et moi avions tous un peu plus de vingt ans, étions obsédés par l'entraînement physique et n'étions pas exactement connus pour notre patience. Nous mettre dans la même pièce aurait dû provoquer une catastrophe. Pourtant, d'une manière ou d'une autre, nous avions réussi à faire fonctionner les choses. À présent, nous étions presque des frères.

Je continuais d'observer les recrues descendre des bus d'un œil distrait lorsque je la vis pour la première fois. Même de loin, il était évident qu'elle était à couper le souffle. Une longue queue-de-cheval blonde, une peau parfaitement dorée, des jambes interminables. Elle venait de descendre du bus de Summervale, et j'étais sur le point de demander à Tavon qui elle était lorsqu'une autre fille apparut derrière elle. Je dus regarder une seconde fois.

Est-ce que je voyais double ?

Qu'une seule femme puisse être aussi attirante semblait déjà presque injuste, mais des jumelles ?

Parfois, Dieu donnait vraiment des deux mains.

La jumelle à la queue-de-cheval avait une allure sportive, le genre de fille qui savait manifestement ce qu'elle faisait dans une salle d'entraînement. À chacun de ses pas, je distinguais les muscles fermes de ses cuisses travailler sous son pantalon de yoga, et mon loup faillit hurler d'intérêt. Je parvins à peine à détourner les yeux d'elle assez longtemps pour observer l'autre jumelle, celle aux lunettes de hipster, qui paraissait un peu moins à sa place dans un camp d'entraînement. Elle portait un jean, bon sang.

- C'est quoi, l'histoire des jumelles ? murmurai-je à Tavon.

Lui aussi les regardait, presque en train de baver.

- La dernière fois que je les ai vues, ce n'étaient encore que des gamines. Elles ont sacrément grandi. Merde.

Tavon continua de les détailler avec un intérêt évident.

Je secouai la tête pour chasser les pensées qui commençaient à s'y installer. La meute de l'Ombre s'agitait de nouveau ces derniers temps, et la dernière chose dont j'avais besoin, c'était de me laisser distraire par une femme. Même par une blonde comme celle-là. Je pariais qu'elle aurait l'air sacrément tentante à genoux, sa queue-de-cheval enroulée autour de ma main.

Je me détournai et posai une main sur l'épaule de Tavon en me penchant vers lui.

- Doucement, mon vieux. On a du travail.

Tavon leva les yeux au ciel et me repoussa d'une bourrade.

- Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas s'amuser un peu cet été, répliqua-t-il avec un sourire narquois.

Je lui lançai un regard sévère, puis me tournai de nouveau vers les bus. Je portai mes mains en porte-voix autour de ma bouche.

- On se dépêche, les recrues ! criai-je.

Un rire m'échappa en les voyant soudain se hâter de récupérer leurs affaires et de se diriger vers nous.

Je levai les bras et désignai les baraquements.

- Déposez vos sacs là-bas, puis rassemblez-vous ici.

Je croisai les bras sur ma poitrine et observai avec amusement la masse de nouveaux stagiaires se bousculer presque les uns les autres dans leur empressement à déposer leurs bagages.

- Ça va être drôle, marmonna Tavon en riant pour lui-même.

J'acquiesçai avec un sourire.

- Ça l'est toujours.

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