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La Fureur du Rejet : Le Retour d'une Épouse

La Fureur du Rejet : Le Retour d'une Épouse

Auteur:: Nico Krayk
Genre: Romance
J'étais plantée devant l'Hôtel de Ville, serrant contre moi une demande de publication des bans, en attendant l'homme que j'aimais depuis cinq ans. Il était en retard. Encore une fois. C'était la 99e fois que Damien de la Roche me faisait passer après quelqu'un d'autre. Mais cette fois, une photo sur mon téléphone le montrait, tout sourire, avec son amour de lycée, Hadley Fournier, la femme qu'il n'avait jamais oubliée. Quand je suis rentrée à sa villa, Hadley était blottie contre lui. Sa mère, Cécile, rayonnait. Elle a offert à Hadley un bracelet, un héritage familial, tout en me congédiant comme une simple domestique. Damien, au lieu de s'excuser, m'a agrippé le bras, m'accusant de faire une crise. Il croyait encore avoir le contrôle. Je lui ai montré les papiers du mariage, déchirés, en lui disant que je ne voulais plus rien de lui. Sa réponse ? Me traîner jusqu'à ma chambre, me plaquer contre le mur et tenter de m'embrasser. Je lui ai dit qu'il était répugnant. Puis, mon père s'est effondré. Damien, voyant la veste qu'un agent de sécurité m'avait donnée, a refusé de me laisser emmener mon père mourant à l'hôpital, prétextant une crise de panique d'Hadley. Sa mère, Cécile, a crevé les pneus de la voiture et jeté les clés dans une fontaine, riant aux éclats pendant que mon père cessait de respirer. Mon père est mort. À l'hôpital, Damien m'a attrapée par la main, la serrant jusqu'à ce que je crie, me disant que c'était ce qui arrivait quand on lui désobéissait. Il ne savait toujours pas que la cicatrice dans mon dos venait de la greffe de peau que je lui avais donnée. Pourquoi avais-je tout sacrifié pour un homme qui me voyait comme sa chose, qui a laissé mon père mourir ? Pourquoi étais-je restée cinq ans, pour être traitée comme une moins que rien ? J'ai appelé Alexandre, mon frère adoptif, le PDG du Groupe Morin. Il était temps de rentrer. Il était temps que Damien de la Roche paie.

Chapitre 1

J'étais plantée devant l'Hôtel de Ville, serrant contre moi une demande de publication des bans, en attendant l'homme que j'aimais depuis cinq ans. Il était en retard. Encore une fois.

C'était la 99e fois que Damien de la Roche me faisait passer après quelqu'un d'autre. Mais cette fois, une photo sur mon téléphone le montrait, tout sourire, avec son amour de lycée, Hadley Fournier, la femme qu'il n'avait jamais oubliée.

Quand je suis rentrée à sa villa, Hadley était blottie contre lui. Sa mère, Cécile, rayonnait. Elle a offert à Hadley un bracelet, un héritage familial, tout en me congédiant comme une simple domestique. Damien, au lieu de s'excuser, m'a agrippé le bras, m'accusant de faire une crise. Il croyait encore avoir le contrôle.

Je lui ai montré les papiers du mariage, déchirés, en lui disant que je ne voulais plus rien de lui. Sa réponse ? Me traîner jusqu'à ma chambre, me plaquer contre le mur et tenter de m'embrasser. Je lui ai dit qu'il était répugnant.

Puis, mon père s'est effondré. Damien, voyant la veste qu'un agent de sécurité m'avait donnée, a refusé de me laisser emmener mon père mourant à l'hôpital, prétextant une crise de panique d'Hadley. Sa mère, Cécile, a crevé les pneus de la voiture et jeté les clés dans une fontaine, riant aux éclats pendant que mon père cessait de respirer.

Mon père est mort. À l'hôpital, Damien m'a attrapée par la main, la serrant jusqu'à ce que je crie, me disant que c'était ce qui arrivait quand on lui désobéissait. Il ne savait toujours pas que la cicatrice dans mon dos venait de la greffe de peau que je lui avais donnée.

Pourquoi avais-je tout sacrifié pour un homme qui me voyait comme sa chose, qui a laissé mon père mourir ? Pourquoi étais-je restée cinq ans, pour être traitée comme une moins que rien ?

J'ai appelé Alexandre, mon frère adoptif, le PDG du Groupe Morin. Il était temps de rentrer. Il était temps que Damien de la Roche paie.

Chapitre 1

« Je rentre à la maison, Alex. »

La voix d'Aliana Dubois était basse, presque un murmure, mais la décision résonnait en elle comme une bombe.

Elle se tenait devant l'Hôtel de Ville, le grand bâtiment de pierre témoin glacial de son humiliation. Elle portait une simple robe blanche, une robe pour laquelle elle avait économisé, une robe qu'elle croyait spéciale. Face aux colonnes imposantes et au bourdonnement de la ville, elle avait l'air bon marché, déplacée. Elle serrait la demande de publication des bans dans sa main, le papier déjà froissé par la sueur de ses paumes.

Il était en retard. Encore une fois.

C'était la 99e fois. Depuis cinq ans, elle attendait. Quatre-vingt-dix-neuf fois elle s'était tenue ici, ou dans un restaurant, ou à un événement où il avait promis de l'accompagner, et quatre-vingt-dix-neuf fois, Damien de la Roche avait choisi quelqu'un d'autre.

« Il ne viendra pas, n'est-ce pas ? » La voix d'Alexandre crépitait au téléphone, basse et dangereuse.

Aliana ne répondit pas. Elle fixait l'entrée, une lueur d'espoir s'éteignant dans une lente et douloureuse agonie.

Elle attendait depuis des heures, et les talons bon marché qu'elle portait lui sciaient la peau. Une douleur aiguë lui traversa la jambe, une souffrance familière due à une vieille blessure. Elle changea de pied, s'appuyant contre un mur de pierre froid pour trouver un peu de soutien. La surface rugueuse érafla son bras nu.

« Aliana, ce salaud n'en vaut pas la peine, » dit Alexandre, la voix tendue de fureur. « Il se sert de toi depuis cinq ans. Rentre à la maison. La famille Morin peut tout te donner. Tu n'as pas besoin d'être la bonniche d'un gosse de riche. »

Le mot « bonniche » la piqua au vif, mais c'était la vérité. Elle était la fille du chef de la sécurité de la famille de la Roche, mais depuis cinq ans, elle était l'aide-soignante personnelle de Damien, son infirmière, son tout.

Et son paillasson.

D'un geste soudain et définitif, Aliana baissa les yeux sur les papiers dans sa main. Son propre nom, Aliana Dubois, était écrit proprement sur une ligne. L'autre était vide. Elle déchira le papier en deux, puis encore, et encore, jusqu'à ce que les morceaux soient trop petits pour être déchirés. Elle les laissa tomber, une pluie de confettis blancs qui dansèrent dans le vent avant de se poser sur le trottoir sale.

« Je vais rentrer, » dit-elle, la voix enfin stable. « Mais tu dois me promettre quelque chose. »

« N'importe quoi. »

« Mon père... il a travaillé pour les de la Roche toute sa vie. Je dois l'emmener avec moi. Il doit prendre sa retraite et être soigné correctement. »

« Bien sûr, » dit Alexandre sans hésiter. « Je vais m'occuper de lui trouver les meilleurs médecins. J'envoie une voiture tout de suite. »

Alors qu'elle raccrochait, son téléphone vibra. Un nouveau message. D'un ami. Une photo. Elle l'ouvrit.

C'était Damien, souriant. Il était dans un restaurant chic, et assise en face de lui se trouvait Hadley Fournier, son amour de lycée, la femme qu'il n'avait jamais oubliée. Il lui donnait un morceau de gâteau, les yeux pleins de cette affection qu'Aliana avait désespérée pendant cinq ans.

Aliana fixa la photo, mais elle ne ressentit rien. Pas de larmes, pas de colère. Juste un vide immense et glacial. C'était fini.

Tout avait commencé cinq ans plus tôt.

Damien de la Roche, le golden boy, l'athlète star d'un empire immobilier, avait crashé sa voiture de sport. L'accident avait été effroyable. On l'avait sorti de l'épave, le corps mutilé, les jambes paralysées.

Aliana était là. Elle n'était qu'une étudiante à l'époque, sur le chemin du retour, mais elle n'avait pas hésité. Elle avait couru vers les flammes, ignorant le danger.

Elle l'avait tiré de la voiture quelques instants avant qu'elle n'explose. La force du souffle l'avait projetée sur le bitume, lui arrachant la peau du dos.

Mais ce n'était que le début de son sacrifice. À l'hôpital, le corps de Damien lâchait. Il avait besoin d'une greffe de moelle osseuse, une procédure risquée, et personne dans sa famille n'était compatible.

Aliana s'était fait tester. Elle était parfaitement compatible.

L'intervention fut un supplice. Ils lui prélevèrent de la moelle de la hanche, un don secret et douloureux dont elle ne lui parla jamais. Elle l'endura, croyant que cela sauverait l'homme qu'elle aimait.

Quand Damien se réveilla, le premier nom qu'il appela ne fut pas le sien. C'était celui d'Hadley. Il hurla le nom d'Hadley, qui s'était envolée pour l'Europe dès qu'elle avait appris qu'il était paralysé.

Sa convalescence fut un cauchemar. La paralysie avait brisé sa fierté, le rendant amer et cruel. C'était un monstre, piégé dans un corps brisé.

Il jetait des objets. Il hurlait des insultes. Il essayait d'arracher les perfusions de ses bras. Il voulait mourir.

Aliana, encore faible de sa propre opération, tentait de l'arrêter. Elle lui tenait la main, son propre corps endolori, et essayait de calmer ses rages.

« Laisse-moi tranquille ! » grondait-il en la repoussant. « Tu n'es que la fille d'un domestique ! Qu'est-ce que tu sais de ma douleur ? »

Ses mots la blessaient, mais elle restait. Elle restait parce qu'elle se souvenait du garçon qu'il était, celui qui lui souriait quand elle n'était qu'une enfant traînant dans le domaine. Celui qui lui avait un jour donné un bonbon en lui disant qu'elle avait un joli sourire.

Elle l'aimait depuis qu'elle était petite. Un béguin secret et sans espoir pour le garçon riche pour qui son père travaillait.

Un jour, au plus profond de son désespoir, alors qu'il tenait un éclat de verre contre sa propre gorge, elle se confessa.

« Damien, je t'aime, » murmura-t-elle, les larmes coulant sur son visage. « S'il te plaît, ne fais pas ça. Je resterai avec toi. Quoi qu'il arrive. Je ne te quitterai jamais. »

Elle passait chaque instant avec lui. Elle le nourrissait, le lavait, lui faisait la lecture. Elle devint ses mains et ses pieds. Elle était son ombre.

Elle devint même la messagère de son amour à sens unique. Elle écrivait des lettres à Hadley pour lui, déversant son chagrin sur le papier, puis les postait consciencieusement, sachant que chacune était un morceau de son propre cœur qu'elle envoyait au loin.

Sa mère, Cécile de la Roche, la surveillait avec méfiance. « Qu'est-ce que tu cherches, ma fille ? » demandait-elle, les yeux froids. « Tu penses que parce que tu t'occupes de lui, tu auras une part de la fortune des de la Roche ? »

« Je ne veux rien, » répondait Aliana doucement. « Je l'aime, c'est tout. »

Finalement, Damien commença à dépendre d'elle. Il s'habitua à sa présence. Un jour, il la demanda en mariage.

« Épouse-moi, Aliana, » dit-il, la voix dénuée d'émotion. « Hadley ne reviendra pas pour un infirme. Mais si elle voit que je suis marié, peut-être qu'elle sera jalouse. Peut-être qu'elle reviendra. »

Son cœur se brisa, mais elle dit oui.

Pour lui, elle renonça à tout. Une lettre d'acceptation de l'École Polytechnique arriva, une bourse complète pour un doctorat en informatique. C'était son rêve. Elle regarda la lettre, puis Damien dans son fauteuil roulant, et la cacha dans un tiroir, pour ne plus jamais la revoir.

Sa vraie famille, les Morin, les milliardaires de la tech qui l'avaient perdue enfant et retrouvée juste avant l'accident, la supplièrent de rentrer.

« Il n'en vaut pas la peine, Aliana, » avait plaidé Alexandre. « Rentre à la maison. Tu es notre princesse. »

Mais elle refusa. Elle choisit Damien.

Elle se consacra à sa rééducation. Elle apprit des techniques de massage spécialisées, étudiant des heures chaque nuit. Elle poussait et tirait ses membres inertes, son propre corps tendu, ses mains devenant rugueuses et calleuses. Elle endurait ses sautes d'humeur, ses insultes, ses rages.

Puis, un miracle. Après cinq ans, la sensation revenait dans ses jambes. C'était lent, mais ça arrivait. Le jour où il fit son premier pas sans aide fut le même jour où une lettre d'Hadley arriva. Elle rentrait à la maison.

Aliana avait préparé son gâteau préféré ce jour-là, une petite célébration de ses progrès. Elle alla dans sa chambre, le cœur plein d'espoir, pour trouver Hadley déjà là, dans ses bras.

« C'était toi, Hadley, » disait Damien, la voix chargée d'émotion. « C'est de penser à ton retour... c'est ça qui m'a donné la force de remarcher. »

Aliana se tenait sur le seuil, tenant le gâteau, se sentant comme un clown dans une robe bon marché à la fête de quelqu'un d'autre. Il ne l'avait même pas remarquée. Il n'avait pas reconnu les cinq années de sa vie qu'elle avait consacrées à sa guérison. Tout était pour Hadley.

Les rendez-vous pour le mariage commencèrent après ça. Il avait promis de l'épouser, et il tiendrait parole, disait-il. Mais à chaque fois, Hadley avait une « crise ». Un mal de tête. Un ongle cassé. Un mauvais rêve. Et à chaque fois, Damien se précipitait à ses côtés, laissant Aliana attendre.

Quatre-vingt-dix-huit fois.

Elle se disait que ce serait différent. Elle se disait qu'une fois mariés, il la verrait. Il la verrait enfin.

Mais aujourd'hui, debout devant l'Hôtel de Ville pour la 99e fois, regardant une photo de lui avec une autre femme, une pensée unique et claire traversa le brouillard de son amour.

Les talons qu'elle portait étaient un cadeau de sa part. Il lui avait jeté la boîte la semaine dernière. « Porte ça au prochain rendez-vous, » avait-il dit. « Essaie d'avoir l'air décente. »

Ils étaient une pointure trop petite. Ils lui pinçaient les pieds, une douleur constante et lancinante.

Et maintenant, elle comprenait. À ses yeux, elle ne serait jamais à sa place. Elle n'était qu'un objet à utiliser et à jeter.

Elle n'attendrait pas la 100e fois.

Il n'y aurait pas de 100e fois.

La décision était prise. Elle partait. Elle rentrait à la maison.

Chapitre 2

Quand Aliana revint à la villa des de la Roche, la gouvernante, Martine, la regarda avec pitié.

« Mademoiselle Aliana, vous êtes de retour... » commença Martine, sa voix s'éteignant.

« Ce n'est rien, Martine. J'ai l'habitude, » dit Aliana, la voix plate. Elle n'avait plus d'énergie pour la déception.

Elle se dirigea vers le salon et s'arrêta sur le seuil. La scène à l'intérieur était comme un portrait de famille parfait, un portrait dont elle ne ferait jamais partie.

Damien était sur le canapé, et Hadley était blottie contre lui, la tête sur son épaule. Sa mère, Cécile de la Roche, était assise en face d'eux, rayonnante d'approbation. C'était une image de bonheur domestique, et Aliana la trouva grotesquement ironique.

Hadley la vit la première et sursauta, comme si elle avait été prise en faute.

« Aliana ! Tu es de retour ! Damien était si inquiet, » dit Hadley, sa voix dégoulinant d'une fausse douceur. « Ma voiture est tombée en panne, et il a dû venir me chercher. Je suis tellement désolée. »

Cécile renifla avec dédain. « Certaines personnes ne connaissent tout simplement pas leur place. Damien, tu n'as pas à t'excuser auprès d'une domestique. »

Cécile ouvrit alors une boîte en velours. À l'intérieur se trouvait un magnifique bracelet en émeraudes. C'était un héritage de la famille de la Roche, transmis de génération en génération.

« Hadley, ma chérie, » dit Cécile, la voix mielleuse. « Ceci appartient à la future Madame de la Roche. Je veux que tu l'aies. »

« Madame de la Roche, je ne peux pas, » dit Hadley, feignant la modestie, mais ses yeux étaient rivés sur les pierres scintillantes.

Damien semblait mal à l'aise. « Maman, Aliana et moi devions... »

« Deviez quoi ? » le coupa Cécile. « Hadley est la seule digne d'être ta femme. Regarde-la, si élégante. Et regarde... elle. » Elle fit un geste dédaigneux vers Aliana.

Hadley, toujours bonne actrice, jeta un coup d'œil à Aliana. « Oh, Aliana, je suis si désolée. Tout est de ma faute. Je n'aurais pas dû appeler Damien. Tu dois être si contrariée. »

Aliana s'avança, son expression indéchiffrable. Elle s'arrêta devant Hadley et prit le bracelet des mains de Cécile.

« Il est magnifique, » dit Aliana, d'une voix calme. Elle prit la main délicate et manucurée d'Hadley et lui passa le bracelet au poignet. « Il vous va à ravir. »

La peau d'Hadley était douce et lisse. Aliana baissa les yeux sur ses propres mains, sur les callosités et les petites cicatrices dues à des années de rééducation et de tâches ménagères. Le contraste était saisissant.

« Voilà, » dit Aliana en reculant. « C'est parfait. »

Elle se tourna pour partir.

« Aliana, attends ! » cria Damien, réalisant enfin quel jour on était. « Les papiers du mariage... »

Il la suivit dans le couloir, lui attrapant le bras. « J'allais venir. La voiture d'Hadley est vraiment tombée en panne. »

« Je sais, » dit Aliana, sans le regarder.

« Alors pourquoi tu réagis comme ça ? » demanda-t-il, sa voix montant en frustration. « Ce n'est qu'un bout de papier. On peut le faire n'importe quand. »

« Tu devrais retourner auprès de ta mère, » dit Aliana, le ton glacial. « Et de Mademoiselle Fournier. »

Elle avait toujours appelé sa mère "Madame de la Roche". La formalité soudaine de "ta mère" ne lui échappa pas. C'était une ligne qui venait d'être tracée.

« Qu'est-ce qui ne va pas avec toi ? » lança-t-il, sa prise se resserrant. « Tu fais une crise parce que j'étais en retard ? Après tout ce que j'ai fait pour toi, te laisser rester ici... »

« Tout ce que tu as fait pour moi ? » l'interrompit Aliana, sa voix dangereusement basse. Elle se tourna enfin pour lui faire face, et ses yeux étaient comme des éclats de glace. « Ou est-ce après tout ce que j'ai fait pour toi ? »

Il parut décontenancé par son ton. « N'essaie même pas de me faire culpabiliser avec ça. Je te suis redevable, je le sais. Mais ça ne veut pas dire que tu me possèdes ! »

L'accusation, si infondée et cruelle après cinq ans de dévouement désintéressé, fut le coup de grâce. Un rire amer s'échappa de ses lèvres.

Elle plongea la main dans son sac et en sortit les morceaux déchirés de la demande de mariage. Elle les tint devant son visage.

« Tu as raison, » dit-elle, la voix tremblant légèrement. « Tu ne me dois rien. »

Elle laissa les morceaux s'échapper de ses doigts, se dispersant à ses pieds comme des feuilles mortes.

« Et je ne veux plus rien de toi. »

Son visage s'assombrit de rage. « Tu crois que ce petit drame va changer quelque chose ? Tu crois que faire une crise va me donner plus envie de toi ? »

Il l'attrapa, la tirant contre lui. « Tu veux être Madame de la Roche ? Très bien. Mais ne me refais plus jamais un coup pareil. C'est moi qui décide si et quand on se marie. Pas toi. »

Il croyait encore avoir le contrôle. Il croyait encore qu'elle était la même fille faible qui ferait n'importe quoi pour lui.

« Lâche-moi, Damien, » dit-elle, la voix vide de toute émotion.

« Qu'est-ce que tu as dit ? » gronda-t-il, sa fierté blessée.

« J'ai dit, lâche-moi, » répéta-t-elle, le regardant droit dans les yeux. « Et va t'occuper d'Hadley. Elle avait l'air si effrayée quand je suis entrée. Tu devrais la réconforter. »

Il fut si stupéfait par sa froideur que sa prise se desserra. Il sentit un étrange malaise, une lueur de quelque chose qu'il ne pouvait nommer, mais il l'ignora.

Elle faisait juste son cinéma. Elle s'en remettrait. Elle s'en remettait toujours.

« Très bien, » dit-il en la lâchant. « Reste dans ta chambre et calme-toi. Je t'appellerai quand je serai prêt à m'occuper de toi. »

Il se tourna et retourna au salon, vers Hadley, sans accorder un second regard à Aliana.

Aliana le regarda partir. Un sourire amer effleura ses lèvres.

M'appeler ? pensa-t-elle. Tu n'auras plus mon numéro bien longtemps.

Le jeu était terminé. Et elle avait enfin décidé d'arrêter de jouer.

Chapitre 3

Aliana prit une longue douche chaude, essayant de laver la crasse de la journée, la souillure de cinq ans d'humiliation. Quand elle sortit, enroulée dans une serviette, elle trouva son placard vide.

Ses robes bon marché, ses jeans usés, ses simples t-shirts – tout avait disparu.

Elle comprit instantanément ce qui s'était passé. Elle sortit de sa chambre et se dirigea vers l'arrière de la maison. Là, à côté des poubelles, se trouvait un tas de ses vêtements, jetés comme des ordures.

C'était l'une des punitions préférées de Cécile. Chaque fois qu'Aliana faisait quelque chose qui lui déplaisait, elle retrouvait ses affaires à la poubelle. C'était un rappel de sa place, un message lui signifiant qu'elle et ses affaires étaient jetables.

Cette fois, cependant, Aliana regarda simplement le tas et ressentit un étrange sentiment de soulagement.

Parfait, pensa-t-elle. Ça m'évite la peine de faire mes valises.

Elle retourna dans sa chambre, épuisée, et tomba dans un sommeil profond et sans rêves.

Le lendemain matin, elle se réveilla et dut enfiler la même simple robe que la veille. C'était la seule chose qui lui restait.

Elle descendit pour le petit-déjeuner. Cécile était à table, sirotant son thé, un air suffisant sur le visage.

« Oh, regardez, » ricana Cécile en lorgnant la robe d'Aliana. « Toujours avec les vêtements d'hier ? Je suppose que c'est tout ce que tu peux te permettre. Certaines personnes n'ont aucune honte. »

Damien était là aussi, l'air impatient. « Aliana, va me chercher ma mallette. Et ma cravate, la bleue. J'ai une réunion tôt ce matin. »

Autrefois, elle se serait dépêchée d'obéir, servante silencieuse et efficace. Elle aurait été chercher ses affaires, ajusté sa cravate et lui aurait tendu sa mallette avec un sourire plein d'espoir.

Cette fois, elle passa devant lui sans un mot et se versa un verre d'eau.

Il la dévisagea, stupéfait. « Tu ne m'as pas entendu ? »

Aliana but une lente gorgée d'eau, puis se tourna pour lui faire face. Ses yeux étaient froids et clairs.

« Va le chercher toi-même, » dit-elle.

La pièce entière tomba dans le silence. La mâchoire de Cécile se décrocha. Damien avait l'air d'avoir reçu une gifle.

« Qu'est-ce que tu viens de me dire ? » exigea-t-il, la voix dangereusement basse.

« J'ai dit, va le chercher toi-même, » répéta Aliana, la voix égale et calme. « Je ne suis pas ta domestique. Et à partir d'aujourd'hui, je ne suis plus une résidente de cette maison. Je pars. »

Elle posa son verre sur le comptoir et se dirigea vers la porte, ignorant leurs visages stupéfaits.

Sa destination était les modestes quartiers du personnel à l'arrière du domaine, où vivait son père. Sa chambre était simple mais propre. Il était assis sur une chaise près de la fenêtre, l'air pâle.

Les talons bon marché qu'elle portait encore lui pinçaient les pieds à chaque pas, une douleur aiguë et lancinante qui lui remontait dans la jambe. Elle grimaça, la douleur physique un écho sourd de l'agonie dans son cœur.

Les mots de Damien de la veille résonnaient à ses oreilles : « N'essaie même pas de me faire culpabiliser avec ça. »

Tous ses sacrifices, tout son amour, réduits à une simple tentative de culpabilisation.

Quand elle atteignit la chambre de son père, la vue de sa silhouette frêle fut la dernière fissure dans son armure. Les larmes qu'elle avait retenues se libérèrent enfin.

Elle courut vers lui, enfouissant son visage sur ses genoux, et sanglota.

« Papa... je suis désolée, » pleura-t-elle, son corps secoué de tremblements. « Je suis tellement, tellement désolée. »

M. Dubois, un homme bon au cœur fragile, lui caressa doucement les cheveux. « Ce n'est rien, Lia. Ce n'est pas ta faute. Tu aurais dû partir il y a longtemps. »

« On s'en va, Papa, » dit-elle en le regardant, le visage strié de larmes. « On part aujourd'hui. Ensemble. »

« Bien, » dit-il avec un sourire triste. « C'est ma fille. »

Elle prit la décision sur-le-champ. Elle ne remettrait plus jamais les pieds dans la villa des de la Roche.

Après s'être ressaisie, elle alla dire au revoir aux autres membres du personnel, les quelques personnes qui lui avaient montré de la gentillesse. Alors qu'elle traversait la maison principale, Cécile lui barra le chemin.

« Où crois-tu aller comme ça ? » hurla Cécile, le visage déformé par la rage. « Espèce de sale gosse ingrate ! Après tout ce qu'on a fait pour toi ! »

Aliana l'ignora et tenta de passer.

Cécile, dans un accès de fureur, la poussa violemment.

« N'ose pas me tourner le dos ! »

Aliana trébucha, son corps affaibli par l'épuisement et le tumulte émotionnel. La poussée l'envoya s'étaler sur le sol en marbre.

En tombant, l'arrière de sa robe se souleva, exposant sa peau.

Un hoquet collectif parcourut la pièce. Hadley, qui observait depuis la touche, poussa un cri perçant.

Le long du dos d'Aliana, de son omoplate à sa taille, courait une longue cicatrice, irrégulière et hideuse. C'était la cicatrice de la greffe de peau qu'elle avait secrètement subie pour aider à guérir les brûlures sur le dos de Damien après l'accident, un don dont il n'avait jamais eu connaissance.

Hadley pointa un doigt tremblant. « Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est immonde ! »

Damien, qui avait suivi l'agitation, fixa la cicatrice. Sa première réaction, instinctive, fut le dégoût. Il recula, faisant un pas en arrière, son visage un masque de répulsion.

Il tira Hadley derrière lui, la protégeant comme si Aliana était une sorte de monstre.

Aliana tomba au sol, le marbre froid choquant sa peau. Son premier réflexe fut de rabaisser sa robe, de cacher la cicatrice, de cacher sa honte.

La voix cruelle de Cécile fusa dans l'air. « Répugnant ! Avoir une chose aussi hideuse sur le corps. Pas étonnant que tu ne trouves pas d'homme. Tu es de la marchandise avariée. »

Aliana se figea. Elle cessa d'essayer de se couvrir. Elle releva lentement la tête et regarda Damien.

Elle le vit protéger Hadley, vit la révulsion non dissimulée dans ses yeux. C'était l'homme qu'elle avait sauvé, l'homme pour qui elle avait sacrifié son corps et son avenir.

Sa voix trembla lorsqu'elle demanda : « Tu trouves ça répugnant aussi, Damien ? »

Il ne répondit pas. Il serra juste Hadley plus fort, son silence une confirmation plus forte que n'importe quel mot.

« Éloigne-la de moi, » marmonna-t-il, les yeux fixés sur le visage pâle d'Hadley. « Elle fait peur à Hadley. »

Un son, comme du verre brisé, résonna dans la pièce silencieuse. C'était le rire d'Aliana. Il commença comme un petit gloussement et devint un son sauvage, désespéré, qui tenait plus du sanglot que du rire.

Cinq ans. Cinq ans de dévouement, de sacrifice, d'amour. Et tout se résumait à ça. Il la regardait, regardait la preuve de son sacrifice gravée sur sa peau, et tout ce qu'il ressentait était du dégoût.

« Dehors ! » hurla Cécile en montrant la porte. « Sors ton corps répugnant de ma maison ! »

Kévin Lemaire, un jeune agent de sécurité fidèle au père d'Aliana, s'avança. « Madame de la Roche, cette cicatrice, c'est parce que... »

« Kévin, arrête, » dit Aliana, sa voix soudainement calme. Le rire s'était éteint, laissant derrière lui une quiétude troublante.

Les yeux de Damien se plissèrent en la voyant parler à un autre homme. « De quoi vous chuchotez, vous deux ? Kévin, tu es viré ! Dehors ! »

Il se dirigea vers Aliana, lui attrapant le bras et la relevant brutalement.

« Tu as joué avec moi tout ce temps, n'est-ce pas ? » cracha-t-il, le visage près du sien. « C'est ta nouvelle ruse ? Attirer la sympathie avec une vieille cicatrice ? »

Il la traîna vers sa petite chambre à l'arrière de la maison, sa poigne comme du fer. La dernière parcelle de son amour pour lui se transforma en poussière.

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