Le goût métallique du sang emplissait ma bouche alors que la douleur dans ma tête me rappelait une réalité monstrueuse.
Mon propre frère, Robert, serrait l'écharpe en soie autour de mon cou, ses yeux brillants d'une haine folle.
Il m'assassinait, me reprochant d'avoir remporté l'honneur du « Meilleur Champagne », un prix qu'il jugeait destiné à Darlene, notre demi-sœur illégitime.
Ma dernière image fut son sourire suffisant, sortant une fausse lettre de suicide pour m'accabler de crimes non commis.
Puis, tout est devenu noir, ma vie s'éteignant par la main de celui qui aurait dû me protéger.
Je me disais : « Pourquoi tant de haine ? Pourquoi suis-je la cible de son odieuse jalousie ? »
Mais un coup de feu assourdissant a déchiré le silence et j'ai brusquement rouvert les yeux.
J'étais revenue au moment précis où les gangsters avaient envahi notre domaine, ma mère n'avait pas encore été blessée.
Cette fois, je ne serais plus la victime.
Le goût métallique du sang emplissait ma bouche, et la douleur aiguë dans ma tête me ramenait à la réalité.
L'odeur de la poudre à canon flottait dans l'air, mélangée à celle, plus douce, du champagne renversé.
Je suffoquais.
Une écharpe en soie, celle que j'avais offerte à ma mère pour son anniversaire, se serrait autour de mon cou.
La main qui la tenait appartenait à mon frère, Robert.
Ses yeux, habituellement ternes, brillaient d'une haine folle.
« Cet honneur... il appartenait à Darlene. Toi, tu ne mérites rien. »
Sa voix était un murmure rauque, plein de satisfaction.
L'honneur dont il parlait était le prix du « Meilleur Champagne de l'Année » que je venais de remporter pour notre domaine familial, Fowler.
Et Darlene, sa précieuse Darlene, notre demi-sœur illégitime, avait disparu après avoir orchestré l'invasion de notre domaine par des gangsters.
Mon crime ? Avoir survécu et sauvé notre réputation.
Ma vision se brouillait, et la dernière image que j'ai vue était le sourire suffisant de Robert alors qu'il sortait une fausse lettre de suicide de sa poche.
Une lettre où je « confessais » mes crimes.
Puis, tout est devenu noir.
Un coup de feu assourdissant a déchiré le silence.
J'ai ouvert les yeux brusquement.
La panique, la douleur, la suffocation... tout avait disparu.
J'étais dans le grand hall du domaine Fowler. L'air était encore chargé de l'odeur de la fête, du champagne et des fleurs.
Mais le son des tirs et les cris au loin étaient bien réels.
Je n'étais pas morte.
J'étais revenue.
Revenue au moment exact où les gangsters avaient fait irruption dans le domaine.
C'était le soir du 21ème anniversaire de Darlene.
Pour lui plaire, mon frère Robert avait déplacé tous les gardes de sécurité vers notre château en banlieue pour un stupide feu d'artifice privé, laissant le domaine sans défense.
Dans ma vie précédente, j'avais perdu un temps précieux à essayer de l'appeler, à espérer qu'il revienne nous sauver.
Cette fois, je ne ferais pas la même erreur.
« Maman ! »
J'ai crié, mon cœur battant à tout rompre. Je me suis précipitée vers sa chambre.
Trop tard.
Comme dans mon souvenir, j'ai trouvé ma mère, Carole Fowler, effondrée sur le sol, une tache de sang s'étendant sur sa robe de soirée.
La même blessure. Le même cauchemar.
« Madame ! Mademoiselle Juliette ! »
Marie, notre vieille servante, se tenait près d'elle, tremblante mais essayant de la protéger.
« Marie, aide-moi ! On l'emmène à la cave ! Vite ! »
J'ai ignoré la douleur dans mon cœur et j'ai agi. Nous avons soulevé ma mère, dont le corps était affreusement lourd et inerte.
La cave à vin souterraine était notre seule forteresse. Les murs étaient épais, la porte en acier massif.
Nous avons réussi à nous y réfugier avec quelques employés loyaux. J'ai tourné la lourde clé dans la serrure, le cliquetis métallique sonnant comme une petite victoire.
Ma mère respirait à peine. Son visage était pâle.
Je ne pouvais pas attendre ici. Je ne pouvais pas compter sur Robert.
Je savais ce que je devais faire. C'était le dernier recours que mon père m'avait confié avant sa mort.
« Marie, écoute-moi attentivement. »
Je l'ai regardée droit dans les yeux.
« Prends ce briquet. Va à l'ancien entrepôt, celui où nous stockons les vieux fûts et les caisses. Mets-y le feu. »
Marie a écarquillé les yeux, choquée.
« Mais, Mademoiselle... »
« Fais-le ! Il nous faut une diversion. Un grand incendie. Assez grand pour que tout Paris le voie. Pendant ce temps, je sors la voiture. Je dois emmener ma mère au quartier général du GIGN. »
Le GIGN. Le Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale. Notre dernière carte.
Marie a compris l'urgence. Elle a hoché la tête, le visage crispé par la détermination.
« Je le fais, Mademoiselle. Faites attention. »
Pendant qu'elle partait, j'ai pris une profonde inspiration. Cette fois, je ne serais pas la victime. Je sauverais ma mère.
Et je ferais payer tous ceux qui nous ont trahies.
Les flammes s'élevaient haut dans le ciel nocturne, peignant les nuages en orange et rouge.
Le chaos était total. Les gangsters, distraits par l'incendie soudain, ont relâché leur surveillance sur la sortie principale.
C'était ma chance.
J'ai démarré le moteur de la vieille Bentley de mon père. Le son puissant a rugi, couvrant le crépitement du feu.
Marie a réussi à ouvrir le portail. J'ai appuyé sur l'accélérateur, et la voiture a bondi en avant, traversant les jardins piétinés.
Ma mère était allongée sur la banquette arrière, gémissant doucement. Chaque bosse sur la route devait être une torture pour elle.
« Tiens bon, maman. On y est presque. »
Mes mains serraient le volant si fort que mes jointures étaient blanches.
Le trajet jusqu'au centre de Paris m'a semblé une éternité. Les sirènes commençaient à hurler au loin, répondant à l'incendie que nous avions provoqué.
Enfin, le bâtiment imposant du quartier général du GIGN est apparu. Des gardes armés se tenaient devant, leurs visages sévères.
J'ai freiné brusquement devant la barrière, faisant crisser les pneus.
Un homme s'est approché. Grand, bien bâti, dans un uniforme impeccable.
Mon cœur a sombré.
Kyle Moore. Mon fiancé.
Et un capitaine du GIGN.
Dans ma vie précédente, je ne l'avais pas contacté directement. Mais je savais qu'il était de service ce soir-là.
« Juliette ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »
Son ton était agacé, pas inquiet.
« Kyle, laisse-moi entrer ! Il y a des gangsters au domaine ! Ils ont tiré sur ma mère ! Elle est en train de mourir ! »
Ma voix était rauque, désespérée.
Kyle a froncé les sourcils. Il a jeté un regard dédaigneux à ma robe de soirée déchirée et à mon visage couvert de suie.
« Encore un de tes drames ? C'est l'anniversaire de Darlene. Robert m'a dit que tu ferais une crise de jalousie. Mais je ne pensais pas que tu irais jusqu'à inventer une histoire pareille. »
Il a ri. Un rire froid et méprisant.
« Des gangsters ? Vraiment ? Et tu as mis le feu à ton propre domaine pour rendre ton histoire plus crédible ? »
« Ce n'est pas une histoire ! » j'ai crié, en ouvrant la portière arrière. « Regarde ! Regarde ma mère ! »
La vue de ma mère, inconsciente et ensanglantée, a fait taire son rire. Une lueur de doute a traversé ses yeux, mais elle a vite disparu.
« C'est du faux sang ? C'est impressionnant. Tu aurais dû faire du théâtre, Juliette. »
À ce moment précis, son téléphone a vibré. Il a jeté un coup d'œil à l'écran.
Je savais qui envoyait le message. Robert.
Le visage de Kyle s'est durci. Il a lu le message, puis m'a regardé avec une colère froide.
« Robert dit que tu es devenue folle. Que tu as essayé de blesser Darlene et que tu as mis le feu au jardin qu'elle aimait tant. »
Il a rangé son téléphone.
« Il dit que je dois te "discipliner" pour la famille. Pour t'apprendre une leçon. »
Il a fait un signe à deux de ses hommes.
« Sortez-la de la voiture. »