LA FEMME DE MON MARI
CHAPITRE UN
Elle le regarda comme si c'était la première fois qu'elle le voyait. En y réfléchissant bien, ce n'était pas faux, puisque d'après les explications fournies par sa mère, elle devait avoir cinq ans la dernière fois qu'il avait mis les pieds dans ce village. Aujourd'hui, âgée de dix-neuf ans, elle ne se souvenait pas de lui. Elle avait pourtant bien essayé une centaine de fois, parce ce que c'était aujourd'hui même qu'elle allait devenir sa femme, oui bien sûr sa femme.
Elle avait encore le souvenir de ce jour où, de retour des champs, son père l'avait convoqué pour lui dire que l'homme qui allait devenir son mari depuis toujours allait rentrer. Elle avait alors eu peur. Comment allait-elle réagir devant cet inconnu dont sa mère lui rappelait souvent l'existence ?
N'était-ce pas vrai que ce mariage avait été décidé dès sa naissance ?
-Ah tu as vraiment de la chance sœurette, lui souffla sa sœur près d'elle.
Humm, pouvait-on appeler cela de la chance ? Être promis à quelqu'un avant de savoir distinguer les choses, n'est-ce pas ce que lui avait dit son père ?
-Ma fille, n'oublie pas que tu es promise depuis ta naissance au fils de mon frère en ville. Je ne te demande pas ton avis, mais juste t'informer.
Lui avait-on une fois demandé son avis ? Ne venait-il pas de gâcher son année scolaire qui tirait bientôt à sa fin ? Et que pouvait-elle bien dire à ce sujet ? La parole de son père n'avait jamais été remise en question, jamais.
Aujourd'hui, elle se trouvait là dans cette case, en train d'espionner la réunion tenue par les grands du village au sujet de son mariage. Elle n'avait toujours connu que ce village qui se trouve dans la région de Diourbel. Situé à des milliers de kilomètres de la ville, elle n'avait jamais eu la chance de le quitter pour voir ce qui se cachait dehors. Pourtant, on raconte que la vie était belle dans les villes: de grands écrans de télévision, de hauts bâtiments, une nouvelle technologie hors du commun, etc. Ça faisait rêver pour une fille qui vivait dans un village qui n'avait même pas d'électricité. Oh, la seule chose qui la rapprochait de la grande ville était ce téléphone en modèle ancien qui lui permettait de faire des échanges avec certains de ses proches.
En y songeant bien, elle aimait ce village, même s'il n'y avait rien de particulier si ce n'est ces petites cases qui servaient de dortoir ainsi que de vastes champs qui leur permettaient de survivre. Beaucoup de choses manquaient dans ce village, mais ce qui constituait sa richesse, ce dont les habitants se réjouissaient c'est l'amour, la tolérance et le partage qui y régnait: dès qu'une chose manque chez toi, tu peux le retrouver chez ton voisin. Aujourd'hui, néanmoins, elle devra dire adieu à ce village, car cette fois elle le quittera définitivement pour aller vivre avec son mari.
***
Revenant à la réalité, elle vit ses sœurs en train de rire du spectacle dont elles faisaient face. Ayant grandi dans une famille polygame, elle fut le seul enfant de sa mère. Aujourd'hui elle devait l'honorer comme une digne fille.
La vie n'était pas facile dans une maison où quatre femmes se battaient pour un seul homme. Combien de fois avait-elle assisté à des disputes insensées dans la cour de la maison en l'absence du chef de famille ?
Combien de fois avait-t-elle essuyé les larmes qui perlaient sur les joues de sa mère ? Elle lui avait bien donné ce conseil:
-Ma fille, tu vois tout ce que je subis dans cette maison. Pourtant j'y reste, non par contrainte, mais par choix. Laisse-moi alors te dire une chose: Qu'importe l'attitude qu'aura ton mari à ton égard, n'élève jamais ta voix devant lui et ne lui manque jamais de respect. Il est le chef et il ne peut y avoir deux rois dans un seul royaume. Accepte, supporte et ferme les yeux sur ses agissements. Si tu as mal, alors entre dans ta chambre et pleure.
Promets-moi que jamais tu ne quitteras ce mariage.
Elle se demanda ce qu'elle devait répondre après le discours de cette femme qui l'avait mis au monde ? Elle regardait chaque coin et recoin pour ne rien oublier. Elle avait déjà la nostalgie de son terroir. Elle était encore en train de rêver lorsqu'elle vit une de ses tantes entrer dans la case.
-Seynabou, ton père demande à ce que tu les rejoignes, lui dit-elle en lui lançant un regard méprisant.
Depuis l'annonce du mariage, beaucoup de rancunes avaient vu le jour. Les autres femmes en voulaient à son père de l'avoir choisi elle comme celle qui devait épouser le riche jeune homme. Il courrait dans les rumeurs qu'il est un homme riche, dirigeant ses propres affaires dans la Capitale.
Elle lui enjamba le pas pour aller retrouver son géniteur. Arrivant près d'eux, elle les salua en baissant les yeux. Son père reprit la parole pour la présenter à sa nouvelle famille. La tête baissée, elle se demandait ce qu'ils devaient penser d'elle ? Pour faire une bonne impression, elle avait choisi le style naturel. Étant d'une beauté rare, elle semblait tout droit sortir d'un de nos contes africains qui narraient l'existence de la beauté des femmes ensorcelantes. Elle était un peu petite de taille, avec une forte poitrine ainsi que des hanches larges qui se balançaient au rythme de ses pas. Sa peau était aussi noire que la nuit et elle avait de si grands yeux, un nez bien droit et des lèvres charnues.
Plus personne dans le village ne mettait en doute sa beauté. Les hommes en tombaient fous dès le premier regard et les filles la jalousaient. Pourtant, elle n'était pas consciente de cette beauté qui faisait que beaucoup d'hommes ont cherché à l'avoir mais qu'aucun n'avait réussi, puisque déjà promise à quelqu'un d'autre.
-Ma fille approche toi, entendit-elle dire la femme qui devait être sa belle-mère.
En attendant son père pour avoir son approbation, elle s'approcha de la concernée.
-Oh que tu es magnifique ! Entendit-elle s'exclamer.
Elle avait plusieurs fois entendu cette phrase mais refusait d'y croire. A quoi bon être magnifique, si cela devait rester éphémère. Ne pouvant y résister, elle jeta un coup d'œil à son mari qui la regardait droit dans les yeux.
Elle allait retourner à sa place lorsque sa mère lui fit signe de rester. Obéissante comme toujours, elle resta sur place et les écoute encore parler lorsque soudain, des cris de joie se font entendre:
-À partir d'aujourd'hui, je vous donne ma fille qui, dès qu'elle sortira de ce village accompagnée de vous, ne sera plus la mienne mais la vôtre.
Des exclamations vinrent de partout. Elle était bien consciente que la majorité se réjouissait de ce mariage, ceci du fait que sa belle-famille avait apporté beaucoup de choses pour bien se faire remarquer dans le village.
Une sorte de bienveillance pour avoir la bonne grâce de tout le monde.
-Allez la préparer pour le départ, ordonna son père.
Elle voit sa mère lui faire signe de la suivre dans sa case. Elle se leva en faisant signe de respect aux grands du village avant de rejoindre sa mère.
-N'oublie pas tout ce que je t'ai enseigné ma fille, par la grâce de Dieu ne me fais pas honte. [Elle hocha la tête] N'oublie pas que jamais une femme doit tourner le dos à son mari et que jamais tu ne dois te refuser à lui. Il est ton maître, ne discute jamais ses ordres, réalise ses désirs avant même qu'il ne te le demande. N'oublie pas aussi qu'on retient un homme par son ventre. Ventre plein, visage heureux.
Elle continua juste à hocher la tête. Elle ne comptait plus le nombre de fois que sa mère lui avait répété ces mots. Elle le regarda sortir son plus beau bijou: un bracelet en argent avant de le lui mettre au poignet. Le jour où elle l'avait mis pour la première fois, sa mère le lui avait arraché des mains, disant que c'était un cadeau de sa grand-mère le jour de son mariage à elle. Depuis lors, sa mère la gardait précieusement promettant de la lui donner le jour de son mariage. Ce jour était arrivé plutôt qu'elle ne le pensait. Elle ressentait un pincement au cœur à l'idée de quitter sa mère.
Sans pouvoir retenir ses larmes, elle l'agrippa fortement en la serrant contre elle. Sa mère, sa seule amie depuis toujours allait beaucoup lui manquer après son départ. Elle sentit sa mère renifler derrière son cou avant de se détacher d'elle. Elle la regarda dans les yeux et lui promit de venir lui rendre visite à chaque fois qu'elle le pourra. En réalité, ces mots n'étaient que pour la réconforter. Les préparatifs étant finis, elle sortit de la case sous les derniers conseils de sa mère. Elle regardait cette voiture dans laquelle se trouvaient déjà ses petites affaires. On voyait le reflet des gens à travers le feu de bois allumé devant la maison. Elle embrassa une à une ses sœurs et en dernier lieu sa mère qui lui rappela d'être une bonne femme. Placée dans le véhicule, elle n'arrivait à distinguer ses paires à cause de ses larmes qui ne cessaient de couler.
Elle entendit le vrombissement et eut à peine le temps de regarder sa mère que la voiture commençait à s'éloigner. Elle regardait encore et encore derrière elle jusqu'à ne plus voir des tas d'arbres derrière eux. Elle se tourna alors et vit assis près d'elle son mari. Celui avec qui elle était lié pour toujours.
CHAPITRE DEUX
Arrivée vers l'aube, elle était en train de dormir lorsqu'on la réveilla et pour la première fois, elle entendit la voix de cet homme.
-Descends nous sommes arrivés, maugréa-t-il comme si elle lui avait fait quelque chose.
Sans piper mot, elle descend de la voiture en regardant devant elle avec émerveillement. Jamais elle n'avait vu une maison aussi grande. Ses yeux brillaient face à tant de splendeur. Son père étant très conservateur, ne laissait jamais les femmes aller en ville. Elle restait patiemment qu'on l'invite à entrer.
Cependant, elle ne cessait de regarder autour d'elle, voyant clairement les rues grâce aux lampadaires installées l'une à quelques mètres de l'autre. Elle n'avait jamais vu pareil, juste en entendait parler. Cela peut paraître bizarre mais pas impossible. Elle l'entendit claquer le capot avant d'aller ouvrir la porte sans un mot.
Elle se demandait ce qui lui arrivait ? Et en plus, elle voulait lui poser la question à savoir où étaient les autres voitures qui venaient avec eux.
-Si tu veux passer la nuit dehors, autant me le dire. Se plaint-t-il.
Elle ramassa alors le sachet qu'elle gardait en main avant de se précipiter vers lui. Il ne souriait pas, elle l'avait bien remarqué. En plus, il était beau, oui très beau. Elle s'en est rendu compte dès leur arrivée chez elle. Il était descendu de la voiture avec tellement de grâce. Ce qui le caractérisait à première vue c'est sa grande taille: il était grand, vraiment grand avec une peau métissée qu'il aurait héritée de sa mère (elle a fait le constat dès qu'elle a vu cette dernière). Un corps bien bâti, des épaules larges, des yeux profonds encadrés par de longs cils épais. Elle avait été interrompue dans sa description par une de ses demi-sœurs.
Maintenant elle était avec lui, marchant derrière ses jambes. Elle le regardait ouvrir les portes avant de l'inviter à entrer dans une des pièces.
-C'est ici ta chambre, lui dit-il sèchement avant de la laisser sur place.
Elle le regardait partir vers la direction opposée et entrer devant une porte avant de disparaître. Elle restait là étonnée. C'est quoi le problème de son époux ? Elle pensa alors que peut-être c'est l'effet du long voyage qui l'a mis de si mauvais humeur. Elle entra
donc dans la chambre qui lui était destinée. Elle demanda si c'est bien leur chambre principale parce que ça manquait cruellement de goût. La peinture était en beige et blanche au plafond, un petit lit ornait la place, ainsi qu'une petite armoire. C'est ça la chambre des villes ? Elle espérait au fond d'elle que non, mais fatiguée par le voyage, elle pose ses affaires et se couche sur le lit, se disant que son mari allait sûrement lui montrer la vraie chambre le lendemain.
En se réveillant à l'aube pour prier, elle se rendit compte qu'elle ne savait pas où se trouvaient les toilettes. Ouvrant la porte, elle marcha en suivant son intuition. Elle ouvra une porte et voit qu'il s'agissait de la cuisine. C'est en ouvrant une autre qu'elle les trouva enfin. Ses ablutions faites, elle sort son tapis de prière qu'elle avait amené avec elle ainsi qu'un voile. Elle entama alors sa prière comme toute bonne musulmane. Elle pria deux rakats avant de faire le salut final. Joignant ses deux mains, elle commence à demander à son Seigneur de la protéger ainsi que sa famille, de l'aider à surmonter les épreuves qui se dresseront sur son chemin et aussi de toujours lui donner la foi. Elle continua à faire des invocations ainsi que des tasbihs jusqu'au lever du soleil.
Comme une bonne femme, elle se dirigea vers les toilettes pour prendre une douche. Finissant son bain, elle partit s'habiller de sa plus belle robe. Sortant de nouveau de la chambre, elle se dirigea vers la cuisine et trouva sur place tout ce dont elle avait besoin pour concocter un bon déjeuner. Comme elle ne savait pas ce qu'il aimait réellement, elle prépara deux plats différents. Heureusement chez elle, son frère ramenait des livres de Cuisine. Aimant trop la cuisine, elle aidait même ses tantes quand c'était leur tour. Après avoir fini de préparer le déjeuner, elle posa le tout dans un plateau avant de se diriger là où elle avait vu son mari entrer la nuit dernière.
Elle toqua une, deux, trois fois sans réponse. Elle se dit alors que son mari était sorti. Pour en être certaine, elle ouvrit lentement la porte et le vit couché sur ce lit. Elle avala péniblement sa salive en voyant ce torse vigoureux qui lui faisait face. Le drap qui devait le couvrir n'était qu'à moitié. En s'approchant, elle pouvait mieux voir ses traits du visage. Même si elle s'en était rendue compte hier, c'était plus flagrant à cet instant. Elle posa alors le plateau dans une petite nappe qui servait de décoration, pensa-t-elle. La chambre était tellement grande et spacieuse. Un lit baldaquin était au centre avec, à sa gauche, une grande armoire d'où elle comptait déjà six battants, alors qu'à sa droite, il y avait
une grande coiffeuse, si grande qu'on pouvait y voir tout ce qui se trouvait dans la chambre. Ce qui la perturba était le grand miroir qui se trouvait en face du lit, permettant d'avoir une vue parfaite sur celui-ci. Elle allait encore regarder une porte qui était à sa droite lorsqu'elle entendit cette voix qui avait hanté les rêves de sa nuit dernière.
-Putain, tu fous quoi ici ? Cria-t-il
-je... Je... je suis... bégaya-t-elle en ayant peur d'avoir commis un crime.
Elle le vit se lever avant de venir se mettre en face d'elle. Il la dominait de toute sa hauteur, lui faisant voir, combien elle était petite. Elle baissa alors les yeux ne pouvant faire face aux siens.
-Qui t'a permis de rentrer dans cette chambre ? Explosa-t-il
Elle avait peur de répondre, que pouvait-elle lui dire? Personne ne l'avait invité dans celle-ci. Elle essaya qu'à même de lui expliquer la situation.
-Je suis venue t'apporter ton déjeuner.
-Quoi ? Dit-il
-Je suis venue...
-J'ai entendu cela. Ce que j'aimerais savoir, c'est qui t'a permis d'entrer dans cette chambre.
Il épelait chaque mot comme si elle ne parlait pas la même langue.
-Je te demande pardon, balbutia-t-elle en le sentant tendu.
- Épargne-moi de cet air d'innocente. Je veux que tu ramasses cette merde [il désigna le plateau] et que tu sors d'ici.
Elle resta là choquée. Comment ça une merde ? Et pourquoi se comportait-il ainsi? Elle ne lui avait pourtant rien fait. Pour ne pas augmenter sa colère, elle prit le plateau et sortit de la chambre. En sortant, elle l'avait entendu jurer. Qu'avait-elle fait de mal ? N'était-ce pas du rôle de la femme de s'occuper de son mari ? Elle retourna dans la cuisine et posa le tout sur la table de service, quand elle entendit une voix derrière elle.
-Euh bonjour, je peux savoir qui vous êtes ?
Elle se tourne sur cette voix douce et calme qui ne pouvait appartenir qu'à une femme.
-Euh je suis la f...
-Ce n'est personne d'important Maty. Entendit-elle dire la voix qui lui criait tout à l'heure.
Elle resta encore plus choquée qu'avant. Elle était bien sa femme non ? Alors pourquoi réagissait-il ainsi ? En plus qui est cette femme dont son mari ne veut pas qu'elle ait connaissance de son identité ? Elle la fixa lorsque celle-ci détourna son regard pour le poser sur son mari avant de dire:
-Excusez-moi monsieur pour ce retard, il y'avait beaucoup d'embouteillages. Explique-t-elle
-Ce n'est pas grave, inutile de m'expliquer le pourquoi. Si tu veux bien me faire mon déjeuner se serait bien, l'entendit-elle dire en souriant pour la première fois.
Waouh c'est quoi cette attitude avec cette personne, alors qu'il y'a quelques minutes, il lui criait dessus?
-Donnez-moi dix minutes monsieur, souffla la concernée.
Elle pensait qu'il allait sortir comme il est rentré, mais se tourna vers elle pour lui dire:
-Toi, viens on va parler.
Elle le suit dès qu'il sortit et le voit se diriger vers des escaliers. Que pouvait-il bien lui dire après avoir tant crié? Arrivée au deuxième étage, elle le voit ouvrir une grande porte vitrée et y entra.
-Assieds-toi, ordonna-t-il lorsqu'elle rentra dans le salon.
Il ferma ainsi la porte avant de commencer à parler.
-Bon déjà, je vais être bref avec toi. Pour moi tu n'es rien. Grommela-t-il
Elle ouvrait la bouche, ne croyant pas à ce qu'elle venait d'entendre.
-Saches simplement que si j'ai accepté ce mariage, c'est à cause de la pression de mes parents, mais je n'ai rien à faire de toi. Hier j'étais là-bas parce qu'on m'avait forcé la main, si je le pouvais, jamais je n'aurais mis les pieds dans ce trou perdu. Déjà, je te mets en garde, ne me pousses pas à bout parce que crois-moi, tu n'aimerais pas voir la suite. Et deuxièmement, je t'annonce déjà que je suis en couple avec une femme que j'ai moi-même choisi, et bientôt, très bientôt, elle deviendra ma femme. Je te défends de te présenter comme telle devant qui que ce soit, si tu ne veux pas retourner dans ton trou là. Pour terminer, évites de te mettre devant mon chemin et sois aussi loin que possible de moi, pour ta survie.
Il claque de nouveau la porte en sortant.
CHAPITRE TROIS
******CHEIKH*****
Il sort du salon en soufflant enfin. Tout ça était de la faute de ses parents. Il se demandait encore comment était-ce possible que ces pratiques continuent d'exister au vingt-et-unième siècle. Lui Cheikh, un homme de trente ans, dirigeant une entreprise de plusieurs millions de francs Cfa avec plus de cinq cent personnes qui travaillent sous ses ordres. Il vient de laisser ses parents lui choisir une femme, cinq ans qu'il combattit avec eux pour ne pas l'épouser, mais en vain. Pff aujourd'hui il l'a sur le dos. Se retrouver avec cette espèce de..., il ne trouva même pas de mots pour qualifier ce genre de personnes qu'il croyait disparues avec le moyen âge. Hier, il s'est beaucoup retenu pour ne pas exploser, se demandant pourquoi
ces gens n'ont en vue que le poids de leur poche. Il était resté hébété en les voyant ouvrir grands les yeux devant tout l'argent et les matériaux apportés par sa famille. Il les comparait à des mouches volant autour du miel. Ils n'avaient rien, mais il pense qu'ils auraient pu se retenir jusqu'à leur départ. Et ce vieux ? Il se demandait encore c'était quoi son problème. Il parlait de sa fille comme s'il s'agissait d'un objet qu'on offrait au plus généreux. Heureusement qu'il pouvait oublier cette mésaventure auprès de sa bien-aimée, en pensant à elle, il l'appela aussitôt.
-Allô mon amour.
-Oui le plus beau, s'exclame celle-ci avec joie
-Hum, ça je le sais. Alors ça te dirait qu'on se voit maintenant ?
-Ah désolée, mais ce n'est pas possible my heart, i am very busy.
-Toi aussi, depuis deux semaines déjà qu'on s'est pas vu et tu me racontes quoi ? Souffla-t-il.
-Ah, chéri c'est le boulot, comprends moi.
-Te comprendre ? Je ne fais que ça, mais toi de ton côté tu me comprends ? Sort-t-il avec rage
-Hé, il t'arrive quoi ? On dirait que je te manque beaucoup, lui dit-elle d'un air coquin.
-Pff
-Je dois te laisser, je vais retourner au boulot, on se rappelle plus tard.
Elle lui raccroche direct sans lui laisser le temps de répondre. Il jura encore dans sa barbe avant de jeter son portable sur le lit. Il se demandait ce qu'il avait fait au bon Dieu, si ce n'était pas à cause de son long voyage, il serait parti au bureau aujourd'hui même. Mais il était sûr d'être de mauvaise humeur.
******Seynabou*****
Elle réfléchissait encore et encore en repensant aux mots que venait de lui sortir son époux. L'a-t-il épousé uniquement parce qu'il a été forcé? N'était-ce pas ce dont l'avait prévenu sa mère ? En effet, elle lui avait bien donné ce conseil « tu ne peux pas forcer un homme à t'aimer, mais tu peux lui montrer que tu es indispensable. ». Ce rappel lui fit du bien et elle se dit ok, mais jusqu'où il pouvait aller.
Elle se leva, déterminée à remplir pleinement son rôle d'épouse. Au lieu d'aller s'enfermer dans la chambre, elle retourna dans la cuisine et y trouva la jeune femme que son mari avait nommée Maty.
-Vous allez préparer quoi pour le repas ? Questionna-t-elle
-Euh, je n'ai pas encore demandé à monsieur, lui répondit-elle.
-Inutile de le faire. Je peux vous faire confiance ?
-Euh oui je crois.
Alors, elle lui conta toute l'histoire et à la fin elle la vit la bouche grandement ouverte.
-Waouh donc vous êtes sa femme ?
Elle hocha juste la tête.
-Mais pourquoi il a dit tout à l'heure que
vous...
-Laisses tomber, car moi-même, je ne sais pas c'est quoi son problème.
-Hum
-J'aimerais te demander un service.
-Oui, je t'écoute.
-J'aimerais moi-même faire la cuisine pour lui, mais il ne doit pas savoir que c'est moi.
-Hum, est-ce une bonne idée madame ?
-T'inquiète et pas de madame, moi c'est Seynabou.
Elles restèrent là à parler de tout et de rien.
Deux semaines déjà qu'elle était dans cette maison en tant qu'épouse, mais voyait rarement son mari. Avec Maty, elle avait trouvé un bon équilibre.
Maty avait sa propre chambre dans la maison et ne rentrait chez elle que par quinzaine.
Heureusement que la présence de Maty l'aidait beaucoup à tenir. Elle venait de terminer le déjeuner avant de demander à Maty d'aller servir monsieur. Celle-ci lui avait avoué que monsieur avait souligné que la cuisson paraissait différente, que c'était devenue plus succulente que d'habitude. Pour sauver la mise, elle lui avait menti. Depuis ce jour, elle fait encore plus attention à faire les repas dans les heures d'absence de son mari. C'est elle qui s'occupait de sa chambre, de son linge, presque de tout ce dont il avait besoin. Elle allait
encore retourner dans sa chambre lorsque Maty vient lui dire que son mari demandait après elle. Elle toqua, une, deux fois avant d'entendre sa voix.
-Entre, dit-il avec une voix grave.
Elle resta là près de la porte comme si elle avait peur de l'approcher.
-Ma mère va venir passer quelques jours chez moi et pendant tout son séjour, je ne veux pas qu'elle se doute de quoi que ce soit. Alors tu peux déplacer tes affaires ici pendant ce temps.
Elle resta là à le fixer des yeux, et ne pipa mot.
-N'oublies surtout pas, tous les gestes que j'aurai à ton égard ne seront que pour faire croire à maman que nous sommes heureux, la prévint-il.
Elle continua de l'écouter parler en se demandant s'il lui arrivait de réfléchir avant de parler. Penser qu'elle allait lui faciliter la tâche, c'était ne pas bien la connaître.
-Tu m'as bien entendu ? Interrogea-t-il en levant ses yeux.
-......
-Je te parle non ?
-Ahh tu me parlais à moi ? Lui demanda-t-elle en souriant.