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La Disparue de Grasse

La Disparue de Grasse

Auteur:: Adonie
Genre: Moderne
Je suis Amélie, une Nez, héritière d\'une dynastie de parfumeurs. Mon atelier à Grasse, baigné des senteurs de jasmin et de fleur d\'oranger, est mon sanctuaire. Loin de ce havre de paix, à Paris, ma fille Louna et mon mari Julien, si souvent distant. Un appel de Julien a brisé ma sérénité : Louna, 5 ans, avait "fait une bêtise", renversé de la peinture sur sa précieuse antiquité. Sa "punition" ? Le balcon, en plein hiver parisien. Mon estomac s\'est noué. En arrivant, j\'ai trouvé ma fille glacée, inanimée, enfermée dehors. À l\'intérieur, Julien et sa cousine Chloé, indifférents. Il a murmuré m\'avoir toujours vue comme une imitation, Louna et moi moins qu\'un objet. Il a brûlé les jouets de notre fille, déclarant qu\'elle "se serait volontiers sacrifiée" pour le fils de Chloé. Elle, m\'a battue. La douleur s\'est muée en une colère cristalline. Lui, mon mari, avait anéanti ma fille pour un fantasme, nous effaçant comme de vulgaires accessoires. Comment pouvait-il déformer notre mémoire, l\'existence même de notre enfant, avec une telle monstruosité ? Depuis mon lit d\'hôpital, une vérité implacable s\'est imposée. Je ne pleurerais plus. J\'allais disparaître, le monde me croirait morte. Mais cette "mort" ne serait pas la mienne, mais le signal de sa propre chute, et le début de ma renaissance.

Introduction

Je suis Amélie, une Nez, héritière d\'une dynastie de parfumeurs. Mon atelier à Grasse, baigné des senteurs de jasmin et de fleur d\'oranger, est mon sanctuaire. Loin de ce havre de paix, à Paris, ma fille Louna et mon mari Julien, si souvent distant.

Un appel de Julien a brisé ma sérénité : Louna, 5 ans, avait "fait une bêtise", renversé de la peinture sur sa précieuse antiquité. Sa "punition" ? Le balcon, en plein hiver parisien. Mon estomac s\'est noué.

En arrivant, j\'ai trouvé ma fille glacée, inanimée, enfermée dehors. À l\'intérieur, Julien et sa cousine Chloé, indifférents. Il a murmuré m\'avoir toujours vue comme une imitation, Louna et moi moins qu\'un objet. Il a brûlé les jouets de notre fille, déclarant qu\'elle "se serait volontiers sacrifiée" pour le fils de Chloé. Elle, m\'a battue.

La douleur s\'est muée en une colère cristalline. Lui, mon mari, avait anéanti ma fille pour un fantasme, nous effaçant comme de vulgaires accessoires. Comment pouvait-il déformer notre mémoire, l\'existence même de notre enfant, avec une telle monstruosité ?

Depuis mon lit d\'hôpital, une vérité implacable s\'est imposée. Je ne pleurerais plus. J\'allais disparaître, le monde me croirait morte. Mais cette "mort" ne serait pas la mienne, mais le signal de sa propre chute, et le début de ma renaissance.

Chapitre 1

Je suis à Grasse, dans l'atelier historique de ma famille. L'air est saturé des parfums de la fleur d'oranger et du jasmin. C'est mon sanctuaire, mon héritage. Je suis Amélie, une "Nez", héritière d'une dynastie de parfumeurs.

Mais aujourd'hui, mon cœur n'est pas à la création. Il est à Paris, avec ma fille, Louna.

Mon téléphone sonne. C'est Julien, mon mari. Sa voix est toujours glaciale, distante.

« Amélie, Louna a fait une bêtise. »

Une bêtise ? Ma fille de cinq ans ? Mon estomac se noue.

« Qu'est-ce qu'elle a fait, Julien ? »

« Elle a renversé le flacon. Sur l'œuvre d'art. Celle de mon studio. »

Je ne respire plus. Pas cette œuvre. C'est une antiquité qu'il chérit plus que tout. Une obsession.

« Où est Louna ? Elle va bien ? »

Un silence. Un silence qui dure une éternité.

« Je l'ai punie. Elle est sur le balcon pour réfléchir. »

Le balcon. En plein hiver parisien. Le sang quitte mon visage.

« Julien, sors-la de là immédiatement ! Il gèle dehors ! »

« Elle doit apprendre. Tu es trop laxiste avec elle. Je dois raccrocher, Chloé est là, elle m'aide à nettoyer. »

Il raccroche. Chloé. Sa cousine. Toujours là.

Je jette mon téléphone. Je cours vers ma voiture, mes mains tremblent si fort que j'ai du mal à mettre la clé dans le contact. La voiture file dans la nuit, dévorant l'autoroute qui me sépare de ma fille. Chaque kilomètre est une torture.

J'arrive à notre appartement haussmannien. La porte est déverrouillée. Un silence de mort règne.

Je crie son nom.

« Louna ! »

Pas de réponse.

Je me précipite vers les portes-fenêtres du salon. Elles sont fermées à clé. De l'extérieur. Je vois sa petite silhouette, recroquevillée sur le sol en fer forgé.

Je fracasse la vitre avec un vase. Le verre explose. Je me coupe, mais je ne sens rien. J'ouvre la porte.

Je la prends dans mes bras.

Son corps est froid. Rigide.

Ses lèvres sont bleues.

Elle ne respire plus.

Ma fille. Mon bébé. Morte.

Chapitre 2

Le cri qui sort de ma gorge n'est pas humain. C'est un son de pure agonie. Je serre le petit corps de Louna contre moi, refusant de croire à l'horreur.

Mais le froid de sa peau est une vérité implacable.

Je la dépose doucement sur le canapé, la couvre d'un plaid, un geste inutile et absurde. La colère, une lave en fusion, remplace le chagrin.

« Julien ! »

Je marche d'un pas déterminé vers son studio, la seule pièce où je n'ai jamais le droit d'entrer. La porte est entrouverte.

Je pousse la porte.

La scène qui m'accueille me glace le sang. Chloé est là, vêtue d'une de mes robes de soie, une de celles que Julien aime particulièrement. Elle est agenouillée devant l'œuvre d'art endommagée, tentant de nettoyer une tache avec un chiffon.

Julien est assis dans son fauteuil, le regard vide, perdu. Il ne me voit même pas.

Chloé se lève en me voyant, un sourire narquois sur les lèvres.

« Amélie. Tu es rentrée plus tôt que prévu. »

Je l'ignore. Mes yeux sont rivés sur mon mari.

« Où étais-tu ? Ta fille est morte. »

Mes mots sont plats, sans émotion. Julien lève enfin la tête. Son regard est flou. Il regarde Chloé, pas moi.

« Ce n'est pas ta faute, Chloé. »

Puis il murmure, des mots qui vont sceller mon destin.

« Si cet objet n'avait pas été détruit, et si Amélie n'avait pas été à Grasse, je ne t'aurais jamais laissée l'imiter. Jamais. »

L'imiter.

Le mot résonne dans le vide de mon esprit. Il explose en une myriade d'éclats de verre.

Je regarde Chloé. Je regarde Julien. Je comprends tout.

Chaque compliment sur mes robes. Chaque demande de porter un certain parfum. Chaque geste qu'il me demandait de faire. Il ne me voyait pas. Il voyait un fantôme. Une autre femme. Et il voulait que Chloé, aujourd'hui, devienne cette femme.

Et moi ? Et Louna ?

Un substitut. Une doublure. Un accessoire dans sa vie, facilement remplaçable. Notre existence entière, moins précieuse qu'un objet inanimé.

Le sol se dérobe sous mes pieds. La trahison est si totale, si absolue, qu'elle en devient presque irréelle. Ma fille est morte pour qu'il puisse préserver le fantasme d'une autre.

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