J'attendais mon mari, Étienne de Valois, dans notre appartement parisien, alors que les émeutes grondaient dehors. La fumée et les cris montaient de la rue, mais je serrais mes deux enfants contre moi, persuadée qu'il reviendrait nous chercher, comme toujours.
Puis, il est apparu, non pas seul, mais avec Camille Dubois, son "véritable amour". Il m'a jetée un regard d'abandon, ses yeux fixes sur ma rivale, montant dans sa voiture pour la fuir avec elle, nous laissant seuls face au chaos. La dernière chose que j'ai vue fut le sourire triomphant de Camille, celui de l'abandonnée qui me condamnait.
Le reste n'est qu'un flou de terreur. Les cris de mes enfants, la peur glaciale, l'impuissance absolue. J'ai senti leurs petits corps s'éteindre dans mes bras, emportés par la violence de la foule, tandis que la voiture d'Étienne disparaissait au loin. Comment a-t-il pu nous laisser mourir ? Comment l'homme que j'aimais a-t-il pu choisir une autre, condamnant ses propres enfants ?
La douleur de cette mort injuste, de cette trahison inimaginable, m'a consumée. Et puis, au lieu du néant, j'ai entendu le son des cors de chasse. Je me suis réveillée, vivante, le jour de la chasse à courre qui avait scellé mon destin et mené à mon mariage avec Étienne. Cette fois, je refuse de remporter cette victoire empoisonnée. J'ai tiré sur mes rênes, et dans une chute voulue, j'ai brisé mon propre poignet. Je ne serais plus jamais sa femme.
Je suis morte dans le chaos des émeutes parisiennes.
Mon mari, Étienne de Valois, m'a abandonnée, moi et nos deux enfants.
Il est parti sauver son véritable amour, Camille Dubois.
Je me souviens de la fumée, des cris, et de la peur glaciale qui a saisi mon cœur quand j'ai réalisé que nous étions seuls.
Mes enfants pleuraient, et tout ce que je pouvais faire était de les serrer contre moi, impuissante.
La dernière chose que j'ai vue était le visage de Camille, me regardant depuis la voiture d'Étienne, une lueur de triomphe dans ses yeux.
Puis, tout est devenu noir.
Je me suis réveillée au son des cors de chasse et des aboiements des chiens.
L'odeur de la forêt humide de Sologne, le cuir de ma selle, le souffle chaud de mon cheval.
J'étais vivante.
J'étais de retour au jour de la chasse à courre, l'événement qui avait scellé mon destin tragique.
Devant moi, la dernière haie. Dans ma vie passée, je l'ai franchie avec une audace qui a impressionné la sœur d'Étienne, l'épouse du Ministre de l'Agriculture. C'est cette victoire qui m'a valu mon mariage. Mon enfer.
Cette fois, je ne gagnerai pas.
Alors que mon cheval s'élançait, j'ai tiré brusquement sur les rênes.
Une secousse violente. Un cri de surprise de la foule.
Je me suis laissée tomber.
La douleur fulgurante dans mon poignet gauche a été un soulagement.
Le bruit sec de l'os qui se brise était la plus douce des musiques.
Allongée sur le sol, j'ai vu Camille Dubois, son visage faussement inquiet, franchir l'obstacle et remporter la course.
La victoire, et le mariage qui l'accompagnait, étaient désormais à elle.
J'ai souri.
La sœur d'Étienne, une femme au sourire aussi poli que glacial, s'est approchée de moi alors que le médecin finissait de bander mon poignet.
« Quelle malchance, ma chère Amélie. Vous étiez si proche. »
Sa voix ne contenait aucune sympathie réelle, seulement la contrariété de voir ses plans initiaux déjoués.
« C'est le jeu, Madame, » ai-je répondu, mon ton neutre. « On ne peut pas toujours gagner. »
Elle m'a tendu une petite boîte en velours. À l'intérieur, un bracelet en diamants d'une marque de luxe. Un lot de consolation.
« Acceptez ceci en souvenir de votre bravoure. »
Dans ma vie passée, j'aurais refusé, blessée dans mon orgueil. Cette fois, j'ai pris la boîte avec un sourire reconnaissant.
« Vous êtes trop bonne, Madame. Merci. »
Puis, Camille est venue, soutenue par Étienne. Son visage était un masque de pitié et de regret.
« Amélie, je suis tellement désolée. Si je n'avais pas été si près derrière toi, peut-être que tu n'aurais pas pris autant de risques. »
Quelle comédienne.
Je l'ai regardée, mon visage impassible.
« Ne vous en faites pas, Camille. C'était ma propre erreur. Félicitations pour votre victoire. »
Étienne, son bras protecteur autour de la taille de Camille, m'a foudroyée du regard.
« Tu n'as pas l'air très affectée. »
« Devrais-je l'être ? C'est une compétition. J'ai perdu. C'est tout. »
Il a plissé les yeux, une menace à peine voilée dans sa voix.
« Certaines personnes pourraient penser que tu es mauvaise perdante, Amélie. Fais attention à ta réputation. »
Je l'ai regardé droit dans les yeux, un frisson de dégoût me parcourant. Cet homme, qui me menaçait maintenant, était celui qui m'avait laissée mourir.
« Ma réputation est mon problème, Étienne. Pas le vôtre. »
Je me suis détournée, les laissant à leur triomphe. Le bracelet dans ma poche pesait lourd, le premier paiement pour ma nouvelle vie.