Léo Dubois, parfumeur de renom, se réveille à l'hôpital, la mémoire effacée.
Un accident de voiture l'a frappé, mais la plus étrange des amnésies le soulage d' un poids inouï : il a oublié une femme, Camille de Martel.
Celle qu' il a follement aimée sept ans durant.
Pourtant, cette "bénédiction" inattendue ne plaît pas à tous, surtout pas à Camille.
Elle qui le considérait comme un fardeau, revient pour lui faire payer son "oubli".
Des humiliations publiques aux tentatives de noyade, en passant par le sabotage professionnel et le vol de ses œuvres par son nouvel amant, Julien, Camille s'acharne à le détruire.
Lors du plus prestigieux concours de parfumerie, elle témoigne carrément contre lui, le poussant au bord de la ruine.
Anéanti par cette trahison inouïe, comment Léo pourra-t-il se défaire de cette femme toxique qui semble déterminée coûte que coûte à l' empêcher de vivre ?
Peut-on vraiment échapper à un passé qui refuse de vous lâcher, même quand on l'a oublié ?
Dans un acte de rébellion ultime, Léo quitte Paris, jurant de ne plus jamais regarder en arrière.
À Lyon, une nouvelle vie l' attend, où il rencontre Élise, une femme qui lui offre la chance d' un bonheur sincère.
Mais le destin réserve une dernière épreuve qui pourrait tout faire basculer... ou le libérer à jamais.
La lumière blanche de l'hôpital était agressive. Une douleur sourde martelait mon crâne. J'ai ouvert les yeux. Une infirmière ajustait ma perfusion.
« Vous êtes réveillé, Monsieur Dubois. »
Sa voix était douce.
« Où suis-je ? »
« À l'hôpital de Vernon. Vous avez eu un accident de voiture. »
Un accident. Les images étaient floues. Une route de campagne, la pluie battante, des phares aveuglants. C'est tout.
La porte s'est ouverte. Un jeune homme s'est précipité à mon chevet. Je l'ai reconnu tout de suite.
« Antoine ! »
Il a semblé soulagé. « Léo ! Tu te souviens de moi ? »
« Bien sûr. Tu es mon meilleur ami. Qu'est-ce que je fais ici ? »
Le visage d'Antoine s'est crispé. Il a hésité, puis a posé la question qui semblait lui brûler les lèvres.
« Et... Camille ? Tu te souviens de Camille ? »
J'ai froncé les sourcils. Le nom ne me disait rien. Absolument rien.
« Qui est Camille ? »
Antoine m'a fixé, les yeux écarquillés. Il a sorti son téléphone, a tapoté l'écran et me l'a tendu. C'était une photo de moi avec une femme d'une beauté froide, presque glaciale. Je ne l'avais jamais vue.
« C'est Camille de Martel. Ma sœur. »
Il a repris son souffle.
« La femme que tu as aimée, que tu as poursuivie comme un fou pendant sept ans. »
Sept ans. Le chiffre a résonné dans le vide de ma mémoire. C'était impossible.
« Je ne la connais pas. »
Antoine a passé une main lasse sur son visage. « Je sais. Les médecins appellent ça une amnésie sélective. Tu te souviens de tout le monde, sauf d'elle. »
Il a continué, sa voix dure.
« L'accident... ce n'était pas un hasard. Tu étais avec elle en Normandie. Elle t'a abandonné sur le bord de la route, en plein orage. »
« Pourquoi ? »
« Parce que son ex, Julien Valois, venait d'atterrir à Paris. Elle est partie le rejoindre. Elle t'a laissé là, comme un chien. »
Les mots d'Antoine étaient brutaux. Je ne voulais pas le croire. Un amour de sept ans ? Une obsession ? Ça ne me ressemblait pas.
« Je ne comprends pas. »
« Regarde ton téléphone. »
L'infirmière l'avait posé sur la table de chevet. Je l'ai pris. Mes mains tremblaient légèrement. La galerie de photos. Des milliers de clichés. Tous de la même femme. Camille. Sous tous les angles. Souriante, pensive, distante. Elle était partout. C'était écœurant.
Puis j'ai ouvert une application. Un journal intime. Le dernier message datait du jour de l'accident.
« Elle ne portera jamais "L'Éternelle Attente". Le parfum que j'ai créé pour elle. Sept ans de ma vie, distillés dans un flacon qu'elle ignore. Aujourd'hui, elle est partie pour lui. Encore. La pluie tombe. Je ne sens plus rien. »
Un dégoût profond m'a envahi. Le dégoût de cet homme que j'étais. Cet étranger pathétique.
J'ai regardé Antoine.
« C'est fini. »
J'ai ouvert la galerie de photos et j'ai appuyé sur "Tout sélectionner". Puis sur "Supprimer". Des milliers d'images ont disparu en une seconde. J'ai fait de même avec le journal.
« Léo, qu'est-ce que tu fais ? »
« Je me libère. »
Le téléphone a sonné. C'était ma mère. Sa voix était inquiète.
« Léo, mon chéri, comment vas-tu ? On a eu si peur... N'oublie pas ton engagement. La famille Renaud nous attend à Lyon. »
L'engagement. Une vieille histoire. Un arrangement entre nos familles que j'avais toujours refusé. À cause d'elle. À cause de Camille.
« Maman. »
« Oui ? »
« Je rentre à Lyon. J'accepte. »
Un silence surpris à l'autre bout du fil. Puis la voix soulagée de ma mère.
« Vraiment ? Mais... et Camille ? »
J'ai regardé le mur blanc de la chambre.
« Je ne sais pas qui c'est. Et je ne veux plus jamais le savoir. »
Une semaine plus tard, j'étais de retour dans mon appartement parisien. Les cartons étaient partout. Je partais pour Lyon le lendemain. Il ne me restait qu'une chose à faire : récupérer ma lettre de démission signée. Une formalité qui nécessitait la signature de la directrice de la maison de luxe pour laquelle je travaillais. La directrice, c'était elle. Camille de Martel.
Je l'ai trouvée dans un café près de la Seine, comme me l'avait indiqué Antoine. Elle était assise à une table, le dos droit, l'air impérieux. En me voyant approcher, son visage s'est durci.
« Tu me suis encore ? Léo, ça devient pathologique. »
Sa voix était froide, coupante. Je n'ai rien ressenti. Ni colère, ni tristesse. Juste une distance infinie.
Un homme élégant s'est assis à côté d'elle. Il lui a pris la main. C'était Julien Valois, l'ex pour qui elle m'avait abandonné. Je l'ai reconnu sur certaines photos que j'avais effacées.
« Camille, mon amour. Qui est cet homme ? » a-t-il demandé d'un ton faussement nonchalant.
« Personne. Juste une vieille connaissance un peu trop insistante. »
Elle a dit ça en me regardant droit dans les yeux. C'était une humiliation délibérée. L'ancien moi aurait été anéanti. Le nouveau moi a simplement tendu le document.
« Je suis venu pour ça. Ma démission. J'ai besoin de ta signature. »
J'allais ajouter que j'avais perdu la mémoire, que tout cela n'avait plus d'importance. Mais Julien m'a coupé.
« Une démission ? Tiens, tiens. Le grand parfumeur Dubois jette l'éponge ? »
Camille a haussé un sourcil, surprise. Elle a pris la lettre, un pli de mépris au coin des lèvres.
« Tu abandonnes si facilement ? Ce n'est pas ton genre. D'habitude, tu supplies. »
Son observation était juste. Je n'étais plus le même. Et ça semblait la dérouter. Pour la première fois, une lueur de curiosité a brillé dans ses yeux froids.
Julien, lui, s'est tourné vers moi avec un sourire mielleux.
« Alors, vous partez ? Vous la laissez enfin tranquille ? Vous savez, nous avons une longue histoire, Camille et moi. Un amour de jeunesse qui ne s'est jamais vraiment éteint. »
Il parlait à l'homme qu'il pensait être son rival, sans savoir qu'il n'y avait plus personne en face de lui. L'ironie était presque comique.
« Je lui souhaite tout le bonheur du monde, » ai-je répondu d'une voix neutre.
Mon calme semblait le déstabiliser encore plus que la colère.