Mes mains, autrefois créatrices de rêves pour l'élite parisienne, sont désormais des paquets de bandages, mon âme de styliste brisée.nMarc, l'homme que j'aimais, ou du moins le croyais, a transformé ma vie en cauchemar pour m'avoir refusé. nnL'accident n'était pas un hasard, mais sa signature, me laissant une main mutilée et un esprit piégé dans un linceul d'antiseptique.nnNon content de me briser physiquement, il m'a fait enfermer en hôpital psychiatrique, me dépeignant comme une folle suicidaire, ses mensonges comme autant de barreaux à ma cellule. nLa froideur clinique du Dr.
Moreau, complice de sa monstruosité, et les pilules qui embrouillent mon esprit, me maintiennent dans cette prison, dépouillée de tout, même de ma dignité.nMon monde s'est effondré, balayé par la trahison, mais au fond de cette abîme, une flamme vacille encore, celle de la rage.nLa vengeance sera ma renaissance. nnJe sortirai d'ici, quitte à me lier à Monsieur Laurent, son rival, pour mieux le détruire. nMarc Dubois, tu m'as tout pris, mais tu ne m'as pas anéantie. nnJe te rendrai chaque parcelle de souffrance que tu m'as infligée, et tu découvriras ce que c'est de tout perdre. nnCeci n'est pas ma fin, c'est le début de ton purgatoire.
Les murs blancs de la chambre semblaient se refermer sur moi, une toile vierge sur laquelle ma vie brisée était projetée. L'odeur d'antiseptique était partout, elle s'accrochait à mes draps, à mes cheveux, à mes pensées. Ma main droite, autrefois mon outil, mon âme, était maintenant un paquet de bandages et de douleur sourde, un rappel constant de ce que j'avais perdu. Avant, j'étais Adèle Duval, une styliste dont le nom commençait à briller dans le monde de la mode parisienne. Mes créations étaient audacieuses, pleines de vie, comme moi. J'avais un avenir, une passion qui me consumait.
Et j'avais Marc.
Marc Dubois. Un homme d'affaires charismatique, influent, qui pouvait obtenir tout ce qu'il voulait avec un sourire et une poignée de main ferme. Je l'avais aimé, ou du moins je le croyais. Son ambition était un miroir de la mienne, mais la sienne était plus sombre, plus vorace. Il voulait le contrôle, le pouvoir absolu. Quand j'ai réalisé que son amour était une cage dorée, j'ai décidé de partir. Je voulais voler de mes propres ailes, construire mon empire sans être l'ornement du sien.
Il n'a pas accepté la rupture. Pour un homme comme Marc, perdre quelque chose, ou quelqu'un, était une insulte personnelle, une faille dans son image parfaite.
Puis il y a eu l'accident. Une nuit pluvieuse sur une route de campagne. Ses phares dans mon rétroviseur, de plus en plus proches, agressifs. J'ai senti le choc violent, le bruit du métal qui se froisse, le verre qui explose. Mon dernier souvenir lucide était la douleur fulgurante dans ma main, écrasée contre le volant, et le visage de Marc, qui me regardait depuis sa voiture, sans une once de remords.
Quand je me suis réveillée, ce n'était pas dans un hôpital normal. C'était ici. Un hôpital psychiatrique. On m'a dit que j'avais tenté de me suicider, que j'étais instable, que j'avais provoqué l'accident moi-même dans un accès de folie après notre rupture. Des mensonges. Tous des mensonges orchestrés par Marc pour se protéger, pour m'anéantir.
Ma main était foutue. Les médecins l'ont dit clairement, avec une froideur clinique. Des séquelles irréversibles. Je ne pourrais plus jamais tenir un crayon, dessiner une ligne, donner vie à une idée sur le papier. Il m'avait tout pris. Pas seulement ma main, mais ma carrière, ma réputation, ma liberté.
Chaque jour, un homme en blouse blanche venait me voir. Le Dr. Moreau. Il avait des yeux froids et un sourire qui ne montait jamais jusqu'à son regard. Il me parlait de ma "maladie", de mes "délires". Il me donnait des pilules qui embrumaient mon esprit, des injections qui me laissaient léthargique et confuse. Des traitements expérimentaux, disait-il, pour "guérir" une folie qui n'existait pas. J'étais prisonnière d'un cauchemar, une victime dans la toile tissée par Marc. Mon clan, mon monde, mon studio, mes amis, tout avait été balayé par cette catastrophe qu'il avait créée.
Mais aujourd'hui, quelque chose a changé. Le brouillard dans ma tête a commencé à se dissiper. J'ai regardé ma main bandée, puis mes yeux se sont posés sur mon reflet dans la petite fenêtre barrée. J'ai vu une femme brisée, oui, mais dans ses yeux, une flamme vacillait encore. La douleur s'est transformée en rage, une rage froide et pure.
Ceci n'est pas ma fin. Ceci est une renaissance. Je suis revenue de la mort qu'il m'avait préparée. Il pensait m'avoir détruite, mais il n'a fait que me donner une nouvelle raison de vivre : la vengeance. Je sortirai d'ici. Je trouverai un moyen. Et je détruirai Marc Dubois et tous ceux qui l'ont aidé. Je vais récupérer ma vie, ma dignité, même si je ne peux plus jamais dessiner. Je vais lui montrer ce que c'est que de tout perdre.
Le lendemain matin, le Dr. Moreau est entré dans ma chambre sans frapper, comme d'habitude. Il tenait un dossier sous son bras, son expression neutre et professionnelle. C'était lui, la figure du pouvoir dans cet enfer, le gardien de ma cage.
"Bonjour, Adèle. Comment nous sentons-nous aujourd'hui ?"
Sa voix était mielleuse, faussement attentionnée. Avant, j'aurais marmonné une réponse confuse, affaiblie par les médicaments. Pas aujourd'hui.
Je me suis redressée sur mon lit, le regardant droit dans les yeux.
"Je ne suis pas folle, docteur. Vous le savez très bien."
Ma voix était claire, plus ferme que je ne l'aurais cru. Un silence a suivi. Le Dr. Moreau a haussé un sourcil, une pointe d'agacement traversant son masque de médecin bienveillant.
"Adèle, nous avons déjà eu cette discussion. Le déni est une étape classique de votre pathologie. Les rumeurs sur votre état... elles ne sont pas nées de rien."
"Quelles rumeurs ? Celles que Marc a payées pour qu'on les propage ? Celles qui disent que j'ai essayé de me tuer au volant ? C'est faux. Il m'a percutée. Il a essayé de me tuer."
Il a soupiré, comme un parent fatigué par les caprices d'un enfant difficile.
"Votre ex-petit ami, M. Dubois, est très inquiet pour vous. Il finance généreusement votre traitement ici, pour vous aider à aller mieux. Il espère que vous accepterez enfin la réalité de votre situation."
Sa déception était feinte, mais sa menace était réelle. Il voulait que je continue à jouer mon rôle de folle docile. Il voulait que je reste brisée.
Soudain, la porte s'est ouverte de nouveau. C'était Marc. Il se tenait là, dans un costume coûteux qui semblait déplacé dans ce décor sordide. Il était aussi charismatique que dans mes souvenirs, mais maintenant, je voyais la cruauté cachée derrière son sourire parfait.
"Je vois qu'elle te donne du fil à retordre, docteur."
Son regard s'est posé sur moi, froid et dur.
"Tu mens encore, Adèle. Toujours à essayer de manipuler ton monde. Tu as failli te tuer et tu essaies de me faire porter le chapeau. C'est pathétique."
La colère a monté en moi, brûlante.
"C'est toi le menteur ! Tu m'as tout pris !"
Il s'est approché du lit, son ombre me couvrant.
"Tu devrais faire attention à ce que tu dis. Tu es ici pour ton bien. Si tu continues à t'agiter et à raconter des histoires, le Dr. Moreau devra peut-être ajuster ton traitement. Peut-être quelque chose de plus... persuasif."
La menace était claire. Des traitements plus durs, plus déshumanisants. La punition physique et mentale. La peur m'a serré la gorge, mais je l'ai repoussée.
"Je n'ai pas besoin de traitement. J'ai besoin d'un avocat. Je ne resterai pas ici."
J'ai regardé le Dr. Moreau.
"Et vous, vous êtes complice d'une tentative de meurtre et de séquestration. Vous finirez en prison avec lui."
Le Dr. Moreau a semblé mal à l'aise pour la première fois. Il a jeté un regard nerveux à Marc. Marc, lui, était juste exaspéré.
"Elle est complètement perdue," a-t-il dit au docteur, comme si je n'étais pas là. "Faites ce qui est nécessaire."
Puis il s'est tourné vers moi, un dernier regard plein de mépris.
"Tu crois que tu es maligne ? Que tu peux te battre ? Tu n'es rien sans ton talent. Tu es finie, Adèle. Accepte-le."
Il a tourné les talons et est parti. Le Dr. Moreau m'a regardée, son expression de nouveau insondable. Il était visiblement troublé par mon défi, se demandant peut-être si j'étais plus dangereuse que prévu.
"Pour l'instant, vous allez rester ici, dans votre chambre," a-t-il dit d'un ton sec. "Ne causez plus de problèmes."
Il est parti, fermant la porte à clé derrière lui. Le son du verrou a résonné dans le silence. J'étais seule, mais je n'étais plus une victime passive. Le combat avait commencé. Ils me sous-estimaient. Ils pensaient que sans ma main, j'étais impuissante. Ils allaient découvrir à quel point ils avaient tort.