Ma famille adoptive m'exploitait sans relâche, me laissant peindre la nuit, épuisée par mes journées de livreuse.
Pourtant, un e-mail a tout bouleversé : j'avais gagné un prix d'art de 50 000 euros, une chance de nous sauver tous.
Mais l'annonce de ma victoire a transformé mon foyer en enfer : mon père adoptif m'a menacée d'un couteau, ma mère m'a traitée de traîtresse, et mon frère m'a jetée violemment dans la cave aux rats, l'endroit même de ma phobie infantile.
Leurs rires cruels m'ont accompagnée dans l'obscurité, juste avant qu'une morsure ne m'emporte, sans que je ne comprenne pourquoi une telle violence face à un espoir de salut.
Et puis, le silence. Jusqu'à ce que je me réveille en sursaut, découvrant le même e-mail à l'écran : j'étais revenue, au moment précis où tout avait commencé, avec la certitude qu'ils détenaient un secret bien plus sombre.
Ma famille adoptive est au bord du gouffre. Mon père adoptif, Bernard, a perdu son travail de docker après un accident et s'est noyé dans les dettes de jeu. Ma mère adoptive, Monique, prétend avoir une maladie chronique qui coûte cher. Mon frère adoptif, Léo, est au chômage et sa copine menace de le quitter.
Et moi, Amélie, je suis leur source de revenus. Je fais des livraisons de repas à scooter toute la journée, et la nuit, je peins.
Ce matin, un e-mail a tout changé. J'ai gagné le premier prix d'un concours d'art en ligne. 50 000 euros et une exposition à Paris. Assez pour payer toutes les dettes, les soins de ma mère, et peut-être même aider Léo.
Je me suis précipitée dans le salon, le téléphone à la main, le cœur battant d'excitation.
« Maman, Papa, Léo ! Regardez ! On est sauvés ! »
Le silence est tombé. Personne n'a souri. Le visage de Bernard s'est durci, celui de Monique est devenu pâle, et Léo m'a regardée avec une peur panique.
« Qu'est-ce que c'est que cette merde ? » a grondé Bernard.
Je lui ai montré l'écran. « J'ai gagné un concours d'art ! 50 000 euros ! »
La réaction a été immédiate et violente. Léo s'est jeté sur mon téléphone.
« Donne-moi ça ! Tu dois supprimer cet e-mail ! »
Je l'ai repoussé, choquée. « Mais pourquoi ? C'est de l'argent ! »
Bernard s'est levé, son visage déformé par la rage. Il est allé dans la cuisine et en est ressorti avec un couteau.
« Tu vas renoncer à ce prix. Tu n'iras pas à Paris. Tu n'exposeras rien du tout. »
La lame brillait sous la faible lumière de l'appartement. J'ai reculé, le souffle coupé.
« Mais... ça pourrait résoudre tous nos problèmes. »
Monique, qui était affalée sur le canapé, s'est redressée. Ses yeux, habituellement larmoyants, lançaient des éclairs de haine.
« Ne sois pas stupide, Amélie ! Tu veux attirer l'attention sur nous ? Tu veux tout gâcher ? »
Je ne comprenais rien. Absolument rien. Gâcher quoi ? Notre misère ?
Ils m'ont encerclée. Ils m'ont forcée à reculer jusqu'à la porte de la cave. Un endroit que je détestais, un trou noir infesté de rats où ils m'enfermaient quand j'étais enfant. Ma phobie.
« Non, s'il vous plaît, pas là-dedans... »
Bernard m'a poussée violemment. Je suis tombée dans les escaliers sombres et humides. La porte s'est refermée au-dessus de moi, me plongeant dans le noir complet. J'ai entendu le bruit du verrou.
Dans l'obscurité, j'ai senti une douleur vive à la jambe. Quelque chose m'avait mordue.
La fièvre est montée rapidement. J'ai crié jusqu'à ce que ma voix se brise, mais personne n'est venu. Le dernier son que j'ai entendu était le rire cruel de Bernard à travers la porte.
Puis, plus rien.
Le son strident de la notification d'un e-mail m'a réveillée en sursaut.
Je suis assise sur mon lit, dans ma petite chambre. Le soleil matinal filtre à travers les rideaux usés. Mon corps est trempé de sueur, mais il n'y a aucune blessure sur ma jambe. Aucune trace de morsure.
Mon cœur bat à tout rompre. Le souvenir de la cave, de la douleur, du couteau... tout est si vif. C'était un cauchemar ?
Je prends mon téléphone. L'écran s'allume. Il y a un nouvel e-mail.
L'expéditeur : "Grand Prix d'Art de Paris".
L'objet : "Félicitations, vous êtes notre grande gagnante !"
Ce n'était pas un cauchemar. C'est en train de se reproduire. Je suis revenue. Je suis revenue au moment précis où tout a commencé.
Le traumatisme de ma "mort" est gravé dans ma chair. Cette fois, je ne dirai rien. Je cache le téléphone sous mon oreiller.
Je sors de ma chambre. Dans le salon, la scène est la même. Bernard compte ses factures, l'air sombre. Monique gémit sur le canapé, se plaignant de douleurs imaginaires. Léo est avachi devant la télé, l'air dépité.
Leur pauvreté, leur désespoir... tout ça, c'est une mise en scène. Je le sais maintenant. Une mise en scène qui m'a coûté la vie.
Je me force à agir normalement.
« Bonjour tout le monde. Je vais chercher du pain. »
Monique me lance un regard méprisant. « Prends le moins cher. Et dépêche-toi, j'ai besoin de mes médicaments. »
Je sors de l'appartement, l'air frais de Marseille me frappe le visage. Je respire profondément. Je suis vivante. J'ai une deuxième chance.
Et cette fois, je ne la gâcherai pas. Je vais découvrir pourquoi ils m'ont tuée pour 50 000 euros.