Je m'appelais Jocelyn, une streameuse d'art numérique discrète, cachée derrière mon avatar stylisé. Mon cœur battait la chamade pour Kyle Larson, mon "Top Donateur", le flirt en ligne qui me faisait rêver.
Il venait de me lancer un défi : activer ma webcam, pour un don gigantesque. Mais au même instant, une photo a vibré sur mon téléphone.
C'était moi, Juliette Fowler, prise à mon insu par un livreur. Une silhouette lourde, le visage flou mais reconnaissable.
Le commentaire de Kyle sous la photo ? « Voilà la "déesse" Jocelyn. J'ai payé le livreur 20 balles pour ça. C'est pour venger ma reine, Cara Moore. »
Mon monde s'est effondré. Ce doux flirt, cette opportunité... tout n'était qu'une mise en scène cruelle pour m'humilier publiquement. La haine et l'écœurement m'ont submergée. J' étais la cible d' une trahison ignoble.
Comment avait-il pu être aussi machiavélique ? Pourquoi cette violence gratuite, cette intention de me briser ? Mon cœur criait de douleur et de rage.
Mais alors, un e-mail inattendu est apparu : une offre. La solution. La chance de tout changer, de me réinventer. De leur montrer qui était la vraie déesse.
Je fixais l'écran de mon ordinateur, le cœur battant à tout rompre. Le chat de mon stream Twitch défilait à une vitesse folle, un mélange d'insultes et d'emojis moqueurs.
Sous le pseudonyme "Jocelyn", je dessinais en direct, cachée derrière un avatar stylisé et une photo de profil que j'avais mis des heures à retoucher. Personne ne connaissait mon vrai visage, et c'était mieux comme ça.
« Allez, Jocelyn ! Montre-toi ! On veut voir la déesse derrière les dessins ! »
Ce message venait de Kyle Larson. Mon "Top Donateur", le flirt en ligne qui me faisait rêver depuis des semaines. Il venait de lancer un défi : si j'activais ma webcam, il offrirait 100 abonnements de "Tier 3" à ma communauté. Une somme énorme pour une petite streameuse comme moi.
Mais je savais que c'était un piège.
Quelques minutes plus tôt, une notification avait vibré sur mon téléphone. Un serveur Discord. Un ami m'avait envoyé un lien, le souffle coupé.
J'ai cliqué.
Et j'ai vu.
Une photo de moi, prise à mon insu par un livreur Deliveroo. Une silhouette large, tassée, le visage flou mais le corps reconnaissable. C'était moi, Juliette Fowler, dans mon modeste studio de bonne sous les toits de Paris.
Le commentaire de Kyle sous la photo était sans pitié : « Voilà la "déesse" Jocelyn. J'ai payé le livreur 20 balles pour ça. On va bien se marrer quand elle va allumer sa caméra. C'est pour venger ma reine, Cara Moore. Personne ne l'humilie en "art battle". »
Cara Moore. La streameuse beauté, parfaite, adulée. Celle que j'avais battue la semaine dernière dans un duel artistique. Kyle était son modérateur et son plus grand fan. Il m'avait séduite uniquement pour ça. Pour m'écraser.
La haine et l'humiliation m'ont submergée. Mes mains tremblaient sur mon clavier.
Juste à ce moment, un autre message est apparu sur mon écran, mais celui-ci était privé. Un e-mail d'une société de jeux vidéo dont je testais le programme bêta secret.
« Compensation pour la fin du programme : Transfert des données physiques de votre avatar de jeu idéal vers la réalité. Activation immédiate disponible. »
C'était donc ça. La fin du test. Et la récompense.
J'ai regardé l'offre de Kyle sur Twitch, puis l'e-mail. Un sourire mauvais s'est dessiné sur mes lèvres.
J'ai attrapé mon micro. Ma voix était glaciale.
« Kyle, garde tes abonnements. »
J'ai fait une pause, savourant le silence qui s'est installé dans le chat.
« Va te faire voir. »
Puis, d'un clic, je l'ai banni de ma chaîne. Définitivement.
Sans hésiter, j'ai cliqué sur le lien d'activation dans l'e-mail. Une chaleur intense a parcouru mon corps, une sensation étrange, comme si chaque cellule de mon être était redessinée. C'était rapide, presque indolore.
Quand la sensation s'est estompée, je me suis levée. Mon reflet dans l'écran noir de mon téléphone m'a laissée sans voix.
La peau de mon visage était lisse, parfaite. Mes cheveux tombaient en cascades soyeuses. Mon corps, autrefois lourd et source de tous mes complexes, était devenu svelte, élégant. J'étais devenue mon avatar. Une version idéalisée de moi-même.
J'ai pris une grande inspiration, le cœur rempli d'une confiance nouvelle et féroce.
J'ai allumé ma webcam.
Le chat a explosé.
Le silence stupéfait a duré à peine une seconde avant de laisser place à un déluge de messages.
« C'EST ELLE ? IMPOSSIBLE ! »
« OMG JOCELYN TU ES MAGNIFIQUE ! »
« Kyle est le plus grand con de l'univers. »
Mes quelques fidèles étaient émerveillés. Les autres, les curieux attirés par le drame, étaient sous le choc.
Mon ancien corps, mon ancienne vie, tout ça semblait déjà à des années-lumière. Je n'étais plus la Juliette complexée, cachée dans sa chambre de bonne. J'étais Jocelyn, et le monde entier allait le savoir.
Soudain, une notification a attiré mon attention. Un nouveau nom, surligné en or.
Joseph Palmer.
Un don de 1000€.
Le message qui l'accompagnait était direct, arrogant.
« Pas mal. Donne-moi ton numéro, et je t'offre un "sub gift" massif. »
J'ai ri. Un rire clair, moqueur, qui a surpris tout le monde, y compris moi-même.
« Pour un don ? Tu rêves, mon pauvre. »
Je l'ai regardé droit dans la caméra, un sourire suffisant aux lèvres.
« Ce n'est pas comme ça que ça marche avec moi. »
Sur ces mots, j'ai coupé le stream, les laissant tous sur leur faim. La panique, l'humiliation, la colère... tout avait été remplacé par un sentiment de puissance exaltant.
Le lendemain, je me suis réveillée dans mon petit studio, mais je me sentais différente. L'espace exigu ne me semblait plus être une prison. C'était une simple étape.
J'ai lancé mon stream en début d'après-midi. Joseph Palmer était déjà là, à attendre. À peine avais-je dit bonjour qu'une nouvelle notification est apparue.
« Joseph Palmer a offert 10 abonnements cadeaux de 100€. »
Il a immédiatement posté dans le chat : « Alors, on discute maintenant ? »
J'ai soupiré, faussement lasse.
« Dix fois cent euros... Ça fait mille. C'est à peine de quoi payer une semaine de loyer à Paris. Tu penses vraiment que mon temps vaut si peu ? »
Sans lui laisser le temps de répondre, je l'ai banni. Le chat est devenu fou.
« ELLE A BANNI LE MEC À 1000 EUROS ! »
« JOCELYN EST UNE REINE ! »
C'est à ce moment-là qu'un autre nom est apparu. Brandon Scott.
« Brandon Scott a offert 100 abonnements cadeaux de 100€. »
Dix mille euros.
Le message qui suivait était simple : « Juste pour te voir sourire. »
Cette fois, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire. Un sourire sincère, éclatant. J'ai regardé la caméra et j'ai dit doucement : « Merci, Brandon. »
Immédiatement, un nouveau message est apparu. Joseph Palmer, qui avait créé un autre compte, venait de surenchérir avec 200 abonnements. La guerre des "Mécènes" venait de commencer.