Mon atelier sentait bon l'huile de lin, l'odeur de cette passion d'artiste, celle que j'avais mise de côté pour Antoine et son grand rêve de vin en Bourgogne. Notre vie semblait paisible, malgré les efforts que son domaine exigeait.
Puis, Chloé est entrée. Une jeune femme nerveuse, une toile moderne déchirée. Et cette voix, au téléphone, murmurant un « Antoine, mon amour », qui a non seulement brisé mon cœur, mais a révélé la double vie que mon mari menait.
Ce n'était pas une simple aventure. J'ai découvert qu'Antoine me trompait depuis un an, et pire encore : il m'avait systématiquement dépouillée. Juste après notre fausse couche, alors que j'étais la plus vulnérable, il avait vendu nos précieuses œuvres d'art, liquidé nos comptes, puis falsifié ma signature pour hypothéquer notre appartement. Il me jetait comme un vulgaire objet, après s'être servi de moi. Et Chloé, il la voyait comme une "jument poulinière" avec un "excellent pedigree", un moyen d'accéder à l'empire de son père après un héritier.
Comment avait-il pu être si monstrueux, si calculateur ? Me réduire à un ventre, ma carrière à une béquille pour son hypocrisie, ma vie à un champ de ruines méthodique ? La douleur n'était plus, remplacée par une rage glaciale.
Quand il m'a lâchement abandonnée à l'hôpital, préférant courir après la "fausse urgence" de Chloé, j'ai compris. J'étais tombée, mais je me relèverais. Non pas seule, mais avec celle qu'il avait aussi manipulée. Une vengeance méthodique allait s'ourdir, un piège implacable qui ferait tomber son empire et le réduirait à néant.
Mon atelier sentait la térébenthine et l'huile de lin. C'était une odeur que j'aimais, l'odeur de mon travail, de ma solitude choisie. Sur le chevalet, un tableau du XVIIe siècle attendait mes soins. J'étais Amélie, restauratrice d'art. J'avais travaillé pour le Louvre, mais j'avais tout quitté pour Antoine, mon mari, et son rêve de vin en Bourgogne.
La sonnette a retenti.
Une jeune fille se tenait sur le seuil. Elle était belle, habillée en Chanel de la tête aux pieds, mais elle avait l'air terriblement nerveuse. Elle serrait un grand carton à dessin contre sa poitrine.
« Madame Amélie ? »
Sa voix était jeune.
« C'est moi. Entrez. »
Elle a posé le carton sur ma grande table de travail. Elle l'a ouvert avec des mains tremblantes. À l'intérieur, il y avait une toile moderne, un paysage abstrait. Et une énorme déchirure en plein milieu.
« Je... j'ai eu un accident, » a-t-elle murmuré. « C'est un cadeau. Très important. Pouvez-vous le réparer ? »
Je me suis approchée. Le travail était délicat, mais faisable.
« Je peux essayer. Mais il y aura toujours une trace. »
« Faites de votre mieux. Le prix n'est pas un problème. »
Elle s'appelait Chloé. Elle est partie en me laissant un chèque qui aurait pu payer mon loyer pendant six mois. Je n'ai pas posé plus de questions.
J'ai travaillé sur le tableau pendant des semaines. C'était un travail minutieux, presque une méditation. J'ai pensé à Antoine, à notre appartement parisien que nous voyions si peu, à son domaine qui dévorait tout notre argent et tout son temps.
Trois mois plus tard, Chloé est revenue.
Elle était transformée. Le Chanel était toujours là, mais la nervosité avait disparu. Elle rayonnait.
« Il est magnifique ! On ne voit presque rien. Vous êtes une magicienne. »
Elle a regardé le tableau avec un amour qui n'était pas seulement pour l'art.
« Il va être si heureux. »
Elle a sorti son téléphone pour faire le virement. Au même moment, son téléphone a sonné. Elle a répondu avec un sourire éclatant.
« Antoine, mon amour. Oui, je l'ai récupéré. C'est parfait. Tu me manques. Ce soir ? D'accord. »
Elle a raccroché.
Mon cœur s'est arrêté de battre.
Antoine.
Ce n'était pas un nom commun. Pas comme ça. Pas avec cette intonation.
Elle a levé les yeux vers moi, son sourire s'est figé. Elle a vu quelque chose sur mon visage.
« Un problème ? »
Ma voix était un souffle.
« Comment s'appelle votre... amant ? »
« Antoine. Antoine Rocher. »
Le nom de mon mari. Le propriétaire du domaine pour lequel j'avais tout sacrifié.
Je me suis appuyée contre la table. Mes jambes ne me portaient plus.
Chloé a compris. Son expression a changé. La douceur a disparu, remplacée par une sorte de pitié arrogante.
« Oh. C'est donc vous, la femme. »
Nous étions assises dans un café près de mon atelier. Je n'avais rien commandé. Chloé sirotait un café crème avec une lenteur calculée.
« Je suis désolée que vous l'appreniez comme ça, » a-t-elle dit. Sa voix n'avait aucune trace de regret.
« Depuis quand ? » ai-je demandé.
« Bientôt un an. »
Un an. Un an de mensonges. Un an où je restaurais de