Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Fantaisie > L'Armure du dernier Dragon
L'Armure du dernier Dragon

L'Armure du dernier Dragon

Auteur:: Sikag
Genre: Fantaisie
L'Armure du dernier Dragon

Chapitre 1 Chapitre 01

[réécris/changement de temps de narration]

- Allez, gémis ! Petite cochonne...

Aeria fixait le plafond, pendant que le goujat crasseux à l'haleine pestilentielle prenait plaisir à lui infliger ses coups de reins négligés. Elle se trouvait sur un lit qui grinçait, les pieds dans le vide, au travers du matelas. Son corset était délacé, sa poitrine s'en échappait, ses cheveux étaient emmêlés et son maquillage avait coulé. Elle restait concentrée sur le plafond, comptait encore et encore les tâches de moisissure qui y étaient incrustées.

Chaque fois qu'elle subissait les vices de ces messieurs, Aeria fixait les plafonds dès qu'elle le pouvait et y décelait les moindres détails ; que ce soit les défécations de mouches, les tâches, la peinture qui craquelle, elle savait, à la fin de son calvaire, combien d'imperfections comptait le plafond et quelles étaient-elles.

L'homme au dessus d'elle, un Duc un petit peu trop épris de l'alcool, la gifla puis saisit son visage de ses doigts moites pour la forcer à le regarder.

- Gémis, je t'ai dit ! grogna-t-il.

- Oh... oui... Monsieur le Duc... c'est... c'est si bon... feignit-elle.

Cela semblait même donner encore plus de plaisir à ce bougre. Lorsqu'elle le regardait, elle le méprisait, ressentait un terrible dégoût et de la haine à son égard. Cependant, Aeria n'était pas une mauvaise personne. Elle n'avait jamais cessé d'être gentille avec ses semblables et quand bien même elle se retrouvait dans ces situations par la faute de ses parents, elle continuait de les aimer. Elle espèrait par dessus tout, que tous ses efforts payent et que grâce à cela, ses parents l'aiment en retour.

Aeria était une amoureuse de l'amour, mais n'avait jamais pu entretenir une relation amoureuse comme nous les connaissons. Elle fut amoureuse une fois, d'un jeune garçon de son école, elle n'était pas plus vieille que treize ans et lorsque ses parents eurent vent de cette amourette, ils lui interdirent de retourner à l'école. C'était à ses quatorze printemps qu'elle commença à jouer les filles de joie, mais uniquement pour les hommes les plus haut placés.

Aeria n'eut guère une enfance joyeuse, cependant, elle était dotée d'une beauté inégalable dès son plus jeune âge et les hommes, peu importe leur titre, se l'arrachaient. Ses parents y virent une façon de gagner de l'argent et n'hésitèrent pas une seule seconde.

Lorsque le Duc au dessus d'elle donna un dernier coup de reins et poussa un gémissement interminable, Aeria savait que ce calvaire allait enfin prendre fin. Il se laissa tomber de tout son poids sur elle, puis embrassa sa joue, son cou, couvert de sueur. Elle tourna la tête, se pinça les lèvres, l'air écoeuré et attendit sagement qu'il se décide à la libérer.

Lorsqu'elle retrouva ses parents quelques heures plus tard, cela la ravit, néanmoins, quand elle souhaita prendre sa mère dans ses bras, heureuse de la retrouver, cette dernière la repoussa et grimaça.

- File au bain, tu empestes la luxure, vociféra-t-elle.

Le sourire d'Aeria disparut bien rapidement. Depuis que ses parents l'utilisaient pour subvenir à leurs besoins, ils vivaient dans une plus grande maison, on pouvait appeler cela de la noblesse. Ils avaient quelques domestiques, de grands jardins et de quoi se nourrir sans craindre de mourir de faim en cas de forte tempête ou de guerre.

Elle monta à l'étage, accompagnée d'un chat blanc. C'était son chat, une petite boule de poils qu'elle avait recueillie deux ans plus tôt. Le pauvre était malade, il avait perdu un œil mais grâce aux soins d'Aeria, le petit félin avait pu survivre.

- Viens, Flocon, allons prendre un bain, souffla la jeune femme.

Le bain était déjà prêt, les domestiques avaient tout mis en œuvre pour que l'eau soit encore chaude à son arrivée. Elle fut rapidement laissée seule dans la pièce, là où elle put quitter ses vêtements souillés. Elle s'observa un instant dans le miroir au dessus d'un évier de pierres tout en retirant la pince de ses cheveux. Des cheveux rares en ce monde, un roux immaculé, une couleur orangé que personne n'avait vu depuis des années. Aeria n'avait jamais rencontré personne d'autre avec une telle chevelure, elle était unique et c'était en partie ce qui faisait sa beauté. Elle tendit son cou et passa sa main sur une marque de succion. Elle poussa un profond soupir puis plongea dans son bain qui détendit son corps quelque peu meurtri par ces actes charnels qui la vidaient de toute énergie.

Chapitre 2 Chapitre 02

Elena laçait le corset de sa fille. La jeune femme s'agrippait au miroir sur pieds face à elle, la respiration coupée. Certaines fois, sa mère n'y allait pas de mains mortes et tirait tellement fort qu'elle poussait des gémissements non contrôlés avec la sensation que ses côtes se brisaient.

- Veux-tu bien bien rester silencieuse, grommela sa mère. Tu deviens une femme, tu deviendras même une reine, alors tâches de rester digne, même lorsque tu souffres.

Aeria déglutit et se tut, même si le laçage était pour elle, une vraie séance de torture. Elena ne cessait de lui rappeler qu'elle souhaitait serrer le corset le plus possible afin que la poitrine de sa fille ressorte suffisamment pour que le roi des Landes soit conquis.

- Ne trouvez-vous... hm... pas étranges que le roi ne se soit toujours pas montré ? Souffla Aeria entre deux respirations.

En effet, les Belestel étaient arrivés deux jours auparavant en pleine nuit et avaient été accueillis par un domestique et un garde. Depuis, le roi ne s'était pas montré. Leur voyage fut long – environ quatre semaines à bord d'une calèche puis d'un bateau. Arrivés dans les Landes, ils purent bénéficier d'une nouvelle calèche et traversèrent ce désert brûlé dans un triste silence. Aeria n'avait vu aucun oiseau dans le ciel, aucun petit rongeas au sol ni même une seule fleur parmi ces brindilles d'herbes asséchées. Heureusement, le soleil était présent dans les Landes, malgré quelques nuages et parfois même davantage présents qu'ailleurs dans les Cinq Terres. Les villages et villes alentours étaient construits en pierres noires, tous protégés par de grandes murailles. Le château du roi n'était pas épargné, il se trouvait près des marais. Un pont de plusieurs mètres de long leur permettait de traverser les marais, notamment lorsque la marée était basse, et cela ne durerait jamais plus de deux heures. Puis ils avaient passé un pont-levé et terminèrent par entrer dans l'enceinte de la demeure. C'était assez grand, quelques heureux vivaient à la cour du roi, un petit marché était en cours de mise en place lors de leur arrivée mais ce qu'ils y vendaient n'était pas très alléchants.

- Le roi des Landes est une personne mystérieuse pour la plupart des gens comme nous, qui faisons partie des Cinq Terres. Il se montrera ce soir, tu es sa promise.

Elle termina son laçage puis passa ses mains sur la robe de sa fille, par derrière. Elle la regarda à travers le miroir, l'admira même.

- Entraînes-toi à esquisser des sourires, ce n'est pas en ayant l'air triste constamment que tu parviendras à le séduire.

- Je ne souhaite pas le séduire... souffla la jeune femme.

- Là n'est pas la question. Les jeunes filles n'ont pas le choix en ce qui concerne le mariage, c'est ainsi depuis des décennies. Donnes-toi un coup de brosse, nous devons être dans la salle du repas à l'heure.

Sa mère quitta la chambre et laissa la porte se refermer derrière elle. La pièce où Aeria dormait était particulièrement grande. Le parquet était sombre, brut, les murs peints d'un papier rouge pourpre. La cheminée en son bout dominait le mur et était allumée, le feu crépitait à l'intérieur. Le lit à baldaquin se trouvait sur un grand tapis brodé et une grande fenêtre laissait entrevoir les marais. Le pont sur lequel ils étaient passés deux jours auparavant était totalement recouvert par la vase à cette heure-ci.

- On dirait une prison, soupira Aeria pour elle-même.

Le miaulement de son chat la fit revenir à elle. Elle s'accroupît, passa une mèche de cheveux derrière ses oreilles puis sourit tout en caressant Flocon. Elle l'avait ramené avec elle, en argumentant à ses parents que si elle devait habiter ailleurs, alors Flocon devait la suivre.

Chapitre 3 Chapitre 03

Réécrit.

Il y avait ceux qui voyaient le mariage comme une union d'un amour éternel. La possibilité d'étendre et de sceller leur amour, de se rassurer pour l'avenir et s'assurer que le reste de leur vie, serait à deux et jamais seuls. Puis il y avait ceux pour qui le mariage était une punition, ceux qui se mariaient sans même connaître leur promis, ceux qui se mariaient par déni et non par envie. Qu'est-ce qu'un mariage ? Etait-ce primordial pour unir deux personnes ? Deux âmes amoureuses ne se quitteront jamais, coucher ses voeux sur du papier et s'offrir un bijou ne changerait rien au fait que si l'un devait être infidèle, il le serait, marié ou non. Cependant, les moeurs étaient ainsi et le mariage était vu comme un accomplissement avant de donner vie à un enfant, un héritier et fonder une famille.

Aeria faisait partie de ceux qui se voyaient punis en se mariant. Elle laissa les domestiques s'affairer autour d'elle, à la vêtir d'une sublime robe de mariée tandis qu'elle subissait simplement cette journée. On lui tirait les cheveux pour la coiffer d'un sublime chignon structuré décoré de perles blanches, laçait son corset avec ferveur ce qui martelait ses côtes, la maquillait pour lui donner bonne mine. Depuis une semaine, Aeria n'avait pas revu Natanaël. Elle n'avait même jamais entretenu une réelle conversation avec lui.

- Trounez la tête sur la gauche afin que nous puissions terminer de vous coiffer, Mademoiselle Belestel, demanda une domestique de sa douce voix.

Aeria tourna docilement la tête sur la droite, sans un mot, sans un sourire, éteinte. Elle fixa la cheminée sans braises, sans flammes, comme son coeur. Elle ne l'avait pas rallumée depuis ce soir là et ne comprenait toujours pas comment elle avait pu se retrouver sans cicatrices. Peut-être perdait-elle la tête, peut-être en avait-elle tout simplement rêvé.

- Et voilà, Mademoiselle, vous êtes fin prête pour épouser le roi des Landes. Je ne devrais pas vous demander cela mais... comment vous sentez-vous à cette idée ?

Aeria se regarda à travers le miroir, lequel était entouré d'un métal parfaitement travaillé. Elle passa ses mains sur la robe blanche décorée d'une dentelle brodée avec minutie formant de petites fleurs et autres arabesques fantaisies. Elle pencha la têt sur le côté, cet air triste ne quittant plus son visage angélique.

- Je...

Elle cligna plusieurs fois des paupières puis se força à étirer ses lèvres peintes d'un rouge pourpre en un sourire qu'elle voulait chaleureux mais peu radieux.

- Je suis très heureuse...

La domestique l'observa un instant, peu convaincue par ce sourire forcé.

- Bien... je vous laisse prendre du temps pour vous, souffla-t-elle emphatique.

Elle quitta les lieux bien rapidement. Aeria resta un long moment debout face au miroir puis s'occupa de caresser Flocon lorsque ce dernier vint se frotter à elle. Elle était obligée de le garder enfermé dans cette chambre, la demeure étant trop vaste, elle craignait de le perdre. Elle fut rejointe par sa mère rapidement, cette dernière s'émerveilla devant sa tenue hors de prix que le roi avait acheté pour elle. Aeria s'efforça de paraître enjouée, de sourire à sa mère et de partager sa joie, même si cela cachait en réalité, une profonde détresse.

Elle n'avait jamais apprécié offrir son corps à tous ces hommes, elle n'avait jamais apprécié le fait de se faire violenter, de devoir assouvir leurs moindres désir même les plus obscurs, au point d'en vomir parfois, tant elle se sentait salie. Néanmoins, si elle s'infligeait tout cela, c'était pour ses parents, pour conserver leur amour. Elle avait toujours été seule, à partir du moment où elle n'eut plus le droit d'aller jouer avec ses amis. Que devait-elle faire ? Elle n'osait pas s'opposer à leur autorité, elle craignait de perdre leur amour, leur gratitude... c'était pourquoi, en ce jour de noces, elle se convainc que c'était le bon choix. Ainsi, elle ne serait plus soumise à tous ces hommes pervers et ses parents seraient forcés de l'aimer jusque'à la fin de leurs jours, puisque grâce à elle, ils seraient fortunés sans efforts.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022