La douleur familière dans mes tempes me réveille brutalement.
C'est toujours le prix à payer pour avoir partagé le secret le plus profond de la Maison Beaumont, ce sacrifice de ma mémoire olfactive.
Dans ma vie passée, j' ai tout donné pour Victor et son ambition, jusqu'à ce qu'il obtienne son poste de PDG chez LVMH grâce à notre création.
Le jour de son triomphe, il m'a anéantie, me jetant à la figure qu'il n'avait fait semblant de m'aimer que pour la formule de ma famille, pour aider Fleur.
J'ai appris plus tard que Fleur, sa maîtresse, avait délibérément empoisonné la roseraie centifolia de ma mère, détruisant notre héritage et brisant le cœur de ma mère, et Victor le savait.
Aujourd'hui, j'ouvre les yeux, et je suis de retour, dans la salle du conseil de LVMH, au moment précis où tout a basculé.
Monsieur Arnault me demande avec qui je vais créer le prochain chef-d'œuvre.
Victor se lève, sûr de lui, et déclare ses "sentiments" pour moi tout en exigeant que Fleur soit nommée co-créatrice.
Il se souvient de tout, il est revenu lui aussi, et pense que je suis toujours cette femme follement amoureuse, prête à tout sacrifier.
Mais cette fois, je me lève, le dégoût au ventre.
Non, Victor. Pas cette fois.
Mon choix est fait.
Je vais écrire un autre nom que le sien.
J'écrirai le nom de Léo.
La douleur lancinante dans mes tempes me réveille brutalement, une douleur familière, le prix à payer pour avoir partagé le secret le plus profond de la Maison Beaumont.
C'est le sacrifice de la mémoire olfactive, une partie de mon âme de "Nez" arrachée pour toujours.
Dans ma vie passée, j'ai fait ce sacrifice pour Victor. Pour lui, pour notre amour, pour son ambition.
Le jour de son triomphe, le jour où il est devenu PDG de la division parfums et cosmétiques de LVMH grâce à notre création, il m'a anéantie.
« Amélie, si ce n'était pas pour ton obsession, Fleur n'aurait pas eu à souffrir dans l'ombre si longtemps ! »
Ses mots, froids comme la lame d'un couteau, résonnent encore.
« J'ai fait semblant de t'aimer uniquement pour obtenir la formule de ta famille. Pour aider Fleur. Quant au poste de PDG ? Je l'aurais eu, avec ou sans toi. »
Il a ensuite détruit ma famille, piétiné notre héritage, et a tout offert à Fleur sur un plateau d'argent.
J'ouvre les yeux.
La lumière douce des lustres de l'avenue Montaigne, le murmure feutré des conversations dans la salle du conseil de LVMH. Je suis de retour.
Monsieur Arnault, le patriarche, me regarde avec un sourire bienveillant.
« Amélie, ma chère. Avez-vous décidé avec qui vous allez créer ce chef-d'œuvre ? »
Le temps s'arrête. C'est ce moment précis. Le point de bascule.
Avant que je ne puisse prononcer un mot, Victor se lève, son visage empreint d'une noblesse feinte.
« Monsieur Arnault, je sais qu'Amélie a des sentiments pour moi. »
Un silence de mort s'installe.
« Mais mon cœur n'appartient qu'à Fleur. Si cette collaboration doit avoir lieu, j'exige que Fleur soit nommée co-créatrice et directrice marketing principale du projet. »
Les regards se tournent vers moi. Pitié, mépris, amusement. Je vois tout.
Nos yeux se croisent. Dans son regard, je ne vois pas seulement de l'arrogance, mais une lueur de reconnaissance. Il se souvient. Lui aussi est revenu.
Il croit tenir les mêmes cartes. Il pense que je suis toujours cette femme follement amoureuse, prête à tout sacrifier.
Un sourire se dessine sur mes lèvres.
Je me lève, ma voix est calme, posée.
« Monsieur Arnault, merci pour votre confiance. Mon choix est fait. »
Le regard de Victor est triomphant, il est certain que je vais céder, comme avant.
Fleur, à ses côtés, me lance un regard plein de pitié simulée, une pitié qui cache mal sa jubilation.
Monsieur Arnault fronce légèrement les sourcils, une ombre de mécontentement passe sur son visage. La scène orchestrée par Victor est un affront à la Maison Beaumont et à son propre jugement.
« Victor, votre... déclaration est pour le moins surprenante, » dit le patriarche d'une voix glaciale. « Mademoiselle Beaumont a toute latitude pour son choix. Et vous osez lui imposer des conditions ? »
La tension dans la salle est palpable.
« Amélie, » continue Monsieur Arnault en se tournant vers moi, sa voix adoucie, « cet affront est inacceptable. Si vous le souhaitez, je peux faire en sorte que Monsieur Victor ne vous importune plus jamais au sein de ce groupe. »
C'était une offre généreuse. Une façon de me rendre justice immédiatement.
Dans ma vie passée, j'aurais peut-être pleuré, j'aurais été humiliée.
Mais pas aujourd'hui.
« Je vous remercie, Monsieur Arnault, » dis-je poliment. « Mais ce ne sera pas nécessaire. »
Je me tourne vers la grande table du conseil, mes yeux ignorant délibérément Victor et Fleur.
Je prends le stylo posé devant moi. Le papier est épais, luxueux.
Victor croit que je vais écrire son nom, peut-être en y ajoutant celui de Fleur sous la contrainte.
Mais ma main ne tremble pas.
J'écris un nom que personne ici, à part Monsieur Arnault et quelques directeurs, ne connaît.
Léo.
Juste Léo.
Je pousse le papier vers le centre de la table.
« Mon partenaire sera Léo, du domaine viticole de Bordeaux récemment acquis par le groupe. »
Le silence est total. Puis, des murmures confus s'élèvent. Qui est Léo ? Un vigneron ? Pour créer un parfum d'exception ?
Victor me regarde, l'incrédulité se peignant sur son visage. Il ne comprend pas. Ce n'est pas le scénario qu'il avait prévu.
« Un vigneron ? » crache-t-il, incapable de se contenir. « Amélie, as-tu perdu la tête ? »
J'ignore sa question.
« Monsieur Arnault, j'ai eu l'occasion de lire ses rapports sur les essences et les terroirs. Sa sensibilité est... unique. Je crois que l'alliance de Grasse et de Bordeaux peut créer quelque chose de véritablement nouveau. »
Monsieur Arnault prend le papier, lit le nom, et un large sourire éclaire son visage.
« Un choix audacieux. Excellent. J'approuve. »
Il se lève.
« Faites venir Léo. »
Dans un coin de la salle, un jeune homme discret se lève. Il est grand, les cheveux sombres, les mains d'un homme qui travaille la terre. Il n'a rien du glamour de Victor. Il a l'air solide, calme. C'est Léo. Nos regards se croisent un instant. Il y a de la surprise dans ses yeux, mais aussi une curiosité intense.