Louis Dubois avait toujours été le gendre idéal, dévoué à sa famille adoptive et à l'entreprise.
Pourtant, un après-midi ordinaire, alors que les murs de la villa Dubois résonnaient de faux-semblants, son frère adoptif, Antoine, brisa cette illusion.
D'un ton suffisant, Antoine, qui n'avait que mépris pour Claire Moreau, la femme qu'on devait lui arranger, proposa avec un sourire moqueur : «Louis peut bien prendre Claire Moreau. Pour un orphelin comme lui, c'est déjà une chance inouïe d'épouser une femme de ce rang. Il ne devrait pas se plaindre. »
Face au silence approbateur de ses parents adoptifs, Louis sentit une vague de dégoût l'envahir.
Ce n'était pas la première fois qu'il était sacrifié pour les désirs d'Antoine.
Dans une autre vie, celle qu' il ne voulait pas oublier, Antoine l'avait abandonné aux mains de Sophie Martin et de ses complices, le laissant périr dans l'ombre après avoir découvert leurs trafics sordides.
Il avait été torturé, brisé, puis laissé pour mort, tandis que Sophie riait de sa déchéance et qu'Antoine fermait les yeux, aveuglé par la cupidité.
Mais cette fois, en croisant le regard triomphant d'Antoine, une évidence glaçante s'imposa à Louis : son frère aussi avait "renaît".
Et il semblait déterminé à rejouer la partie pour s'assurer que Louis souffrirait encore plus.
La colère froide et la certitude inébranlable que cette fois, il ne serait plus une victime, mais un chasseur, embrasèrent Louis.
La revanche, pour lui, n'était plus une option, mais une nécessité absolue.
Louis Dubois sentit un frisson le parcourir, un écho glacial d'une vie passée. Il était assis dans le grand salon de la villa des Dubois, une cage dorée qu'il connaissait trop bien. L'odeur du cuir des fauteuils et du vieux bois ciré lui donnait la nausée. Autour de lui, sa famille adoptive, les architectes de sa misère antérieure, discutait de son avenir comme s'il s'agissait d'une simple transaction commerciale.
Son frère adoptif, Antoine, se pavanait devant la cheminée, un verre de whisky à la main. Il portait un costume sur mesure qui criait l'arrogance.
« Père, Mère, j'ai bien réfléchi, » dit Antoine avec un sourire suffisant. « Le mariage avec la famille Moreau est une excellente opportunité, personne ne le nie. Mais Claire Moreau... elle est rigide, c'est une femme d'affaires. Elle ne me correspond pas. »
Louis serra les poings sous la table, ses jointures devenant blanches. Il connaissait ce discours par cœur. C'était le début de la fin.
« Sophie Martin, par contre, » continua Antoine, son regard brillant de convoitise, « elle a du style, elle connaît tout le monde à Paris. Elle serait une épouse parfaite pour moi. Louis peut bien prendre Claire Moreau. Pour un orphelin comme lui, c'est déjà une chance inouïe d'épouser une femme de ce rang. Il ne devrait pas se plaindre. »
Le silence tomba dans la pièce. M. et Mme Dubois échangèrent un regard. Ils voyaient en Antoine l'héritier de leur nom et de leur fortune, et en Louis, un simple outil, un pion qu'on pouvait sacrifier.
Louis leva les yeux et croisa le regard d'Antoine. Ce n'était pas seulement de l'arrogance qu'il y vit, mais une lueur de triomphe malsain, une connaissance secrète. À cet instant, une certitude glaçante s'empara de Louis. Antoine aussi s'était souvenu. Il avait aussi renaît. Mais contrairement à Louis, qui avait vécu un enfer, Antoine semblait ravi de pouvoir rejouer la partie, en s'assurant cette fois que Louis souffre encore plus.
La scène se superposa à un souvenir, une vision si nette qu'elle lui coupa le souffle. Sa vie antérieure.
Il se revit, non pas dans ce salon luxueux, mais dans une cave humide et sale. L'odeur de la moisissure et de la peur. Il était attaché à une chaise, le corps couvert d'ecchymoses. Face à lui, Sophie Martin, la femme qu'Antoine avait choisie, riait aux éclats. À côté d'elle se tenait M. Bernard, un homme d'affaires à l'allure respectable mais au regard pervers, le partenaire secret de Sophie dans ses trafics les plus sordides.
Dans cette autre vie, Louis avait découvert leurs activités illégales. Sophie et M. Bernard, pour le faire taire, l'avaient torturé, physiquement et mentalement. Ils l'avaient drogué, brisé, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une épave. Ils avaient ensuite orchestré sa mort, la faisant passer pour un suicide. La dernière chose qu'il avait vue était le visage ricanant de Sophie. Et Antoine ? Antoine avait fermé les yeux, trop lâche et trop obsédé par l'argent que Sophie lui promettait pour intervenir. Il avait laissé son frère adoptif être détruit.
Un bruit sec le ramena à la réalité. C'était sa mère adoptive, qui venait de poser sa tasse de thé.
« Antoine a raison, » dit-elle d'une voix mielleuse qui cachait mal sa cruauté. « Louis, tu épouseras Claire Moreau. C'est décidé. »
Louis sentit une colère froide monter en lui. Il n'était plus le jeune homme docile et obéissant qu'il avait été. La souffrance l'avait transformé. Cette fois, il n'allait pas subir. Il allait agir.
Il regarda à nouveau son frère. Le sourire d'Antoine était un défi. Il pensait avoir gagné, comme la première fois. Il pensait refiler à Louis le "mauvais lot", la femme d'affaires froide, pour prendre la mondaine excitante. Quelle ironie. Antoine ne savait pas que Claire Moreau, la femme qu'il méprisait, était en réalité une femme brillante et loyale. Et que Sophie Martin, la femme qu'il désirait, était un serpent venimeux qui l'avait conduit à sa perte.
« Très bien, » dit Louis d'une voix si calme qu'elle en était dérangeante.
Antoine parut surpris par cette acceptation rapide. Il s'attendait à des protestations, des supplications.
Louis se leva. Il sentait les regards de sa "famille" sur lui. Le mépris de ses parents, la jubilation de son frère.
« Puisque c'est décidé, je n'ai rien à ajouter, » dit-il.
Il se dirigea vers la porte, mais s'arrêta sur le seuil. Il se retourna lentement et planta son regard dans celui d'Antoine.
« J'espère que tu seras très heureux avec Sophie, mon frère. »
Le mot "frère" était chargé d'un sarcasme glacial.
« Tu n'as pas idée à quel point, » répondit Antoine, arrogant.
Louis esquissa un sourire qui ne monta pas jusqu'à ses yeux. Un sourire qui promettait le chaos.
« Oh, je crois que si. J'ai une très bonne idée. »
Puis il quitta la pièce, laissant derrière lui un Antoine soudainement perplexe et un silence lourd de menaces invisibles. Le jeu venait de commencer, mais cette fois, Louis connaissait les règles. Et il comptait bien les réécrire.
Le lendemain, son père adoptif, Jacques Dubois, le convoqua dans son bureau. La pièce était sombre, sentant le tabac froid et l'autorité. Jacques était assis derrière son imposant bureau en acajou, le visage fermé.
« Louis, » commença-t-il sans préambule, « ta mère et moi avons été clairs hier soir. Le mariage avec Claire Moreau aura lieu. C'est une alliance stratégique pour l'entreprise. Ne fais rien qui pourrait compromettre cela. »
Il parlait de l'entreprise Dubois comme d'un empire, alors que Louis savait, grâce à sa vie antérieure, qu'elle était déjà au bord de la faillite, rongée par les dettes et la mauvaise gestion de Jacques et Antoine.
« Je n'ai aucune intention de compromettre quoi que ce soit, » répondit Louis, sa voix neutre.
« Bien. Je préfère ça. » Jacques Dubois le dévisagea, ses petits yeux scrutateurs. « Tu as toujours été un garçon intelligent, Louis. Trop intelligent pour ton propre bien parfois. »
Louis se souvint. Il se souvint de ses années de lycée, où il excellait en sciences. Il avait mis au point un algorithme révolutionnaire pour l'analyse de données financières. Jacques et Antoine se l'étaient approprié, déposant le brevet à leur nom et empochant les bénéfices, lui jetant quelques miettes comme on le ferait à un chien. Ils l'avaient ensuite empêché d'intégrer une grande école d'ingénieurs sous prétexte de "le garder près de la famille", mais en réalité pour continuer à exploiter son talent sans vergogne. Ils l'avaient traité comme une ressource, pas comme un fils.
« J'ai besoin de mon propre appartement, » dit soudainement Louis. « Et d'un accès aux fonds qui me reviennent de droit pour mes travaux passés. »
Jacques Dubois se figea. Il ne s'attendait pas à ça.
« De quoi parles-tu ? »
« Du brevet. De l'argent que vous avez gagné grâce à mon travail. Je ne demande pas tout, juste ma part. »
Le visage de son père adoptif devint rouge de colère. Il se leva d'un bond, contourna le bureau et se planta devant Louis.
« Insolent ! Après tout ce que nous avons fait pour toi ! Nous t'avons sorti de l'orphelinat, nous t'avons donné un nom, un toit ! Et c'est comme ça que tu nous remercies ? »
Il leva la main et une gifle retentissante claqua dans le silence du bureau. La joue de Louis le brûla, mais il ne cilla pas. Il encaissa le coup, le regard fixé sur l'homme qui venait de le frapper. La douleur physique n'était rien comparée à la trahison qu'il avait déjà subie.
« C'est donc votre réponse, » dit Louis, la voix basse et tranchante.
À cet instant, la porte s'ouvrit et Antoine entra, un sourire narquois aux lèvres. Il avait visiblement écouté à la porte.
« Père a raison, Louis. Tu devrais savoir où est ta place. Tu nous appartiens. Ta vie, tes talents, tout. Tu crois vraiment que tu peux nous défier ? »
Antoine s'approcha, savourant son pouvoir.
« Tu vas épouser Claire Moreau, tu vas te taire, et tu vas continuer à être notre petit génie docile. C'est ton destin. »
Louis ne répondit pas. Il se contenta de les regarder, son père et son frère, unis dans leur cruauté et leur cupidité. Il n'y avait plus rien à dire. Il se retourna et quitta le bureau sans un mot de plus.
Plus tard cette nuit-là, alors que la maison était endormie, Louis entendit frapper doucement à sa porte. C'était Antoine. Il entra sans y être invité, l'air suffisant.
« Je voulais juste m'assurer que tu avais bien compris la leçon, » murmura-t-il dans la pénombre.
« Oh, j'ai très bien compris, » répondit Louis, assis sur son lit.
« Tu sais, je me réjouis d'avance. Te voir coincé avec cette femme de glace, pendant que je m'amuserai avec la délicieuse Sophie. Tu vas finir seul et misérable, exactement comme tu le mérites. »
Antoine s'attendait à une réaction de colère, de tristesse. Mais Louis resta parfaitement calme. Il se leva et fit face à son frère.
« Tu es tellement sûr de toi, Antoine. Tellement sûr que ton choix est le bon. »
« Évidemment. Je ne suis pas un idiot comme toi. »
Louis laissa échapper un petit rire, un son sec et sans joie.
« C'est là que tu te trompes. Tu es bien plus idiot que tu ne l'imagines. Tu crois avoir choisi le paradis, mais tu viens de signer pour un aller simple en enfer. Et moi, je serai aux premières loges pour te regarder brûler. »
Le sourire d'Antoine se fana. Il y avait quelque chose dans le ton de Louis, une certitude terrifiante, qui le déstabilisa.
« Qu'est-ce que tu racontes ? »
« Tu verras. Profite bien de Sophie. Profite de chaque seconde. Parce que crois-moi, tu paieras très cher pour chaque moment de plaisir. Ta vie va devenir un cauchemar, Antoine. Un cauchemar bien pire que celui que tu m'as fait vivre. Et ce sera entièrement de ta faute. »
Sur ces mots, Louis poussa doucement Antoine hors de sa chambre et referma la porte à clé. De l'autre côté, il entendit son frère rester immobile un instant, troublé, avant de s'éloigner d'un pas hésitant.
Dans le noir, Louis sourit. La première graine du doute était plantée. La revanche serait un plat qui se mange froid, et il avait bien l'intention de la savourer.