Cinq ans après notre rupture, j' ai revu Louis Beaumont.
Il était là, plus imposant, plus distant, et surtout, accompagné de Chloé Martin, la femme à laquelle il devait épouser.
Le destin, ou plutôt une "opportunité en or", a fait de moi, Amélie Dubois, avocate respectée, la seule personne capable de gérer l' acquisition de l' entreprise de Chloé par Beaumont Tech.
Un ancien amant que je m' étais acharnée à oublier, devenu mon client ; et sa fiancée, mon "problème" à résoudre.
Mais ma vie intime ne le regardait pas. J' étais Amélie Dubois, la meilleure avocate de Paris.
Ce que j' ignorais, c' est que cette "opportunité" n' était qu' un piège orchestré par Chloé, bien plus retors que je n' aurais pu l' imaginer.
Elle était derrière tous mes malheurs.
Mon rêve prémonitoire, la chute de Chloé, mon test de grossesse positif, l' accident de Louis... Tout n' était que le fruit de sa manipulation machiavélique.
J' étais sa marionnette.
Quand Louis a découvert Léa, notre fille cachée, sa fureur a tout emporté. Il m' a séquestrée, nous a séquestrées, Léa et moi.
Il n' y avait plus d' échappatoire.
J'étais piégée, observée par tous, tenue en otage par mon passé.
Et la seule qui pouvait nous libérer, c' était Chloé, mais elle n' avait pas dit son dernier mot.
Pouvais-je percer le voile de cette illusion ? Allais-je enfin découvrir la vérité derrière ces cinq années de malentendus et de souffrance ? Ou étions-nous condamnées à servir de pions dans ce jeu cruel ?
La première fois que j'ai revu Louis Beaumont, c'était cinq ans après notre rupture.
Le grand écran dans la salle de conférence projetait les détails d'une acquisition d'entreprise. J'étais assise à la longue table, mes notes parfaitement alignées devant moi. J'étais Amélie Dubois, une avocate respectée du cabinet Moreau & Associés.
La porte s'est ouverte.
Mon patron, Maître Moreau, s'est levé avec un grand sourire.
« Monsieur Beaumont, soyez le bienvenu. »
J'ai levé les yeux, et mon stylo a failli me glisser des doigts.
Louis Beaumont était là. Plus grand, plus imposant qu'avant. Son costume sur mesure était impeccable, son visage plus dur, plus froid. Il n'était plus le jeune homme que j'avais connu, mais un homme d'affaires puissant, dont le nom faisait la une des magazines économiques.
Et il n'était pas seul.
À ses côtés se tenait Chloé Martin. Elle portait une robe blanche, simple et élégante. Elle lui a souri, un sourire doux et confiant, le genre de sourire qu'une femme réserve à l'homme qui lui appartient. Sa main reposait légèrement sur son bras.
Un geste possessif, mais discret.
Mon cœur s'est serré. J'ai baissé les yeux sur mes dossiers, feignant une concentration absolue. Cinq ans. Cinq ans que j'avais tout fait pour l'oublier, pour construire une nouvelle vie, loin de lui, loin de ce monde.
Et maintenant, il était là.
« Maître Dubois est notre meilleure avocate en droit des sociétés, » a déclaré Maître Moreau, me désignant d'un geste de la main. « Elle s'occupera de votre dossier. »
Louis a tourné son regard vers moi. Ses yeux étaient sombres, indéchiffrables. Pas de surprise, pas de reconnaissance. Juste un froid glacial.
« Bien, » a-t-il dit, d'une voix qui ne trahissait aucune émotion.
La réunion a commencé. J'ai parlé, j'ai argumenté, j'ai exposé les points juridiques. Ma voix était stable, professionnelle. Personne n'aurait pu deviner la tempête qui faisait rage en moi. Chaque fois que je levais les yeux, je voyais Chloé le regarder avec adoration, lui murmurer des choses à l'oreille.
Ils formaient un couple parfait. C'est ce que tout le monde disait à l'époque, et c'était encore vrai aujourd'hui.
À la fin de la réunion, Maître Moreau, ravi, a raccompagné nos clients. Je suis restée dans la salle, le temps que mes mains arrêtent de trembler.
Quand mon patron est revenu, son visage rayonnait.
« C'est un contrat énorme, Amélie ! L'entreprise de Chloé Martin est au bord de la faillite, et Beaumont Tech la rachète. Mais il y a des complications, des actionnaires récalcitrants. Ils ont besoin de la meilleure. C'est toi. »
J'ai fermé mon dossier, le bruit sec résonnant dans le silence.
« Je ne peux pas, Maître Moreau. »
Son sourire s'est effacé.
« Comment ça, tu ne peux pas ? C'est une opportunité en or. »
« Donnez ce dossier à quelqu'un d'autre. N'importe qui. Mais pas moi. »
Je me suis levée, prête à partir. Je ne pouvais pas faire ça. Je ne pouvais pas passer mes journées à travailler pour lui, à la voir, elle, à ses côtés.
Alors que je passais la porte, j'ai entendu la voix douce de Chloé dans le couloir.
« Elle n'a pas l'air très professionnelle, Louis. Peut-être devrions-nous demander un autre avocat ? »
J'ai senti le mépris dans ses mots. J'ai serré les poings, mes ongles s'enfonçant dans mes paumes. J'ai continué à marcher sans me retourner.
La solitude de mon bureau m'a enveloppée. La ville s'étendait sous mes fenêtres, mais je ne la voyais pas. Je ne voyais que son visage, ses yeux froids.
Maître Moreau est entré sans frapper.
« Amélie, qu'est-ce qui se passe ? Tu n'as jamais refusé un dossier. »
J'ai hésité. Je ne parlais jamais de mon passé.
« Louis Beaumont, » ai-je dit, ma voix à peine un murmure. « C'est mon ex. »
Mon patron m'a regardée, stupéfait.
« L'homme le plus riche de la ville est ton ex ? Et tu ne m'as jamais rien dit ? »
« C'est une histoire compliquée. Et terminée. Je ne veux pas le revoir. Surtout pas avec elle. »
Il a soupiré, passant une main dans ses cheveux.
« Je comprends. Mais c'est Louis Beaumont lui-même qui a insisté pour que ce soit toi. Il a dit qu'on lui avait parlé de la 'meilleure avocate de la ville' et qu'il voulait toi, et personne d'autre. »
Mon sang s'est glacé. Lui ? Il avait insisté ? Pourquoi ? Pour m'humilier ? Pour me montrer ce que j'avais perdu ?
Je me suis assise, un sentiment d'impuissance m'envahissant. J'avais fui pendant cinq ans. J'avais construit des murs si hauts autour de mon cœur. Et en une seule journée, il les avait tous fait s'effondrer.
Je savais ce que cela signifiait. Nous étions désormais adversaires. Et dans ce jeu, il avait toujours été plus fort que moi.
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Je me souviens encore du jour où je l'ai rencontré pour la première fois. J'avais dix-huit ans.
Mes parents adoptifs, les Dubois, venaient de me sortir de l'orphelinat. Ils étaient riches, bienveillants, et désespérés d'avoir un enfant. Ils m'ont offert une nouvelle vie.
Ce soir-là, nous étions invités à dîner chez les Beaumont, leurs meilleurs amis.
Louis était assis à l'autre bout de la table. Il était silencieux, absorbé par son téléphone. Il portait un simple t-shirt blanc et un jean, mais il dégageait une aura de distance, presque d'arrogance. Il n'a pas levé les yeux une seule fois.
Pourtant, je n'ai vu que lui. Il était beau, d'une beauté sombre et mélancolique.
Ma mère adoptive a dû remarquer mon regard, car elle m'a dit en souriant : « Louis est un peu timide. Il passe tout son temps à développer des programmes informatiques dans son garage. »
Après le dîner, je l'ai suivi dans le jardin. Il était assis sur un banc, regardant les étoiles.
Je me suis approchée. « Salut. »
Il a sursauté, surpris. « Salut. »
« Je suis Amélie, » ai-je dit.
« Je sais. »
Son ton était plat. Je me suis sentie idiote. Mais j'étais déterminée. J'ai passé les mois suivants à essayer d'attirer son attention. Je lui apportais des goûters dans son garage, je l'invitais au cinéma, je lui posais des questions sur ses projets. Il était toujours poli, mais distant.
Un soir, lors d'une fête, j'avais un peu trop bu. Je l'ai acculé près de la piscine.
« Louis, je t'aime bien. Vraiment beaucoup. »
Il m'a regardée, un air de pitié dans les yeux.
« Amélie, je te vois comme une petite sœur. Rien de plus. »
Le sol s'est dérobé sous mes pieds. J'ai reculé, j'ai trébuché et je suis tombée dans la piscine. L'eau froide a été un choc, mais la honte était encore plus glaciale.
Quand je suis sortie de l'eau, trempée et humiliée, il était parti.
Cet incident n'a fait que renforcer ma détermination. J'étais Amélie Dubois. Ma famille adoptive pouvait tout m'offrir. Et je le voulais, lui.
J'ai appris que sa famille, les Beaumont, traversait des difficultés financières. Leur entreprise était au bord du gouffre. Mon père adoptif, un homme d'affaires influent, pouvait les sauver.
J'ai fait un pacte avec mon père. Il aidait les Beaumont. En échange, Louis devait accepter de sortir avec moi.
Je sais, c'était horrible. J'ai utilisé l'argent et l'influence pour l'acheter.
Un soir, il est venu me voir. Son visage était fermé, ses poings serrés.
« C'est toi qui as demandé ça à ton père ? »
« Oui, » ai-je admis, sans honte.
Il a ri, un rire sans joie. « Tu veux tellement de moi ? »
« Je veux tout de toi, » ai-je répondu.
Il m'a regardée longuement. « D'accord. Mais ne t'attends pas à ce que je tombe amoureux de toi. »
Ainsi a commencé notre relation. C'était une relation basée sur un contrat. J'étais folle de lui. Je l'entourais, je le collais, je demandais toute son attention. Il était passif. Il acceptait mes baisers, mes étreintes, mais il ne donnait jamais rien en retour.
Un été, il m'a emmenée dans son village natal, un petit coin perdu à la campagne. C'était la première fois qu'il prenait une initiative. J'étais aux anges.
Mais mon bonheur a été de courte durée.
Les vieilles dames du village nous regardaient en chuchotant.
« C'est la nouvelle petite amie de Louis ? »
« Pauvre Chloé. Elle l'a attendu si longtemps. »
« Ils s'étaient promis de se marier quand ils étaient enfants. »
Chloé. Ce nom. Je l'avais déjà entendu. Son amie d'enfance. Celle qui vivait juste à côté.
Le soir, dans la petite chambre d'amis, je lui ai posé la question.
« C'est qui, Chloé ? »
Il a détourné le regard. « Une amie. »
« Les gens disent que vous vous êtes promis de vous marier. »
Il a haussé les épaules. « On était des enfants. Ça ne veut rien dire. »
Mais je n'étais pas convaincue. Il y avait une ombre dans ses yeux quand il parlait d'elle. Une tendresse que je n'avais jamais vue pour moi. Pour la première fois, j'ai eu peur. Peur de la perdre. Peur de cette fille que je n'avais jamais rencontrée.
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