J' aimais Antoine d' un amour fou, un amour qui me consumait tout entière.
Il était mon mari, mon explorateur, l' homme qui me faisait rêver avec ses récits d' aventures lointaines.
Il m' avait offert un médaillon enchanté, censé me protéger des malédictions ancestrales qui pesaient sur moi.
Je le portais jour et nuit, convaincue que c' était le symbole de notre amour éternel et de son sacrifice.
Puis, des pilleurs m' ont enlevée, brutalement.
Dans la lutte, le médaillon s' est brisé, révélant des runes gravées sur le métal.
Mon sang a coulé et s' est infiltré dans les fissures.
C' est là qu' une voix glaciale, celle d' Antoine, a résonné dans mon esprit : « Le destin de Jeanne est entaché de malédictions ancestrales. Seule cette épreuve peut la purifier. »
Une épreuve ? Pour me purifier ?
Mon cœur a chaviré lorsque j' ai vu le nom gravé à l' intérieur du médaillon brisé : Elara.
Le nom de la femme pour laquelle il me sacrifiait, celle qu' il prétendait explorer pour rester à mes côtés.
L' amour, le sacrifice, les épreuves... tout n' était qu' un mensonge cruel, une lame froide poignardée en plein cœur.
Submergée par un désespoir suffocant, j' ai tenté de mettre fin à mes jours.
Mais ma souffrance était loin d' être terminée.
Chaque coup, chaque humiliation, chaque goutte de mon sang n\'était pas un accident.
C' était l' œuvre délibérée de mon propre mari, Antoine, qui m' utilisait comme un simple réceptacle pour transférer les malédictions d' Elara.
Mon corps était brisé, mon corps était défiguré, et mon être tout entier se consumait pour elle.
Malgré toutes mes blessures et la perte de notre enfant, Il a ordonné qu' on me retire tout mon le sang pour la sauver.
Et lorsque Elara, son visage de sainte immaculée, m' a rendu muette avant de me condamner, j' ai compris que ma vie n' était qu' une monnaie d' échange.
Mon âme a quitté mon corps, mais ma vengeance ne faisait que commencer.
Jeanne Dubois aimait Antoine, elle l'aimait d'un amour qui consumait tout. C'était un explorateur de renom, un homme dont les récits d'aventures lointaines la faisaient rêver. Il lui avait raconté son secret, un pacte magique qui le liait à une société secrète, les "Gardiens de l'Ancien Savoir". Sa mission : protéger une relique sacrée, la "Larme d'Émeraude". Mais il lui avait aussi avoué une chose plus intime, plus douloureuse. Un destin funeste pesait sur elle, Jeanne, une série de malédictions ancestrales qui la rongeaient à petit feu.
Pour elle, il avait tout bravé. C'est ce qu'il disait. Cent épreuves initiatiques, un calvaire qu'il avait enduré pour obtenir un médaillon enchanté, un simple disque de métal censé la protéger de tout mal. Elle portait ce médaillon contre sa peau, jour et nuit, comme le symbole de son amour et de son sacrifice. Elle y croyait, de toute son âme.
Puis, tout a basculé.
Des pilleurs de tombes l'ont enlevée. Brutalement. Dans la lutte, elle a été projetée au sol. Le médaillon a heurté une pierre et s'est fissuré. Une coupure à sa main saignait, et quelques gouttes de sang se sont infiltrées dans les brisures du métal.
C'est alors qu'une voix a résonné, non pas dans la pièce, mais directement dans son esprit. Une voix étrange, désincarnée, mécanique.
"Maître, vous saviez combien Jeanne vous aime, pourquoi l'avez-vous délibérément exposée à un tel danger ?"
Jeanne a figé. Maître ? De qui parlait cette voix ?
Puis une autre voix a répondu, une voix qu'elle connaissait par cœur, la voix de son mari, Antoine. Mais elle était glaciale, méconnaissable.
"Le destin de Jeanne est entaché de malédictions ancestrales. Seule cette épreuve peut la purifier. Je n'ai pas d'autre choix..."
Son cœur a manqué un battement. Une épreuve ? Pour la purifier ?
La voix d'Antoine a continué, plus douce, presque suppliante, mais toujours à cette entité invisible. "Attendez que Jeanne surmonte les trois dernières épreuves, et une fois les malédictions levées, je lui consacrerai le reste de ma vie..."
Les trois dernières épreuves ? De quoi parlait-il ? Un frisson d'horreur a parcouru son échine. Elle a baissé les yeux vers le médaillon brisé dans sa main. La lumière faible de l'entrepôt a révélé quelque chose qu'elle n'avait jamais vu. Gravées à l'intérieur des fissures, des runes minuscules brillaient d'une faible lueur. Ce n'étaient pas ses initiales. Ce n'était pas un symbole de protection pour elle. C'était un nom.
Elara.
Le nom de la prêtresse dont Antoine lui avait parlé, celle qu'il devait "explorer" pour rester dans ce monde. Le cœur de Jeanne s'est brisé en mille morceaux, tout comme le médaillon. La vérité était une lame froide et tranchante. L'amour, le sacrifice, les cent épreuves... tout était un mensonge.
Le désespoir l'a submergée, une vague noire et suffocante. Elle a vu la lame brillante d'un des pilleurs posée sur une caisse. Sans réfléchir, dans un geste de pure folie, elle s'est jetée dessus.
"Mince ! Cette femme se jette sur la lame !"
Le pilleur qui la gardait a crié, paniqué. Il a reculé d'un pas. Le commanditaire avait été très clair. Elle ne devait pas mourir. Pas encore.
La lame a entaillé son cou, mais pas assez profondément. Le sang a coulé, chaud, sur sa peau. La douleur l'a ramenée à la réalité sordide.
L'homme, furieux, l'a attrapée par les cheveux.
"Tu veux te suicider ? Je vais te donner une leçon !"
Il l'a projetée violemment contre un mur en béton.
"Boum !"
Sa tête a heurté la paroi avec un bruit sourd. Des étoiles ont dansé devant ses yeux, le monde a tourné. Avant même qu'elle puisse reprendre ses esprits, un coup de crosse de pistolet l'a frappée en pleine bouche. La douleur a explosé dans sa mâchoire. Le goût métallique du sang s'est mêlé à ses larmes salées.
Elle était au bord de l'évanouissement, son corps tremblant de manière incontrôlable. C'est là qu'elle a de nouveau entendu la conversation dans sa tête, claire et nette.
"Entité, le transfert est-il complet ?" C'était Antoine.
La voix de l'entité tremblait. "Il reste 10%. Arrêtons, je crains qu'elle ne supporte pas."
"Non !" La réponse d'Antoine était un fouet. "Cette malédiction n'est pas entièrement transférée. Puisqu'elle la supporte pour Elara, elle doit la supporter entièrement ! Je ne peux pas laisser Elara en danger !"
Cette phrase a gelé son sang. Elara. Toujours Elara. Son calvaire, sa douleur, sa vie en jeu... tout ça pour une autre femme. Chaque coup, chaque insulte, chaque goutte de son sang versé n'était pas un accident. C'était l'œuvre délibérée de l'homme qu'elle aimait. Son mari.
La veille, quand ils l'ont enlevée, elle avait supplié, offert de l'argent, tout ce qu'ils voulaient. Mais ses ravisseurs n'avaient répondu que par une cruauté accrue. Maintenant, elle comprenait pourquoi. Leur cruauté était commanditée.
"Mais elle est votre femme, n'avez-vous pas peur qu'elle le découvre ?" L'entité semblait presque avoir pitié d'elle.
"Elle ne le saura pas." La voix d'Antoine était froide, résolue, sans la moindre trace d'émotion. "Une fois qu'elle aura supporté toutes les malédictions d'Elara, je lui offrirai la meilleure des vies, en compensation."
Compensation ? Ce mot était une insulte. Une gifle. Sa douleur, son désespoir, sa vie... tout cela n'était pour lui qu'une monnaie d'échange, une simple transaction pour sauver une autre.