Le trajet jusqu'à Seacrest avait semblé interminable. Olivia observait silencieusement les paysages défiler depuis la fenêtre de la voiture, une main posée sur celle de son fils qui dormait paisiblement, tandis que sa fille, assise à côté de lui, se laissait bercer par la musique de ses écouteurs. Cela faisait six ans qu'elle avait quitté cette ville, six ans qu'elle avait fui, le cœur brisé, avec la certitude de ne jamais y revenir.
Mais la vie est parfois un cercle vicieux, et la guérisseuse accomplie qu'elle était devenue savait qu'elle n'avait pas d'autre choix que d'affronter ce passé pour le bien de ses enfants et de sa propre paix.
Seacrest apparut enfin, nichée entre les collines verdoyantes et bordée par la mer. La ville semblait endormie, comme si le temps n'avait pas touché ce lieu où elle avait tout laissé derrière elle. Mais alors qu'elle traversait les rues bordées de maisons familières, elle se sentait envahie par une étrange nostalgie, un mélange de réconfort et de douleur. Les souvenirs de son ancienne vie ressurgissaient, chaque coin de rue, chaque boutique rappelant des fragments du bonheur qu'elle avait connu avec Victor, des éclats de leur amour qui semblait si invincible... avant que tout ne s'effondre.
Ils arrivèrent enfin devant la petite maison en bord de mer qu'elle avait louée. C'était une jolie bâtisse aux murs de pierre et aux volets bleus, simple mais accueillante. Elle espérait que cet endroit offrirait à ses enfants un refuge paisible, loin du tumulte de la haute société des loups-garous, loin de la pression des rangs, des alliances et des querelles de pouvoir. Elle inspira profondément, prit la main de ses enfants, et ils entrèrent ensemble, accueillis par une vague de senteurs marines qui les enveloppa chaleureusement.
Les jours suivants, Olivia et les jumeaux prirent le temps de s'installer et de s'acclimater. Partout où elle allait, elle sentait les regards se poser sur eux, curieux, intrigués, parfois même accusateurs. Les habitants de Seacrest n'avaient pas oublié, et chaque murmure sur son passage lui rappelait qu'ici, elle n'était pas simplement Olivia, la guérisseuse talentueuse. Elle était Olivia Prescott, l'ex-femme de Victor Leer, cet Alpha imposant et respecté, avec qui elle avait partagé une vie, une vie qu'elle avait abandonnée en partant.
Un après-midi, alors qu'elle flânait avec ses enfants dans les rues animées du centre-ville, un groupe de femmes se tourna brusquement à son passage, l'observant avec une attention à peine voilée. L'une d'elles, une femme à la chevelure grisonnante et au regard sévère, murmura assez fort pour qu'Olivia l'entende :
« Elle a osé revenir, la voilà, cette femme qui a brisé le cœur de notre Alpha... »
Olivia sentit une bouffée de colère et de honte monter en elle. Elle savait que la communauté des loups-garous était particulièrement attachée à ses chefs, et qu'elle avait été blâmée pour l'échec de son mariage. Mais ils ne connaissaient pas toute l'histoire, personne ne savait réellement ce qu'elle avait enduré ni pourquoi elle avait pris la décision de partir.
« Maman, pourquoi elles nous regardent comme ça ? » demanda doucement sa fille, levant vers elle des yeux remplis d'inquiétude.
Olivia se pencha et posa une main rassurante sur son épaule. « Ne t'inquiète pas, ma chérie. Elles sont juste... surprises de nous voir ici, c'est tout. »
Elles continuèrent leur chemin, et peu à peu, la tension s'évanouit. Le lendemain, Olivia reçut une invitation pour une réception en l'honneur de la meute. L'invitation était signée de Victor lui-même. Elle fixa le parchemin avec hésitation, son cœur battant la chamade. Elle n'était pas certaine d'être prête à le revoir, et encore moins dans une ambiance aussi officielle. Mais quelque chose en elle lui disait que ce moment était inévitable, qu'il était temps d'affronter son passé.
La nuit de la réception, elle choisit une robe sobre, mais élégante. Ses enfants l'encouragèrent d'un sourire, visiblement fiers de la voir aussi belle. Elle ressentait une boule d'angoisse en elle, mais aussi une détermination nouvelle. En franchissant la porte de la grande salle de réception, elle sentit instantanément les regards se poser sur elle. Les conversations se turent peu à peu, les invités se retournant vers celle qui faisait désormais figure de revenante. Elle leur fit face avec calme, le menton légèrement levé, son regard fixé droit devant elle.
Soudain, elle le vit.
Victor se tenait de l'autre côté de la pièce, entouré de membres de sa meute. Sa silhouette imposante, ses épaules larges, et ce regard intense... Il n'avait pas changé. Il avait toujours cette aura magnétique qui attirait l'attention, qui inspirait le respect et la crainte. Lorsqu'il croisa son regard, il marqua un instant d'hésitation, comme s'il était aussi surpris de la voir que les autres. Ses yeux s'étrécirent légèrement, et un étrange mélange d'émotions traversa son visage : surprise, colère, mais aussi une pointe de tristesse.
Elle avança lentement, chaque pas lui demandant un effort considérable, son cœur battant de plus en plus fort. Lorsqu'elle arriva près de lui, le silence dans la salle était devenu oppressant. Il la regarda longuement, sans rien dire, avant de murmurer d'une voix rauque :
« Olivia... tu es revenue. »
Elle hocha la tête, cherchant ses mots. « Oui. Je... je voulais que nos enfants connaissent leurs racines, leur héritage. »
Il fixa intensément ses yeux, comme s'il essayait de lire en elle, de comprendre les véritables raisons de son retour. Il inspira profondément, puis d'un ton presque amer, ajouta :
« Après tout ce temps... Pourquoi maintenant ? »
Elle sentit un frisson la traverser, et la douleur de leur séparation refit surface. Elle se ressaisit, soutenant son regard, et répondit calmement : « Parce qu'ils méritent de savoir d'où ils viennent, et qui ils sont. »
Il sembla déstabilisé par sa réponse, et un instant, elle crut apercevoir une lueur de regret dans ses yeux. Mais avant qu'il n'ait pu répondre, un de ses conseillers s'approcha, interrompant leur échange avec une question urgente. Elle profita de ce moment pour s'éloigner, reprenant difficilement son souffle.
Le reste de la soirée fut un tourbillon de conversations et de présentations, certains membres de la meute lui adressant des regards approbateurs, d'autres évitant soigneusement de lui parler. Plusieurs lui posèrent des questions sur ses enfants, et elle sentit que beaucoup s'interrogeaient sur l'absence de Victor dans leur vie. Mais elle se contenta de répondre poliment, esquivant les interrogations trop insistantes.
À un moment donné, elle aperçut Victor qui l'observait de loin. Son regard était intense, perçant, comme s'il tentait de comprendre qui elle était devenue après toutes ces années. Elle réalisa alors que le Victor qu'elle connaissait n'était peut-être plus tout à fait le même. Elle non plus, d'ailleurs. Ils avaient chacun évolué, changé, et elle ne savait pas si ces changements les avaient rapprochés ou au contraire, éloignés à jamais.
À la fin de la soirée, alors qu'elle s'apprêtait à quitter la réception, elle sentit une main se poser délicatement sur son bras. Elle se retourna pour voir Victor, seul cette fois-ci, son visage plus doux, plus vulnérable.
« Olivia... je ne pensais pas que tu reviendrais un jour. » Sa voix était un murmure, presque suppliant.
Elle soutint son regard, sentant son propre cœur se serrer. « Moi non plus. Mais je suis là, et je pense que... que nous devons faire face à ce qui s'est passé. »
Il hocha lentement la tête, et pour la première fois depuis longtemps, elle crut apercevoir dans ses yeux une lueur d'espoir, un espoir qu'elle n'avait pas osé ressentir elle-même.
Olivia était installée à une table de la petite terrasse en bois qui donnait sur le jardin, profitant du calme de l'après-midi. Ses jumeaux, Ryker et Luna, jouaient plus loin sous l'œil attentif de l'une des aides que Victor avait insisté pour lui assigner. En revenant à Seacrest, elle savait que cette paix serait de courte durée. Elle savait que revenir ici ferait ressurgir bien des souvenirs, et elle en ressentait déjà le poids. Mais elle n'avait pas anticipé l'intérêt soudain que suscitait sa présence, ni l'attention particulière que certains Alphas semblaient lui accorder depuis qu'elle était de retour.
Alors qu'elle observait ses enfants rire et jouer, une voix grave la tira de ses pensées. Elle leva les yeux et aperçut un homme se tenant devant elle, grand et imposant, habillé avec élégance. Il avait un sourire assuré et un regard qui semblait peser chaque détail d'elle, comme s'il cherchait à comprendre la force qu'elle dégageait, cette force qui l'avait rendue célèbre bien au-delà de leur communauté.
« Mademoiselle Prescott, » commença-t-il en inclinant légèrement la tête, « permettez-moi de me présenter. Je suis Elias, Alpha de la meute des Vaux-Noirs. » Son sourire s'élargit, et il ajouta d'une voix douce : « J'ai entendu beaucoup de choses à votre sujet, et il m'est impossible de passer à côté de l'honneur que serait de vous connaître davantage. »
Olivia garda une expression polie, sans en dévoiler trop, bien qu'elle sente son malaise grandir. Les années avaient passé, mais l'attention qu'elle suscitait ici lui semblait presque oppressante.
« Enchantée, Elias, » répondit-elle en tendant la main, qu'il serra avec un enthousiasme un peu trop marqué.
« Vous êtes d'un calme et d'une élégance remarquables, » reprit-il sans lâcher son regard. « On raconte que vous êtes une guérisseuse d'exception, que même les blessures les plus profondes, tant du corps que de l'esprit, trouvent en vous un remède. »
Elle sourit, feignant une légèreté qui cachait sa méfiance. « Ce sont des rumeurs qui voyagent vite. »
Il acquiesça, puis marqua un silence comme s'il choisissait soigneusement ses mots. « Je ne veux pas paraître trop direct, mais... vos enfants ont-ils un père dans leur vie ? »
La question la prit de court, et Olivia sentit une vague de chaleur monter en elle. La question de la place de Victor dans la vie de Ryker et Luna était un sujet qu'elle-même n'avait pas encore eu le courage d'aborder franchement. Mais cet homme qu'elle venait à peine de rencontrer se permettait de l'interroger comme s'il avait déjà une idée précise en tête.
« Ils ont un père, en effet, » répondit-elle calmement, posant intentionnellement une barrière entre eux, bien qu'elle se demandât si Elias comprendrait le message.
Il eut un léger sourire, insistant : « Mais sont-ils heureux, ce père, est-il réellement présent ? Vous savez, un Alpha comme moi... pourrait prendre soin d'eux comme s'ils étaient les miens. Et si vous le souhaitez, je pourrais leur offrir la stabilité qu'ils méritent, la sécurité d'un foyer. »
Olivia sentit une vague de colère monter en elle. Ce discours lui rappelait de douloureux souvenirs. Elle avait entendu des promesses similaires de la part de Victor, à une époque où elle croyait encore que tout irait bien entre eux. Mais elle n'en laissa rien paraître. Elle resta impassible, étudiant cet homme avec un sourire poli.
« C'est... généreux de votre part, » répondit-elle avec douceur, bien qu'elle aurait préféré mettre fin à cette conversation. « Mais mes enfants ont déjà un foyer, et ils sont heureux avec moi. »
Elias parut un instant déconcerté, mais il se reprit rapidement, comme si son ego ne permettait pas de concevoir un refus aussi subtil. « Je comprends, bien sûr. Mais sachez que je suis là, si vous changez d'avis. Seacrest peut parfois être... un lieu isolé, surtout pour une femme telle que vous. »
Olivia hocha la tête, se contentant de cette réponse, espérant que cela suffirait à le faire partir. À cet instant, elle sentit un regard sur elle. En tournant légèrement la tête, elle aperçut Victor, non loin, observant la scène avec une expression qu'elle connaissait trop bien. Son regard était noir, ses poings serrés, comme s'il luttait pour contenir une rage qu'il n'arrivait pas à expliquer, ni à dissimuler.
Elle ressentit une étrange satisfaction en voyant qu'il était visiblement agacé par la présence d'Elias. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas été jaloux, ou du moins, qu'il n'avait pas exprimé quelque chose d'aussi évident. Pendant un instant, elle se demanda ce qu'il ressentait en la voyant entourée d'hommes prêts à lui faire la cour, alors qu'il avait lui-même détruit leur mariage par sa négligence et son orgueil.
« Eh bien, Olivia, je vous laisse pour l'instant, » conclut Elias avec un sourire charmeur, ignorant royalement la présence de Victor. « Mais sachez que mes portes vous sont ouvertes, et je suis persuadé que nos chemins se croiseront à nouveau. »
Il s'éloigna enfin, laissant Olivia reprendre son souffle. Elle sentit alors une présence à ses côtés et se tourna pour voir Victor s'approcher. Son regard sombre trahissait son irritation, et elle le fixa sans ciller, le défiant presque de faire un commentaire.
« Ce type... » murmura-t-il d'une voix chargée de colère retenue. « Que te voulait-il exactement ? »
Olivia haussa les sourcils, feignant l'innocence. « Il voulait simplement me connaître. Et offrir son soutien, si jamais j'en avais besoin. »
Il serra les dents, détournant un instant le regard pour ne pas laisser sa rage exploser. Elle savait qu'il n'appréciait pas de voir d'autres Alphas s'approcher d'elle, mais elle n'avait plus de comptes à lui rendre, et elle comptait bien le lui rappeler.
« Ce genre d'hommes ne cherche pas à offrir du soutien, Olivia. Il cherche à s'approprier ce qu'il ne peut pas avoir. »
Elle soutint son regard avec une froide détermination, ravivant en elle les souvenirs de toutes les fois où elle avait attendu que Victor se comporte comme un véritable mari, un véritable père, plutôt qu'un chef de meute préoccupé par ses devoirs et ses apparences.
« Tu n'as plus ton mot à dire, Victor. Ce genre de choses ne te concerne plus, n'est-ce pas ? »
Elle pouvait voir le conflit dans ses yeux, la douleur et la frustration mêlées. Mais il n'avait pas d'argument valable à lui opposer. Elle avait raison, et il le savait. À ce moment précis, il comprit qu'elle était partie bien plus loin qu'il ne l'avait cru, et que regagner sa confiance ne serait pas aussi simple que par le passé.
Leur échange fut interrompu par Ryker, qui s'approcha d'eux en courant. Le petit garçon agrippa la main d'Olivia, sans se douter des tensions qui régnaient autour de lui.
« Maman, c'est qui le monsieur qui te parlait tout à l'heure ? Il a dit qu'il était un Alpha ! »
Olivia sourit doucement à son fils, effleurant ses cheveux du bout des doigts. « C'est juste un homme qui est venu me dire bonjour, mon cœur. Rien de plus. »
Victor observait la scène, ses yeux fixés sur leur fils avec une intensité douloureuse. Il savait qu'il avait raté une grande partie de leur enfance, et la manière dont Ryker parlait de cet autre Alpha sans aucune hésitation réveillait en lui une jalousie qu'il ne pouvait pas contenir.
« Tu sais, Ryker, » dit-il d'une voix plus douce en s'accroupissant devant lui, « être Alpha, ce n'est pas juste un titre. C'est une responsabilité. Un engagement. »
Le petit garçon le regarda, intrigué, puis acquiesça de la tête, sans comprendre vraiment toute la portée des mots de son père. Olivia sentit son cœur se serrer en observant Victor tenter de se rapprocher de ses enfants, une lutte qu'elle savait sincère, mais qui ne laissait pas de lui rappeler les échecs passés.
Alors qu'il se relevait, Victor croisa son regard. Elle pouvait lire dans ses yeux la tristesse, la culpabilité, mais aussi une flamme qu'elle n'avait pas vue depuis longtemps. Il semblait soudain prêt à se battre, prêt à faire ce qu'il n'avait pas fait auparavant. Mais elle, elle ne pouvait pas oublier. Pas encore.
Sans un mot, elle serra la main de Ryker et se détourna de Victor, l'emmenant loin de lui, laissant derrière elle un silence lourd de regrets.
La lumière du matin perçait à travers les grandes fenêtres de la clinique, baignant l'espace de soleil et de chaleur. Olivia fit lentement le tour de son nouvel endroit de travail, une petite clinique nichée en plein cœur de Seacrest. Elle avait mis des mois à planifier son retour et à construire cet espace qui serait à la fois un refuge et un lieu de soins pour ceux qui en avaient besoin. Elle s'arrêta un instant, observant chaque détail de la salle de consultation.
Les plantes qu'elle avait soigneusement placées le long des étagères, les flacons d'herbes et de potions aux étiquettes soigneusement écrites à la main, le doux parfum d'eucalyptus et de lavande qu'elle aimait tant. Cet endroit, c'était son sanctuaire.
Alors qu'elle ajustait une dernière fois les pots de céramique contenant ses préparations, une de ses premières clientes entra, une femme âgée avec un sourire fatigué. Olivia se tourna vers elle avec chaleur, l'invitant à s'asseoir.
« Merci d'avoir pris le temps de me recevoir, Olivia, » dit la femme en s'installant. « Vous savez, cela fait des années que je souffre de douleurs aux articulations, et j'espère que vos remèdes seront plus efficaces que tout ce que j'ai essayé jusqu'à présent. »
Olivia lui sourit, posant une main réconfortante sur son épaule. « Je vais faire de mon mieux, je vous le promets. » Elle l'écouta patiemment, prenant des notes, posant des questions sur son état de santé, et se mit à lui préparer une infusion spéciale. Ses gestes étaient précis, appliqués, et elle ressentait cette satisfaction tranquille qu'elle avait toujours éprouvée en aidant les autres, un sentiment qui la comblait bien plus que les anciennes mondanités de la haute société des loups-garous.
Au fur et à mesure que la matinée avançait, les patients se succédaient. Il y avait des mères avec leurs enfants, des jeunes venus chercher des remèdes pour de petites blessures, et même des membres d'autres meutes curieux de voir la célèbre guérisseuse de retour en ville. Elle sentit une paix s'installer en elle, malgré les épreuves de son passé, et elle commençait presque à se dire qu'elle avait fait le bon choix en revenant.
Lors d'une pause entre deux patients, elle remarqua un petit paquet joliment emballé, déposé discrètement sur le coin de son bureau. Elle fronça les sourcils, se demandant qui pouvait lui avoir laissé cela. Curieuse, elle défit le ruban d'un geste lent, dévoilant un bracelet fin en argent, orné de pierres d'améthyste. Un petit mot était glissé à l'intérieur de la boîte : « Pour une femme au cœur aussi pur que ses talents. Puisse ce bracelet vous protéger, tout comme vous protégez les autres. »
Elle resta un instant immobile, observant le cadeau en silence. La délicatesse du présent la troublait. Qui pouvait bien lui offrir un tel cadeau ? Elle chercha autour d'elle, mais il n'y avait personne. Elle se mordilla la lèvre, hésitante. Était-ce un geste sincère, ou bien une tentative d'attirer son attention ? Le mystère ne faisait que raviver les doutes qui sommeillaient en elle depuis son retour. À Seacrest, chaque geste pouvait cacher une intention bien plus complexe.
Plus tard dans la journée, après une longue série de consultations, elle décida de fermer la clinique plus tôt que prévu pour retrouver ses enfants. À peine rentrée chez elle, elle les aperçut en train de jouer dans le jardin, leurs rires clairs emplissant l'air. Elle s'approcha d'eux, souriante, heureuse de retrouver cette simplicité.
« Maman ! » s'écria Ryker en courant vers elle, ses petits bras ouverts, ses yeux brillants de joie. Elle le serra contre elle, respirant son odeur douce de savon et de terre. Luna suivait juste derrière, son visage sérieux, mais ses yeux pétillants.
Après les avoir embrassés tous les deux, elle les observa un instant. Le retour à Seacrest semblait leur faire du bien, et voir ses enfants heureux dissipait quelque peu ses inquiétudes. Pourtant, alors qu'elle leur demandait comment s'était passée leur journée, Ryker posa une question qui la surprit.
« Maman, c'est vrai qu'on a un papa ici ? »
Le cœur d'Olivia se serra. Elle s'était préparée à ce genre de question, mais l'entendre la ramena à une réalité qu'elle aurait préféré éviter, du moins pour l'instant. Elle s'accroupit à leur hauteur, cherchant les mots.
« Oui, mon cœur, » dit-elle doucement, « vous avez un papa. »
Luna, plus réservée que son frère, l'observait avec un sérieux qui dépassait son âge. « Pourquoi il n'est jamais venu nous voir ? Est-ce qu'il ne nous aime pas ? »
Olivia sentit une pointe de douleur traverser son cœur. Elle avait tenté de protéger ses enfants de cette vérité complexe, de la relation tumultueuse qu'elle avait eue avec Victor. Comment pouvait-elle leur expliquer que leur père, bien qu'il les aime sans doute à sa manière, n'avait jamais su combler le vide qu'il avait laissé ?
« Ce n'est pas qu'il ne vous aime pas, » murmura-t-elle, caressant la joue de Luna. « Votre papa... il a toujours eu beaucoup de responsabilités. Parfois, les adultes doivent faire des choix difficiles. » Elle se força à sourire pour cacher la tristesse qu'elle ressentait.
Ryker fronça les sourcils, comme s'il essayait de comprendre. « Alors, il est ici maintenant ? Est-ce qu'il va venir nous voir ? »
Avant qu'elle ait le temps de répondre, une voix se fit entendre derrière elle, une voix familière qui envoya un frisson le long de son échine. « Je suis là, en effet. »
Elle se retourna brusquement et vit Victor, se tenant près de la clôture du jardin. Son visage était indéchiffrable, mais ses yeux semblaient vulnérables, remplis d'émotions qu'il cachait difficilement. Les jumeaux le fixaient avec curiosité, un mélange d'émerveillement et d'incertitude dans leurs regards. Pour eux, cet homme n'était qu'une figure lointaine, un père inconnu qui ressurgissait soudainement dans leur vie.
Victor s'avança lentement, s'accroupissant pour être à la hauteur des enfants. Olivia sentit son cœur battre plus vite, partagée entre la peur et l'espoir. Elle savait que cette rencontre était inévitable, mais elle n'aurait jamais imaginé qu'elle se passerait ainsi, de manière si inattendue.
« Ryker, Luna, » dit-il doucement, sa voix empreinte d'une émotion qu'il ne tentait plus de dissimuler. « Je suis votre papa. » Il tendit une main vers eux, hésitant, attendant leur réaction.
Les enfants le regardèrent un instant, puis Ryker, avec la franchise qui le caractérisait, demanda : « Pourquoi t'es jamais venu nous voir avant ? »
La question, posée si innocemment, eut l'effet d'une lame sur Victor. Il baissa un instant les yeux, cherchant les mots. Olivia observait la scène, sentant le poids de cette question se poser également sur elle. Victor releva finalement le regard, s'adressant directement à son fils.
« Parce que... parce que j'ai fait des erreurs, » avoua-t-il d'une voix rauque. « Je pensais que j'avais le temps de réparer les choses. Mais je comprends aujourd'hui que j'ai laissé passer beaucoup de moments importants. »
Luna, qui était restée silencieuse jusque-là, s'approcha timidement de lui. « Est-ce que tu nous aimes ? » Sa voix était à peine un murmure, mais la question trahissait toute la profondeur de ses doutes.
Victor posa une main tremblante sur la tête de sa fille, la caressant doucement. « Oui, Luna. Je vous aime tous les deux plus que vous ne pouvez l'imaginer. Et je suis là maintenant pour rattraper le temps perdu, si vous le voulez bien. »
Olivia sentit une larme rouler le long de sa joue. Elle essuya rapidement sa joue, refusant de montrer trop d'émotion. Elle n'était pas prête à pardonner si facilement, mais voir ses enfants recevoir enfin les réponses qu'ils attendaient la touchait profondément.
Les jumeaux échangèrent un regard, puis Ryker hocha la tête. « D'accord. Mais tu dois pas nous quitter encore, promis ? »
Victor sourit tristement, visiblement ému par la naïveté et la sincérité de son fils. « Promis, » murmura-t-il, sa voix à peine audible.
Les enfants s'approchèrent de lui, chacun prenant une de ses mains. Olivia, les observant en silence, se demanda si elle pourrait vraiment lui faire confiance de nouveau. Elle savait que la route serait longue, mais pour la première fois depuis longtemps, elle sentit une lueur d'espoir éclairer leur avenir incertain.