Chapitre 1
La voiture roulait à vive allure, les pneus crissant sur l'asphalte humide. Gianna reprit conscience d'un coup, un éclair de douleur traversant son crâne. Ses poignets étaient attachés devant elle, une corde rugueuse lui entaillant la peau. L'odeur de cuir et de cigarette emplissait l'espace confiné. Elle tenta de bouger, mais une poigne ferme la repoussa contre le siège.
- Reste tranquille, conseilla une voix grave à sa droite.
Son cœur battait à tout rompre. Elle força ses yeux à s'adapter à l'obscurité de l'habitacle. Trois hommes. Tous vêtus de noir. Celui qui conduisait jetait des coups d'œil dans le rétroviseur, un rictus satisfait sur les lèvres.
- Vous faites une erreur, lâcha-t-elle, sa voix rauque d'avoir crié.
Le type à sa droite ricana.
- Ah oui ? T'es pas Gianna Russo, la petite princesse du clan ?
Elle serra les mâchoires. Sa réputation la précédait. Fille de Lorenzo Russo, un des chefs mafieux les plus redoutés. Depuis l'enfance, elle avait appris à survivre dans un monde où la faiblesse signifiait la mort.
- Mon père va vous massacrer.
- Possible, répondit l'homme en haussant les épaules. Mais ce sera pas notre problème.
Le véhicule bifurqua brutalement, manquant de la faire basculer sur le type à sa gauche, qui grogna et la repoussa violemment. Elle encaissa le choc sans un bruit, serrant les dents pour ne pas leur donner la satisfaction de la voir souffrir.
Après une dizaine de minutes, la voiture s'arrêta. Une main puissante l'agrippa par le bras et la tira dehors. L'air froid lui mordit la peau. Elle n'eut pas le temps de détailler son environnement avant qu'un sac noir ne lui couvre la tête.
- Marchez.
Elle se força à respirer calmement, les nerfs à vif. Pas de panique. Évaluer, s'adapter. Elle n'avait pas survécu aussi longtemps dans ce monde pour céder maintenant.
Les pas lourds de ses ravisseurs résonnaient autour d'elle. Un escalier, une porte qui grince. L'odeur de bois verni et de whisky emplit ses narines. Puis le silence.
Le sac fut arraché d'un coup sec. Elle cligna des yeux sous la lumière crue avant de se retrouver face à Viktor Moretti.
Il était assis dans un fauteuil en cuir, l'air indolent, une jambe croisée sur l'autre. Il dégageait une puissance froide, implacable. Son costume impeccable contrastait avec le regard acéré qui la détaillait sans détour.
- Gianna Russo.
Sa voix était un grondement bas, presque un murmure, mais chargé d'autorité.
Elle soutint son regard, refusant de reculer.
- Moretti, cracha-t-elle avec mépris.
Un sourire fugace étira ses lèvres, mais il ne toucha pas ses yeux.
- J'espère que tes hommes savent ce qu'ils font. Mon père n'apprécie pas ce genre de jeu.
Viktor se leva lentement, avançant vers elle avec la fluidité d'un prédateur.
- Ce n'est pas un jeu, dit-il calmement. C'est une nécessité.
Il se planta devant elle, imposant. Elle refusait de baisser les yeux, même si l'énergie qu'il dégageait était suffocante.
- Une nécessité ? Enlèvement, séquestration... tu veux m'expliquer ce que tu cherches à prouver ?
- Une alliance, répondit-il simplement.
Elle rit, un son bref, tranchant.
- Une alliance ? Tu crois qu'en m'attachant, tu vas m'amener à coopérer ?
- Tu crois que j'avais une autre option ? répliqua-t-il en haussant un sourcil. Si j'avais demandé à ton père, il aurait ri avant de m'envoyer une balle entre les deux yeux.
Elle se tut. C'était vrai. Lorenzo Russo ne négociait pas, surtout pas avec un Moretti.
- Alors quoi ? Tu penses que je vais juste accepter ce mariage arrangé comme une gentille fille docile ?
Un éclair amusé passa dans son regard.
- Docile n'a jamais été un mot qui te décrivait, Gianna.
Elle le fusilla du regard, mais il poursuivit, imperturbable.
- Mais tu as le choix. Rester attachée à cette chaise et attendre que ton père vienne enflammer la ville... ou écouter ce que j'ai à dire.
Elle n'aimait pas ça. Pas du tout.
- Parle.
Il fit un signe de tête à l'un de ses hommes. La corde qui retenait ses poignets fut tranchée d'un coup de couteau. Elle massa discrètement ses poignets endoloris, se tenant prête à frapper si l'occasion se présentait.
Viktor retourna s'asseoir, l'observant comme un fauve jauge sa proie.
- Ton père est en train de perdre du terrain. Ses alliés deviennent nerveux. Il le sait. Il sait que la guerre est inévitable.
Elle croisa les bras.
- Tu veux me dire que tu fais ça pour lui ?
- Non. Je le fais pour moi. Et pour toi.
Elle plissa les yeux.
- Explique-moi comment être enchaînée à un Moretti pourrait m'aider.
Il se pencha légèrement en avant.
- Parce que si on ne s'unit pas, tes ennemis et les miens profiteront de la moindre faiblesse. Parce que si nous nous marions, nous aurons une force que personne ne pourra contester.
Elle sentit son estomac se tordre. Un mariage avec lui ? L'idée même était révoltante.
- Et si je refuse ?
Il haussa les épaules.
- Tu seras libre de repartir. Mais tu sais aussi bien que moi que ton père ne négociera jamais avec moi. Si tu rentres, la guerre éclatera.
Un silence pesant s'installa. Il disait la vérité, elle le savait.
Mais accepter... c'était renier tout ce qu'elle était.
- Prends le temps de réfléchir, souffla-t-il. Mais ne prends pas trop de temps.
Elle le fixa un instant avant de détourner les yeux.
Le piège se refermait. Et elle n'avait peut-être pas d'échappatoire.
Chapitre 2
- Tu veux que je t'épouse.
Aucune intonation dans la voix, juste une affirmation froide. Gianna laissa les mots rouler sur sa langue, cherchant à en mesurer le poison. Viktor ne sourcilla pas.
- C'est exactement ce que je veux.
- Alors tu es plus fou que je le pensais.
Un sourire effleura ses lèvres, fugace, comme un chat jouant avec une souris déjà à moitié morte.
- Et toi, plus lucide que je l'espérais.
Elle se leva d'un bond, ignorant la douleur dans ses poignets encore marqués par les liens. La pièce n'offrait aucune échappatoire, mais elle ne voulait pas lui donner la satisfaction de la voir docilement assise face à lui.
- Une union entre nos familles serait un désastre. Tu le sais.
- Non, ce serait une victoire.
Sa voix était calme, assurée. Pas un homme qui espérait convaincre, mais un homme qui savait déjà comment la partie allait se jouer.
- Tu veux contrôler mon père.
- Je veux éviter une guerre qui nous coûtera tous trop cher.
Elle laissa échapper un rire sec.
- Épargne-moi ton discours sur la paix. Tu ne fais jamais rien sans y gagner au passage.
- Bien sûr. Mais je ne suis pas le seul à y gagner, Gianna. Si nous nous marions, ton clan restera debout. Ton père restera en vie. Quant à toi... tu ne deviendras pas une monnaie d'échange entre d'autres mains bien plus impitoyables que les miennes.
Une colère brûlante monta en elle.
- Tu me menaces ?
- Je te préviens.
Ses yeux la scrutaient, impénétrables. Elle se demanda un instant ce qu'il voyait en elle. Une fille capricieuse et piégée ? Une héritière utile ? Une ennemie qu'il préférait garder à l'œil ?
- Si je refuse ?
Il s'appuya contre le dossier de son fauteuil, croisant les doigts devant lui.
- Tu seras libre. Tu pourras partir d'ici dans l'heure. Mais sache que sans notre alliance, ton père tombera. Et toi avec lui.
Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun mot ne vint. Parce qu'il disait la vérité. Son père vieillissait. Ses alliés n'avaient plus la même loyauté qu'avant. Chaque jour, leurs ennemis gagnaient du terrain.
- Ce mariage... ce n'est pas une solution. C'est une cage.
- Non, c'est un trône.
La réponse la frappa plus fort qu'un coup de poing.
Elle recula d'un pas, cherchant une échappatoire dans ce jeu sans issue.
- Tu as déjà tout planifié, n'est-ce pas ?
Il haussa légèrement les épaules.
- Je suis un homme pragmatique. J'anticipe.
Les murs se refermaient. Sa liberté, son avenir, son identité même semblaient lui échapper. Mais elle n'était pas du genre à accepter la défaite sans se battre.
- Très bien.
Son ton était tranchant.
- Donne-moi vingt-quatre heures.
Un silence. Viktor l'observa un instant avant de hocher la tête.
- Accordé.
Elle ne le remercia pas.
L'occasion se présenta plus tôt qu'elle ne l'avait espéré.
Un garde distrait, une porte laissée entrebâillée, un couloir désert.
Son cœur battait à tout rompre, mais ses gestes restaient précis. Elle s'était entraînée toute sa vie à anticiper, à survivre.
Un pied dehors, l'air froid sur sa peau. Elle s'engagea dans l'ombre, avançant rapidement vers la sortie qu'elle avait repérée plus tôt.
Trois pas de plus.
Une main se referma sur son bras.
- Mauvaise décision.
Elle se retourna en un éclair, son poing visant son assaillant. Viktor para le coup sans effort, son regard brûlant de quelque chose qui n'était ni colère ni amusement.
- Je t'ai laissé une chance d'y réfléchir.
Elle se débattit, tenta de lui échapper, mais il était plus fort. Plus rapide.
- Tu ne peux pas m'obliger à t'épouser.
- Non. Mais tu n'as pas d'autre option viable.
Elle planta son regard dans le sien, essoufflée mais pas vaincue.
- Tu aurais dû me tuer.
Son sourire s'élargit, presque appréciateur.
- Mais alors, qui donc aurais-je pu épouser ?
Le piège était refermé. Et cette fois, elle n'avait aucun moyen de s'en échapper.
Chapitre 3
- Tu veux que je t'épouse.
Aucune intonation dans la voix, juste une affirmation froide. Gianna laissa les mots rouler sur sa langue, cherchant à en mesurer le poison. Viktor ne sourcilla pas.
- C'est exactement ce que je veux.
- Alors tu es plus fou que je le pensais.
Un sourire effleura ses lèvres, fugace, comme un chat jouant avec une souris déjà à moitié morte.
- Et toi, plus lucide que je l'espérais.
Elle se leva d'un bond, ignorant la douleur dans ses poignets encore marqués par les liens. La pièce n'offrait aucune échappatoire, mais elle ne voulait pas lui donner la satisfaction de la voir docilement assise face à lui.
- Une union entre nos familles serait un désastre. Tu le sais.
- Non, ce serait une victoire.
Sa voix était calme, assurée. Pas un homme qui espérait convaincre, mais un homme qui savait déjà comment la partie allait se jouer.
- Tu veux contrôler mon père.
- Je veux éviter une guerre qui nous coûtera tous trop cher.
Elle laissa échapper un rire sec.
- Épargne-moi ton discours sur la paix. Tu ne fais jamais rien sans y gagner au passage.
- Bien sûr. Mais je ne suis pas le seul à y gagner, Gianna. Si nous nous marions, ton clan restera debout. Ton père restera en vie. Quant à toi... tu ne deviendras pas une monnaie d'échange entre d'autres mains bien plus impitoyables que les miennes.
Une colère brûlante monta en elle.
- Tu me menaces ?
- Je te préviens.
Ses yeux la scrutaient, impénétrables. Elle se demanda un instant ce qu'il voyait en elle. Une fille capricieuse et piégée ? Une héritière utile ? Une ennemie qu'il préférait garder à l'œil ?
- Si je refuse ?
Il s'appuya contre le dossier de son fauteuil, croisant les doigts devant lui.
- Tu seras libre. Tu pourras partir d'ici dans l'heure. Mais sache que sans notre alliance, ton père tombera. Et toi avec lui.
Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun mot ne vint. Parce qu'il disait la vérité. Son père vieillissait. Ses alliés n'avaient plus la même loyauté qu'avant. Chaque jour, leurs ennemis gagnaient du terrain.
- Ce mariage... ce n'est pas une solution. C'est une cage.
- Non, c'est un trône.
La réponse la frappa plus fort qu'un coup de poing.
Elle recula d'un pas, cherchant une échappatoire dans ce jeu sans issue.
- Tu as déjà tout planifié, n'est-ce pas ?
Il haussa légèrement les épaules.
- Je suis un homme pragmatique. J'anticipe.
Les murs se refermaient. Sa liberté, son avenir, son identité même semblaient lui échapper. Mais elle n'était pas du genre à accepter la défaite sans se battre.
- Très bien.
Son ton était tranchant.
- Donne-moi vingt-quatre heures.
Un silence. Viktor l'observa un instant avant de hocher la tête.
- Accordé.
Elle ne le remercia pas.
L'occasion se présenta plus tôt qu'elle ne l'avait espéré.
Un garde distrait, une porte laissée entrebâillée, un couloir désert.
Son cœur battait à tout rompre, mais ses gestes restaient précis. Elle s'était entraînée toute sa vie à anticiper, à survivre.
Un pied dehors, l'air froid sur sa peau. Elle s'engagea dans l'ombre, avançant rapidement vers la sortie qu'elle avait repérée plus tôt.
Trois pas de plus.
Une main se referma sur son bras.
- Mauvaise décision.
Elle se retourna en un éclair, son poing visant son assaillant. Viktor para le coup sans effort, son regard brûlant de quelque chose qui n'était ni colère ni amusement.
- Je t'ai laissé une chance d'y réfléchir.
Elle se débattit, tenta de lui échapper, mais il était plus fort. Plus rapide.
- Tu ne peux pas m'obliger à t'épouser.
- Non. Mais tu n'as pas d'autre option viable.
Elle planta son regard dans le sien, essoufflée mais pas vaincue.
- Tu aurais dû me tuer.
Son sourire s'élargit, presque appréciateur.
- Mais alors, qui donc aurais-je pu épouser ?
Le piège était refermé. Et cette fois, elle n'avait aucun moyen de s'en échapper.
Gianna avait toujours su qu'un esprit affûté valait mieux qu'une force brute. Viktor était puissant, mais il avait des failles. Il respectait ceux qui lui tenaient tête. Elle pouvait jouer là-dessus.
Elle commença par poser des questions, chercher à comprendre sa logique. Pourquoi ce mariage ? Pourquoi maintenant ? Il répondit à ses interrogations avec la patience d'un joueur d'échecs, mais elle notait chaque hésitation, chaque faille dans son raisonnement.
Un soir, elle fit une découverte surprenante. Un homme dans le clan de Viktor, un soldat de second rang, la prévint discrètement.
- Faites attention. Tout le monde ici ne suit pas aveuglément Viktor Moretti.
Elle releva la tête, jaugeant son interlocuteur.
- Pourquoi me dire ça ?
Il esquissa un sourire en coin.
- Parce que vous n'êtes pas la seule à vouloir changer les règles du jeu.
Elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance. Mais elle venait peut-être de trouver sa première carte à jouer.