Chapitre 1
La douleur était lancinante, chaque souffle lui brûlant les poumons comme du fer rouge. Jonas savait qu'il n'avait plus que quelques heures avant que la vie ne l'abandonne définitivement. La trahison avait été rapide, brutale, et il n'avait pas eu le temps de se défendre. Son Bêta, celui qu'il avait nourri, formé et protégé, l'avait laissé pour mort dans la neige, un couteau planté dans le ventre, la marque de la trahison inscrite dans chaque fibre de son corps. Il n'y avait pas de justice dans ce monde, pas de revanche digne de ce nom, mais une rage brûlante, une rage qu'il n'avait jamais ressentie auparavant.
La forêt était dense, les arbres presque impossibles à franchir. Mais il n'avait pas le choix. Chaque pas était un supplice. Il haletait, les mains agrippant la lame de son propre couteau qu'il avait arraché de son ventre pour ne pas laisser trop de traces derrière lui. Si jamais ils le retrouvaient, il fallait qu'il soit prêt. Tout cela était irréel, comme un mauvais rêve, mais il savait que chaque moment passé ici le rapprochait un peu plus de la fin.
"Tu croyais vraiment qu'ils te respectaient ?" La voix de Gabriel, son ancien Bêta, résonnait dans sa tête. "Tu n'es rien sans nous, Jonas. Rien." C'était un murmure assassin, un poison injecté dans son esprit. Il revoyait son sourire froid, son regard dénué de toute pitié. Il avait été un ami, puis un allié, avant de devenir un traître. Mais ce n'était que la première couche du mensonge. Gabriel avait agi en sachant exactement ce qu'il faisait. Il savait que Jonas n'avait aucune chance de se défendre.
Les ténèbres semblaient l'engloutir, et chaque écorchure sur son corps, chaque douleur qui traversait ses membres, lui rappelait l'humiliation de sa chute. Il n'était plus un Alpha. Il n'était plus celui qui gouvernait la meute. Il n'était plus qu'un fugitif, un loup solitaire perdu dans l'obscurité. Ses pensées s'embrouillaient, mais une chose restait claire : il reviendrait. Peu importe le temps, peu importe le prix. Gabriel, son Bêta, ceux qui l'avaient trahi, ils allaient tous payer.
Un cri d'animal perça l'air. Un loup. Il se redressa, s'efforçant de chasser la brume de son esprit. Son nez se frotta contre la terre, cherchant à détecter la présence d'un autre prédateur. Mais ce n'était pas un prédateur. Ce n'était pas une menace immédiate. Il s'effondra de nouveau, ses bras épuisés ne parvenant même plus à le soutenir. La chaleur se dissipait lentement. La vie se retirait de son corps. La peur, elle, ne le quittait pas. Pas la peur de mourir. La peur de ce qu'il allait devenir. Un homme brisé, un Alpha déchu. Un homme sans meute.
Il s'allongea sur le sol humide, son regard fixé sur un ciel qu'il ne pouvait même plus voir à travers la végétation dense. Il n'était pas seul. La meute qu'il avait menée, les loups qui avaient été sous son commandement, tout cela n'était plus qu'un souvenir qui se dissipait comme de la brume. Et au cœur de cette douleur, un nom revenait sans cesse : Lysandra.
Elle avait été sa compagne. Sa confidente. Celle qu'il avait laissée derrière lui, croyant que l'honneur de la meute passait avant tout. Il se rappelait le regard qu'elle lui avait jeté juste avant son départ, celui qu'elle avait eu lorsqu'elle l'avait vu fuir, trahi et abandonné. Elle n'avait jamais dit un mot, mais ses yeux avaient tout dit. Il savait qu'il l'avait perdue à ce moment-là. Non pas à cause de la trahison, mais à cause de sa propre lâcheté. Son incapacité à comprendre que, parfois, une meute n'était pas juste une bande de loups, mais une famille. Une famille qu'il avait laissée derrière lui.
Ses pensées se brouillaient. Ses paupières se fermaient. C'était fini. Tout ce qu'il avait construit, tout ce qu'il avait aimé, tout ce qu'il avait voulu... Cela s'effritait sous ses yeux, et il n'y avait plus personne pour l'empêcher de sombrer.
Une lueur éclatante le réveilla. Il se redressa dans un sursaut, son esprit se mettant à tourner à toute allure. L'odeur. Elle était familière. Elle n'appartenait à personne d'autre qu'à lui. Mais il la reconnut immédiatement. Le parfum de la terre mouillée, de l'humus, et cette touche si distincte de sa propre essence. La meute. Non. Ce n'était pas cela. C'était l'odeur de Lysandra.
Il ferma les yeux, croyant avoir halluciné. La faim et la fatigue lui jouaient des tours. Mais il l'avait bien sentie, il en était sûr. Il se redressa tant bien que mal, utilisant l'arbre le plus proche pour se soutenir. Il s'efforça de rester silencieux, de ne pas attirer l'attention. La douleur dans son ventre n'avait fait que s'intensifier, mais il s'en moquait. Ce n'était pas la douleur qui comptait. Pas maintenant.
Puis il l'entendit. Un bruit léger. Un souffle dans l'air. Puis des pas. Pas ceux d'un loup, mais ceux d'une humaine. Sa compagne. Il savait que c'était elle. Ce n'était pas une illusion. Lysandra. Ses doigts se resserrèrent sur le couteau qu'il avait trouvé à ses côtés. Tout son corps réagit comme un instinct de survie. Il se tourna lentement, la tête baissée pour cacher ses traits. Elle l'avait retrouvé.
Lysandra. Il ne l'avait pas vue depuis si longtemps, et pourtant son cœur battait à tout rompre. Il avait perdu la meute. Il avait perdu son honneur. Mais pas elle. Pas Lysandra. Elle avait toujours été là, dans un coin de son âme, prête à revenir quand tout était devenu trop sombre. Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi après tout ce temps ?
Un murmure. Elle s'approchait. Puis une voix, claire, froide. "Jonas." Ce n'était pas une question. Un constat. Un simple énoncé. Elle savait. Elle savait qu'il était là, blessé et sur le point de mourir. Mais elle savait aussi que ce n'était pas tout. Ce n'était pas juste une rencontre entre deux âmes perdues. Non, il y avait bien plus que cela.
Jonas se redressa, se forçant à ne pas montrer sa faiblesse. "Lysandra," murmura-t-il, sa voix rauque, cassée par la douleur et l'épuisement. "Pourquoi es-tu là ?"
Elle ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle le scruta, comme si elle cherchait encore la vérité derrière ses yeux. Puis elle s'approcha, et il la sentit près de lui, sa chaleur, sa présence, tout cela venant le réconforter d'une manière qu'il n'avait pas connue depuis si longtemps. Mais cela n'effaçait pas la réalité de la situation. "Tu as abandonné ta meute," dit-elle enfin. "Tu as tout perdu."
Il ferma les yeux, une bouffée de douleur traversant son esprit. "Et maintenant ?" demanda-t-il, sa voix brisée. "Tu es là pour me juger ?"
Elle secoua la tête. "Je suis là pour te sauver, si tu me laisses faire. Mais tu dois faire face à ce que tu es devenu, Jonas. Tu as été un Alpha. Un Alpha sans honneur. Tu as perdu tout ce que tu avais."
Jonas soupira, se laissant aller contre l'arbre. "Je sais," murmura-t-il. "Mais je reviendrai. Peu importe combien de temps il me faudra." Il baissa la tête, le regard perdu dans l'obscurité. "Je reviendrai pour tout reprendre. Pour eux. Pour toi."
Un silence lourd s'installa entre eux, puis elle posa doucement une main sur son épaule. "Je n'ai jamais cessé de t'aimer, Jonas. Mais tu dois faire un choix. Avant qu'il ne soit trop tard."
Chapitre 2
L'odeur du sang séché ne le quittait pas. Jonas avançait, un pas après l'autre, en équilibre précaire entre la douleur et la volonté brute qui le maintenait debout. Il avait connu la puissance, le respect, la force. Maintenant, il n'était plus qu'une ombre, un Alpha sans meute, traqué comme un animal malade.
La nuit dernière, il avait surpris des éclaireurs à sa recherche. Pas des chasseurs humains. Pas encore. Non, ceux-là portaient encore son odeur sur eux, un vestige de son ancienne vie. Sa meute. Ou plutôt, celle de Gabriel.
Le nom résonnait dans son crâne comme une insulte.
Jonas s'était caché, tapi dans l'obscurité, écoutant chaque murmure, chaque fragment d'information échappé dans le vent. Gabriel avait pris sa place. Pas juste temporairement. Pas comme un Alpha par intérim en attendant le retour du vrai chef. Non. Il s'était installé, avait consolidé son pouvoir.
Et la meute prospérait.
Il avait voulu ne pas y croire. Mais il n'était pas stupide. Il savait ce que cela signifiait. Les loups étaient loyaux, mais seulement envers celui qui pouvait les protéger. L'ancien Alpha n'était plus qu'un fantôme du passé, une légende qui finirait par s'effacer.
Ses poings s'étaient crispés.
Un bruit derrière lui. Léger, presque imperceptible, mais il le reconnut instantanément. Une patte qui frôle le sol, un souffle retenu. Un chasseur.
Jonas ne réfléchit pas. Son corps réagit avant même que son esprit ne suive. Il pivota brusquement, les muscles tendus malgré la douleur. L'instant suivant, une silhouette émergea des ombres. Un loup.
Un rire amer lui échappa. Il n'aurait jamais cru revoir cet homme-là.
- **Vaughn.**
L'autre haussa un sourcil, penchant la tête sur le côté comme s'il jaugeait un inconnu.
- **T'as une sale gueule, Jonas.**
L'ancien Alpha ne prit même pas la peine de répondre. Il connaissait Vaughn. Ce loup n'avait jamais été un allié proche, mais il n'était pas non plus un ennemi. Juste un survivant. Toujours là où le vent tournait en sa faveur.
- **Si t'es venu me tuer, t'aurais dû attaquer au lieu de parler.**
Vaughn haussa les épaules.
- **Si je voulais ta mort, tu serais déjà à terre. Mais j'ai quelque chose à te dire.**
Jonas resta silencieux. Il n'était pas d'humeur aux jeux d'esprit.
Vaughn croisa les bras.
- **Tu sais que Gabriel dirige la meute.**
Ce n'était pas une question. Jonas ne broncha pas. Vaughn continua.
- **Il n'a pas juste pris ton trône. Il a pris Lysandra.**
Le monde bascula.
Jonas resta figé, son souffle coupé. L'air lui parut soudainement plus lourd, plus dense.
- **Tu mens.**
- **Pourquoi je ferais ça ?**
Un silence tendu s'installa. Vaughn était peut-être un opportuniste, mais pas un menteur. Il n'aurait rien à gagner à inventer une telle chose.
Lysandra... avec Gabriel.
Jonas sentit un grondement monter dans sa gorge, mais il l'étrangla avant qu'il ne s'échappe. Il ne pouvait pas se permettre de perdre le contrôle. Pas maintenant.
Vaughn le regarda, curieux.
- **T'as pas encore compris, hein ? T'es mort pour eux. Un fantôme. Personne ne t'attend, Jonas. Et Lysandra...**
Il s'interrompit, mais Jonas le fixa, les mâchoires serrées.
- **Elle n'a pas eu le choix,** finit par dire Vaughn, plus doucement. **Gabriel a rendu ça... nécessaire.**
Le dégoût dans sa voix était à peine perceptible, mais Jonas le capta. Il connaissait Gabriel. Il savait comment il fonctionnait. Il ne l'aurait pas prise de force. Non, il était plus malin que ça. Il lui aurait laissé croire que c'était pour le bien de la meute. Qu'elle devait avancer. Qu'elle devait tourner la page.
Une vague de rage pure le traversa, brûlante, dévastatrice.
Il avait survécu à la trahison. Il avait enduré la douleur, l'exil, la honte. Mais ça ? Ça, c'était autre chose. C'était une ligne qui ne pouvait pas être franchie sans conséquence.
- **Où est-elle ?**
Vaughn soupira.
- **Dans le domaine de Gabriel. Sous bonne garde. Tu veux la voir ? Ça serait du suicide.**
Jonas ne répondit pas. Il n'avait jamais été du genre à reculer.
Il recula pourtant d'un pas, analysant Vaughn d'un œil neuf.
- **Pourquoi tu me dis tout ça ?** demanda-t-il.
L'autre esquissa un sourire, sans joie.
- **Disons que tout le monde n'est pas ravi du règne de Gabriel. Certains pensent qu'il n'est pas le chef dont on a besoin.**
- **Certains ?**
Vaughn haussa un sourcil.
- **Peut-être plus que tu ne crois.**
Jonas sentit quelque chose s'allumer en lui. Une braise. Petite, mais bien réelle.
Il n'était peut-être pas aussi seul qu'il le pensait.
Et peut-être... juste peut-être... ce n'était pas encore fini.
Chapitre 3
L'odeur de la terre humide et du sang frais l'envahit. Les échos de la bataille résonnaient dans sa tête, mais plus encore, c'était le goût de la trahison qui restait coincé dans sa gorge. Il ferma les yeux un instant, comme pour repousser les souvenirs qui se précipitaient en lui, chaotiques, douloureux.
Ce jour-là, tout avait basculé. Ils étaient partis en guerre, une mission de reconnaissance, ou du moins, c'est ce que tout le monde avait cru. Mais ce n'était pas ça. C'était un piège, une manœuvre soigneusement orchestrée, et Jonas, l'Alpha de sa meute, était la cible.
Il revoyait chaque détail comme si c'était hier. Les cris, les hurlements, les bruits sourds des corps s'écrasant au sol. La poussière, la sueur, l'odeur âcre des armes qui avaient fait leur œuvre. Et dans cette cacophonie, l'incompréhension.
Il avait vu le Bêta de sa meute, celui qu'il avait cru être son allié, l'homme qui avait été à ses côtés depuis le début. Ce Bêta, ce traître, avait fait un signe discret. Un seul geste. Celui d'un homme qui savait qu'il allait réussir. L'instant suivant, tout avait basculé. La meute ennemie, prête à détruire, avait fondu sur eux, encerclant leurs rangs. Jonas n'avait rien pu faire, pris dans l'étau.
Il avait hurlé, mais le bruit de combats étouffait sa voix. Il avait vu les membres de sa meute tomber autour de lui, piégés comme lui. Et puis, la douleur. La morsure d'un coup de griffe qui l'avait frappé de plein fouet, lui perforant la chair, le jetant au sol. Un coup fatal.
La dernière chose qu'il avait vue avant de sombrer dans l'inconscience avait été le regard de Lysandra. Elle se battait près de lui, furieuse, prête à tout pour protéger leur territoire, leur vie. Mais son regard... ce regard-là, il ne l'oublierait jamais.
Elle avait cru qu'il était mort. C'était évident maintenant. Elle avait vu le sang, avait entendu la détonation de l'explosion qui avait secoué le terrain, et Jonas, gisant, immobile, avait semblé être une ombre de plus dans ce champ de bataille dévasté.
Lorsqu'il était revenu à lui, il avait été seul. Personne, pas même un corps, n'avait été laissé derrière lui. Et Lysandra... Il l'avait cherchée, partout, mais il n'avait trouvé que des traces de douleur. Elle avait dû fuir, seule. Tout le monde avait fui. Elle avait cru qu'il était mort. C'était la seule issue pour elle, la seule façon de garder la meute en vie. Elle n'avait pas eu le choix.
Les souvenirs affluèrent, brisés, comme un puzzle incomplet. Chaque détail douloureux s'imprimait dans son esprit. L'absence. Le vide. La meute brisée. Et lui, abandonné, livré à la traîtrise de son propre Bêta, comme un vulgaire déchet.
Jonas serra les poings. Il sentit la rage monter en lui, brûlante, dévorante. Ce n'était pas seulement la trahison qu'il ressentait, mais la perte. Lysandra. Elle avait dû faire un choix pour la survie de la meute. Il le comprenait. Il savait que, dans sa position, il aurait fait de même. Mais cela ne rendait pas la douleur plus facile à supporter.
Il avait été là, à la tête de sa meute, un leader respecté, puissant. Il les avait protégés, guidés. Et maintenant ? Maintenant, il était un paria. Une ombre, une victime. Mais il n'allait pas rester là, à se vautrer dans cette défaite. Non, il n'avait pas l'intention de se laisser effacer ainsi. Il avait tout perdu, mais il reviendrait. Il reviendrait pour les prendre tous. Pour reprendre sa place.
Lysandra ne lui appartenait pas, mais elle était la personne qu'il aimait. Et Gabriel... Gabriel n'était pas un Alpha. Il ne l'était pas comme Jonas. Il n'avait pas la force, la sagesse, l'expérience. Il était l'Alpha de la trahison, un opportuniste. Mais il n'avait pas l'amour de sa meute. Ni celui de Lysandra.
Jonas serra les dents. Il s'était juré de ne jamais revenir en arrière, de ne jamais se laisser détruire. Mais il ne pouvait pas oublier. Pas Lysandra. Pas Gabriel. Pas cette trahison.
Le vent soufflait sur son visage, fouettant sa peau. Il se redressa, s'étira lentement, sentant chaque muscle, chaque fibre de son corps s'éveiller sous l'effet de la rage et de la volonté.
Il ne reviendrait pas en simple spectateur. Il reviendrait pour tout reprendre. Il reviendrait pour reconquérir sa meute, sa place, et Lysandra.
Rien ne l'arrêterait.