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LA PRISONNIÈRE DE LUXE

LA PRISONNIÈRE DE LUXE

Auteur:: Chancelle
Genre: Romance
Laurena, jeune femme courageuse issue d'une famille modeste, se voit offrir un marché impossible à refuser : devenir l'épouse d'Édouardo, un homme aussi puissant qu'énigmatique, pour sauver son père malade et assurer l'avenir de sa sœur. Mais ce mariage de convenance cache des secrets sombres. La première nuit, une trahison. Les jours suivants, une lutte entre haine et passion. Et au-delà des apparences, des sentiments inattendus. Quand le passé resurgit avec violence, Laurena devra choisir entre son devoir et ses désirs.

Chapitre 1 Chapitre 1

La nuit porte conseil, dit-on. Est-ce une suspicion ou une réalité ? Arrive-t-on à trouver des solutions à nos problèmes dans les ténèbres de la nuit ? Et si réellement la nuit porte conseil, sont-ils bons ou mauvais ?

Dans l'obscurité de cette nuit-là, Laurena était allongée sur son lit, l'esprit perdu dans ses pensées, tandis que des larmes silencieuses glissaient le long de ses joues. ‹‹Seigneur, que me réserves-tu donc ? Je ne sais quoi faire. Je suis confuse et ma mère me manque tellement. Maman, où es-tu ? Aide-moi de là-haut››

Il était environ une heure du matin et Laurena n'arrivait toujours pas à dormir. Elle pensait à tous les problèmes qui la hantaient, la maladie de son père, les études de sa sœur. Depuis la mort de sa mère, à l'âge de neuf ans, elle était devenue la gérante de la maison et une seconde mère pour sa petite sœur. Son père, n'ayant pas supporté la perte de sa femme avait sombré dans le désespoir et la tristesse. Un jour, sous l'emprise de l'alcool, il fut victime d'un accident qui le laissa paralysé. Trois mois plus tard, il perdit son emploi et c'est ainsi que débuta leur calvaire. Laurena fut obligée d'abandonner l'école à onze ans. Elle commença à vendre au marché afin de subvenir aux besoins de sa petite famille, avec une attention particulière pour sa sœur, car elle tenait plus que tout à ce qu'elle aille à l'école. Sa sœur Paula venait d'obtenir son bac à dix-huit ans. Quant à Laurena, âgée de vingt-quatre ans, elle vendait des fruits au marché de fruits et légumes sise à Cadjehoun.

Cotonou, capitale économique du Bénin, est une ville plutôt excitante à découvrir. Les infrastructures étaient érigées avec style et beauté. La ville était tout le temps en éveil. Même dans la nuit, on croirait que les gens ne dormaient pas dans cette ville. Les touristes se montraient de plus en plus fréquents, surtout après la réalisation des fresques, le long de la clôture du port, la mise en place de l'obélisque du jardin de Matthieu sans oublier la construction du statut de l'amazone, monument qui de par sa présence majestueuse et imposante, offrait un nouveau décor au paysage Cotonois.

* * *

- Papa, je m'en vais déjà, lança Laurena en pénétrant dans le salon.

Elle s'approcha de son père qui était allongé dans le divan et lui déposa un baiser sur la joue.

- Comment te sens-tu ? As-tu bien dormi ?

- Oui ma chérie. Et toi ? Dis-moi.

- Ne t'inquiète pas pour moi papa, je vais bien. Où est Paula ? Je ne l'ai pas vu dans la chambre quand je me suis levée.

- Elle est dans la cuisine, je crois.

La maison de Laurena n'avait rien d'un palais. Avec son père et sa petite sœur, ils vivaient dans une demeure modeste qui montre les signes du temps et de l'usure. Les murs, autrefois d'un blanc éclatant, sont maintenant ternis par les années, et quelques fissures parcourent la façade. À l'intérieur, la maison est simple mais propre, grâce aux efforts constants de Laurena. Le mobilier est réduit au minimum, avec quelques chaises en bois, une table usée, et un vieux canapé couvert d'une couverture pour cacher les déchirures. Les fenêtres sont petites, laissant entrer juste assez de lumière pour illuminer les pièces étroites. Il n'y avait que deux petites chambres, peu meublées et contenant chacune un lit rudimentaire, un coffre pour les vêtements et quelques affaires personnels. La cuisine est équipée de quelques ustensiles de base, souvent réutilisés et réparés. Malgré la simplicité et la pauvreté, la maison dégageait une chaleur et un sentiment d'accueil, grâce à l'amour et à la dévotion de Laurena envers sa famille.

Languissante, Laurena se rendit à la cuisine qui n'était qu'à quelques mètres du séjour. Son visage était lourd et elle avait des courbatures intenses, conséquence d'une nuit d'insomnie.

- Ma chérie ?

- Grande sœur chérie. Bonjour, lui répondit-elle, le sourire aux lèvres

- As-tu bien dormi, toi ?

- oui, j'ai bien dormi. Mais je doute que tu puisses en dire autant.

- Moi ? Si, j'ai dormie.

Paula déposa le bol qu'elle tenait et se retourna vers sa sœur.

- Je sais que tu as eu un sommeil perturbé. J'ai remarqué que tu t'agitais dans ton lit. Pourquoi es-tu autant soucieuse ?

- Ne t'inquiète pas ma belle, tout va bien.

- Non. On se connaît si bien. Je sais que l'état de papa te contrarie énormément mais on trouvera une solution à cela, d'accord ?

Laurena lui lança un sourire triste.

- Oui, ça ira. Allez, je m'en vais. As-tu quelque chose de prévu aujourd'hui ?

- Non, je compte rester ici avec papa, répondit Paula.

- Parfait. Bon, prends soin de lui, dit-elle en enlaçant sa sœur avant de quitter la cuisine. Elle fit un dernier au revoir à son père et disparut derrière la porte.

En cette matinée ensoleillée, le trafic était dense dans les rues de Cotonou. Laurena héla un taxi pour se rendre dans le marché de fruits et légumes, lieu où elle vendait. Résidant dans le quartier Cadjehoun, non loin du super marché Erevan, il lui faudrait neuf minutes environ pour se rendre à destination.

Après tous les embouteillages sur la route, elle arriva enfin et étala sa marchandise de fruits. Les acheteurs se faisaient rares dans cette matinée-là, et elle en était soucieuse. Il lui fallait, trouver de l'argent afin de procurer des médicaments à son père. Sa maladie s'empirait de jour en jour et il lui fallait, subir une opération. Mais ils n'en avaient pas les moyens. Après quelques heures passées devant sa marchandise, Laurena sentit un creux dans ses entrailles. Elle quitta donc son étalage dans le but d'aller satisfaire sa faim. Au milieu de la foule, Laurena marchait, ne sachant peut-être pas, où elle allait. Elle savait juste qu'elle avait faim, et elle ne faisait qu'avancer, suivant son instinct. Elle avançait, plongée dans ses réflexions, lorsqu'un inconnu la bouscula soudainement. Elle se retourna, pour voir à quoi ressemblait cet individu.

- Non, mais, ça ne va pas la tête ?

L'homme fit demi-tour et lui fit face.

- Pardon ? Mademoiselle, venez-vous de m'insulter ?

- Non. Vous m'aviez bousculé et vous ne songez même pas à vous excuser. Au lieu de cela, vous cherchez à afficher vos grandes ailes de je ne sais quoi.

Le type, en costume blanc, émit un rire narquois puis reprenant son visage grave, il lui lança :

- Ce que vous êtes insolente !

- Qui ? Moi ? Et ben, c'est mieux que d'être si égoïste et irrespectueux comme vous.

Laurena sentit un frisson glacial parcourir son échine lorsque ses yeux captèrent la silhouette imposante derrière l'homme.

Chapitre 2 Chapitre 2

Le regard sombre et menaçant qui se fixait sur Laurena n'avait rien d'amical. Elle comprit alors, le cœur battant que cet homme n'était pas seul, il était flanqué d'un garde du corps, et l'intention qui émanait de ce dernier la glaçait d'effroi.

- Ah ! Je comprends maintenant, d'où vient cet égoïsme de votre part. Vous, les riches, vous vous croyez tout permis avec votre fortune, lança-t-elle, l'air courroucé.

Elle se retourna aussitôt pour reprendre sa route mais il lui saisit brusquement le poignet, l'empêchant de continuer.

- Saviez-vous, à qui vous vous adressez ? demanda-t-il.

- Suis-je censée vous connaître ? Par hasard, seriez-vous Dieu ? Lâchez ma main, immédiatement.

L'homme, stupéfait par l'attitude de Laurena, ôta sa main. On aurait cru qu'auparavant, personne ne lui avait jamais adressé la parole de cette manière, c'est comme s'il était habitué à être adorer. Sans rien ajouter, Laurena reprit son chemin et s'en alla.

- On s'en va. Tu avais raison, ce n'était pas une si bonne idée que je quitte la voiture pour une balade dans le marché.

- À vos ordres monsieur, acquiesça son garde du corps en le suivant.

- Non, mais pour qui se prennent-ils ces fils à papa ? balbutia Laurena entre ses dents. Elle était en feu. Elle ne savait même plus pourquoi elle avait quitté son étalage.

- Que t'arrive-t-il ma chérie ? lui demanda la vendeuse d'à côté.

- Pff ! Non, ce n'est rien, tout va bien, répondit-elle en essayant de se calmer.

- Ah ! On ne dirait pas.

- Eh ben ! Puisque je vous dis que tout va bien alors c'est le cas.

- Oh ! Désolée d'avoir demandé.

Laurena savait parfaitement ce que voulait cette dame, son prochain sujet de commérage. Mais elle n'était pas prête à lui en donner une. Elle se rasseya et fit face à sa marchandise au même moment où, Victor, son petit ami vint.

- Ma chérie, lança-t-il en lui donnant un bisou sur la joue. Comment te portes-tu ? Et la santé de mon futur beau-père ?

- Ça va.

- Ok. Et toi ?

- Ça va aussi. Je suis là.

- Et pourquoi fais-tu cette tête ?

- Quelle tête ? Ça va bien, je te dis.

- D'accord, répondit-il d'une voix peu rassurée.

Un vague silence plana entre eux pendant quelques minutes. Mais Victor connaissait bien Laurena et il savait qu'elle se souciait pour l'état de santé de son père. Le pire, c'est qu'il n'avait pas les moyens de pouvoir aider sa bien-aimée. Bien qu'il soit issu d'une famille mieux aisée, il n'avait nullement la capacité de trouver sept cent milles franc pour l'opération de son futur beau-père.

- Mon amour ? Laurena tourna légèrement la tête pour le fixer. Il lui prit tendrement la main.

- Je sais que tu t'inquiètes beaucoup pour ton père et...

- Victor, mon père n'a plus beaucoup de temps, répondit-elle en larmes. Le seul moyen pour qu'il ait une chance de vivre un peu plus longtemps, c'est qu'il subisse cette opération. Où trouverait-on une telle somme ? Il est la seule famille qu'il nous reste à moi et à ma sœur. Je ne supporterai pas de le perdre maintenant.

- Je sais ma belle. Mais il faut qu'on garde espoir s'il te plaît, et tu dois te nourrir. Je suis sûr que tu n'as encore rien avalé aujourd'hui mais il faut que tu sois forte pour ton père, et pour ta sœur chérie. S'il te plaît, unh. D'un geste tendre, Victor lui caressa la joue, essuyant ses larmes. Son amour souffrait et lui, il ne savait que faire. Il en avait tellement honte.

* * *

- Alors, comment s'est déroulée ta petite balade, Edouardo ?

- Ah. Ne m'en parle même pas. Ce n'était pas la joie.

- Ah bon ? Mais Je pensais que le grand Edouardo SMITH voulait à tout prix faire une balade. Et par-dessus tout, au marché, ce qui n'a jamais été ton truc. Tu aurais dû laisser les cuisinières faire leur travail comme d'habitude.

- Mark, s'il te plaît, tu ne vas quand même pas recommencer. Son meilleur ami lui lança un regard accusateur puis continua :

- Alors, raconte.

- Pff ! Rien de spécial. Je dirai que tout allait bien jusqu'au moment où j'ai croisé cette petite insolente.

- Wow. Eh ben dis donc. Tu as rencontré une fille ? demanda-t-il d'un air enchanté.

- Quoi ? Mark, mais qu'est-ce que tu racontes là ? Celle-là est vraiment loin d'être intéressante. Irrespectueuse et audacieuse qu'elle est, je me demande bien si un homme pourrait la supporter.

- Hum ! Finalement, ce n'était pas si mal ta promenade au marché, lança-t-il d'un ton moqueur. Edouardo lui jeta un regard meurtrier.

- Personne ne m'a jamais parlé ainsi, crois-moi. Je suis habitué à ce que toutes les femmes me tombent aux pieds à première vue. Mais elle, c'est comme si elle ne me connaissait même pas, affirma-t-il, l'air perplexe.

- Quoi ? Tu rigoles. Qui ne connaît pas Edouardo SMITH dans ce pays ? Avec ta célébrité...

- Je ne suis pas censé être connu de tout le monde après tout. Bon bref, j'ai énormément à faire aujourd'hui. D'ailleurs, de quoi voulais-tu me parler ?

- Ah oui ! s'exclama Mark en prenant siège dans le fauteuil juste en face du bureau de son ami.

- Les rumeurs s'amplifient, Edouardo.

- Quelles rumeurs ?

- Comment ça quelles rumeurs ? Le public commence vraiment par se poser des questions sur ta vie. Comment se fait-il qu'un homme de ton âge et doté d'une telle fortune, ne se soit pas encore marié jusqu'à présent ? D'autres racontent même qu'il y aurait peut-être un lien entre ta richesse et ton célibat.

- Eh ben ! qu'ils racontent ce qu'ils veulent.

- Quoi ? C'est vraiment du sérieux là, rouspéta Mark. Tu risques même de perdre des contrats pour ça.

- Parce que je suis célibataire ?

- Eh ben, oui. Avec tout ce qui se raconte sur ta vie, je crains que oui. Tu as besoin d'une femme Edouardo. Tu es jeune et travailleur, n'importe quelle femme tomberait pour toi.

- Eh ben, c'est justement là, le problème. Elles tombent toutes pour moi parce que je suis riche et célèbre. Edouardo par ici, Edouardo par-là, le meilleur ingénieur du pays. Moi, ce que je veux, c'est une femme qui m'aimera véritablement.

- Anna t'aimait.

- Quoi ? Ne me parles pas de cette pétasse, lança-t-il avec amertume.

- Tu sais bien pourquoi elle t'a quitté.

- Parce qu'elle a rencontré quelqu'un de plus riche que moi.

- Parce que tu es trop violent et colérique.

- Moi ? Foutaise, objecta-t-il en ouvrant un document disposé sur le bureau.

- Eh, Edouardo. Elle n'est pas la première à dire cela. Quand tu tombes amoureux, tu deviens insupportable et trop violent. « Toutes les femmes ne peuvent supporter sa sauvagerie au lit », c'est ce qu'elle m'a dit. Elle a finalement eu l'impression d'être devenue ta prisonnière que ce soit au lit ou dans ses actes, et elle en a eu marre.

Edouardo ne dit plus rien, la vérité était irréfutable. Son problème avec les femmes ne se limitait pas uniquement à son égoïsme. Il était également un dominant, baigné de jalousie, dans tous les sens du terme. Même celles intéressées n'arrivaient pas à rester longtemps. Il est tout simplement un homme de nature chaud.

- Tu sais quoi, Mark ? Je n'ai aucune idée de quoi dire ou faire. Tout ce que je sais, c'est que j'ai du boulot alors on en discutera après.

- Ouais c'est ça, tu me chasses, affirma Mark en se levant. Mais tu sais quoi ?

- Quoi ?

- Tu es mon meilleur ami, mon frère, et cela depuis notre tendre enfance. Je te connais parfaitement et je veux juste que tu sois heureux. C'est tout. Penses-y s'il te plaît. Pour ta carrière, il te faut une présence féminine à tes côtés et, le plus vite possible. Bonne journée, dit-il en se dirigeant vers la sortie.

Chapitre 3 Chapitre 3

Edouardo ne savait plus où mettre la tête. Si cela ne tenait qu'à lui, il pourrait bien passer toute sa vie dans la solitude. Non pas parce qu'il ne veut pas se marier mais parce qu'il doute qu'une femme puisse vraiment l'aimer un jour. L'aimer, lui et non sa fortune.

À cela s'ajoute son caractère chaud et agressif. Quelle femme supporterait ses crises de nerf ? Il n'y en a peut-être pas. Maintenant que sa carrière exigeait une présence féminine, que pourrait-il donc faire ? Aucune femme ne l'intéresse actuellement. D'ailleurs, depuis sa rupture avec Anna, il s'était résolu à ne plus se hasarder sur ce terrain. Mais là, il lui faudrait vraiment y réfléchir comme l'a dit Mark.

La journée s'éteignit vite, et Laurena rentra chez elle aux environs de vingt heures. Mais à sa grande et mauvaise surprise, son père venait d'être urgemment transféré à l'hôpital. Il avait à nouveau eu une crise. Son état empirait de jour en jour et ses filles en souffraient. Il était la seule famille qui leur restait. Laurena passa la nuit à l'hôpital au chevet de son père. Heureusement qu'elle avait Victor, son amoureux, qui s'efforçait de l'aider et demeurait à ses côtés en toutes circonstances.

- Je vais à la chapelle pour prier, lança laurena en se levant.

- D'accord ma chérie. Je reste ici jusqu'à ton retour, répondit Victor qui était assis à côté d'elle dans la salle d'attente.

- Ok. Merci. Laurena se dirigea vers la petite chapelle du centre médical. Elle y entra et prit siège. Les larmes commencèrent à ruisseler sur ses joues pendant qu'elle glisse une main dans la poche de son habit pour en sortir une photo. C'était celle de sa mère, la seule qu'elle avait en sa possession d'ailleurs. ‹‹ Maman, tu me manques tellement. J'ai tant besoin de toi. Dis-moi quelque chose. Montre-moi un signe. N'importe quoi qui pourrait m'aider à sauver papa. Je sais que ce n'est pas encore le moment pour lui de s'en aller. Je ne supporterais pas de le perdre à pareil moment. Il y a tellement de choses dans ma tête, comme les études de Paula. Comment pourrais-je assurer ses frais d'université ? Notre situation va de mal en pis. Je ne sais plus quoi faire. Je suis désespérée. Oh mon Dieu, aide-moi s'il te plaît. »

Laurena passa presque la moitié de la nuit à pleurer les larmes de son corps dans cette chapelle, jusqu'à ce que le sommeil décide enfin de s'emparer d'elle.

******

- La famille GARBA ?

Sursautant, Laurena se leva de son siège et se précipita vers le médecin, avec derrière elle, Victor, son amoureux.

- Oui docteur, je suis la fille aînée. Est-ce que mon père va bien ?

- Suivez-moi mademoiselle.

Le cœur de Laurena fit un bond, comme si elle allait recevoir une mauvaise nouvelle, et c'est tout ce qu'elle craignait. Le médecin les fit entrer dans son bureau, un espace lumineux et propre, avec un bureau en bois, des étagères remplies de livres médicaux, et des diplômes encadrés, accrochés aux murs. Au centre de la pièce se trouve une table d'examen, entourée de divers instruments médicaux bien organisés.

- Que se passe-t-il docteur ? questionna Laurena en prenant place sur une chaise. Dites-moi qu'il va s'en sortir. Le médecin émit un long soupir puis entama.

- La maladie de votre père s'accélère, mais il est encore à un stade où l'on peut l'opérer pour lui donner une chance de vivre plus longtemps. Cependant, il faudra le faire assez vite si on veut espérer quelque chose pour lui. Le visage de Laurena s'obscurcit et des larmes lui coulèrent sur la joue. Son père survivrait s'il se faisait opérer. Mais il y avait toujours un fait dont elle avait conscience et que le médecin ne tarda pas à souligner.

- Comme je vous l'avais dit la dernière fois, il vous faudra sept cent mille francs pour assurer l'opération en entier.

Sept cent milles franc. Cette maudite somme résonnait dans les tympans de Laurena. Où pourrait-elle en trouver ? Elle en était juste incapable, impossible pour elle de trouver cet argent. Et quelle réponse pourrait-elle donner au médecin ? Elle avait perdu sa langue et se contenta de garder le silence pendant un instant avant de bredouiller :

- Combien de temps avons-nous au maximum pour rassembler la somme et être à l'heure pour l'opération ?

- Un mois au plus, mademoiselle GARBA.

- Un mois. D'a... D'accord, balbutia-t-elle. Alors laissez-nous un peu de temps.

- Évidemment. J'espère que vous êtes au courant qu'il faudra également assurer les frais d'hospitalité durant le séjour de votre père ici.

Un coup de plus.

- Ou...oui, bien sûr, bredouilla-t-elle.

- Bien. Je suis sûr que tout ira bien pour votre père. Ne vous inquiétez pas.

- Merci, murmura-t-elle A peine s'était-elle redressée que le monde autour d'elle se mit à tourner. Un vertige la saisit, menaçant de la faire chuter. Elle vacilla, mais par chance, Victor se trouvait là pour la rattraper, évitant de justesse sa défaillance.

- Mademoiselle GARBA, vous allez bien ? Asseyez-vous, je vais demander à ce qu'on vous amène un peu d'eau, lança le docteur.

- Euh non. Non, ça va, j'ai juste besoin d'air, dit-elle en s'éclipsant du bureau.

- Ma chérie, cria Victor en essayant de la rattraper.

- Non, Victor, objecta-t-elle en le calant d'une main pour l'empêcher de la suivre. Ne dis rien s'il te plaît. J'ai..., j'ai besoin de prendre un peu d'air. Excuse-moi, ajouta-t-elle en s'éloignant.

Elle vit au passage, sa sœur, tête baissée dans la salle d'attente, qui attendait certainement et impatiemment son retour. Mais que pouvait-elle lui dire ? Que son père allait sûrement mourir parce qu'ils n'ont pas les moyens d'assurer son opération ? Elle n'avait pas le courage de dire une chose pareille à sa sœur. Elle fit donc attention à ne pas se faire remarquer et sortit de l'hosto. Il y avait une plage non loin de leur maison, la plage Erevan. Laurena adorait la mer et elle ressentait en ce moment, l'immense désir de se confier à elle. Laurena trainait ses pas sur le sable fin qui lui brûlait doucereusement la plante des pieds, sous la chaleur tendre du soleil en cette matinée-là. Elle tenait dans sa main la photographie où figurait sa mère et elle. Juste en bas étaient notés leurs noms respectifs: Juliette GARBA et Laurena GARBA. Elle contemplait le sourire de sa mère sur la photographie, tout en trimballant ses pas sur le sable, tout près de l'océan. Soudainement quelqu'un lui heurta l'épaule, ce qui fit tomber la photo par terre. Elle poussa un petit cri de douleur en se dirigeant vers le sol dans l'intention de reprendre la photo. Elle ne porta nullement d'importance à l'individu qui venait de la bousculer. Tandis que ce dernier se dirigeait également vers le sol pour lui prendre la photo, leurs têtes se heurtèrent.

- Aie, laissa-t-elle échapper. Cette fois ci, elle souleva la tête pour regarder la personne mais se figea un moment, l'air perplexe.

- Vous ? lâcha-t-elle.

Elle se souvenait du visage. C'était le même visage qu'au marché. Ce même personnage qui était accompagné de gardes du corps. Mais cette fois-ci, il était seul. Enfin, pour l'instant. Elle remarqua qu'il avait les yeux sur elle tout en jetant un coup d'œil à la photo qui finalement s'était retrouvée dans ses mains. Laurena la lui arracha des mains.

- Donnez-moi ça. Apparemment, vous avez l'habitude de ne pas regarder où vous mettez vos pieds

- Je suis désolé, bredouilla-t-il. Il avait les yeux rivés sur elle, ce dont elle avait conscience. Mais pourquoi la regardait-il ainsi ? Elle se souvint que son visage était rempli de larmes. C'est donc la raison pour laquelle il la dévisageait autant. Elle ne pipa mot puis reprit sa direction initiale, mais le jeune homme la retint par les bras.

- Attendez ! Pourquoi pleurez-vous ? Laurena jeta une fois encore son regard vers la photo, dans sa main.

- Est-ce votre mère ? interrogea-t-il. Elle leva les yeux vers lui et hocha la tête.

- Que lui est-il arrivé ? C'est pour ça que vous pleurez ?

- Non... Elle...

Elle se tut. Qu'est-ce qu'il me veut, lui, ce fils de riche orgueilleux ? Un vague souvenir de leur première rencontre désagréable lui passa sous les yeux. Son visage se rembrunit aussitôt !

- Qu'est-ce que cela peut bien vous faire ? Allez-vous-en.

- Je suis Edouardo SMITH, je voudrais.

- Je n'en ai rien à foutre, ok ? Allez-vous-en.

- Mais, je n'ai aucune intention mauvaise. Je veux juste vous aider.

- Personne ne peut m'aider, hurla-t-elle. Et certainement pas vous. Allez-vous-en, Partez, partez, cria-t-elle en pleurs en se jetant sur le sable. Laissez-moi seule. Allez-vous-en.

Après quelques secondes d'hésitation, Edouardo rebroussa chemin sans dire un mot de plus.

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