Sept ans pus tôt...
- Où est-il ? S'écria Daegan lorsqu'il pénétra le salon d'un pas rapide.
Corazon et Tanaïs qui étaient assises sur le canapé à attendre impatiemment le retour du docteur Maddox se levèrent lorsqu'elles entendirent Daegan rentrer.
- Dans sa chambre, répondit Corazon. Le docteur est en train de l'examiner. Cela prendra plusieurs minutes, ajouta-t-elle en exhalant un soupir.
Sans plus attendre Daegan se dirigea vers les escaliers.
- Non Daegan ! S'exclama Corazon. Tu devrais attendre ici comme nous tous d'ailleurs. Maddox ne voudrait pas qu'on le dérange.
Daegan qui avait atteint les premières marches des escaliers se retourna en jurant entre ses dents. Pendant combien de temps devra-t-il encore attendre sans nouvelles ? L'effroi qui l'envahissait à l'idée de perdre son père le poussait à aller dans cette chambre bien que sa sœur le lui avait interdit. Que pouvait-il fait d'autre ? Attendre pendant plusieurs minutes le retour du docteur ne ferait qu'accroître son angoisse. Lorsque sa secrétaire l'avait informé que Simmons avait encore eu un malaise, il était passé par tous les tourments en envisageant les pires scénarios. Il avait besoin d'être rassuré, besoin d'entendre que ses craintes n'étaient infondées, besoin qu'on lui dise que son père n'avait rien de grave et qu'il se porterait mieux avec plus de repos.
- Daegan !
La voix stridente de sa soeur le tira de ses pensées. Il finit par descendre les escaliers pour les rejoindre.
- Je comprends que tu sois angoissé et que t'aies besoin d'en savoir plus sur son état mais Maddox a été clair lorsqu'il donnait ses ordres. Personne ne doit entrer dans cette chambre pas avant qu'il n'en ressorte, déclara Tanaïs.
Daegan acquiesça de la tête comme pour montrer qu'il avait compris puis se dirigea lentement vers le canapé où était assis sa meilleure amie.
- Qu'est-ce qu'il s'est donc passé ? Qu'est-ce qui a bien pu provoquer son malaise ? Demanda-t-il en s'adressant à sa soeur.
Son deuxième malaise remontait à plusieurs mois puisqu'il était suivi d'une infirmière qui veillait sur sa santé. Il ne ratait aucun rendez-vous et suivait à la lettre les instructions de Maddox. Alors pourquoi son coeur aurait-il de nouveau rechuter ? Encore qu'il fût en forme et qu'il ne présentait aucun signe de fatigue la dernière fois qu'il lui avait rendu visite.
- Je ne saurai le dire Daegan. Nous non plus ne savons rien. Et cette Alicia ne nous dira pas grand-chose puisqu'elle n'était pas là au moment où il avait fait son malaise.
- Comment ? Fit Daegan outré. Où était-elle donc cette fichue infirmière ? Ne l'avons-nous pas embauché pour qu'elle le surveille et qu'elle ne le lâche pas d'une semelle ?
Le docteur fit enfin son apparition dans le salon mettant fin à la discussion. Ils se levèrent immédiatement du sofa et s'approchèrent de lui.
- Alors, comment il va ? S'empressa Corazon de demander.
Elle craignait profondément que Simmons la laisse tomber alors qu'elle avait besoin de lui plus que jamais. Les larmes de douleur lui brûlaient les yeux tant l'expression du visage de Maddox en disait long.
- Il est inutile que l'on vous cache la vérité encore plus longtemps. Je me dois d'être honnête avec vous. Simmons ne va pas bien.
- Mais ? Lâcha Corazon d'une voix effrayée. Il allait pourtant...
- Bien ? Compléta Maddox. C'est ce qu'il vous faisait croire. Il ne voulait surtout pas vous inquiéter alors il a préféré vous cacher l'acuité de son état. Il...il ne lui reste que moins de deux mois à vivre, ajouta-t-il en affichant un regard désolé.
Ébranlés par cette nouvelle, ils restèrent tous figés. Cette nouvelle les avait pris au dépourvu. Le compte à rebours venait d'être amorcé et ils n'avaient aucun moyen pour obtenir un sursis. Ils allaient assister impuissants au trépas de celui qui avait été toujours là pour eux. Ils étaient condamnés à voir l'étiquette de mort sur son front toutes les fois qu'ils porteraient leur regard sur lui.
- Non, ce n'est pas possible, clama Corazon en s'effondrant sur le sofa. Pas lui !
Tanaïs s'approcha de Corazon et posa délicatement sa main sur son épaule comme pour la réconforter. Elle se campronna à son bras et pleurait toutes les larmes de son corps.
Quant à Daegan, il aurait tout donné pour qu'une goutelette de larme paraisse dans le coin de son oeil gauche... Mais rien n'y fit. Il avait tellement réprimé ses émotions toute sa vie qu'il n'en avait plus à montrer. Il n'était simplement pas du genre à s'extérioriser.
- Ça pourrait bien être une erreur, non ? Demanda-t-elle au docteur.
Celui-ci fit non de la tête. Corazon se remit à sangloter à ne point finir.
- Je veux le voir, lança subitement Daegan.
- Vous pouvez y aller. Il voulait d'ailleurs vous voir également. Apparemment il a quelque chose de très important à vous dire.
Corazon et Daegan se jetaient un regard énigmatique et reportèrent d'une minute après leurs attention sur Maddox qui retirait son blouson.
- D'une chose très importante ? Répéta Corazon en haussant les sourcils.
- Il vous attend. Dépêchez-vous.
Corazon se leva de son siège tout en essuyant ses larmes et suivit Daegan qui avait déjà pris les escaliers. Ils longèrent le couloir qui menait directement à l'appartement de Simmons. Une fois devant sa porte, Corazon toqua légèrement et pénétra une minute après l'intérieur. Ils dardaient sur Simmons un regard empreint de surprise en le voyant jouer du piano. Il paraissait en si bonne forme bien que Maddox leur ait dit qu'il n'allait pas bien.
- Venez donc, ne restez pas là, fit-il après avoir achevé la dernière note.
Ils avancèrent vers lui d'un pas raide et prirent place à côté de lui sur la banquette.
- Papa ? Commença Corazon d'une voix teintée de surprise. Tu n'as plus joué au piano depuis la disparition de Kallisto. Pourquoi aujourd'hui ?
Simmons s'empara de la photo cadrée de son unique amour. Il la contempla langoureusement et la caressa de ses doigts. Il assistait sans force au flux de souvenirs relatifs aux moments précieux qu'ils passèrent à deux. C'était beaucoup trop d'émotions à la fois, beaucoup trop pour être contenues par un homme... Ils étaient heureux ! Pourquoi a-t-il fallu cette séparation si douloureuse ! Qu'est-ce qu'il l'aimait ! Il reposa la photo sur le couvercle du piano et se tourna vers ses enfants.
- Maddox vous a certainement dit qu'il ne me reste plus beaucoup de temps...
- Oui on est au courant, le coupa Daegan. Ce que je ne comprends pas, c'est le fait que tu nous l'aies caché depuis tout ce temps. On méritait de le savoir.
- Je ne voulais pas vous inquiéter davantage.
- Est-ce que tu t'entends parler ? S'indigna Daegan. Si Maddox n'avait pas pris l'initiative de nous avouer que tu allais très mal on l'aurait sûrement appris le jour où tu aurais quitté ce monde. As-tu pensé au moins à ce qu'on allait ressentir ? Au poids de la culpabilité qui pèserait sur nous si le pire était arrivé ?
- Je comprends que tu sois en colère. Mais sache que si je ne vous ai rien dit c'est...
- Pour que nous ne nous inquiétons pas, j'ai saisi, fit-il froidement.
- Bon, je ne vous ai pas appelé pour une dispute fort bien inutile, lança-t-il en s'emparant des mains de ses enfants. Je vous ai fait venir parce que je dois vous mettre au courant d'une nouvelle importante. Une nouvelle qui vous concerne autant que moi.
Intriguée, Corazon se mordit la lèvre en fixant son père de ses grands yeux verts.
- Qu'est-ce qu'il y a de plus important que le fait que tu ne seras plus de ce monde bien avant d'avoir connu notre progéniture, lança Corazon d'une voix morne. Je ne peux pas accepter l'idée que tu nous quittes assez tôt. Tu n'imagines pas à quel point j'ai énormément besoin de toi. Je me sens terriblement seule depuis que Damian a rompu tout lien avec moi. Et je le suis encore plus...
Elle s'arrêta en portant la naissance de ses doigts sur son ventre.
- Papa, on a besoin de toi. Tu ne peux pas nous abandonner, ajouta-t-elle alors qu'une larme glissait sur sa joue.
Simmons considéra longuement sa fille tandis que ses pupilles sombres se dilataient.
- Tu... Tu attends un enfant ? S'enquit-il en écarquillant les yeux.
Corazon hocha la tête.
Dagean fut surpris ne s'attendant pas de plus à une terrible nouvelle.
- Tu es enceinte, Déclara froidement Daegan.
Corazon remarqua que son frère ne se réjouissait guère de cette nouvelle. Ce qui l'étonna.
- Est-il au courant ?
- Non.
- Non ? Répéta-t-il en arquant ses sourcils.
- Je ne l'ai appris que ce matin. Je voulais l'appeler pour lui faire part de cette nouvelle mais je me suis retenue.
- Et pourquoi ?
- Daegan ! Je ne veux surtout pas lui donner l'impression que j'essaye de le faire revenir vers moi en utilisant ce bébé.
- Tu comptes lui cacher cette grossesse ? As-tu conscience qu'élever un enfant est une tâche assez difficile et que ça l'est encore plus quand on le fait tout seul ?
- Il existe des mères célibataires qui jusqu'à présent ont su se débrouiller pour élever toutes seules leurs enfants, alors pourquoi pas moi ?
- Corazon, intervint Simmons, Je suis si heureux pour toi. En voilà une bonne nouvelle de plus pour illuminer ma journée.
- Une bonne nouvelle de plus ? Fit-elle confuse.
- Écoute Ma fille, ton frère a raison. Tu devrais mettre Damian au courant. Ne lui prive pas cette chance d'assurer son rôle de père. Moi par contre on m'en a privé, dit-il d'une voix pleine de regret.
- On t'en a privé ? Répéta Daegan en prenant un air déconcerté. De quoi est-ce que tu parles papa ?
- C'est pour ça je vous ai fait venir. Je devrais vous mettre au courant. Malheureusement je n'aurai pas assez de temps pour faire mes recherches. J'ai appris ce matin que Kallisto a eu une fille et il se trouve que je suis son père.
Les jumeaux accueillirent cette nouvelle comme un choc. Corazon cligna des yeux tandis que Daegan demeura interdit.
- Tu es sûr qu'il s'agit bien de ta fille ? Demanda Daegan qui refusait d'y croire.
- Il n'y a aucun doute.
- Pourquoi es-tu si convaincu ? Demanda Corazon ? Aurais-tu retrouvé Kallisto ? C'est elle qui te l'a dit ?
- Non, malheureusement. J'aurais aimé que ce soit-elle qui me le dise. J'ai croisé Betty et son époux au Golf.
- Au Golf ? S'arlama Daegan. Qu'est-ce que tu fichais au Golf ? Bon sang ! Maddox ne t'a pourtant pas dit que tu devrais éviter de faire trop de mouvement ? Et cette Alicia te l'a permis.
- Cette belle infirmière était contre. Elle croit d'ailleurs que je passe le reste de mes journées dans des galeries d'art. Ne la blâme surtout pas. Et puis je m'ennuie à mourir en restant cloué dans ma chambre. J'ai besoin de m'occuper et de profiter pleinement du peu de temps qui me reste.
- Mais...
- Il n'y a pas de mais qui tienne. De plus si je ne me suis pas rendu au Golf aujourd'hui je ne saurai jamais que j'ai une fille.
- Qui est cette Betty ? Demanda Corazon.
- La marraine de Kallisto. Elle me l'a présenté lorsqu'on s'est rendu dans son ranch pour le mariage de leur fils. Elle et son époux ont récemment emménagé à Atlanta. Elle m'a raconté que Kallisto lui avait rendu visite une semaine après sa disparition. Elle lui a avoué qu'elle attendait un enfant et qu'il était de moi.
- Cette Betty, t'a-t-elle dit pourquoi elle t'avait quitté et caché l'existence de ce bébé ?
- Malheureusement, non. Après la naissance de ce bébé, Kallisto avait quitté la demeure de sa marraine. Elle ne voulait pas que je la retrouve alors elle a préféré ne rien dire sur sa destination. Je me demande ce que j'ai bien pu lui faire pour qu'elle me fuie de cette façon et de surcroît, me cacher l'existence de ce bébé. J'ai toujours pensé que je la rendais heureuse et qu'elle avait bien envie de m'épouser. Si seulement Betty m'avait avoué plutôt qu'elle se trouvait dans leur ranch, j'aurai pu connaître les raisons qui l'ont poussé à le faire.
- Ne pense plus à cette femme papa. Cela te rend encore plus mal. Si elle t'aimait vraiment...
- Bien-sûr qu'elle m'aimait, la coupa-t-il. Je n'ai jamais douté une seconde de son amour Cora...
- Papa je comprends que tu veuilles retrouver cette fille mais qu'est-ce qui te dit qu'elle voudrait te voir. Si ça se trouve Kallisto ne lui a pas peut-être parlé de toi.
Ignorant l'éclat du désespoir qui brillait dans les prunelles de son père Daegan poursuivit.
- De plus tu n'as pas réussi à retrouver ta Kallisto alors je doute fort que tu retrouves sa fille, enfin ta fille.
- Je suis entièrement d'accord avec Daegan. Et Si Kallisto ne voulait pas que tu la retrouves c'est bien pour une raison, non ? Ajouta Corazon.
- Mais enfin ! Il s'agit de votre sœur. Ne voudriez-vous pas la connaître ?
- Papa, murmura Corazon avec une telle douceur. Bien-sûr qu'on voudrait la connaître mais est-ce qu'elle autre voudrait ?
- La seule façon de le savoir est de la retrouver. Il se peut que je sois déjà mort bien avant de la connaître. Alors promettez-moi que vous feriez tout votre possible pour la retrouver.
- Mais papa...
- Même si je n'aurais sûrement pas cette chance de la rencontrer et d'apprendre à la connaître je veux qu'elle fasse partie de cette famille.
Corazon déposa un baiser sur la paume de sa main et leva sur lui ses yeux brouillés de larmes.
- Tu ne vas pas mourir Papa. Tu la retrouveras toi-même et tu nous la présenteras.
Un sourire triste se dessina sur les lèvres de Simmons. Il tendit sa main pour caresser la joue de sa fille.
- La médecine a bien évolué, il doit exister un traitement efficace.
- Corazon ! Il n'y a plus rien à faire. Tu devrais accepter cette triste réalité.
- Non !
Simmons exhala un soupir et se tourna vers Daegan. Celui-ci avait les yeux fixés sur le portrait de famille dressé sur le mur.
- Daegan, fiston.
- Papa.
- Jure-moi que tu feras tout ce qui sera nécessaire pour la retrouver.
- Faudrait d'abord que tu me donnes son Identité, non ?
- Elle s'appelle Zara Bishop.
- Zara Bishop, répéta-t-il sans quitter du regard le portrait de famille.
À suivre
Temps présent...
- Joyeux anniversaire Zara.
Zara fixa pendant plusieurs secondes le trousseau de clé que lui tendait Gamiel.Ce n'était pas ce à quoi elle s'attendait, bien évidemment. Elle s'était donc fait d'illusion ? Pourtant ces deux dernières semaines, Gamiel lui avait donné tout lieu de croire qu'il lui offrirait une bague le jour de son anniversaire.
- Une clé ? Finit-elle par dire en plissant le front.
- Tu as l'air déçu, constata t-il.
- Non, enfin Gamiel. Je... Je ne m'attendais pas à ce que tu m'offres...une clé ?
- Tu ne veux pas savoir ce qu'elle ouvre cette clé ? S'enquit-il en souriant.
- Un appartement, je suppose. Hum... Je croyais avoir été clair là dessus. Je ne quitterai pas l'appartement que je partage avec ma sœur de cœur. On a toujours vécu et partager tout ensemble.
- Oui, je sais Zara. Même si ton idée de rester toujours avec elle est absurde, je respect quand même ton choix. Je te rassure que cette clé n'ouvre pas un appartement.
- Ah !
- Te rappelles tu de la première fois qu'on s'est rencontré ?
- Et comment ? Dit-elle en rigolant. Tu as presque faillit mourir dans le métro. T'étais adorable quand tu as englouti tout mes pâtisseries.
- Je me demande ce qui aurait pu se passer si tu n'avais pas été là avec ces...c'était quoi déjà ?
- Des despacito mon chéri.
- Oui, c'est ça. Je n'avais jamais mangé d'aussi bon. J'en voulais encore...
- Que tu m'as demandé la pâtisserie dans laquelle je les avais pris, compléta t-elle.
- Et tu m'avais dit que c'était des gâteaux fait maison.
- Tu m'as donc suivi chez moi juste pour avoir ces pâtisseries en oubliant que tu avais un rendez-vous avec un acheteur potentiel dans ton lieu de travail.
- J'ai eu droit à des sévères remontrances de mon patron.
- Qu'est-ce que ça avoir avec cette clé ? Demanda t-elle en lui jetant un regard intrigué.
- Confectionner des gâteaux a toujours été ton passe temps préféré. Ce qui me plairait c'est que tu en fasse ta profession. Tu n'auras plus besoin de travailler dans ce bar miteux et tu pourras non seulement te consacrer pleinement à la pâtisserie mais aussi les commercialiser.
- Pour ça il faudrait que j'ouvre une pâtisserie mais avec quoi ? Le salaire que je reçois en travaillant dans ce bar couvre à peine les dépenses de l'appât. Je ne pourrai pas économiser assez pour... Attend, une minute. Cette clé... Ouvre t-elle ... ?
Elle arrêta de parler et s'empara de la clé de sa main. C'était bien ce à quoi elle pensait lorsqu'elle jeta un regard sur la porte clé rectangulaire, sur laquelle était inscrit " Péché Mignon''.
- Non, fit-elle en écarquillant les yeux.
- Félicitation ma chérie. Tu es désormais la propriétaire du '' Péché Mignon ''.
- Gamiel, elle prononça son prénom d'une voix audible en portant sur lui un regard teinté de surprise. C'est... Énorme.
- Est-ce des larmes que je vois glisser sur ta joue ?
Il tendit sa main vers sa joue pour les essuyer de son pouce. Alors qu'il lui la caressa ensuite Zara s'empara de sa main et déposa un baiser dessus.
- Je ne sais pas comment te remercier Gamiel pour ce beau geste.
- Tu n'as pas à le faire mon amour.
- C'est le plus beau cadeau qui m'ait jamais été offert, dit-elle tout en fixant la clé. Je n'arrive toujours pas y croire que je sois propriétaire '' du péché Mignon '' Pince moi s'il te plait . Je veux m'assurer que je ne suis pas entrain de rêver.
Gamiel éclata de rire. Il passa la main dans les cheveux en observant d'un regard amusé Zara qui fixait toujours la clé d'un air pantois.
- Quand est-ce que je peux la voir Gamiel ?
- Toute suite si tu veux.
- Alors qu'est-ce qu'on attends ? Lança t-elle avec enthousiasme en se levant de son siège.
***
Hôpital de Houston
22h du soir.
- Laissez moi entrer dans cette chambre. Je vous en supplie. Laissez-moi rester près de lui, hurla Zara en poussant de force le chirurgien.
- Je vous prie de m'écouter Mlle. Vous ne pouvez pas entrer. Il est impératif que vous restiez ici. Vous nous faites perdre assez de temps. Votre petit ami risque de ne pas s'en sortir si nous n'agissons pas vite. Laissez nous faire notre travail.
Zara observa le chirurgien disparaitre dans le bloc opératoire... Aussi étrange que cela pouvait sembler, voir ce médecin avancer dans sa combinaison bleue avait l'air d'un adieu. Elle croyait apercevoir Gamiel progresser lentement mais décidément dans le couloir de la mort. La porte se referma... Un frisson funèbre s'empara du coup de la jeune fille. Zara ne sut quand des larmes commencèrent à se frayer un chemin sur ses joues. L'on raconte que lorsque deux âmes sont intimement unies, si l'une d'elles venait à sombrer dans un gouffre, l'autre la suivrait presque aussitôt. Est-ce vrai? Nous ne saurions le dire. Néanmoins, cela ne faisait l'ombre d'aucun doute que la demoiselle vivait Déjà le supplice. Seule! Elle se retrouve seule, perdue dans un univers étranger. Tellement de choses s'étaient produites en si peu de temps. Une frayeur sans nom emplissait son âme. Elle n'eut pas le temps de penser ...
La porte se rouvrit:
Le silence du chirurgien était des plus parlants quoique pénibles.
La sentence tomba:
Elle s'effondra avant que ce dernier n'ouvrit sa bouche. Son interlocuteur eut à peine le temps de faire un pas. C'était bien ça ! Il n'était plus. Elle ne le reverrait plus jamais. Il ne sentira plus la force de son étreinte ni le parfum propre à son bien-aimé.
...
- Zara !
La jeune femme sursauta légèrement lorsqu'elle entendit son amie prononcer son prénom. Elle essuya rapidement ses larmes et referma l'écrin pour ensuite le remettre dans son sac.
- Alors tu vas chaque fois me faire ce coup et me torturer d'inquiétude ?
- J'avais besoin d'être seule un moment. Est-ce trop demandé ?
- Rentrons, tu veux ? Il va bientôt faire nuit.
- Candace j'aimerais rester encore un tout petit peu si tu me le permets.
- D'accord, Je t'attends dans la voiture, soupira t-elle.
Candace fit volte-face dans le silence et rejoignit sa voiture. Elle s'engouffra à l'intérieur de sa bagnole et observa attentivement son amie. Elle se demanda si c'était bien elle. Elle était devenue méconnaissable ! Comme elle aimerait faire quelque chose pour atténuer sa douleur. La mort de Gamiel avait creusé un grand fossé entre elles. Elle évitait toutes sortes de discussion avec elle et préférait se refermer sur elle-même. Candace ne comptait plus le nombre de fois que son amie l'avait rejetée lorsqu'elle avait essayé de la consoler.
À force de garder la main tendue, elle avait fini par se sentir inutile. Toutes ses tentatives s'étaient avérées vaines. Lorsqu'elle croyait réussir à la ramener un peu sur terre, cela ne durait qu'une seconde ou deux. Puis elle s'y replongeait de plus belle. Ces échecs répétés l'avaient amener à perdre patience. Les choses redeviendront-elles comme avant ?
- Ramène-moi à la maison.
Candace hocha la tête et attendit qu'elle mette sa ceinture avant de mettre le moteur en marche. Alors que la voiture s'engagea dans la circulation, Zara jeta un dernier regard sur l'endroit où était enterré son Gamiel. C'était bien la dernière fois qu'elle y mettait les pieds. Elle avait décidé, quelques jours plutôt qu'elle allait quitter cette ville qui lui rappelait tant son homme. C'était une décision bien assez difficile mais il le fallait pour son bien; si elle voulait tourner la page.
- Alors tu as trouvé l'endroit où tu aimerais t'installer ?
- Atlanta, répondit-elle vaguement.
- Atlanta, répéta Candace. C'est un très bel endroit pour tout recommencer à Zéro. Avec mon CV bien garni, accompagné des éloges sur mes compétences du docteur McLean je pourrai très vite me dénicher une place dans n'importe quel hôpital de cette ville.
- Je te l'ai déjà dit Candace. Il est hors de question que tu abandonnes tout pour me suivre.
- Tu oublies la promesse qu'on s'est faite toutes les trois lorsqu'on vivait dans cet orphelinat ?
- Non, soupira t-elle.
- Alors ne t'oppose pas à l'idée que je te suive ma belle. Rien de ce que tu diras ne me fera changer d'avis.
- Qu'est-ce que tu peux être têtue parfois.
- Je me dois d'être toujours à tes côtés quoiqu'il arrive.
- Tu vas bientôt regretter cette décision Candace. Crois-moi, la prévint-elle.
- Essaye toujours ma belle. Comme je viens de te le dire, rien ne me fera changer d'avis.
Zara exhala un soupir face à l'entêtement de Candace. C'est vrai qu'elle avait besoin d'elle à ses côtés mais elle ne pouvait se faire à l'idée qu'elle démissionne du poste qu'elle avait dû batailler pour l'obtenir. Elle avait encore une journée pour la dissuader et elle comptait bien réussir à la faire changer d'avis ne serait-ce que pour son propre bien.
Après une quinzaine de minutes de route, elles arrivèrent enfin à leur appartement. Zara sillonnait la grande pièce de leur appartement qui leur servait de salon et se rendit compte que cet endroit allait terriblement lui manquer. Cet endroit était rempli souvenirs qu'elle avait partagé avec ses deux meilleures amies. C'est avec un sourire jaune qu'elle prenait les escaliers pour rejoindre sa chambre. Après avoir refermé la porte, elle s'y adossa en portant un regard brouillé de larmes sur les cartons faits qui trônaient sur le parquet et lorsqu'elle tomba sur la photo de Gamiel qui siégeait toujours sur la commode, son cœur saigna de nouveau. Allait-elle survivre sans sa présence ?
Elle s'assit au bord du lit et s'empara de la photo. Elle admira ses magnifiques traits tout en ressassant les bons moments qu'ils avait partagé ensemble. Quelle vraie torture, songea t-elle amèrement. C'était assez douloureux pour elle de devoir se contenter de cette photo alors qu'elle était déjà habituée à sa chair, à son odeur et à ses blagues. À ces pensées, elle réalisa combien il sera difficile pour elle de devoir vivre sans lui.
Maudit soit cet homme qui lui avait ôté la vie.
Ce criminel lui avait enlevé tout ses espoirs, avait brisé tous ses rêves. Et la peine qu'il avait écopé pour son acte ignoble n'était pas suffisant pour payer ce qu'il avait fait. Néanmoins elle était rassurée que ce meurtrier soit derrière les barreaux. Gamiel pouvait à présent reposer en paix. C'était tout ce qu'elle avait souhaité lorsqu'elle priait pour que la police puisse mettre la main sur lui.
Elle rangea la photo dans l'un des tiroirs de la commode et troqua sa robe noire contre une robe de nuit pour ensuite se glisser sous les draps. Il fallait qu'elle trouve le sommeil car demain allait être une journée bien rude.
Le lendemain, Zara se leva presque de bonne humeur. En descendant dans la cuisine, elle fut surpris de trouver Candace. Celle-ci était occupée à éplucher des pommes de terre. À cette heure-ci elle devrait déjà être dans son lieu de travail. Candace leva les yeux lorsqu'elle sentit la présence de son amie.
- Bien dormi ? Demanda t-elle en esquissant un sourire.
- Oui. Puis-je savoir ce que tu fous dans cette cuisine alors que tu devrais déjà être sur ton lieu de travail ?
- Je n'ai plus de travail puisque j'ai déjà envoyé ma lettre de démission.
- Tu as fait quoi ? S'arlama t-elle en froissant le visage.
- J'ai démissionné , répèta-t-elle. Pourquoi prends-tu cet air choqué ? On s'était pourtant mis d'accord sur le fait que je m'installerais avec toi à Atlanta, non ?
- Je ne pensais pas que tu aurais pu démissioner aussi rapidement. Tu...
- Écoute Zara. J'ai bien réfléchi avant de prendre cette décision. Ma place est avec toi à Atlanta. Et ne t'inquiète surtout pas. Je trouverai vite du boulot grâce à la lettre de recommandation du Docteur McLean.
Zara s'assit sur le comptoir sans dire un mot. Du coin de l'oeil elle observa son amie et constata qu'elle se réjouissait. Mais de quoi ? D'avoir délibérément démissionner à coup de tête ? C'était vraiment stupide de sa part.
- Puisque tu insistes, elle murmura du bout des lèvres en haussant les épaules.
Les yeux rivés sur la porte d'entrée de son bureau, Daegan attendait impatiemment qu'Éric fit enfin son apparition. Cela faisait plus d'une quinzaine de minutes que sa secrétaire l'avait informé de sa présence et qu'il attendait désespérément qu'il vienne lui faire part de ce qu'il avait pu obtenir en menant ses recherches. Qu'est-ce qu'il pouvait bien le retenir ? N'avait-il pas conscience qu'il le faisait attendre ? Il vida d'un trait son verre et le reposa sur le mini bar avant de s'emparer du combiné. Il rappela sa sécrétaire pour lui demander des explications.
Celle-ci insistait sur le fait qu'il avait bien pris le couloir qui menait directement à son bureau.
_ Alors pourquoi n'est-il toujours pas dans mon bureau ? Il cria à l'endroit de sa secrétaire.
- Je ne saurai vous le dire Monsieur. Je ne comprends pas, il devrait être à votre bureau à l'heure qu'il est.
Daegan raccrocha et sans plus attendre sortit de son bureau. Il jeta un regard aux alentours et ne vit personne. Ce qu'il trouva étrangement bizarre. Où était donc passé Éric ? Alors qu'il extirpa son téléphone portable pour appeler ce dernier, il entendit des bruits de pas. Il releva la tête et aperçut sa petite nièce. Celle-ci accourut aussi vite et se jeta sur lui pour l'étreindre.
- Tonton !
Sa frustration s'envola aussitôt et un large sourire se dessina sur ses lèvres.
- Elle ne m'a pas laissé le temps de l'emmener vers vous, expliqua la secrétaire qui les avait rejoints.
- Elle connaît très bien le chemin Elena.
- Je vous laisse.
- Alors, qu'est-ce tu fais ici ma belle ? Où est ta mère ? S'enquit-il en la reposant sur le sol.
- Au café avec tonton Éric. Ils discutent.
Prenant un air surpris il fronça les sourcils.
Pourquoi Éric se trouvait-il au cafétéria avec sa sœur alors qu'il devrait être même en ce moment dans son bureau pour lui faire un rapport. Et de quoi pouvaient-ils bien discuter ?
- Azalée ! Tu m'as fait un sang d'encre, s'exclama corazon qui arborait un visage angoissé. C'est la dernière fois que tu t'éclipses de la sorte. Combien de fois devrais-je te le répéter d'ailleurs ? S'emporta-t-elle.
- Je voulais voir oncle Daegan, murmura la petite en bourdonnant.
Corazon porta un regard sévère sur sa fille. C'était justement pour éviter ce genre d'angoisse qu'elle avait préféré la laisser à la maison. Elle avait insisté à tel point que Tante Babette l'avait supplié de l'emmener.
- Elle n'a rien fait de mal Corazon..
- Ah oui ? Tu trouves ? Peux-tu imaginer la peur que j'ai ressentie lorsque j'ai réalisé qu'elle n'était plus à mes côtés? Ce n'est pas pour la première fois qu'elle le fait et tu le sais bien. Cette petite a toujours le chic de me mettre dans tous mes états en se faufilant en douce. J'en ai plus qu'assez de toujours lui répéter qu'elle devrait me prévenir avant d'aller quelque part mais elle n'en fait qu'à sa tête.
Daegan ne reconnaissait plus sa sœur ; il ne lui connaissait pas ce côté là, bien évidemment puisqu'elle était d'une nature calme et ne s'emportait presque jamais encore moins quand sa fille faisait une bêtise. Il se doutait bien que quelque chose la tracassait et il n'avait pas besoin d'être un génie pour deviner ce qui la mettait dans cet état. Il s'abaissa au niveau de sa petite nièce qui avait déjà les yeux humidifiés de larmes. Il se servit de son pouce pour les essuyer et lui murmura quelque chose à l'oreille. Elle retrouva le sourire et sautillait de joie lorsque Daegan sortit un billet de sa poche.
- Non Daegan, s'écria Corazon en arrachant le billet.
- Qu'est-ce qu'il te prend ? S'enquit Daegan en plissant le front.
- Elle finira par en prendre plus de calories si tu la pousses toujours à manger ces cochonneries. Je te l'avais pourtant refusé.
- Ne sois pas ridicule, ce n'est pas quelques glaces qui lui feront prendre du poids. Tu devrais arrêter d'infliger à cette pauvre gamine un régime aussi strict et la laisser s'adonner à ces sucreries comme tous les enfants de son âge. "Rends-moi mon billet" ordonna-t'il avec un regard sévère à l'appui.
Sous le regard opiniâtre de Dagean, Corazon se résigna à lui remettre le billet.
- Merci.
- c'est bien la dernière fois.
- Ça suffit Corazon. Azalée, tu peux aller voir Elena pour qu'elle te prenne une glace.
- N'importe laquelle ? Demanda t-elle en sautillant.
- Oui ma belle.
Sans plus attendre, Azalée prit le Billet que lui tendit Daegan.
- Je t'en prie, ne t'éloigne surtout pas , s'écria Corazon.
- Promis maman.
- Nous pouvons oublier sa carrière, soupira Corazon de frustration.
- Arrête, tu veux ? Et si tu me disais plutôt ce qui t'amène ici. Alors tu entres ? S'enquit-il en ouvrant la porte de son bureau.
Après avoir jeté un coup d'oeil furtif à sa montre, il glissa sa main sur le dos de sa soeur et la poussa à l'intérieur de son bureau.
- Tu attends Éric , j'imagine.
- Oui, répondit-il d'une voix coléreuse. Je l'attends depuis un moment et il n'est toujours pas arrivé. Ce qui me choque le plus c'est le fait qu'il aie passé tout le temps à discuter avec toi alors qu'il devrait être ici à me faire un rapport.
- Oh ça va, pas la peine de te mettre dans un tel état. S'il n'est pas arrivé jusqu'à ton bureau c'est parce que je lui ai renvoyé chez lui.
- Et pourquoi ? Demanda t-il en levant un sourcil d'étonnement.
- La mère d'Isabelle n'arrivait pas à le joindre. Ni toi d'ailleurs. Sa femme est sur le point d'accoucher. Elle m'a donc appelé pour que je le prévienne. Il est de son devoir d'être aux côté de sa femme.
- Je comprends.
- Et le voici ton rapport, ajouta t-elle en lui tendant une chemise dossier.
Daegan s'en empara et s'empressa de jeter un coup d'œil. Pendant qu'il zieutait le document, Corazon prit place sur l'un des canapés de la pièce.
- Enfin une bonne nouvelle, lança finalement Daegan.
- Alors, nous avions une piste ?
- Oui, répondit-il. Cette Zara Bishop, je crois que nous l'avions enfin trouvée.
- Je n'arrive pas à croire qu'on aie pu avoir une piste. Après plusieurs années à la rechercher sans succès.
- Il était temps qu'on la retrouve Cora. On l'avait promis à papa, dit-il en saisissant le combiné.
- Oui Mr? En quoi puis-je vous aider ? Lança la voix de la secrétaire à l'autre bout du fil.
- Faites moi une réservation pour Boston.
- Pour quelle date ?
- Pour demain. Je prendrai le vol de l'après-midi.
- Mais , que faites-vous de la réunion prévue pour demain monsieur ?
- Reportez le, Elenea. Ce voyage est bien plus important que cette réunion, déclara t-il avant de raccrocher.
- T'es-tu préparé à la rencontrer au moins ? Demanda t-elle en devinant déjà la réponse.
- Franchement non, soupira t-il.
- Alors là, je m'inquiète.
- Et pourquoi donc ? Je ne vais sûrement pas débarquer chez elle et lui annoncer qu'elle fait partie de notre famille et que papa l'a fait d'elle une héritière. J'irai pas à pas à commencer par me rapprocher d'elle et essayer de mieux la connaître. Bien ! dis moi, Quand es-tu rentrée ?
- Hier soir, nous avons passé la nuit chez Tante Babette. Damian s'est enfin réveillé du coma, ajouta t-elle d'une voix empreinte de tristesse.
- Mais c'est une excellente nouvelle, s'exclama Daegan. Mais pourquoi fais-tu donc cette tête ? Tu devrais plutôt te réjouir non ?
- Enfin, je suis heureuse qu'il s'en soit sorti.
- Alors où est le problème ?
- Le problème, répéta t-elle en quittant son siège pour rejoindre Daegan qui était adossé contre le bureau. Le problème est que...
À peine prononça-t'elle ces mots qu'elle fondit en larmes; de quoi rendre son frère encore plus anxieux à son sujet. Il faut dire que la dernière fois où Daegan l'avait vue dans cet état était à l'occasion du décès de leur père; plusieurs années s'étaient écoulées depuis. C'était fort surprenant de la voir verser des larmes au moment où elle devrait sauter de joie. Le père de sa fille avait retrouvé ses sens: il avait survécu
Il arracha un papier mouchoir de la boite rectangulaire posée sur son bureau et le tendit à sa soeur.
- Merci, murmura-t-elle en prenant le papier mouchoir.
- Qu'est-ce qui ne va pas Corazon? Demanda-t-il tendrement.
- Je...Je savais qu'il allait s'en sortir puisque c'est l'homme le plus battant que j'aie connu. Je ne m'attendais pas à ce qu'il ouvre les yeux et me fixe comme si je n'étais qu'une parfaite étrangère à ses yeux. Au départ, j'ai cru qu'il faisait semblant de ne pas me reconnaitre vu qu'il m'en voulait de lui avoir caché l'existence d'Azalée.
- Serais-tu entrain de me dire que Damian aurait perdu la mémoire ? Fit Daegan en prenant un air choqué.
Corazon hocha la tête en se mouchant.
- Comment pourrais-je l'annoncer à Azalée. Elle était si enthousiaste à l'idée de connaître enfin son père; de lui faire entendre la chanson qu'elle lui avait écrite spécialement pour lui, ajouta t-elle dans un rire amer. Elle sera dévastée !
Chamboulé par cette nouvelle , il enlaça sa soeur et lui caressa le dos d'un geste fraternel.
Aucune langue ne saurait décrire les émotions que partagèrent ces deux âmes si familières durant la dizaine de secondes que dura l'étreinte. Le réconfort, le soulagement que lui procura son frère était bien réel. C'étaient des jumeaux. Ils avaient grandi ensemble et ont tout appris à deux. Aucun des deux ne se connaissait autant que le connaissait l'autre. Cette proximité s'avérait si précieuse dans un moment comme celui là. Daegan n'avait pas besoin de sentir quelque chose d'intense ou de spécial. Il n'avait qu'à être là,... Sa présence comptait beaucoup. Et même si les mots d'encouragement tardaient à venir, ce n'était pas le plus important. Il était présent. C'était assez.
Et comme il aimerait tant apaiser sa douleur, il avait horreur de la voir dans cet état.
- Tout est de ma faute Daegan, couina t-elle en redoublant ses sanglots.
- Ne dis pas ça Corazon. Tu n'y es pour rien. Arrête de te culpabiliser pour une chose que tu n'as pas orchestré.
- Comment peux-tu me dire cela ? Elle vociféra en se retirant de son étreinte. Aurais-tu oublié que s'il est dans cet état c'était à cause de cet accident dont je suis la responsable ? C'était moi qui avait commencé cette dispute et c'était toujours moi qui était au volant.
- Je n'ai pas oublié Corazon. Damian avait fait preuve d'imprudence. Il n'aurait jamais dû vouloir te prendre le volant de force.
- Il voulait m'arrêter puisque je conduisais à une vitesse supérieure sous l'effet de la colère. Ne me cherche pas d'excuse Daegan. Damian ne se souviendra jamais de nous à cause de moi. Je me déteste tellement.
- Sèche tes larmes, si Azalée te voit dans cet état, elle te posera des questions. Je suis sûr que tu ne veux en aucun qu'elle apprenne la nouvelle.
- Je ne supporterai pas de la voir triste. Oh ! c'en est trop Daegan. Je ne sais pas si je pourrai endurer cette situation encore longtemps. Un jour à l'autre il faudra que j'en parle à Azalée.
- Allez viens on va s'asseoir, il l'incita en la poussant vers le canapé. Alors, quel est l'avis du médécin concernant son état ? A-t-il espoir qu'il recouvre la mémoire ?
- Je sais pas Daegan. Le médecin trouve que...
À peine A-t-elle articulé ces mots qu'Elena surgit dans le bureau avec une expression alarmée sur le visage.
- Qu'il y-a t-il Elena ? Demanda Daegan d'une voix craintive.
- C'est la petite, elle a disparu.