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L'épouse qu'ils ont brisée

L'épouse qu'ils ont brisée

Auteur:: Pippa Thorn
Genre: Romance
Mon mari et mon fils entretenaient une obsession pathologique pour moi. Ils testaient constamment mon amour en comblant d'attention une autre femme, Cassandra. Ma jalousie et mon malheur étaient pour eux la preuve de ma dévotion. Puis il y a eu l'accident de voiture. Ma main, celle qui composait des musiques de films primées, a été gravement écrasée. Mais Jacques et Antoine ont choisi de donner la priorité à la blessure mineure de Cassandra à la tête, laissant ma carrière en ruines. Ils m'observaient, attendant les larmes, la colère, la jalousie. Ils n'ont rien eu. J'étais une statue, mon visage un masque impassible. Mon silence les a déstabilisés. Ils ont continué leur jeu cruel, célébrant l'anniversaire de Cassandra avec faste, pendant que j'étais assise dans un coin isolé, à les regarder. Jacques a même arraché le médaillon en or de ma défunte mère de mon cou pour le donner à Cassandra, qui l'a ensuite délibérément écrasé sous son talon. Ce n'était pas de l'amour. C'était une cage. Ma douleur était leur sport, mon sacrifice leur trophée. Allongée sur le lit froid de l'hôpital, à attendre, j'ai senti l'amour que j'avais nourri pendant des années mourir. Il s'est flétri et s'est transformé en cendres, laissant derrière lui quelque chose de dur et de glacial. C'était fini. Je n'allais pas les réparer. J'allais m'échapper. J'allais les détruire.

Chapitre 1

Mon mari et mon fils entretenaient une obsession pathologique pour moi. Ils testaient constamment mon amour en comblant d'attention une autre femme, Cassandra. Ma jalousie et mon malheur étaient pour eux la preuve de ma dévotion.

Puis il y a eu l'accident de voiture. Ma main, celle qui composait des musiques de films primées, a été gravement écrasée. Mais Jacques et Antoine ont choisi de donner la priorité à la blessure mineure de Cassandra à la tête, laissant ma carrière en ruines.

Ils m'observaient, attendant les larmes, la colère, la jalousie. Ils n'ont rien eu. J'étais une statue, mon visage un masque impassible. Mon silence les a déstabilisés. Ils ont continué leur jeu cruel, célébrant l'anniversaire de Cassandra avec faste, pendant que j'étais assise dans un coin isolé, à les regarder. Jacques a même arraché le médaillon en or de ma défunte mère de mon cou pour le donner à Cassandra, qui l'a ensuite délibérément écrasé sous son talon.

Ce n'était pas de l'amour. C'était une cage. Ma douleur était leur sport, mon sacrifice leur trophée.

Allongée sur le lit froid de l'hôpital, à attendre, j'ai senti l'amour que j'avais nourri pendant des années mourir. Il s'est flétri et s'est transformé en cendres, laissant derrière lui quelque chose de dur et de glacial. C'était fini. Je n'allais pas les réparer. J'allais m'échapper. J'allais les détruire.

Chapitre 1

Le mari et le fils d'Alexia Dubois entretenaient une obsession pathologique pour elle.

Ils avaient une étrange façon de le montrer.

Jacques Moreau, son mari, un magnat de la tech, et Antoine, leur fils de dix ans, testaient constamment son amour. Ils feignaient l'indifférence, comblant d'attention une jeune et ambitieuse cadre de l'entreprise de Jacques, Cassandra Lefèvre.

Ils avaient besoin de voir Alexia souffrir. Sa jalousie, son malheur, c'était la preuve de sa dévotion. C'était la seule façon pour eux de sentir son amour.

Alexia comprenait leur maladie. Pendant des années, elle l'avait patiemment endurée, croyant qu'elle pouvait les guérir. Croyant que son amour pouvait soigner leur façon tordue d'avoir besoin d'elle.

Elle avait tort.

Le cycle de la cruauté n'avait cessé de s'intensifier. Ça avait commencé par de petites choses, des rendez-vous annulés, « l'oubli » de son anniversaire tout en célébrant publiquement la promotion de Cassandra. Puis ça avait empiré.

Le point de rupture est arrivé un mardi pluvieux.

Un accident de voiture. Un grave.

Alexia conduisait, avec Jacques et Antoine dans la voiture. Cassandra était sur le siège passager, une place qui était autrefois celle d'Alexia. Un camion avait grillé un feu rouge, percutant leur côté de la voiture.

Le monde n'était plus qu'un chaos de verre brisé et de métal hurlant.

Quand Alexia a repris connaissance, le côté de son corps était engourdi. Sa main droite, la main qui composait des musiques de films primées aux Césars, était coincée, écrasée contre la portière. Cassandra hurlait, une entaille sur son front saignant de façon spectaculaire.

Les ambulanciers sont arrivés. L'un d'eux a regardé la main d'Alexia, puis la tête de Cassandra.

Son visage était sombre.

« Il faut vous emmener toutes les deux à l'hôpital, maintenant. Madame, » dit-il à Alexia, « votre main est très gravement écrasée. Elle nécessite une chirurgie spécialisée immédiate pour sauver les nerfs. »

Il s'est tourné vers Jacques.

« Mais l'autre jeune femme a un traumatisme crânien. Nous devons établir des priorités. »

Le médecin des urgences de l'Hôpital Américain de Paris fut encore plus direct.

« Monsieur Moreau, nous n'avons qu'une seule équipe chirurgicale prête pour ce type de traumatisme. La main de votre femme exige une microchirurgie nerveuse complexe. Tout retard réduit considérablement les chances d'une récupération complète. Mademoiselle Lefèvre a une commotion cérébrale et une lacération profonde. C'est sérieux, mais moins urgent. »

Il demandait à Jacques de faire un choix.

Avant que Jacques ne puisse parler, Antoine, son petit visage une copie parfaite de l'expression froide de son père, s'avança.

« Aidez Cassandra d'abord. »

Le médecin fixa le garçon, choqué.

Jacques baissa les yeux sur son fils. Une lueur de quelque chose – de la fierté ? – traversa son visage.

Antoine regarda Alexia droit dans les yeux, ses propres yeux grands et sérieux, mais sa voix tenait une logique glaçante.

« Maman nous aime plus que tout. Elle comprendra. Si elle voit à quel point on tient à Cassandra, elle sera jalouse, et ça veut dire qu'elle nous aime encore plus. Ça ne la dérangera pas d'attendre. Elle est toujours d'accord. »

C'était leur jeu pervers, mis à nu sous la lumière stérile et impitoyable des urgences.

Jacques posa une main sur l'épaule d'Antoine, une approbation silencieuse. Il regarda le médecin, sa voix dénuée d'émotion.

« Vous avez entendu mon fils. Occupez-vous de Mademoiselle Lefèvre en premier. »

Alexia les regardait. Son mari. Son fils. Les mots résonnaient dans le bourdonnement de ses oreilles. La douleur physique dans sa main n'était rien comparée au vide glacial qui s'ouvrait dans sa poitrine.

Ce n'était pas juste un choix. C'était une déclaration. Sa douleur était leur sport, son sacrifice leur trophée.

Alors qu'on l'emmenait, elle vit Jacques et Antoine planer au-dessus du brancard de Cassandra, leurs visages des masques de sollicitude théâtrale.

Allongée sur le lit froid de l'hôpital, à attendre, Alexia sentit l'amour qu'elle avait nourri pendant des années mourir. Il s'est flétri et s'est transformé en cendres, laissant derrière lui quelque chose de dur et de glacial.

Dans le brouillard de la douleur et des médicaments, une décision s'est formée, claire et nette.

C'était fini. Elle n'allait pas les réparer. Elle allait s'échapper. Elle allait les détruire.

Des heures plus tard, elle sortit de chirurgie. Le visage du médecin était sombre.

« Je suis désolé, Madame Moreau. Nous avons fait tout ce que nous pouvions, mais le délai était trop long. Il y a des dégâts nerveux importants et permanents. »

Il n'eut pas besoin de dire le reste. Elle savait.

Sa carrière était terminée. Les mains qui avaient créé des mondes sonores, qui avaient donné vie à des histoires avec des mélodies, n'étaient plus que des mains. La magie avait disparu, sectionnée par les personnes qui prétendaient l'aimer le plus.

Les jours suivants à l'hôpital furent un flou. Jacques et Antoine venaient lui rendre visite, toujours accompagnés de Cassandra. Ils s'agitaient autour de Cassandra, qui exploitait ses blessures mineures au maximum, tout en jetant à peine un regard à Alexia.

Ils l'observaient, attendant les larmes, la colère, la jalousie.

Ils n'ont rien eu. Alexia était une statue, son visage un masque impassible. Son silence était un langage qu'ils ne comprenaient pas, et cela les déstabilisait.

Le jour de sa sortie, son avocat l'attendait. Elle l'avait appelé de l'hôpital, utilisant un téléphone prépayé qu'elle gardait caché depuis des années.

« Tout est prêt », dit-il en lui tendant un dossier.

Elle le prit de sa main gauche valide.

De retour à l'hôtel particulier qui ressemblait plus à une prison, elle passa devant le salon où Jacques, Antoine et Cassandra riaient. Ils se turent à son entrée, la regardant, mais elle les ignora.

Elle se dirigea directement vers le bureau privé de Jacques, une pièce où elle n'avait jamais le droit d'entrer. La porte était verrouillée, mais elle avait appris ses habitudes. La clé était dans le livre évidé sur l'étagère, *L'Art de la Guerre*.

À l'intérieur, la pièce était ce à quoi elle s'attendait. Bois sombre, cuir, un bureau massif. Mais derrière une bibliothèque, elle trouva ce qu'elle cherchait vraiment. Une légère jointure dans le papier peint. Elle poussa, et une porte cachée s'ouvrit.

La pièce était un sanctuaire. Pour elle.

Chaque mur était couvert de photos d'Alexia. Des clichés pris à son insu. Alexia dormant, Alexia composant, Alexia pleurant. C'était une chronologie de sa vie avec lui, documentée à travers l'objectif d'un harceleur. Sur des étagères, il y avait des objets. Un ruban de ses cheveux. Une tasse de thé cassée qu'elle avait utilisée un jour. Un programme de son premier concert.

C'était la collection d'un obsédé.

Un flashback la frappa, vif et douloureux. Leur première rencontre. Il avait semblé si distant, si peu intéressé. Elle avait passé des années à le poursuivre, à essayer de gagner son affection, confondant sa possessivité froide avec un amour profond et inexprimé.

Elle vit une petite boîte verrouillée sur un piédestal. C'était celle d'Antoine. À l'intérieur, elle le savait, il y aurait des « trésors » similaires. Une mèche de ses cheveux qu'il avait coupée pendant son sommeil. Un stylo qu'elle avait perdu. Il était bien le fils de son père.

Pendant si longtemps, elle s'était dit que c'était juste leur façon d'être. Que sa patience, son endurance, finiraient par guérir cette maladie.

L'hôpital avait brisé cette illusion. Ce n'était pas de l'amour. C'était une cage.

Avec une froide résolution, elle sortit du sanctuaire, laissant la porte ouverte. Elle alla dans sa propre chambre et commença à faire ses valises, pas des vêtements, mais des souvenirs. Elle prit l'album de mariage et le jeta à la poubelle. Elle prit les photos encadrées d'eux et les brisa, une par une.

Elle les effaçait.

Plus tard, Jacques, Antoine et Cassandra rentrèrent. Ils passèrent devant elle sans la voir, leurs rires résonnant dans le couloir. Ils jouaient toujours leur jeu.

Antoine la vit et annonça fièrement : « Cassandra reste dîner. C'est notre invitée spéciale. »

Il regarda son père, qui hocha la tête, les yeux fixés sur Alexia, attendant sa réaction. Ils s'attendaient à une scène.

Ils furent déçus. Alexia les regarda simplement, son expression vide.

Leurs sourires s'effacèrent. Cela ne faisait pas partie du scénario. Son absence de douleur était déconcertante pour eux.

Cassandra, ne manquant jamais une occasion, commença à désigner les meubles.

« Jacques, chéri, je pense que ce canapé bleu serait beaucoup mieux là-bas. Et ces rideaux sont si lugubres. »

« Tout ce que tu veux, Cassie », dit Jacques, sa voix forte, destinée à être entendue par Alexia. Il essayait de la provoquer.

Alexia se tourna simplement et se dirigea vers la salle à manger.

Les changements dans sa maison, son espace, ne signifiaient plus rien.

Cassandra lui lança un regard, un mélange de triomphe et de malaise.

« Tu n'as pas d'opinion, Alexia ? »

Jacques répondit pour elle.

« Son opinion n'a aucune importance. »

Le dîner fut une performance de cruauté. Jacques et Antoine donnaient à Cassandra des bouchées de leurs assiettes, louaient son bavardage insignifiant et traitaient Alexia comme un fantôme à table.

Alexia mangeait machinalement, l'esprit ailleurs. Puis, un morceau de steak se logea dans sa gorge.

Elle ne pouvait plus respirer. Elle haleta, ses mains se portant à son cou.

Pendant une seconde, la panique éclata dans les yeux de Jacques et d'Antoine. Jacques commença à se lever de sa chaise.

« Aïe ! » s'écria Cassandra en laissant tomber sa fourchette. « Je crois que je me suis coupée le doigt ! »

Elle leva sa main, où une minuscule égratignure presque invisible se perlait d'une seule goutte de sang.

Le charme était rompu. L'attention de Jacques et d'Antoine revint à leur jeu. Leur moment d'inquiétude sincère s'évanouit, remplacé par le scénario familier de la cruauté calculée.

Jacques se précipita aux côtés de Cassandra.

« Ça va ? Laisse-moi voir. »

Antoine courut chercher la trousse de premiers secours.

Alexia s'étouffait, sa vision commençant à se brouiller sur les bords, et ils s'agitaient pour une coupure de papier.

Une violente quinte de toux la secoua, et elle cracha du sang sur la nappe blanche. Puis, elle s'effondra, sa tête heurtant le sol avec un bruit sourd.

La dernière chose qu'elle entendit avant que l'obscurité ne l'emporte fut la voix de Jacques, empreinte d'une irritation théâtrale.

« Regardez ce qu'elle a fait. N'importe quoi pour se faire remarquer. »

Elle se réveilla sur le sol, le goût métallique du sang dans la bouche. La maison était silencieuse. Ils l'avaient laissée là.

Elle se releva, son corps endolori. Elle regarda la tache de sang sur la nappe immaculée.

Elle croisa le regard de Jacques alors qu'il rentrait dans la pièce. Il avait observé depuis l'embrasure de la porte.

« C'était tout un spectacle », dit-il, sa voix froide.

« Tu es pathétique », murmura Alexia, sa voix rauque.

Il le nia, bien sûr.

« Nous étions inquiets pour Cassandra. Tu faisais juste du cinéma. »

Alexia était trop fatiguée pour discuter. Elle ferma les yeux.

« Quand est-ce que vous allez arrêter ? » demanda-t-elle, la question un souffle fantomatique. « Quand est-ce que ce jeu sera terminé ? »

Chapitre 2

Jacques la fixa, une lueur de confusion dans les yeux.

« Quel jeu, Alexia ? »

Avant qu'il ne puisse continuer sa comédie, la voix de Cassandra appela depuis le salon.

« Jacques, chéri, tu peux venir ? Mon doigt me lance toujours. »

Sans une seconde d'hésitation, Jacques se tourna et s'éloigna, laissant Alexia sur le sol.

Les jours suivants furent une escalade. Jacques et Antoine étaient implacablement attentifs à Cassandra, une performance constante et brutale pour un public d'une seule personne. Mais leur public ne regardait plus. Alexia était devenue insensible à cela. La douleur qu'ils voulaient si désespérément voir avait disparu, remplacée par un calme glacial.

Le point culminant de leurs efforts fut la fête du vingt-cinquième anniversaire de Cassandra. Jacques organisa un événement somptueux à l'hôtel particulier, invitant une centaine de personnes de l'élite parisienne.

L'air bourdonnait de chuchotements.

« Regardez-le, il est aux petits soins pour elle. »

« Elle n'est qu'une cadre, mais il la traite comme une reine. »

« Je ne l'ai jamais vu traiter Alexia comme ça. Pas une seule fois. »

Alexia entendait tout. Elle était assise dans un coin isolé, sirotant une coupe de champagne, un sourire amer aux lèvres. C'était ironique. Ils s'efforçaient de prouver son amour par la jalousie, mais tout ce qu'ils faisaient, c'était de le tuer plus vite. Leur amour, si on pouvait l'appeler ainsi, était une arme, et elle était fatiguée d'en être la cible.

Cassandra était le centre de l'attention, un sourire suffisant sur le visage, flanquée de Jacques et Antoine. Jacques lui offrit une voiture de sport flambant neuve, la clé suspendue à une chaîne incrustée de diamants. Antoine lui donna un collier conçu sur mesure.

Alors qu'ils célébraient, leurs yeux ne cessaient de se tourner vers le coin d'Alexia, cherchant la réaction qui validerait leurs efforts.

Ils ne trouvèrent rien. Alexia restait assise tranquillement, son expression aussi immobile qu'un lac gelé.

La mâchoire de Jacques se crispa. Le sourire d'Antoine s'effaça. Leur échec à la provoquer gâchait leur victoire.

Cassandra, sentant leur attention faiblir, décida de prendre les choses en main. Elle se pavanait vers Alexia.

« Alors, Alexia ? Tu ne vas pas me souhaiter un joyeux anniversaire ? Où est mon cadeau ? »

« Je n'en ai pas pour toi », dit Alexia, sa voix plate.

Le visage de Cassandra se décomposa en une moue étudiée.

« Oh. Je suppose que tu n'es toujours pas contente que je sois là. »

Ses yeux balayèrent Alexia, puis se posèrent sur le simple médaillon en or autour de son cou. C'était la dernière chose que la mère d'Alexia lui avait donnée avant de mourir.

« C'est joli, ça », dit Cassandra, sa voix dégoulinant de convoitise. « Je prendrai ça comme cadeau. »

La main d'Alexia vola instinctivement vers le médaillon.

« Non. »

« Ne sois pas si égoïste, Alexia », geignit Cassandra, se tournant vers Jacques, qui l'avait suivie. « Jacques, elle ne veut pas me donner de cadeau. »

Le visage de Jacques était un masque de froideur.

« Alexia, donne-le-lui. »

« C'était à ma mère », dit Alexia, sa voix tremblant pour la première fois de la soirée. « C'est tout ce qu'il me reste d'elle. »

Antoine les rejoignit, son petit visage un miroir de la cruauté de son père.

« C'est juste un bout de métal, Maman. Ne sois pas si radine. Cassandra l'aime bien. »

« Ce n'est pas juste du métal ! » La voix d'Alexia se brisa. « C'est irremplaçable. »

La patience de Jacques céda. Il tendit la main et arracha le pendentif de son cou. La chaîne érafla sa peau, laissant une ligne rouge et vive.

« Je t'en achèterai une centaine », dit-il, sa voix dédaigneuse.

« Tu ne peux pas ! » s'écria Alexia, son sang-froid se brisant enfin. « Tu ne peux pas la remplacer ! »

Pendant un instant, Jacques hésita. Ses doigts, tenant le médaillon, tremblèrent légèrement. Mais l'instant passa. Le besoin de prouver son point de vue, de la voir s'effondrer, était plus fort.

Il se tourna et tendit le pendentif à une Cassandra triomphante.

« Tiens, joyeux anniversaire. »

Antoine applaudit.

« Tu vois, Maman ? Papa aime plus Cassandra. »

Alexia les fixa, son cœur se brisant. Ce n'était plus un jeu. C'était de la cruauté pure et simple.

« Vous êtes contents maintenant ? » murmura-t-elle. « C'est ce que vous vouliez ? »

Cassandra, admirant le médaillon, le laissa « accidentellement » glisser de ses doigts. Il heurta le sol en marbre avec un bruit sourd.

« Oups », dit-elle, avec un faux hoquet, avant d'écraser délibérément son talon aiguille dessus. L'or tendre se froissa avec un craquement écœurant, la minuscule photo de la mère d'Alexia à l'intérieur déchirée.

Le temps s'arrêta. Alexia fixa les morceaux brisés de son dernier lien avec sa mère. Un sanglot étranglé s'échappa de ses lèvres. Elle tomba à genoux, essayant frénétiquement de rassembler les débris, un bord tranchant lui coupant la paume.

« Qu'est-ce que tu crois faire ? » Jacques lui attrapa le bras, la relevant. « C'est juste un collier. Arrête de faire une scène. »

Elle repoussa Cassandra.

« Tu as fait ça exprès. »

Le métal brisé dans sa main s'enfonça plus profondément dans sa paume, faisant couler le sang. La douleur physique était un écho sourd de l'agonie de son âme.

Jacques la retint, sa poigne de fer.

« Excuse-toi auprès de Cassandra. Maintenant. »

Chapitre 3

Alexia ne le combattit pas. Elle ne dit pas un mot de plus. La volonté de se disputer avait disparu.

Elle retourna dans sa chambre, l'or écrasé et la photographie déchirée serrés dans sa main ensanglantée. Elle étala les débris sur sa coiffeuse, essayant de les reconstituer, mais c'était impossible. Comme son mariage. Comme sa famille. C'était brisé au-delà de toute réparation.

Elle enveloppa soigneusement les morceaux brisés dans un mouchoir en soie. Elle trouverait un maître artisan pour le réparer. C'était un espoir insensé, mais c'était tout ce qu'elle avait.

On frappa à la porte. C'était Cassandra, appuyée contre le cadre, un air suffisant et victorieux sur le visage.

« Il ne t'aimera jamais, tu sais », dit Cassandra, sa voix une basse raillerie. « Lui et Antoine, ils aiment te voir souffrir. C'est la seule chose qui leur fait ressentir quelque chose. »

« Tu es une idiote si tu penses qu'ils t'aiment », répondit Alexia, sa voix fatiguée. « Tu n'es qu'un outil. Un outil jetable. »

Cassandra rit.

« Peut-être. Mais en ce moment, c'est moi qu'il utilise. Et bientôt, tu seras complètement hors du tableau. Tu devrais juste partir. Rendre les choses faciles pour tout le monde. »

Alexia en avait assez. Elle se leva pour partir, mais Cassandra lui barra le chemin.

« Où crois-tu aller ? »

« Hors de mon chemin », dit Alexia, sa voix dangereusement basse.

Elle essaya de passer, mais Cassandra lui attrapa le bras. Alexia la repoussa, plus fort qu'elle ne l'avait prévu.

Cassandra perdit l'équilibre, les yeux écarquillés de choc théâtral. Elle poussa un cri perçant en basculant en arrière, tombant dans le grand escalier.

Le fracas résonna dans l'hôtel particulier silencieux.

Quelques secondes plus tard, Jacques et Antoine étaient là, courant au bas de l'escalier.

« Cassie ! » s'écria Jacques, la berçant dans ses bras.

Cassandra sanglotait déjà.

« Elle m'a poussée ! Alexia m'a poussée dans les escaliers ! Elle a dit... elle a dit qu'elle ne me laisserait pas m'approcher de toi et d'Antoine. »

Jacques leva les yeux vers Alexia en haut de l'escalier. Ses yeux n'étaient pas en colère. Ils n'étaient pas déçus. Pendant une fraction de seconde, Alexia le vit à nouveau – cette lueur de jubilation sombre et possessive. Sa jalousie, sa « violence », c'était exactement la preuve qu'il voulait.

Il le masqua rapidement, son visage devenant un masque de fureur glaciale.

« Emmenez-la à la voiture. Nous allons à l'hôpital. »

Il se tourna vers les deux gardes du corps qui étaient apparus.

« Et quant à elle », dit-il en désignant Alexia, « elle doit apprendre ce que sont les conséquences. »

« Qu'est-ce que tu fais ? » Le sang d'Alexia se glaça.

« Tu as poussé Cassandra dans les escaliers », dit Jacques, sa voix d'un calme effrayant. « Il est juste que tu subisses la même chose. »

Il était fou. Ils étaient tous fous.

« Non ! Je ne l'ai pas poussée ! Elle ment ! » cria Alexia, reculant alors que les gardes du corps avançaient.

« Elle ne mentirait pas », dit Antoine, sa voix petite mais ferme, debout à côté de son père. « Tu es juste jalouse, Maman. C'est ta punition pour ne pas nous aimer assez pour nous laisser être heureux. »

Les gardes du corps l'attrapèrent. Elle se débattit, elle donna des coups de pied, elle cria.

« Vous êtes des monstres ! Tous ! Vous le regretterez ! » hurla-t-elle, sa voix rauque de désespoir.

Ils la traînèrent en haut de l'escalier. Pendant un instant, ses yeux rencontrèrent ceux de Jacques. Il regardait, un léger sourire terrifiant jouant sur ses lèvres.

Puis, ils la lâchèrent.

Le monde bascula. La douleur explosa dans tout son corps alors qu'elle heurtait les marches de marbre. Un craquement écœurant résonna à ses oreilles.

Alors que sa vision se brouillait, la dernière chose qu'elle vit fut Jacques et Antoine. Ils souriaient. Souriaient vraiment.

« Elle a tellement mal, Papa », entendit-elle Antoine murmurer, sa voix remplie d'une sorte de bonheur dérangeant. « Ça veut dire qu'elle nous aime vraiment, vraiment très fort. »

Le petit rire grave de Jacques fut le dernier son qu'elle entendit alors que l'obscurité la consumait.

Son cœur ne s'est pas seulement brisé. Il a été arraché, déchiqueté et piétiné. Tout n'était qu'un jeu. Sa douleur était leur prix.

Elle se réveilla dans un lit d'hôpital, une prison stérile et familière. Chaque centimètre de son corps hurlait d'agonie.

Une infirmière vérifiait sa perfusion.

« Vous êtes réveillée. Vous nous avez fait une belle frayeur. Votre mari était si inquiet. Il est resté ici toute la nuit. »

Les doigts d'Alexia tressaillirent. C'était un bon acteur. Un acteur brillant.

« Il est sorti il y a quelques minutes, quand il a vu que vous alliez vous réveiller », continua l'infirmière, inconsciente de tout. « Il a dit qu'il allait voir comment allait l'autre jeune femme. Un homme si attentionné. »

Alexia sentit un rire amer monter dans sa gorge, mais il sortit comme une toux douloureuse. Bien sûr qu'il était parti. La performance était terminée. Le public était réveillé.

Elle refusa que l'infirmière l'appelle. Elle savait où il était. Il était avec Cassandra, continuant la mascarade.

Elle passa les jours suivants à l'hôpital, se remettant seule. La douleur physique était immense, mais le vide émotionnel était pire.

Quand elle fut libérée, son avocat était de nouveau là, cette fois avec un accord de divorce. Elle le signa sans une seconde de réflexion, sa main tremblant à cause des séquelles nerveuses, mais sa résolution ferme.

Dans le hall de l'hôpital, elle les vit. Jacques, Antoine et Cassandra, ressemblant à une famille heureuse. Le bras de Cassandra était en écharpe, un accessoire purement décoratif.

Alexia serra les papiers signés dans sa main, prit une profonde inspiration et se dirigea vers eux.

Elle tendit le dossier à Jacques.

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