J'étais la *sugar baby* d'Alexandre Dubois, sa jolie petite chose. Mais quand je l'ai vu embrasser sa belle-sœur, Hélène – son unique véritable amour – j'ai su que je devais m'enfuir.
J'ai planifié ma sortie méticuleusement, dans le but de disparaître à la seconde où mon contrat prendrait fin. Je deviendrais une scientifique, je trouverais un homme gentil et ordinaire, et je construirais ma propre vie.
Mais Alexandre ne voulait pas me laisser partir. Il a saboté la carrière de Clément, l'homme bien dont j'étais tombée amoureuse, et a utilisé ma mère, avec qui j'avais coupé les ponts, pour m'humilier publiquement. Tout ça pour me forcer à retourner dans sa cage dorée.
« Épouse-moi, Ayla », m'a-t-il proposé, un contrat à vie pour remplacer l'ancien. « Tu seras vraiment libre. Avec moi. »
Les cris de ma mère résonnaient dans mes oreilles : « C'est une pute ! Ta pute ! Une marchandise souillée ! » Et Clément, mon Clément, a entendu chaque mot.
J'ai regardé les yeux froids et possessifs d'Alexandre, puis ceux de Clément, remplis d'une douleur qui m'a brisé le cœur. Je devais faire un choix.
Cette fois, je n'allais pas seulement m'enfuir. J'allais y mettre un terme, une bonne fois pour toutes.
Chapitre 1
Ayla Moreau POV:
Tout le monde savait ce que j'étais. La *sugar baby* d'Alexandre Dubois. Sa fille en cage dorée. Son trophée. Une jolie petite chose qu'il gardait sous la main.
Je souriais quand il voulait que je sourie. Je portais les robes qu'il choisissait. J'acquiesçais au bon moment, je riais aux bonnes blagues. Ma beauté était une performance, un langage silencieux parlé pour un public qui ne me voyait jamais vraiment. Pour eux, j'étais belle, obéissante, et absolument, parfaitement à lui. Une poupée dont les ficelles étaient invisibles à l'œil nu.
Ils voyaient les diamants, les vêtements de créateurs. Ils ne voyaient pas les frais de scolarité, le compte en banque vide, l'avis d'expulsion. Ils ne voyaient pas le désespoir qui me rongeait l'estomac, la peur panique qui m'avait conduite dans cette prison scintillante et étouffante. La Sorbonne n'était pas donnée, et ma famille s'était assurée que je n'aie plus rien.
Il me regardait sans me voir, même lorsque sa main se posait sur mon dos lors d'un gala de charité. Puis il regardait à l'autre bout de la pièce Hélène, sa belle-sœur, son « unique véritable amour », et une lumière différente, un désir désespéré, vacillait dans ses yeux. Je n'étais qu'un substitut, un corps chaud, une distraction commode. Je supportais sa froideur, son indifférence publique, les piques subtiles de son cercle intime. Je le supportais pour Hélène, le fantôme qui hantait chacune de nos interactions, la femme dont l'ombre ne me quittait jamais.
Ils pensaient tous que je finirais seule, brisée, m'accrochant aux miettes de sa fortune. Une histoire à ne pas reproduire. Un autre visage oublié. Ils m'imaginaient me noyer dans les décombres, perdue sans ses chaînes dorées pour me protéger du monde. Un beau jouet, finalement jeté.
Mais ils avaient tort. Je ne faisais pas que survivre. Je planifiais mon évasion. Et ce soir, tout commençait. Le compte à rebours était lancé.
Mon téléphone a vibré. Une notification. Un virement du compte d'Alexandre. Frais de scolarité payés. Un autre mois de gagné. J'ai fermé l'application bancaire, rappel brutal des menottes dorées que je portais encore. J'ai basculé sur une application de messagerie. Chloé, ma meilleure amie, m'envoyait déjà des mèmes sur les partiels.
« Tu es sûre de toi, Ayla ? » La voix de Chloé était tendue d'inquiétude quand je l'ai appelée plus tard. « Il ne va pas te laisser partir comme ça. »
Je me suis appuyée contre la vitre froide de mon luxueux appartement temporaire, regardant les lumières de la ville se brouiller. « Il ne s'en rendra même pas compte au début, Chloé. Je ne suis qu'une commodité. Un bel accessoire. » Les mots semblaient lourds, même si je me les étais répétés mille fois.
« Alexandre Dubois ne passe pas à côté des choses. Surtout pas des choses qu'il considère comme siennes, Ayla. Il est possessif, tu le sais. » La voix de Chloé contenait un avertissement, une peur que je ne comprenais que trop bien. Alexandre me voyait comme une extension de son pouvoir, un bel objet à exposer, jamais à questionner. C'était un homme qui contrôlait tout et tout le monde dans son orbite, un homme dont la présence emplissait une pièce même quand il ne parlait pas. Sa froideur n'était pas un manque d'émotion ; c'était une arme, affûtée et précise.
« Il est obsédé par Hélène. Pas par moi. » J'ai forcé une légèreté dans mon ton, une légèreté que je ne ressentais pas. « Il sera trop distrait. Son monde entier tourne autour d'elle. Tu l'as vu. Nous l'avons tous vu. »
Chloé a soupiré. « D'accord, quand est-ce que tu fais ta grande sortie exactement ? »
« À la seconde où mon dernier contrat se termine. Pas un jour avant, pas un jour après. J'ai tout calculé. » Ma voix était ferme, résolue. Ce n'était pas un caprice ; c'était un plan méticuleusement construit. J'avais choisi une nouvelle ville, même un nouveau nom, un nouveau départ où personne ne connaîtrait la « sugar baby d'Alexandre Dubois ». J'allais trouver un travail tranquille, peut-être dans une bibliothèque, et tomber amoureuse d'un homme ordinaire qui me verrait, me verrait vraiment, pour qui j'étais à l'intérieur. Une vie simple, honnête et libre. C'était mon seul rêve maintenant.
Dehors, le ciel de Paris pleurait, une bruine froide et insistante reflétant le froid qui s'était installé au plus profond de mes os. La pluie rendait toujours les choses plus lourdes, plus dramatiques. Comme si la ville elle-même pleurait quelque chose, ou avertissait de quelque chose à venir. La météo avait annoncé un ciel dégagé, mais Paris n'écoute que rarement les prévisions.
Un éclat de lumière a attiré mon œil dans l'averse en bas. Une voiture noire et élégante, ses phares perçant la pénombre, s'est arrêtée au bord du trottoir. Mon cœur s'est serré. Alexandre. Il n'était pas censé rentrer ce soir. Il était censé être avec... elle.
Un étrange frisson m'a parcourue. Pas de la peur, pas exactement. Plutôt une secousse de reconnaissance, un serrement familier dans ma poitrine qui n'avait rien à voir avec lui et tout à voir avec le rôle que je jouais.
Je l'ai regardé sortir, grand et imposant même dans la faible lumière. Sa silhouette était nette, ses mouvements précis. C'était une ombre de pouvoir sur fond de ville. Il n'a pas levé les yeux, il a juste marché d'un pas vif vers l'entrée, sa présence dégageant une froideur presque palpable.
J'ai pris une profonde inspiration, lissant mon peignoir en soie. Il était temps de jouer mon rôle. J'ai ouvert la porte, un sourire doux et étudié sur les lèvres. « Alexandre, tu es rentré tôt. Je pensais que tu avais une réunion tardive. » Ma voix était légère, avec une subtile pointe de reproche enjoué. J'ai fait un pas en avant, ma main cherchant son bras, un geste doux et familier.
Il n'a pas tressailli, ne s'est pas adouci. Ses yeux, sombres et illisibles, ont croisé les miens une fraction de seconde, puis ont filé derrière moi. « J'ai besoin que tu me fasses couler un bain, Ayla », a-t-il dit, sa voix plate, dénuée de chaleur. « Et prends ce dossier sur mon bureau. Le rouge. »
Alors qu'il passait, une odeur fraîche m'a frappée – un parfum cher mêlé à quelque chose de métallique. Ce n'est que lorsqu'il s'est légèrement tourné que je l'ai vu : un léger bleu commençant à apparaître sur sa mâchoire, presque caché par sa barbe naissante. Une petite coupure, à peine visible, traçait la ligne de sa tempe. Mon souffle s'est coupé. Que s'était-il passé ?
J'ai dégluti, forçant mon expression à rester neutre. « Bien sûr, Alexandre. » Je me suis déplacée rapidement, prudemment, vers la salle de bain, sa froideur un poids familier.
L'odeur de son parfum, un mélange particulier de cèdre et de quelque chose de vaguement fumé, émanait de lui. Ce n'était pas une odeur que j'aimais, mais elle était devenue indissociablement liée à lui, à cette vie. C'était l'odeur du pouvoir, de la richesse, et de la cage dans laquelle je vivais. Elle a provoqué une étrange et malvenue vague de déjà-vu, me ramenant à une autre odeur : celle de l'appartement moisi et exigu que j'appelais autrefois chez moi.
Le hurlement lointain d'une sirène de police a percé le bourdonnement de la ville, un son qui me ramenait toujours en arrière. Ce n'était pas le son lui-même, mais la façon dont il se mélangeait à la pluie, la façon dont il filtrait à travers les murs fins de ma chambre d'enfant. Ce mélange particulier portait le poids du souvenir, un souvenir d'une époque où mon monde avait été irrévocablement brisé.
C'était l'été après ma terminale. La lettre d'acceptation de la Sorbonne était arrivée, une lueur d'espoir, un billet pour sortir d'une vie que je détestais. Mais ensuite, ma mère, Annette, m'avait assise, ses yeux grands ouverts de fausses larmes. « Ta sœur, Ayla, elle en a plus besoin que toi. Sa santé... elle est si fragile. » Ma sœur cadette, toujours la fragile, toujours celle que ma mère choyait, même quand elle était en parfaite santé. Je savais que c'était un mensonge, une manipulation. Mes notes du bac avaient été trafiquées, mon dossier saboté. Des années de ressentiment, des années à être négligée au profit de ma sœur, tout cela culminant dans ce coup final et écrasant.
La voix de ma mère, mielleuse, résonnait encore dans mes oreilles. « Tu es si forte, Ayla. Tu pourras toujours réessayer l'année prochaine. Pense à ta sœur. » Il ne s'agissait jamais de ma sœur. Il s'agissait de la préférence de ma mère, de son favoritisme cruel, de son désir tordu de me garder petite, proche, et soumise.
Mes rêves de la Sorbonne, d'une bourse, d'un avenir pour lequel j'avais si durement travaillé, se sont évaporés. Les moqueries des voisins me piquaient encore : « Oh, Ayla, quel dommage. J'ai entendu dire que tu avais raté tes examens. Ta sœur, par contre, elle est si délicate, elle a besoin de tout le soutien possible. » Leur pitié était une blessure fraîche, un rappel de mon échec public.
« Tu ne peux pas abandonner comme ça, Ayla ! » avait ragé Chloé, sa loyauté féroce. « Tu peux repasser le bac. On révisera ensemble. »
Mais ma mère m'avait de nouveau coincée, sa voix imprégnée du poison du chantage affectif. « N'ose pas nous abandonner, Ayla. Ta sœur a besoin de toi. J'ai besoin de toi. Si tu pars, je ne sais pas ce que je ferai. Nous sommes une famille, Ayla. Tu ne peux pas jeter ça par-dessus bord. »
J'avais senti les murs se refermer sur moi, m'étouffer. Le combat avait drainé chaque once de mon esprit. J'avais capitulé, mes rêves s'effondrant en poussière. J'ai trouvé un travail mal payé, économisant chaque centime, complotant mon évasion. Il m'a fallu deux ans, deux ans à joindre les deux bouts, à endurer les cruautés subtiles de ma mère et la gaieté inconsciente de ma sœur. Deux ans à me sentir comme un fantôme dans ma propre maison.
Quand j'ai enfin eu assez d'économies, j'ai acheté un aller simple, fait une seule valise, et laissé un mot. Un adieu court et sans émotion. L'appel furieux de ma mère était arrivé quelques jours plus tard, un torrent de malédictions et d'accusations. « Ne reviens jamais, Ayla ! Tu m'entends ? Tu es morte pour moi ! » Ses mots, aussi durs soient-ils, étaient une sorte de liberté.
Mais la liberté dans un nouveau pays, une nouvelle ville, était brutale. J'ai enchaîné les petits boulots, étudié sans relâche, pour finalement réunir assez pour la Sorbonne. Mais ensuite, une agression, une rencontre violente et terrifiante qui m'a laissée physiquement blessée et émotionnellement brisée, m'a dépouillée de tout ce que j'avais économisé. Tout l'argent, parti. Ma détermination, brisée. J'ai appelé ma mère, un appel désespéré à l'aide. « On m'a volée, Maman. Je n'ai plus rien. »
Sa voix était froide, distante. « C'est ce que tu mérites pour avoir abandonné ta famille, Ayla. C'est la punition de Dieu. Ne m'appelle plus. » La ligne est devenue silencieuse.
C'est cette nuit-là que j'ai fait mon choix. Mes options étaient nulles. La pauvreté, la rue, ou... ça. Je me suis regardée dans le miroir, non pas moi-même, mais le potentiel. Les longs cheveux sombres, les pommettes saillantes, le genre de beauté saisissante qui pouvait être une monnaie d'échange. J'ai passé des semaines à la peaufiner, à m'entraîner à sourire, à apprendre le langage de la séduction. J'ai teint mes cheveux d'un noir plus profond, plus riche, choisi des vêtements qui accentuaient ma silhouette, me transformant en une femme qui pouvait commander l'attention.
Je suis entrée dans une vente aux enchères caritative de luxe, un endroit où la richesse et le pouvoir se mêlaient. Il était là, Alexandre Dubois, une ombre de froide indifférence dans une pièce pleine de sourires dorés. Il parlait à un homme plus âgé, son expression illisible, même s'il menait la conversation. J'avais entendu des rumeurs à son sujet, sur sa famille, sur sa richesse immense et intouchable. Et j'ai su, avec une certitude glaçante, qu'il était ma seule issue. Il était ma cible.
Je me suis approchée de lui, mon cœur battant la chamade, un verre de cocktail fermement dans ma main. « Monsieur Dubois ? » Ma voix était douce, soigneusement modulée. Il s'est tourné, ses yeux sombres balayant mon visage, une lueur de quelque chose d'illisible dans leurs profondeurs.
Il m'a à peine jeté un regard. « Oui ? » Son ton était dédaigneux, plus froid que la glace dans mon verre.
Ayla Moreau POV:
Son « oui » avait été un défi, un mur de glace. Je me souvenais vivement de ce moment, de la façon dont son regard m'avait congédiée, une évaluation fugace qui me reléguait au rang de simple joli visage dans une mer de jolis visages. Mon personnage soigneusement construit, mon sourire étudié, semblaient fragiles sous son appréciation froide.
Un bruit sec soudain dans la cuisine m'a ramenée au présent. J'avais laissé tomber la tasse en céramique que je remplissais d'eau pour son bain. Elle s'est brisée, la porcelaine se dispersant sur le carrelage blanc immaculé. Mon cœur a fait un bond. Ça ne faisait pas partie du rôle de la petite amie obéissante. J'ai rapidement attrapé une serviette, essayant de nettoyer avant qu'il ne s'en aperçoive.
La porte de la salle de bain était ouverte, laissant filtrer une mince bande de lumière dans l'appartement faiblement éclairé. Il se tenait près des hautes fenêtres, le dos tourné, sa silhouette se découpant sur la ligne d'horizon sombre de la ville. Il ne regardait pas la vue, mais fixait le vide, sa posture rigide, les épaules carrées. La pluie dehors s'était transformée en une averse régulière, tambourinant contre la vitre comme une chanson funèbre.
Ses cheveux sombres étaient légèrement en désordre, un contraste frappant avec sa mise habituellement impeccable. Le léger bleu sur sa mâchoire semblait plus sombre maintenant, plus proéminent. Il portait toujours sa veste de costume, le tissu cher collant légèrement à cause de l'humidité. Il ressemblait moins à Alexandre Dubois, le milliardaire intouchable, et plus à une statue taillée dans le granit. Froid, inflexible, et totalement seul.
Je fixais son dos, une douleur familière se tordant dans ma poitrine. Nous vivions dans le même appartement, partagions parfois le même lit, et pourtant il y avait un gouffre infranchissable entre nous. Il était Alexandre Dubois, un titan né dans une famille fortunée, le nom de sa famille synonyme de pouvoir et d'influence depuis des générations. Et j'étais Ayla Moreau, la fille de nulle part, celle qui s'était sortie de la pauvreté à la force des poignets.
Il évoluait dans des cercles que je ne pouvais qu'observer. Sa richesse n'était pas seulement de l'argent ; c'était un héritage, un réseau de relations puissantes qui semblait s'étendre à l'échelle mondiale. Je ne connaissais que de vagues détails, des bribes attrapées dans les conversations feutrées de ses associés ou les reportages haletants des journaux financiers. Il commandait le respect et la peur, une force silencieuse dans un monde que je comprenais à peine. Il venait d'un monde où des mots comme « héritage » et « dynastie » avaient un sens tangible, quelque chose qui pesait plus lourd que n'importe quelle vie individuelle.
« Ayla. » Sa voix a percé le silence, tranchante et abrupte, me tirant de mes pensées. Ce n'était pas une question, c'était un ordre, dépourvu de toute inflexion, un son qui exigeait une attention immédiate.
J'ai tressailli, laissant tomber la serviette. « Oui, Alexandre ? » Je me suis précipitée vers lui, mes pieds nus tapotant doucement sur le marbre froid. Mon sang-froid soigneusement construit commençait déjà à s'effriter.
Sa main s'est tendue alors que je m'approchais, saisissant mon bras dans une poigne brutale. Il m'a tirée violemment contre son corps rigide, ses doigts s'enfonçant dans ma chair. « Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps ? » Sa voix était empreinte d'une impatience qui frisait la colère, une crudité que j'entendais rarement. Il n'a pas attendu de réponse, il m'a juste fait pivoter, sa prise se resserrant.
J'ai étouffé un hoquet, la douleur une vive piqûre. Ce n'était pas la première fois qu'il était brutal, mais ça me surprenait toujours. J'ai gardé mon visage soigneusement neutre, mes lèvres scellées. Toute plainte, tout signe de faiblesse, ne ferait qu'alimenter son irritation.
Il a scruté mon visage, les yeux plissés. « Pas de questions sur mes blessures ce soir, Ayla ? Tu es habituellement si... prévenante. » Il y avait un ricanement dans sa voix, un ton moqueur qui m'a glacé le sang.
J'ai rapidement forcé un sourire, ma voix soigneusement douce. « Bien sûr que non, Alexandre. Je sais que tu n'aimes pas être questionné. Je veux juste m'assurer que tu es à l'aise. Tu sais que je ne me soucie que de ton bien-être. » Les mots avaient un goût de cendre, mais c'était le script que j'avais perfectionné. J'ai levé la main, la faisant planer près du bleu sur sa mâchoire, une inquiétude feinte. « Tu es gravement blessé ? »
Il a reculé, une lueur de quelque chose d'illisible dans ses yeux. « Sois une gentille fille, Ayla. C'est tout ce que je demande. » Son regard était aussi froid que jamais, un rappel brutal que mes efforts n'étaient qu'une performance, une performance qu'il attendait et reconnaissait rarement.
Je me souvenais des premiers jours, quand j'avais bêtement pensé que ma véritable inquiétude pourrait le toucher. Que mon affection silencieuse, mes tentatives de le comprendre, pourraient réellement briser la glace. Mais cette illusion s'était rapidement brisée. La première fois qu'il avait été vraiment brutal, vraiment dédaigneux, avait été un réveil brutal. Je m'étais plainte, ma voix douce mais insistante. « Tu m'as fait mal, Alexandre. »
Sa réponse avait été livrée avec un calme glaçant. « Tu veux partir, Ayla ? Fais-toi plaisir. Mais n'attends pas un centime de plus. Et n'espère plus jamais mettre les pieds à la Sorbonne. » Ses mots n'étaient pas une menace ; c'était une simple déclaration de fait, soutenue par le poids indéniable de son pouvoir.
La panique m'avait alors saisie, une peur froide et suffocante qui éclipsait la douleur. Je ne pouvais pas revenir en arrière. Je ne pouvais pas tout risquer pour un moment de fierté. Alors j'ai appris. J'ai appris à plier, à accepter, à devenir la compagne parfaitement docile qu'il désirait. J'ai appris à éteindre la partie de moi qui ressentait, la partie qui espérait. J'ai appris à me protéger en devenant insensible.
J'étais sa possession, rien de plus, rien de moins. Un beau jouet cher qu'il pouvait jeter à volonté. Mon contrat était presque terminé, et je savais, avec une certitude absolue, que je partirais. Je ne regarderais pas en arrière. Je me réapproprierais.
Je l'ai alors enlacé, le serrant contre moi, pressant mon visage contre sa poitrine. C'était un geste étudié, destiné à transmettre de l'affection, mais ce soir, c'était un bouclier. Les larmes, chaudes et inattendues, me sont montées aux yeux. Je les ai ravalées, refusant de les laisser couler, refusant de lui donner le moindre aperçu des émotions brutes et désordonnées que je gardais enfermées. C'était une libération, un cri silencieux contre le silence étouffant de notre arrangement.
Le lendemain matin, je me suis réveillée dans un lit vide, les draps encore froids là où il avait été. Il était parti, comme d'habitude. Le silence dans l'appartement était assourdissant, un compagnon familier. J'ai attrapé mon téléphone, l'écran s'illuminant d'une douzaine de notifications. Des appels manqués de Chloé, une rafale de discussions de groupe que j'ignorais habituellement. Un mauvais pressentiment s'est installé dans mon estomac.
En faisant défiler les messages, un de Chloé s'est démarqué, un seul mot : « Regarde. » En dessous, un lien vers une vidéo. Mes doigts tremblaient en cliquant dessus.
La qualité de la vidéo était granuleuse, filmée de loin, mais il n'y avait aucune erreur sur les personnages. Alexandre, debout dans une ruelle faiblement éclairée, son visage gravé d'une émotion brute et désespérée que je n'avais jamais vue dirigée vers moi. Et face à lui, Hélène. Ses cheveux dorés étaient en désordre, son élégante robe de soirée légèrement de travers. Il a tendu la main, une main caressant sa joue, son pouce traçant la courbe de sa mâchoire. Le désespoir dans ses yeux, la tendresse presque douloureuse. C'était un regard de désir pur, sans fard.
Puis il l'a tirée plus près, sa tête s'inclinant. Ses lèvres ont trouvé les siennes dans un baiser brutal et urgent. C'était profond, dévorant, un baiser qui parlait d'années de désir inexprimé, d'un amour qui le déchirait. Le genre de baiser que j'avais seulement rêvé de recevoir.
Ayla Moreau POV:
La vidéo s'est coupée brusquement, me laissant fixer une image figée de leur étreinte enchevêtrée. Mon souffle s'est coupé. Le bleu sur sa mâchoire, la coupure sur sa tempe – tout prenait sens maintenant. Ce n'était pas une bagarre de rue. C'était à propos d'Hélène. Toujours à propos d'Hélène.
Mes mains se sont crispées autour du téléphone, le plastique s'enfonçant dans mes paumes. Une douleur sourde a commencé dans ma poitrine, se propageant en moi comme de l'encre froide. Ce n'était pas une surprise. Je savais. J'ai toujours su. Mais le voir, être témoin de la passion brute et désespérée qu'il éprouvait pour une autre femme, c'était comme un coup physique.
Les discussions de groupe étaient maintenant un tourbillon de ragots et de spéculations, des captures d'écran de la vidéo circulant comme une traînée de poudre. « OMG, Alexandre et Hélène ? Je le savais ! » « Pauvre Ayla, toujours le deuxième choix. » « Elle pensait vraiment avoir une chance, n'est-ce pas ? » Leurs mots, vifs et venimeux, étaient un refrain familier de *schadenfreude*.
Mon téléphone a de nouveau vibré. Chloé. « Ayla, ça va ? J'ai vu la vidéo. Tu vois ça ? Ces salopes dans le groupe de discussion... »
J'ai pris une profonde inspiration tremblante, forçant ma voix à être stable. « Je vais bien, Chloé. C'est bon. C'est exactement ce à quoi je m'attendais. » Le mensonge avait un goût amer sur ma langue, mais il était nécessaire. Je ne pouvais pas les laisser voir les fissures. Je ne pouvais laisser personne voir. J'étais la femme entretenue d'Alexandre, et c'était le prix de l'arrangement. L'illusion devait être maintenue jusqu'à la toute fin.
Je n'étais qu'un dommage collatéral dans sa quête continue et sans espoir d'Hélène. Ce n'était pas une histoire d'amour ; c'était une transaction. Et bientôt, la transaction serait terminée. Bientôt, je serais libre. Je répétais les mots comme un mantra, essayant de reprendre le contrôle de la marée montante d'émotion.
Mais mon regard revenait sans cesse à l'image figée sur mon téléphone. Ses yeux, le désir brut, la façon dont son corps était entièrement tourné vers elle. C'était un désespoir qui parlait d'un amour profond et angoissant. Le genre d'amour que j'avais autrefois, bêtement, espéré inspirer. Je l'ai regardé pendant un long, long moment, jusqu'à ce que mes yeux me brûlent et que ma tête me lance. L'écran s'est brouillé, les larmes montant enfin, non sollicitées, non désirées. Ma poitrine était serrée, une pression suffocante qui rendait la respiration difficile.
J'ai rapidement éteint le téléphone, me forçant à me lever. J'avais des cours, des devoirs, une thèse à travailler. Mon avenir, mon vrai avenir, en dépendait. Je me suis jetée dans mes études, une routine implacable qui tenait les pensées à distance.
Plus tard dans la soirée, le ciel avait viré au violet contusionné, et un vent froid et mordant fouettait la ville. J'ai serré mes livres plus fort, me dépêchant de rentrer de la bibliothèque. La pluie avait recommencé, une fine brume glaciale qui transformait les lampadaires en halos brumeux. Ce temps n'était qu'un mauvais présage. Ou peut-être juste un reflet de ce que je ressentais à l'intérieur.
Alors que j'approchais de l'immeuble, une faible mélodie s'est échappée de l'intérieur. Un piano. Le piano d'Hélène. Mes pas ont faibli. Il était à la maison. Et elle était là. Déjà ? Mon estomac s'est noué. Il n'aurait pas pu retourner au travail après cette scène. Il a dû l'amener directement ici.
J'ai poussé la lourde porte d'entrée, les notes mélancoliques d'un nocturne de Chopin m'envahissant. Le salon était baigné dans la douce lueur d'une seule lampe, et là, au piano à queue que je n'avais jamais eu le droit de toucher, était assise Hélène Vasquez. Elle me tournait le dos, ses doigts dansant sur les touches, tirant une mélodie à la fois belle et déchirante.
Mon souffle s'est coupé. C'était elle, la femme de la vidéo, ses cheveux dorés scintillant sous la lampe. Je me suis figée dans l'embrasure de la porte, me sentant soudain comme une intruse dans ma propre maison. Ma prétendue maison.
Elle était magnifique. Son profil, illuminé par la douce lumière, était éthéré, presque angélique. Elle était tout ce que je n'étais pas – délicate, artistique, raffinée, née dans un monde de privilèges et de beauté que je ne pouvais qu'imiter. Son élégance semblait remplir la pièce, me repoussant davantage dans l'ombre.
Ses mains se sont immobilisées sur les touches. Elle s'est tournée lentement, ses yeux bleus, grands et innocents, rencontrant les miens. Un léger sourire entendu a joué sur ses lèvres. « Alors, vous êtes Ayla, n'est-ce pas ? La... femme trophée. » Sa voix était douce, soyeuse, mais chaque mot était un poignard soigneusement placé.
Mes mains se sont crispées sur mes flancs, mes ongles s'enfonçant dans mes paumes. L'insulte était directe, brutale. J'ai forcé un sourire poli, ma voix calme. « Bonjour. Je suis Ayla Moreau. C'est un plaisir de vous rencontrer enfin. » Mon cœur battait la chamade, mais je ne la laisserais pas me voir craquer.
Elle n'a pas accusé réception de ma présentation, son regard balayant la pièce, se posant sur un petit oiseau en bois sculpté à la main sur la cheminée. C'était un cadeau du frère d'Alexandre, une antiquité rare qu'il chérissait. « Un travail si complexe », murmura-t-elle, presque pour elle-même. « Il a toujours eu un œil avisé pour la beauté. »
J'ai dégluti, ma gorge soudainement sèche. « Oui, c'est vrai », ai-je réussi à dire, ma voix égale. C'était Alexandre. L'oiseau était un cadeau du frère d'Alexandre à Alexandre. Je savais à quel point il tenait à ce petit oiseau. Il le nettoyait méticuleusement chaque semaine, son contact étonnamment doux.
Je me souvenais de la fois, au début de notre arrangement, où je l'avais distraitement pris, admirant son artisanat délicat. Alexandre était apparu silencieusement derrière moi, sa voix un grognement bas et dangereux. « Ne touche pas à ça, Ayla. » Son regard avait été de glace, un avertissement brutal. Je l'avais laissé tomber, mon cœur battant la chamade, m'excusant profusément. Il m'avait juste regardée, puis avait soigneusement ramassé l'oiseau, le polissant avec un chiffon doux, comme si mon contact l'avait en quelque sorte souillé.
Mais maintenant, elle en parlait, le caressant presque des yeux, et il n'y avait aucune réprimande sévère de la part d'Alexandre. La prise de conscience m'a frappée comme une vague froide : elle avait le droit de le toucher. Il s'en ficherait. C'était elle qui avait sa place ici, depuis toujours. Je n'étais que la présence éphémère. L'amertume est montée, vive et âcre. Je n'étais que la doublure. Toujours.
J'ai attendu, le souffle court, anticipant son prochain mouvement, un autre coup verbal. Mais elle s'est juste retournée vers le piano, un léger sourire condescendant jouant sur ses lèvres. Ses doigts ont retrouvé les touches, la mélodie de Chopin remplissant la pièce, noyant le son de mon cœur qui battait. La musique, autrefois belle, semblait maintenant moqueuse, suffocante. Ma poitrine s'est serrée, une douleur sourde se propageant en moi.
Soudain, la porte d'entrée s'est ouverte violemment. Alexandre se tenait là, ses yeux balayant la pièce, son regard se posant sur Hélène. Il s'est figé, tout son corps rigide. Le masque froid qu'il portait habituellement semblait se fissurer, révélant une vulnérabilité brute et surprise. « Hélène ? Qu'est-ce que tu fais ici ? » Sa voix était un murmure tendu, une chose fragile que je n'avais jamais entendue de lui.
Hélène s'est levée du piano, les yeux baissés, une image de chagrin délicat. « Je... j'avais besoin de te voir, Alexandre. Je n'arrivais pas à dormir. » Elle semblait si fragile, si complètement perdue.
Un choc m'a traversée. Mon esprit s'est emballé. Elle était sa belle-sœur. Mariée à son frère. Le « seul véritable amour » pour lequel Alexandre portait une flamme depuis l'enfance. Et la voilà, dans mon appartement, réconfortée par mon *sugar daddy*.
L'expression d'Alexandre s'est adoucie, la froideur s'est dissipée, remplacée par une inquiétude profonde et douloureuse. « Hélène, tu ne devrais pas être ici. Il est tard. » Sa voix était douce, empreinte d'une tendresse qui me retournait l'estomac.
« Je voulais juste... je voulais juste t'attendre », a-t-elle murmuré, ses yeux remplis de larmes non versées. « Je ne savais pas où aller d'autre. » Elle avait l'air si petite, si perdue, si totalement innocente.
Le regard d'Alexandre a vacillé vers moi, puis s'est rapidement détourné, comme si j'étais une ombre, une présence gênante. Il s'est dirigé vers Hélène, sa main cherchant son bras. « Tu dois avoir faim. Je vais te préparer quelque chose. » Il l'a conduite vers la cuisine, sa posture protectrice, son attention entièrement tournée vers elle.
Mes yeux se sont écarquillés en le regardant. Il allait cuisiner pour elle ? Pour elle ? Je me suis souvenue de la première fois qu'il avait cuisiné pour moi, une démonstration rare, presque choquante, de domesticité. C'était son bœuf bourguignon, mon plat préféré. J'avais été si touchée, si bêtement pleine d'espoir. Mais maintenant, en le regardant guider Hélène, j'ai remarqué la façon dont il préparait les ingrédients. De la même manière qu'il l'avait préparé pour moi. Les mêmes ingrédients exacts pour le bœuf bourguignon.
Hélène m'a regardée, un sourire doux et innocent sur les lèvres. « Ayla, ma chérie, que préférez-vous habituellement ? Alexandre connaît si bien les goûts de tout le monde, n'est-ce pas ? »
Alexandre m'a enfin regardée, ses yeux froids, distants. « Ayla, va faire une valise. Tu resteras au George V ce soir. » Sa voix était plate, un renvoi. Mon cœur a sombré.
« Mais Alexandre », ai-je commencé, essayant de garder ma voix égale, « mes cours commencent tôt demain. Ce serait beaucoup plus simple si je restais ici. » Je savais que c'était une bataille perdue d'avance, mais je devais essayer.
Il m'a coupée, sa voix plus sèche maintenant. « J'ai dit le George V, Ayla. Ne me fais pas me répéter. » Il n'y avait pas de place pour la discussion, pas d'espace pour la négociation. Juste un ordre froid et dur.