Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Romance > L'Évasion de la Fausse Maîtresse du Milliardaire
L'Évasion de la Fausse Maîtresse du Milliardaire

L'Évasion de la Fausse Maîtresse du Milliardaire

Auteur:: Roxie
Genre: Romance
J'étais la maîtresse secrète du milliardaire Alexandre Beaumont, un substitut vivant pour la femme qu'il aimait vraiment, Camille. Ma maladie cardiaque rare, celle-là même qui me rendait si fragile, était le seul miracle qui pouvait la sauver. Mais une nuit, sa jalousie est devenue meurtrière. Elle m'a projetée dans les eaux glaciales de la Seine, puis a mis en scène sa propre chute en hurlant à l'aide. Quand les secours ont crié qu'ils ne pouvaient sauver qu'une seule d'entre nous des eaux tumultueuses, Alexandre n'a pas hésité. « Elle ! » a-t-il hurlé, pointant un doigt tremblant vers Camille. « Sauvez Camille d'abord. » Il m'a regardée couler, choisissant de sauver la femme qu'il adorait tout en me laissant mourir. L'homme qui m'avait autrefois sauvée de la rue venait de me condamner à une tombe aquatique sans un second regard. Mais j'ai survécu. Et tandis que je récupérais, seule dans un hôpital, j'ai finalisé mon plan. Je donnerais le tissu unique de mon cœur pour sauver sa précieuse Camille. En échange, je simulerais ma propre mort et achèterais enfin ma liberté.

Chapitre 1

J'étais la maîtresse secrète du milliardaire Alexandre Beaumont, un substitut vivant pour la femme qu'il aimait vraiment, Camille. Ma maladie cardiaque rare, celle-là même qui me rendait si fragile, était le seul miracle qui pouvait la sauver.

Mais une nuit, sa jalousie est devenue meurtrière. Elle m'a projetée dans les eaux glaciales de la Seine, puis a mis en scène sa propre chute en hurlant à l'aide.

Quand les secours ont crié qu'ils ne pouvaient sauver qu'une seule d'entre nous des eaux tumultueuses, Alexandre n'a pas hésité.

« Elle ! » a-t-il hurlé, pointant un doigt tremblant vers Camille. « Sauvez Camille d'abord. »

Il m'a regardée couler, choisissant de sauver la femme qu'il adorait tout en me laissant mourir. L'homme qui m'avait autrefois sauvée de la rue venait de me condamner à une tombe aquatique sans un second regard.

Mais j'ai survécu. Et tandis que je récupérais, seule dans un hôpital, j'ai finalisé mon plan. Je donnerais le tissu unique de mon cœur pour sauver sa précieuse Camille. En échange, je simulerais ma propre mort et achèterais enfin ma liberté.

Chapitre 1

Point de vue d'Elara :

La décision de donner mon tissu cardiaque et de simuler ma propre mort a été la plus facile que j'aie jamais prise, car c'était la seule qui m'appartenait vraiment.

« Vous êtes sûre de vous, Mademoiselle Valois ? » m'a demandé le chirurgien, le Dr Renaud, ses yeux remplis d'un mélange de curiosité clinique et de pitié. Il a ajusté ses lunettes, regardant du formulaire de consentement à mon visage, comme s'il cherchait la moindre lueur de doute.

J'ai hoché la tête, le mouvement était léger mais ferme. « J'en suis sûre. » Ma voix n'était qu'un murmure rauque dans le silence stérile de son bureau.

« C'est une procédure hautement expérimentale. Nous allons prélever une partie importante de votre tissu cardiaque unique. Ses propriétés régénératrices sont stupéfiantes, mais le processus lui-même... comporte des risques extrêmes. »

« Je comprends », ai-je dit. C'était plus qu'un risque ; c'était mon plan d'évasion.

« Et tout ça », a-t-il dit en désignant vaguement le dossier sur son bureau, celui avec le nom de Camille Leroy estampillé en gras, « pour elle ? »

Je n'avais pas besoin de voir le dossier. Je connaissais son nom. Il était gravé sur chaque surface de ma vie, un fantôme hantant chaque pièce de l'appartement de luxe que j'étais censée appeler mon foyer. Camille Leroy. La femme qu'Alexandre Beaumont aimait vraiment.

« Elle est très importante pour lui », ai-je dit, les mots ayant un goût de cendre.

Dehors, par la fenêtre, une infirmière riait avec un patient en fauteuil roulant. Ils avaient l'air heureux. Une sensation que je ne pouvais nommer, quelque chose de vif et de froid, m'a traversée. Un instant, j'ai imaginé ce que ce serait d'être l'un d'eux. Normale. Aimée.

Un rire amer m'a échappé avant que je puisse le retenir. Un substitut. Voilà ce que j'étais. Le bouche-trou d'un fantôme, et maintenant, le sacrifice vivant pour son retour.

« L'anomalie de mon cœur », ai-je dit, la voix plate, « la chose qui est censée me rendre "fragile" et "cassée"... elle peut la sauver, n'est-ce pas ? Elle peut se régénérer. »

Le Dr Renaud s'est penché en avant, son masque professionnel se fissurant. « Mademoiselle Valois, votre condition n'est pas un défaut. C'est un miracle médical. Votre tissu cardiaque a des capacités régénératrices dont nous n'avons fait que rêver. Le qualifier de fragile est... une ironie incroyable. »

L'ironie ne m'avait pas échappé. Je suis née un mardi pluvieux dans un hôpital public du 19ème arrondissement. Les médecins n'avaient eu qu'à jeter un œil à l'étrange et rapide battement sur mon électrocardiogramme pour déclarer que mon cœur était une bombe à retardement.

Mes parents, jeunes et terrifiés, n'ont vu qu'un produit défectueux. Une vie de factures médicales et de condoléances chuchotées. Ils m'ont laissée à l'hôpital, un petit paquet avec un cœur défaillant et un avenir vierge. Ils ne m'ont même pas donné de nom. Les infirmières m'ont appelée Elara.

Grandir dans les foyers de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) à Paris, c'était apprendre à être invisible. J'étais la « fille malade », celle qui ne pouvait pas jouer trop fort, celle que les autres enfants bousculaient parce qu'ils savaient que je ne riposterais pas. « Ne la touche pas, tu vas attraper son cœur brisé », se moquaient-ils dans la cour de récréation.

La directrice de mon dernier foyer, Mme Girard, me méprisait. Elle voyait mon silence comme de la défiance, mes penchants artistiques comme une perte de place. « Arrête tes gribouillages, Elara », ricanait-elle en m'arrachant mon carnet de croquis. « Personne ne va adopter une poupée cassée. »

Alors j'ai appris à me débrouiller seule. Je faisais des petits boulots après l'école – la plonge, ranger des livres – économisant chaque centime. Mon art était ma seule évasion, un monde de couleurs et de formes où je n'étais pas fragile, où je n'étais pas une erreur.

La nuit où j'ai rencontré Alexandre Beaumont, je dessinais dans une petite ruelle sombre du Marais, sous la pluie, essayant de capturer la façon dont les néons se reflétaient sur le pavé mouillé. J'avais dix-neuf ans, un travail sans avenir dans un café, et je payais à peine le loyer d'un appartement de la taille d'un placard. Deux hommes, ivres et agressifs, m'ont coincée, leurs rires résonnant sur les murs de briques.

« Regardez ce qu'on a là », a baragouiné l'un d'eux en attrapant mon carnet de croquis. « Une artiste. »

La panique m'a saisie, froide et suffocante. Mon cœur martelait contre mes côtes, un rythme frénétique et irrégulier qui, je le savais, précédait l'évanouissement.

Et puis, il est apparu. Alexandre Beaumont. Il se déplaçait avec une grâce mortelle, une tempête dans un costume sur mesure. Il n'a pas haussé la voix, n'a pas donné un coup de poing. Il a juste parlé, son ton bas et chargé d'une autorité qui a transpercé leur ivresse. Les hommes ont balbutié des excuses et se sont enfuis.

Il s'est tourné vers moi. Ses yeux, de la couleur d'une mer d'orage, m'ont scannée de la tête aux pieds. « Ça va ? »

Je n'ai pu que hocher la tête, serrant mon carnet de croquis contre ma poitrine.

Il a tendu la main. « Venez. Vous n'êtes pas en sécurité ici. »

Cette nuit-là, il m'a ramenée dans son appartement de luxe avec vue sur la Tour Eiffel. C'était comme entrer dans une autre dimension, un monde de marbre poli, de baies vitrées immenses et de richesse silencieuse et écrasante. Il m'a donné une chambre, des vêtements, de la nourriture. Il m'a dit que je pouvais rester.

Je suis tombée amoureuse de lui si vite que c'était comme tomber d'une falaise. Il était mon sauveur, mon mécène. Il a été la première personne à me faire sentir en sécurité.

Alexandre Beaumont était un magnat de l'immobilier, un roi de Paris. Son nom était murmuré avec crainte et révérence dans les conseils d'administration de toute la ville. Il était impitoyable, puissant et émotionnellement distant. Il me couvrait de cadeaux – robes de créateurs, bijoux coûteux, matériel d'art qui coûtait plus que mon loyer mensuel – mais son contact était toujours prudent, ses yeux retenant toujours quelque chose.

Le premier indice est apparu quelques mois après le début de notre étrange arrangement. J'ai trouvé un tiroir verrouillé dans son bureau. La curiosité, ce poison, a eu raison de moi. À l'intérieur, il y avait une seule photo usée. Une belle jeune fille blonde avec un sourire radieux, debout à côté d'un Alexandre adolescent. Au dos, de son écriture familière et acérée, il était écrit : Camille. Pour toujours.

Camille Leroy. La fille d'une dynastie rivale, son amie d'enfance, celle qui lui avait échappé. Je la voyais dans les pages des magazines people, un tourbillon de scandales, de fêtes et de fiançailles rompues.

Il se servait de moi. J'étais une belle distraction, un corps chaud pour remplir l'espace qu'elle avait laissé. Chaque cadeau qu'il me faisait, je l'ai réalisé plus tard, était de sa couleur préférée. Chaque restaurant où il m'emmenait était un endroit où elle avait été photographiée. Je vivais dans l'ombre d'un fantôme, une doublure pour un passé qu'il ne pouvait pas laisser partir.

Puis, il y a six mois, le fantôme est revenu.

Camille est revenue à Paris, sa vie tourbillonnante l'ayant finalement rattrapée. Les tabloïds disaient qu'elle était ruinée, sa réputation en lambeaux. Elle est venue voir Alexandre, en pleurant, prétendant que sa maladie cardiaque congénitale, jusqu'alors gérable, s'était soudainement aggravée.

Et d'un coup, j'ai cessé d'exister.

Alexandre était consumé. Il a déversé son temps, son attention, ses vastes ressources sur elle. Il l'a installée dans une suite privée du meilleur hôpital, a engagé des spécialistes de renommée mondiale. Il s'asseyait à son chevet pendant des heures, lui tenant la main, lui murmurant des promesses.

Je l'ai vu. J'ai vu la façon dont il la regardait. C'était un regard qu'il ne m'avait jamais accordé. Un regard d'amour brut, désespéré.

Le coup de grâce est tombé la semaine dernière. Il avait reçu un appel de l'hôpital, son visage s'illuminant d'un espoir désespéré. « Ils ont trouvé un donneur », avait-il dit à Camille au téléphone, la voix chargée d'émotion. « Un donneur compatible à la perfection. Anonyme, mais je leur paierai n'importe quoi. Dix millions, vingt. Peu importe. Camille, mon amour, tu vas t'en sortir. »

Je me tenais dans l'embrasure de la porte, invisible. Il parlait de moi. De mon tissu. De mon cœur miracle. Et il y mettait un prix.

La voix de Camille, mielleuse au téléphone, avait répondu : « Oh, Alexandre. Tu es mon héros. Qui que soit ce donneur, il a de la chance de pouvoir te servir. »

De la chance.

J'ai senti le dernier morceau de mon cœur, la partie que j'avais si désespérément essayé de protéger, se fissurer et se réduire en poussière.

Je suis retournée dans la cuisine, mes mouvements raides et robotiques. Il m'avait demandé de préparer un bouillon de poule pour Camille, son préféré. Mon propre estomac était un nœud d'anxiété ; je n'avais pas mangé de la journée. Mais son inquiétude était unique.

« Elara », avait-il dit, sans même me regarder alors qu'il raccrochait. « La soupe est prête pour Camille ? Elle a besoin de reprendre des forces. »

J'ai hoché la tête, engourdie, mes mains bougeant d'elles-mêmes. J'ai soulevé la lourde casserole, ma prise maladroite. La céramique chaude a glissé, me brûlant la main. Je n'ai même pas tressailli. La douleur était un écho lointain comparé au gouffre qui s'était ouvert dans ma poitrine.

Il a pris le thermos de mon autre main sans un mot de remerciement, son esprit déjà à moitié dehors, de retour avec elle.

En le regardant partir, je l'ai su. Cet amour était une impasse. Ma vie, mon cœur, n'étaient qu'un outil pour son obsession.

Et c'est ainsi que j'ai élaboré mon plan. Je suis allée en ligne et j'ai acheté une petite urne élégante. Le genre qu'on utiliserait pour des cendres. J'ai imprimé ma photo préférée de moi-même – un rare sourire sincère capturé lors d'une journée ensoleillée au parc. Je la donnerais au chirurgien, avec ma dernière volonté.

J'ai caché l'urne au fond de mon placard, derrière une rangée de chaussures de créateurs que je ne portais jamais.

Ce soir, j'étais censée être à un gala avec Alexandre. Au lieu de ça, je me tenais dans la ruelle derrière l'hôpital, l'endroit où ma nouvelle vie commencerait en simulant ma propre mort. Un moteur a vrombi au bout de la rue, et ma tête s'est relevée d'un coup, mon cœur se serrant d'une peur familière et primaire.

Chapitre 2

Point de vue d'Elara :

La porte de mon petit studio s'est ouverte à la volée, claquant contre le mur avec une force qui a fait trembler les reproductions bon marché sur les murs.

Alexandre se tenait là, sa silhouette se découpant sur la lumière crue du couloir, son visage un masque de fureur glaciale. La pluie lustrait ses cheveux sombres et trempait les épaules de son manteau à plusieurs milliers d'euros. Il ressemblait à un dieu vengeur, et sa tempête était entièrement dirigée contre moi.

« Où étais-tu ? » a-t-il exigé, sa voix un grondement sourd.

Avant que je puisse répondre, il a traversé la pièce en deux longues enjambées et sa main s'est refermée sur mon bras, sa poigne comme de l'acier. « Ça fait des heures que je t'appelle. »

« Mon téléphone n'avait plus de batterie », ai-je murmuré, la vérité sonnant comme un mensonge même à mes propres oreilles.

« Ne me mens pas », a-t-il grondé en me traînant vers la porte. « Camille a eu une réaction. Une réaction sévère. Les médecins avaient besoin d'une transfusion directe pour la stabiliser avant l'intervention principale, et son groupe sanguin est rare. »

Mon groupe sanguin. Le même que le sien. Le même que le sien. Quelle cruelle petite coïncidence.

« Alexandre, je ne sais rien de tout ça », ai-je plaidé, trébuchant pour suivre son rythme implacable.

Il m'a ignorée, la mâchoire serrée. « Elle aurait pu mourir, Elara. Tout ça parce que tu as décidé de t'éclipser. » Il m'a poussée sur la banquette arrière de sa berline avec chauffeur qui attendait, le cuir froid contre ma peau. « Tu lui as fait quelque chose ? Tu as mis quelque chose dans sa nourriture ? »

L'accusation flottait dans l'air, si ridicule, si venimeuse, qu'elle m'a coupé le souffle. « Quoi ? Non ! Alexandre, je ne ferais jamais... »

« Garde ça pour toi », m'a-t-il coupée, ses yeux vides de toute chaleur. « Tu es jalouse d'elle depuis qu'elle est arrivée. Je vois comment tu la regardes. » Il a passé une main dans ses cheveux mouillés, un geste de pure frustration. « Je sais que c'est difficile pour toi, mais Camille est malade. Elle a besoin de moi. Je lui ai fait une promesse il y a longtemps, la promesse de toujours la protéger. »

Ses mots confirmaient tout. Je n'étais pas une partenaire. J'étais un inconvénient. Un problème à gérer pendant qu'il s'occupait de son véritable amour.

Il m'a traînée dans le hall immaculé et blanc de l'aile privée de l'hôpital qu'il lui avait réservée. Les infirmières détournaient les yeux, habituées aux caprices des hommes puissants qui payaient leurs salaires.

« Préparez-la », a ordonné Alexandre à l'infirmière en chef, sa voix ne laissant aucune place à la discussion. « Elle va donner son sang. »

« Monsieur, nous ne pouvons pas forcer une transfusion... » a commencé l'infirmière, l'air troublé.

« Vous le pouvez, et vous le ferez », a claqué Alexandre, ses yeux flamboyants. « Ou je rachèterai cet hôpital et je vous virerai tous jusqu'au dernier. Vous me comprenez ? »

L'infirmière a tressailli et a hoché la tête, son professionnalisme s'effondrant sous sa puissance brute.

Ils m'ont assise sur une chaise. Un technicien s'est approché avec une aiguille. Je n'ai pas résisté. À quoi bon ? Mon corps, mon cœur, n'avaient jamais vraiment été à moi de toute façon.

L'aiguille a glissé dans mon bras. J'ai regardé, détachée, mon propre sang, sombre et riche, commencer à couler dans un tube transparent. Il était en route pour sauver la femme pour laquelle mon amour mourrait.

Alexandre se tenait près de la fenêtre, le dos tourné, son téléphone collé à l'oreille. Il ne regardait pas ma vie s'écouler. Il recevait des nouvelles de la sienne.

Une vague de vertige m'a submergée. La pièce a basculé, les lumières vives se brouillant sur les bords. La douleur dans ma poitrine n'était plus une métaphore. C'était un poids physique, écrasant, une agonie si profonde que l'aiguille dans mon bras ressemblait à une piqûre d'épingle. Mon cœur, mon miraculeux cœur brisé, hurlait de protestation.

Juste au moment où ma vision commençait à s'assombrir, un autre médecin est entré précipitamment dans la pièce, un dossier à la main.

« Monsieur Beaumont », a-t-il dit d'une voix urgente. « Nous avons reçu les résultats toxicologiques de Mademoiselle Leroy. »

Alexandre s'est enfin détourné de la fenêtre, son attention captée. « Et ? »

« Ce n'était pas une réaction allergique. C'était un empoisonnement. Du laurier-rose, pour être précis. Nous en avons trouvé des traces sur les fleurs livrées dans sa chambre cet après-midi. » Le médecin a fait une pause, tournant une page. « Elles ont été envoyées par un fleuriste du centre-ville. La carte dit qu'elles venaient de vous. »

Alexandre s'est figé. J'ai vu l'horreur naissante dans ses yeux alors qu'il me regardait enfin, enfin. Il s'est souvenu. Les fleurs qu'il m'avait distraitement demandé de commander pour elle la veille. Je lui avais lu la carte au téléphone pour son approbation. Il savait que je ne l'avais pas écrite.

La honte, brûlante et vive, a traversé son visage. Il a fait un pas hésitant vers moi. « Elara... »

Sa voix, pour la première fois, contenait une note d'incertitude, de culpabilité.

Mais il était trop tard.

Un faible cri est venu du couloir. « Alexandre ? »

Camille.

Sa tête s'est tournée vers le son, son corps se tendant comme un fil. La culpabilité a disparu, remplacée instantanément par cette préoccupation dévorante. Il n'a pas hésité. Il ne m'a pas accordé un second regard.

Il s'est retourné et s'est dirigé vers sa voix, me laissant dans la pièce blanche et stérile avec un trou dans le bras et un autre, bien plus grand, dans l'âme.

Je l'ai regardé partir, la dernière lueur d'espoir en moi s'éteignant.

J'ai retiré l'aiguille de mon bras, pressant un morceau de gaze sur la blessure. Je me suis levée sur des jambes tremblantes et je suis sortie de la pièce, de l'hôpital, et je suis retournée à l'appartement de luxe qui avait été ma cage dorée.

La première chose que j'ai faite a été de faire un carton. Toutes les robes. Les bijoux. Les chaussures. Chaque chose belle et chère qu'il m'avait jamais offerte. Chacune était un rappel que je n'étais qu'une poupée qu'il habillait pour ressembler à une autre femme.

J'ai appelé un service de dons. L'homme qui est venu tout chercher a sifflé. « Madame, vous êtes sûre de vouloir donner tout ça ? Ça vaut une fortune. »

« Ce ne sont que des choses », ai-je dit, la voix creuse. « Elles n'ont jamais été à moi. »

Alors que le camion s'éloignait, emportant les derniers vestiges de la vie que j'avais menée, mon téléphone prépayé intraçable a vibré. C'était un numéro que je n'avais donné qu'à une seule personne.

Le Dr Renaud.

« Mademoiselle Valois », sa voix était sombre. « Il y a eu une complication. Nous devons avancer l'intervention. À ce soir. »

Chapitre 3

Point de vue d'Elara :

L'appel d'Alexandre est arrivé une heure plus tard. Le son de sa sonnerie, une chanson que j'avais autrefois aimée, m'a noué l'estomac.

« Elara », a-t-il dit, la voix tendue. Il essayait d'être désinvolte, mais la culpabilité était une aspérité sous la surface. « Je... je voulais m'excuser pour tout à l'heure. Les fleurs... c'était une erreur. J'ai dépassé les bornes. »

« Ce n'est rien », ai-je dit, ma voix aussi vide que les placards de ma chambre.

« Non, ce n'est pas rien. Je veux me faire pardonner. Il y a une vente aux enchères caritative ce soir au Ritz. Un grand événement. Habille-toi. Mon chauffeur sera là dans une heure. » Ce n'était pas une invitation ; c'était un ordre. Une convocation.

Avant que je puisse refuser, j'ai entendu sa voix en arrière-plan, faible et plaintive. « Alexandre, chéri, j'ai mal à la tête. Tu peux me lire quelque chose ? »

« Bien sûr, mon amour », a-t-il murmuré, son ton passant instantanément à une tendresse dévouée. « J'arrive tout de suite. » À moi, il a dit : « Je dois y aller », et il a raccroché.

J'étais un désordre à nettoyer, une obligation à remplir avant qu'il ne puisse retourner à son véritable but.

Le chauffeur, un homme qui m'avait conduite à d'innombrables événements où je me tenais silencieusement aux côtés d'Alexandre, m'a accueillie à la porte. Il n'a pas semblé surpris que je ne porte rien d'autre qu'une petite pochette.

La salle de bal du Ritz était une mer de robes scintillantes et de smokings noirs. Et au centre de tout cela, tel un roi tenant sa cour, se trouvait Alexandre. Camille était assise à côté de lui, l'air pâle mais radieuse dans une robe argentée qui scintillait sous les lustres. Il se penchait vers elle, ajustant la couverture sur ses épaules, son attention si absolue que le reste du monde s'estompait.

J'ai entendu les chuchotements des tables voisines.

« Regardez-les. Il est si dévoué. »

« On dit qu'il ne l'a pas quittée d'une semelle. »

« C'est ça, le véritable amour. »

Ces mots étaient comme de minuscules éclats de glace, transperçant l'engourdissement fragile dont je m'étais enveloppée.

Camille m'a repérée alors, ses yeux, habituellement vifs de méchanceté, s'écarquillant de fausse surprise. « Elara ! Tu es venue ! » a-t-elle crié, sa voix juste assez forte pour que les tables environnantes l'entendent. Elle m'a fait signe de m'approcher comme si j'étais une servante.

J'ai marché vers eux, mes pas semblant lourds et lents.

« Merci beaucoup pour... tout », a-t-elle dit, son sourire n'atteignant pas ses yeux. Elle a désigné le siège vide de l'autre côté, un signal clair de ma place dans ce tableau. « Viens, assieds-toi avec nous. Nous sommes sur le point d'enchérir sur la pièce maîtresse. Une île privée aux Maldives. »

J'étais sa bonne action. Un chien errant qu'elle autorisait magnanimement à s'asseoir à la table.

Alexandre et Camille formaient une unité, leurs têtes penchées ensemble sur le catalogue de la vente, son bras reposant possessivement sur le dossier de sa chaise. Il riait de quelque chose qu'elle chuchotait, un rire profond et sincère que je n'avais pas entendu depuis des mois.

Les enchères ont commencé. Alexandre a levé sa palette sans hésitation, sa voix ferme et claire. « Cinquante millions. »

La salle s'est tue. Il a acheté l'île pour elle, une démonstration désinvolte de richesse qui était en réalité une déclaration d'amour.

« Oh, Alexandre », a roucoulé Camille, « tu n'aurais pas dû. » Mais ses yeux dansaient de triomphe. Puis, comme après coup, elle s'est tournée vers lui. « Chéri, tu devrais aussi prendre quelque chose pour Elara. En guise de remerciement. »

Alexandre m'a jeté un coup d'œil, son attention déjà ailleurs. Il a fait signe à un serveur qui portait un plateau de bijoux d'une vente aux enchères silencieuse. Sans regarder de près, il a pris un simple collier de diamants. « Celui-ci », a-t-il dit en me le tendant. C'était joli, mais ça ressemblait à un pourboire. Un lot de consolation.

La douleur était une douleur sourde et constante maintenant, quelque chose avec laquelle j'apprenais à vivre, comme une maladie chronique.

Le dîner a été un exercice de torture. Alexandre a personnellement choisi chaque plat pour Camille, consultant le chef sur ses besoins diététiques, s'assurant que tout était à son goût.

Pour moi, il a juste commandé le saumon. Le même plat qu'il commandait pour moi à chaque événement, sans jamais me demander mon avis.

Il avait oublié. En deux ans que j'avais vécu avec lui, partagé son lit, il avait oublié que j'étais allergique au saumon.

La première bouchée a eu l'effet d'avaler du feu. Ma gorge a commencé à se serrer, ma peau se couvrant de plaques rouges et irritées. J'ai haleté, ma main se portant à mon cou.

« Elara ? » a demandé Alexandre, le front plissé d'agacement face à l'interruption.

« Le saumon », ai-je réussi à articuler. « Je suis allergique. »

La couleur a quitté son visage. Pendant une fraction de seconde, j'ai vu la panique, la même panique qu'il avait montrée quand il pensait que Camille était en danger. Il a commencé à se lever, à appeler à l'aide.

Mais Camille a été plus rapide. Elle a posé une main délicate sur son bras. « Alexandre, ne fais pas de scène », a-t-elle sifflé, la voix basse. « C'est juste une petite réaction. J'ai un antihistaminique dans mon sac. Je vais l'emmener aux toilettes. »

Elle lui a souri gracieusement, puis a passé son bras sous le mien, sa prise étonnamment forte. « Viens, ma chère », a-t-elle dit, sa voix dégoulinant de fausse sympathie alors qu'elle m'éloignait de la table.

Dès que la lourde porte insonorisée des toilettes s'est refermée derrière nous, son attitude a changé. Le masque d'inquiétude est tombé, révélant la jalousie brute et hideuse qui se cachait dessous.

Elle m'a projetée contre le comptoir en marbre, violemment. Ma tête a heurté le bord du lavabo avec un bruit sourd et écœurant. Des étoiles ont explosé derrière mes yeux, et le goût métallique du sang a rempli ma bouche.

« Tu penses vraiment pouvoir rivaliser avec moi ? » a-t-elle craché, son visage tordu de mépris. « Il m'aime. Il m'a toujours aimée. Tu n'es rien. Une pâle copie. Un bouche-trou. »

Elle s'est penchée, sa voix un murmure venimeux. « Il ne te garde que par pitié. Parce que tu es une petite orpheline pathétique qui n'a nulle part où aller. Mais ton temps est écoulé. Pars. Sors de sa vie, ou je te ferai regretter d'être née. »

Ma tête tournait, ma gorge se fermait. « Je le ferai », ai-je réussi à murmurer, les mots à peine audibles. « Je partirai. »

Elle a ri, un son cruel et aigu. « Oh, tu le feras. Mais d'abord, tu vas voir à quel point tu comptes peu pour lui. Tu vas le regarder me choisir, encore et encore, jusqu'à ce que ce soit gravé dans ton âme sans valeur. »

Une prémonition soudaine et terrifiante m'a envahie. Elle ne faisait pas que menacer. Elle faisait une promesse.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022