Pendant dix ans, j'ai été l'invisible Mme Dubois, la femme dont tout le monde se moquait parce que je m'accrochais à un homme qui me méprisait ouvertement. Ils me trouvaient pathétique, une arriviste sans le moindre amour-propre.
Mais ils ignoraient la vérité. Ma dévotion n'était pas pour Camille ; elle était pour son frère, Julien, l'homme que j'aimais vraiment, prétendument mort il y a dix ans. Mon pacte de dix ans pour protéger Camille à la place de Julien touchait à sa fin.
Puis, Cassandre Moreau, l'ex de Camille et la femme qu'il aimait toujours, a fait son grand retour. Elle a eu un accident, et Camille était prêt à risquer sa vie pour la sauver. Je suis intervenue, donnant mon sang, qui était d'un groupe rare, et je me suis effondrée, vidée de mes forces.
Camille n'est jamais venu à mon chevet. Au lieu de ça, il a ramené Cassandre à la maison, m'ordonnant de prendre soin d'elle. Elle m'a tourmentée, m'accusant de blessures qu'elle s'infligeait elle-même, et Camille, aveuglé par sa dévotion, m'a punie. Il m'a jetée dehors sous une pluie battante, m'a accusée d'avoir tenté de la tuer, et a même tenté de me noyer.
Pourquoi ai-je supporté cette humiliation ? Pourquoi suis-je restée, même quand il m'a dit qu'il ne m'aimerait jamais, même si je mourais pour lui ?
Parce que j'avais une promesse à tenir. Mais aujourd'hui, cette promesse est accomplie. Je vais retrouver Julien.
Chapitre 1
Internet était en ébullition.
Cassandre Moreau, l'actrice star qui avait disparu des projecteurs pendant trois ans, faisait son grand retour. Son visage s'étalait sur tous les blogs de divertissement et les réseaux sociaux.
À côté de sa photo, le nom d'une autre femme apparaissait inévitablement : Chloé Lambert.
Le contraste était saisissant. Cassandre était la star adulée, l'ex "inoubliable" du magnat de la tech, Camille Dubois. Chloé était la femme qui l'avait remplacée, celle qui s'était accrochée à Camille pendant dix longues années.
L'opinion publique n'était pas tendre avec Chloé. On la traitait d'arriviste désespérée, de remplaçante pathétique, une femme sans amour-propre qui supportait le mépris affiché de Camille juste pour conserver sa position. Pendant une décennie, elle avait été une blague, l'omniprésente mais invisible Mme Dubois.
Ils ignoraient la vérité. Ils ne savaient pas que chaque regard froid, chaque mot méprisant de Camille, était un prix qu'elle payait volontiers.
Sa dévotion n'était pas pour lui. Elle était pour son frère. L'homme qu'elle aimait vraiment, Julien Dubois.
Le pacte de dix ans était presque terminé. Demain, c'était le jour J.
La liberté.
Chloé était assise dans un cabinet d'avocat stérile, l'odeur de papier et de vieux café flottant dans l'air. Elle poussa un document sur le bureau en acajou poli.
« J'aimerais faire certifier ceci. L'accord de divorce. »
Son avocat, un homme qui gérait ses affaires depuis des années, leva les yeux, ses lunettes glissant sur son nez. Il était abasourdi.
« Mme Lambert... Chloé. Vous êtes sûre ? Après tout ce temps, c'est vous qui lancez la procédure ? »
Pendant dix ans, le monde l'avait vue courir après Camille Dubois. Tout le monde pensait qu'elle ne lâcherait jamais prise.
Chloé le regarda, le visage calme, ses yeux portant une profondeur de tristesse que personne n'avait jamais pris la peine de voir.
« Oui. J'en suis sûre. »
La procédure fut rapide. Elle signa, le notaire apposa son tampon sur le papier avec un bruit sourd, et une décennie de sa vie fut légalement scellée.
Elle quitta l'immeuble sans un regard en arrière.
Elle ne rentra pas en voiture. Au lieu de ça, elle prit la longue route sinueuse qui sortait de Nice, montant dans les collines où la vieille chapelle surplombait la mer.
Elle contourna la salle de prière principale, ses pas sûrs et familiers la guidant vers une cour isolée à l'arrière. Un vieux moine balayait les feuilles mortes, ses mouvements lents et rythmés.
Il leva les yeux à son approche, son regard bienveillant.
« Vous voilà. »
Ce n'était pas une question.
Chloé hocha la tête, son regard dérivant vers une unique lampe éternelle sur un autel de pierre à l'intérieur de la petite salle. Elle vacillait, sa lumière douce et chaude.
Elle s'agenouilla sur le coussin devant, sa posture droite et formelle. Sa voix était basse, presque un murmure, mais stable.
« Dix ans ont passé. Je viens te retrouver, Julien. »
Le moine soupira, un son doux comme le vent dans les arbres.
« Le lien du destin est accompli. Votre promesse a protégé son âme. Le sort guidera la suite. »
Personne ne savait. Personne ne comprenait qu'elle n'était pas l'ombre pathétique de Camille Dubois. Elle était le dernier amour de Julien Dubois, sa protectrice ultime.
L'homme qu'elle aimait n'était pas le PDG impitoyable. C'était son frère aîné, Julien, l'artiste brillant et reclus, prétendument mort dans l'incendie de son atelier il y a dix ans.
Cet incendie était un mensonge.
C'était une couverture pour échapper à Arnaud Perrin, un rival en affaires si dangereux que Julien avait dû disparaître pour protéger les personnes qu'il aimait le plus : son frère, Camille, et elle. Avant de s'évanouir dans la nature, il avait fait deux choses. D'abord, il avait donné un lobe de son poumon pour sauver Camille, qui se mourait d'une maladie génétique.
Ensuite, sur la table d'opération, sa main faible mais sa poigne ferme sur la sienne, il lui avait fait promettre.
« Chloé, » avait-il murmuré, la voix tendue. « Prends soin de Camille pour moi. Juste dix ans. Protège-le. »
Il savait que l'arrogance de Camille en ferait une cible pour Perrin. Il savait que le monde serait un endroit dangereux pour lui, seul.
Elle avait sangloté, le cœur brisé, mais elle avait accepté.
La demande de Julien ne visait pas seulement à protéger Camille. C'était aussi pour la protéger, elle. Il savait que s'il disparaissait simplement, elle passerait sa vie à le chercher, devenant elle-même une cible. Le pacte la liait à Camille, la gardant dans une cage dorée et publique où Perrin ne pourrait pas l'atteindre facilement.
Pendant dix ans, elle avait honoré cette promesse. Elle était restée aux côtés de Camille, endurant sa froideur et le ridicule du monde entier. Les dix ans étaient écoulés. Son devoir était accompli. Maintenant, elle pouvait enfin se reposer. Maintenant, elle pouvait aller le rejoindre.
Elle alluma personnellement un bâton d'encens frais, le plaçant devant la lampe.
« Julien, » murmura-t-elle, les yeux fixés sur la flamme. « Attends-moi. »
La lumière vacillante sembla danser, et pendant un instant, elle crut presque voir son visage, son doux sourire.
Son téléphone vibra, une intrusion brutale et malvenue. Elle l'ignora. Il vibra de nouveau, avec insistance.
Elle finit par le sortir. C'était un appel de l'un des amis de Camille, Marc. Sa voix était paniquée.
« Chloé ! Où es-tu ? Viens à l'hôpital ! C'est Cassandre, elle a eu un accident ! »
Le souffle de Chloé se coupa.
« Elle a perdu beaucoup de sang, et elle a un groupe sanguin rare. Le même que Camille ! Il est en route pour donner son sang ! Tu dois l'arrêter ! »
Cassandre Moreau. Celle que Camille n'avait jamais oubliée. Pendant dix ans, il avait gardé une flamme pour elle, et maintenant elle était de retour.
Il avait dit un jour à Chloé, la voix dégoulinante de dédain : « Je mourrais pour Cassandre. Et toi, que ferais-tu pour moi ? Rien. »
Il avait tort. Elle ne le laisserait pas mourir. Pour personne. Sa vie n'était pas seulement la sienne. C'était une partie de celle de Julien.
Chloé se leva, les jambes engourdies. Elle sortit de la chapelle en courant, son cœur battant à tout rompre contre ses côtes.
Elle fit irruption dans le couloir de l'hôpital juste au moment où une infirmière s'apprêtait à prélever le sang de Camille. Ses amis s'étaient massés autour de lui, le suppliant.
« Camille, tu ne peux pas ! Tes poumons... tu sais que ta santé est fragile ! » insista Marc.
« Pense à Chloé ! C'est ta femme ! Qu'est-ce qu'elle fera s'il t'arrive quelque chose ? » ajouta un autre ami, Léo.
Les pas de Camille faiblirent une fraction de seconde. Ses yeux, froids et sombres, brillèrent d'une lueur indéchiffrable.
Puis il ricana. « Ma femme ? Elle n'a fait que vivre à mes crochets pendant dix ans. Elle serait probablement ravie de toucher mon héritage. »
Son regard balaya le couloir et se posa sur elle. Il s'arrêta, son expression se durcissant en la voyant là, pâle et essoufflée. Puis, il se détourna et continua vers la salle de don.
Une douleur aiguë traversa la poitrine de Chloé. Elle ne pouvait pas parler. Elle ne pouvait pas respirer.
Elle se fraya un chemin à travers la foule, sa main se posant sur son bras. Son contact était léger, mais il s'arrêta.
« Lâche-moi, » dit-il, sa voix glaciale.
Chloé baissa les yeux, sa propre voix à peine un murmure.
« Je le ferai. J'ai le même groupe sanguin. Je donnerai mon sang. »
Marc et Léo furent immédiatement d'accord. « Oui ! Chloé peut le faire ! Camille, c'est la solution parfaite. »
Avant que Camille ne puisse protester, Chloé retira son bras et suivit l'infirmière dans la salle. Elle ne regarda pas en arrière.
L'aiguille était pointue. La sensation de sa vie qui s'écoulait était vertigineuse. Elle avait froid, si froid.
Quand l'infirmière eut terminé, le corps de Chloé était faible. Elle sortit de la salle en titubant, la main appuyée contre le mur pour se soutenir.
Camille était toujours là. Il vit son visage pâle, la teinte bleutée de ses lèvres. Pour la première fois en dix ans, elle vit autre chose que du mépris dans ses yeux. On aurait dit... de la panique.
Elle essaya de lui adresser un sourire rassurant.
« Ce n'est rien. Tu es en sécurité. »
Le monde se mit à tourner. Le sol se précipita vers elle.
La dernière chose qu'elle sentit, ce fut une paire de bras puissants qui la rattrapèrent, la serrant dans une étreinte forte.
C'était comme si c'était Julien.
Dans l'obscurité, elle sourit. J'arrive, Julien.
Chloé se réveilla à l'odeur d'antiseptique.
La chambre d'hôpital était privée, chère et vide. Elle était seule. Son corps était endolori, une douleur sourde et lancinante qui semblait irradier de ses os.
Une infirmière entra, son expression un mélange de pitié et de désapprobation.
« Vous êtes réveillée. Vous avez été inconsciente pendant une journée entière. Franchement, donner autant de sang alors que vous êtes déjà anémique... à quoi pensiez-vous ? »
Chloé se contenta d'offrir un faible sourire. Que pouvait-elle dire ?
L'infirmière soupira en regonflant son oreiller. « Vous avez de la chance. Vous pouvez sortir cet après-midi. Votre mari a tout payé. »
Alors que l'infirmière partait, Chloé l'entendit parler à une collègue dans le couloir.
« Tu te rends compte ? Elle s'effondre en donnant son sang pour son ex, et il n'est même pas venu la voir une seule fois. »
« Je sais ! Il est resté dans la chambre de Mlle Moreau tout le temps. Il est tellement dévoué à cette femme. J'aimerais avoir un homme qui m'aime autant. »
« Ouais, mais sa pauvre femme... elle reste là, toute seule. »
Les voix s'estompèrent. Chloé regarda par la fenêtre, observant un oiseau solitaire traverser le ciel gris.
L'après-midi passa. Camille n'apparut jamais.
Se sentant prise de vertiges, Chloé quitta l'hôpital par ses propres moyens. Elle dut passer devant la chambre de Cassandre pour atteindre l'ascenseur.
La porte était légèrement entrouverte.
Elle le vit. Camille était assis au chevet de Cassandre, lui tenant la main, son expression plus douce et plus tendre qu'elle ne l'avait jamais vue. Il épluchait une pomme pour elle, ses mouvements soignés et précis. Il ne jeta même pas un coup d'œil vers le couloir. Il ne savait pas qu'elle était là. Il n'avait pas demandé de ses nouvelles.
Cette vision était une douleur familière. Elle se retourna et s'éloigna.
La maison était froide et vide. Elle ressemblait moins à un foyer qu'à un musée d'une vie dont elle n'avait jamais vraiment fait partie.
Elle essaya de se faire une tasse de thé, mais ses mains tremblaient trop. La tasse en porcelaine glissa de ses doigts et se brisa sur le sol en marbre.
Le bruit brisa quelque chose en elle. Une seule larme chaude coula sur sa joue. Puis une autre.
Elle s'agenouilla pour ramasser les morceaux, et un bord tranchant lui coupa le doigt. Le sang rouge vif perla, un contraste saisissant avec sa peau pâle.
« Julien, » murmura-t-elle, le nom un sanglot douloureux. « Je suis si fatiguée. »
Elle se souvint comment Julien la grondait toujours pour sa maladresse, comment il lui prenait doucement les choses des mains pour les faire lui-même, son contact toujours si chaleureux.
Après avoir nettoyé le désordre, elle se releva en prenant une profonde inspiration. C'est presque fini, Chloé. Encore un petit effort.
« Pourquoi tu pleures, encore ? »
La voix froide la fit sursauter. Camille se tenait dans l'embrasure de la porte, les bras croisés, son visage un masque d'irritation.
« Tu me fais ton numéro ? Donner ton sang, t'évanouir, et maintenant ça ? Tu ne te fatigues jamais de ces jeux pathétiques ? »
Elle ouvrit la bouche pour protester, mais il la coupa.
« Je m'en fiche, Chloé. Je te l'ai dit mille fois. Je n'aurai jamais de sentiments pour toi. »
Elle se tut, le regard baissé vers le sol. C'était plus simple ainsi.
Son silence sembla l'agacer encore plus. Un muscle tressaillit dans sa mâchoire.
« Pourquoi n'as-tu pas appelé la femme de ménage pour nettoyer ça ? » lança-t-il, mais il fit alors quelque chose qui la stupéfia. Il s'avança d'un pas décidé, la prit dans ses bras et la porta à l'étage.
Son contact était rude, mais sa voix, quand il parla de nouveau, était plus douce.
« Tu es idiote. Tu devrais te reposer. »
Chloé était trop confuse pour se débattre. Il la déposa sur le lit de sa chambre, une pièce où il n'était jamais entré en dix ans.
Elle regarda son profil, si douloureusement similaire à celui de Julien. La même mâchoire forte, les mêmes cheveux sombres.
Sans réfléchir, elle tendit la main et attrapa son poignet.
« Reste, » murmura-t-elle, sa voix faible et fragile. « S'il te plaît. Juste pour cette nuit. »
Il se figea, interprétant mal sa supplique. Une lueur de quelque chose – était-ce de la tentation ? – traversa son visage avant d'être remplacée par son masque froid habituel.
Juste à ce moment, son téléphone sonna, la sonnerie stridente brisant l'instant.
Il répondit. C'était Cassandre. Sa voix, faible et fragile, s'échappa du haut-parleur.
« Camille... J'ai peur. Tu peux revenir ? »
Camille regarda Chloé, une brève, fugace hésitation dans les yeux.
Chloé le vit. Elle comprit. Elle lâcha son poignet.
« Vas-y, » dit-elle, sa voix plate. « Elle a besoin de toi. »
Il parut presque soulagé. Il tendit la main, ses doigts effleurant ses cheveux dans un geste étonnamment doux.
« Je reviendrai plus tard, » promit-il.
Puis il se retourna et quitta la pièce sans un second regard.
Il ne revint pas.
Camille revint le lendemain après-midi.
Il n'était pas seul.
Chloé descendit et trouva Cassandre Moreau recroquevillée sur le canapé, enveloppée dans une couverture en cachemire, l'air pâle et fragile.
« Chloé, » dit Cassandre, sa voix un murmure doux et innocent. « J'espère que ça ne te dérange pas. Le médecin a dit que j'avais besoin de quelqu'un pour s'occuper de moi, et Camille a insisté pour que je reste ici. »
Chloé savait que c'était un mensonge. Camille n'aurait jamais « insisté » pour quelque chose d'aussi ennuyeux. C'était l'œuvre de Cassandre.
« Ça ne me dérange pas, » dit Chloé doucement.
Camille descendit alors les escaliers, ajustant la couverture sur les épaules de Cassandre avec une tendresse qui tordit l'estomac de Chloé.
« Chloé, » dit-il sans la regarder. « Cassandre a besoin de se reposer. Tu peux t'occuper d'elle. »
Ce n'était pas une demande. C'était un ordre.
Cassandre sourit doucement. « Oh, je ne pourrais pas abuser. Je suis sûre que Chloé est encore faible après... tout ça. »
« Elle va bien, » dit Camille, d'un ton méprisant. « De toute façon, elle n'a rien de mieux à faire. »
Les mots furent un coup de poing décontracté en plein ventre. Il la voyait comme rien de plus qu'une servante, une commodité.
Chloé se mordit la lèvre, sentant le goût du sang. Elle hocha la tête en silence.
« J'ai un peu faim, » dit Cassandre, levant vers Chloé des yeux grands et innocents. « Pourrais-tu me faire du porridge ? Celui que tu fais pour Camille. Il dit que c'est son préféré. »
Les mains de Chloé se serrèrent en poings. Elle n'avait jamais cuisiné pour personne d'autre que Julien et, par extension, Camille. Elle était une artiste, une peintre. Elle avait été choyée et soignée toute sa vie.
Elle voulait dire non. Elle voulait hurler.
Mais elle sentit alors les yeux de Camille sur elle, froids et menaçants.
Elle desserra les poings et se dirigea vers la cuisine sans un mot.
Il lui fallut une demi-heure pour préparer le porridge. Quand elle l'apporta, Camille était parti, ayant pris un appel professionnel dans son bureau.
Cassandre était seule dans le salon. Le masque doux et fragile avait disparu. Ses yeux étaient vifs et moqueurs.
« Tu es vraiment un chien pathétique, tu sais ça ? » ricana-t-elle. « Dix ans, et il te traite toujours comme de la merde. »
Chloé posa le bol sur la table basse.
Cassandre plissa le nez de dégoût. « C'est trop chaud. Je ne peux pas le manger. Refais-le. »
Chloé hésita. Elle prit le bol, avec l'intention de retourner à la cuisine.
Soudain, Cassandre lui arracha le bol des mains et renversa délibérément le porridge brûlant sur son propre bras.
Elle poussa un cri perçant.
« Aah ! Ça brûle ! »
Camille sortit de son bureau en trombe, le visage sombre de fureur. Il vit Cassandre serrant son bras rouge et ébouillanté et Chloé debout au-dessus d'elle avec le bol vide.
Il ne demanda pas ce qui s'était passé. Il se jeta en avant et attrapa le poignet de Chloé, sa poigne un étau.
« Qu'est-ce que tu as foutu, bordel ? » rugit-il.
Cassandre pleurait déjà, sa voix étranglée par de fausses larmes. « Ce n'est pas sa faute, Camille ! J'ai juste dit que c'était un peu chaud... Je ne voulais pas la mettre en colère. »
« Je n'ai pas... » commença Chloé, mais Camille la secouait déjà, les yeux flamboyants.
« Tais-toi ! Je t'avais prévenue. Je t'avais prévenue de ne pas la toucher. »
Il rejeta sa main avec une telle force qu'elle trébucha en arrière, heurtant le mur. Le choc lui fit claquer les dents.
Il souleva délicatement Cassandre dans ses bras, sa voix s'adoucissant. « Ce n'est rien. Je vais chercher un médecin. »
Alors qu'il l'emportait, Cassandre regarda Chloé par-dessus son épaule. Ses lèvres se courbèrent en un sourire triomphant et vicieux.
Chloé glissa le long du mur, son corps tremblant. Toute combativité l'avait quittée, ne laissant qu'un épuisement immense et creux.
Elle enlaça ses genoux, se faisant toute petite.
« Julien, » murmura-t-elle dans le silence. « S'il te plaît... viens me chercher. »