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En 2038, j'étais Adèle Dupont, une illustratrice parisienne en quête d'authenticité, si lassée d'être jugée sur mon apparence que j'avais sculpté mon avatar de jeu, Rose des Vents, à l'image même de la laideur.
Pendant trois ans, j'ai tout donné à Marc, le Chevalier Sans Égal, joueur numéro un et l'homme que j'aimais, construisant sa légende et notre amour improbable dans "Rêve de Fleuve et Lac".
Mais le monde s'est écroulé quand j'ai surpris une conversation glaçante : son ex, Fleur d'Oranger, était de retour, et Marc me réduisait à une "solution temporaire", un "bouche-trou" qu'il jetterait dès son retour.
Le lendemain, l'humiliation fut totale : Marc, mon petit ami virtuel, était en réalité M. Dubois, mon employeur dans la vie réelle, et il préparait une extension de jeu dédiée... à Fleur d'Oranger. Il m'a ensuite publiquement répudiée en jeu, me démettant de mes fonctions et annonçant nos "fiançailles" avec Sophie devant des millions de joueurs, me livrant aux moqueries de tous.
Puis, une prime a été mise sur ma tête par Marc lui-même, me forçant au banissement, mais ce fut la blessure de trop. Ce jour-là, l' ancienne Adèle est morte, et d'elle est née une nouvelle détermination.
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En 2038, le jeu en immersion totale « Rêve de Fleuve et Lac » avait conquis le monde. Ce n'était plus un simple jeu, mais une seconde vie pour des millions de personnes. Sur le forum officiel du serveur européen, un sujet était épinglé en permanence, attirant chaque jour des milliers de commentaires.
« La plus grande énigme de Rêve de Fleuve et Lac : pourquoi le grand Chevalier Sans Égal reste-t-il avec la femme la plus laide du serveur, Rose des Vents ? »
Le premier message affichait deux captures d'écran. L'une montrait un homme à l'allure héroïque, vêtu d'une armure d'argent, l'épée à la main, son charisme transperçait l'image. C'était Chevalier Sans Égal, le joueur numéro un, l'idole de tous. L'autre capture montrait une femme à ses côtés. Son avatar était déformé, avec des traits grossiers, un visage asymétrique et une silhouette disgracieuse. C'était moi, Rose des Vents.
Les commentaires en dessous étaient un mélange de moqueries et d'incompréhension.
« Sérieusement, à chaque fois que je les vois ensemble, j'ai l'impression que mes yeux saignent. »
« Chevalier Sans Égal a sûrement des goûts étranges. Peut-être qu'il aime les défis ? »
« On dit que Rose des Vents est une excellente stratège et artisane, c'est peut-être pour ça. Mais quand même, il pourrait trouver quelqu'un qui est à la fois compétente et belle. »
Je lisais ces commentaires depuis mon appartement parisien, l'écran holographique flottant devant moi. Je soupirais doucement. Je m'étais habituée à ce genre de remarques. En fait, c'était moi qui avais délibérément créé cet avatar. Je m'appelais Adèle Dupont, et dans la vie réelle, on me qualifiait souvent de « belle ». Une beauté qui m'avait valu plus de problèmes que d'avantages. Des regards insistants dans la rue, des propositions déplacées au travail, des jalousies qui empoisonnaient mes amitiés. Ma beauté était devenue une cage.
Alors, dans « Rêve de Fleuve et Lac », j'ai choisi la liberté. J'ai créé un personnage que personne ne jugerait sur son apparence. Je voulais qu'on m'apprécie pour mes compétences, mon intelligence, ma personnalité. C'est comme ça que j'ai rencontré Marc Dubois, ou plutôt Chevalier Sans Égal. Il était le seul qui n'avait jamais fait de commentaire sur mon apparence. Il voyait la joueuse, la partenaire, la stratège. Nous avons combattu ensemble, exploré ensemble, et nous sommes tombés amoureux. Pendant trois ans, nous étions le couple le plus improbable et le plus solide du jeu.
Mais depuis quelques semaines, quelque chose avait changé. Marc était distant. Il annulait nos rendez-vous à la dernière minute, ses messages se faisaient plus courts, plus froids. Ce soir, il devait m'aider à vaincre un boss difficile pour obtenir un matériau rare dont j'avais besoin pour son nouvel équipement. Je l'attendais depuis plus d'une heure au point de rendez-vous.
« Désolé, j'ai eu un imprévu. J'arrive bientôt », m'avait-il écrit.
Je lui avais répondu par un simple « Je t'attends », en essayant de cacher ma déception. Je me suis assise sur un rocher virtuel, regardant le paysage numérique. Pour lui, pour nous, j'avais mis de côté mes propres projets, consacrant tout mon temps de jeu à l'aider à gérer sa guilde, « L'Égide Céleste ». Je fabriquais les meilleures potions, je dessinais les plans des armures les plus résistantes, je passais des nuits à analyser les stratégies de nos ennemis. Tout ça pour qu'il reste le numéro un.
Soudain, une notification a clignoté dans mon interface. Marc venait d'activer son canal vocal de guilde. Il avait probablement oublié de couper son micro privé. Sa voix, habituellement si calme et rassurante, résonna dans mes oreilles, mais il ne s'adressait pas à moi.
« Sophie, tu es enfin de retour... Ça fait si longtemps. »
Mon cœur a manqué un battement. Sophie ? Je connaissais ce nom. Fleur d'Oranger. C'était son ancienne partenaire, une joueuse très populaire qui avait brusquement quitté le jeu il y a trois ans, juste avant que Marc et moi nous rencontrions.
Une voix de femme, douce et mélodieuse, a répondu. « Marc, tu m'as manqué. J'ai vu que tu étais toujours le meilleur. Mais... cette Rose des Vents à tes côtés, elle ne te correspond pas. »
Le silence qui a suivi a été plus douloureux que n'importe quelle insulte. Puis, j'ai entendu la voix de Marc, pleine d'une tendresse que je ne lui avais pas entendue depuis des semaines.
« Elle n'est rien comparée à toi. Juste une solution temporaire en ton absence. Maintenant que tu es là, tout va redevenir comme avant. »
Le monde virtuel autour de moi s'est effondré. Chaque mot était un coup de poignard. Une solution temporaire. Trois ans de ma vie, de mon amour, de mon dévouement, réduits à un simple bouche-trou. J'ai coupé la communication, mes mains tremblaient tellement que j'ai failli laisser tomber mes contrôleurs. L'écran devant moi est devenu flou à cause des larmes qui montaient. La trahison était là, nette, indéniable et absolument brutale.
Je suis restée figée, le son des paroles de Marc résonnant en boucle dans ma tête. « Elle n'est rien comparée à toi. » Je me suis déconnectée du jeu en urgence, arrachant le casque de réalité virtuelle. Le silence de mon appartement m'a frappée de plein fouet. Dehors, la pluie commençait à tomber sur les toits de Paris.
Je me suis connectée au forum de la guilde, le cœur battant à tout rompre. Et là, je l'ai vue. Une nouvelle publication de Marc. Une photo de son avatar à côté d'une magnifique joueuse aux cheveux blonds et à l'armure dorée. Fleur d'Oranger. Le titre était simple : « Elle est de retour ». Les commentaires explosaient déjà, des centaines de membres de la guilde exprimant leur joie de revoir leur ancienne « déesse ». Personne ne semblait se soucier de moi.
Je me suis souvenue de ce que Marc m'avait dit un an auparavant, lors de notre anniversaire de rencontre. Nous étions au sommet du Mont Céleste, sous une pluie d'étoiles filantes virtuelles. Il m'avait prise dans ses bras et m'avait dit : « Rose, ton apparence n'a aucune importance. C'est ton âme que j'aime. Avec toi, je me sens complet. Je ne te quitterai jamais. » Ces mots, qui avaient été mon trésor le plus précieux, me paraissaient maintenant être la plus cruelle des moqueries.
Le lendemain, je devais me rendre à une réunion importante. En tant qu'illustratrice freelance, j'avais décroché un contrat en or : créer les illustrations conceptuelles pour une nouvelle extension de « Rêve de Fleuve et Lac ». Le client était une grande entreprise de technologie, et le projet était dirigé par son jeune et brillant PDG.
Quand je suis arrivée dans la salle de réunion, mon cœur s'est glacé. Assis à la tête de la table, me tournant le dos, se trouvait un homme en costume impeccable que je reconnus immédiatement à sa voix. C'était Marc Dubois. Le PDG de l'entreprise pour laquelle je travaillais, c'était lui. Le monde réel et le monde virtuel venaient de se percuter de la manière la plus violente qui soit.
Il s'est retourné, son regard professionnel a balayé la pièce. Il a croisé mes yeux pendant une seconde, sans la moindre étincelle de reconnaissance. Pour lui, j'étais juste Adèle Dupont, l'illustratrice. Il ne pouvait pas faire le lien avec la « laide » Rose des Vents. L'ironie était si amère qu'elle me donnait la nausée. J'étais là, face à l'homme que j'aimais, et il ne me voyait pas.
La réunion a commencé. Marc a présenté le projet. « Cette extension est très personnelle pour moi. Elle est dédiée à une personne qui a beaucoup compté dans ma vie, et qui est récemment revenue. Je veux que ce soit parfait. » Sur l'écran de présentation, une esquisse est apparue. C'était un portrait de Fleur d'Oranger. Mon projet, le travail pour lequel je m'investissais corps et âme, était un cadeau pour elle.
Je me suis sentie vide. Chaque parole qu'il prononçait était une nouvelle torture. J'ai compris que son retour vers elle n'était pas une impulsion. C'était prémédité. Il avait préparé son retour, lui avait construit un royaume.
Ce soir-là, je me suis reconnectée au jeu. J'avais besoin de réponses, même si je savais qu'elles me feraient mal. Dès mon apparition, le canal de la guilde s'est enflammé.
« Regardez qui est là, l'usurpatrice. »
« Comment oses-tu encore te montrer ? »
« Fleur d'Oranger est de retour, tu n'as plus ta place ici. »
Des messages de haine défilaient, orchestrés par Sophie, alias Fleur d'Oranger. Elle avait déjà commencé son travail de sape, me faisant passer pour une intrigante qui avait profité de son absence pour séduire Marc. Et le pire, c'est que tout le monde la croyait. J'étais seule, face à la meute.