Chapitre I
J'aurais dû m'y attendre. C'était trop prévisible et je n'ai rien vu venir. Je vais me ridiculiser encore une fois, je le sens ...
-Tu m'en veux ?
-Ăa dĂ©pend du lien qui nous uni. Si c'est celui des deux amies que nous sommes, la rĂ©ponse est oui, je t'en veux et pas qu'un peu mais si c'est celui de la yaya et la petite sĆur, ton droit d'aĂźnesse ne me permet pas de rĂ©pondre oui, alors avec un beau faux sourire, plus artificiel que lui tu meurs, je te rĂ©pondrais « non ya Tal absolument pas »
-Ok, on va prendre comme lien de rĂ©fĂ©rence celui de la yaya et la petite sĆur. Dit-elle en me poussant vers l'avant
Je prends sur moi pour plaquer un sourire de circonstance et prie intérieurement pour qu'il paraisse naturel.
-Ah, tu en as mis du temps, tu voulais nous affamer c'est ça ? Lance ya Louis, le mari de ya Tal
-Non, j'ai Ă©tĂ© retenue par mon boss un peu plus longtemps, mais j'ai appelĂ© ya Tal pour la prĂ©venir de mon retard. Me justifiĂ©-je gĂȘnĂ©e. Ya Tal, tu n'as rien dit ?
-Mais si rassure-toi, je te taquine ! Allez, prends place. Je n'ai pas besoin de te présenter Shomari, mon collÚgue ?
A cet instant prĂ©cis, je remercie le seigneur d'ĂȘtre assez noire pour ne pas que l'on voie mes joues et mĂȘme mon visage virer au rouge cramoisie. J'ai eu comme l'impression qu'il avait volontairement insistĂ© sur le prĂ©nom Shomari, et que toute la tablĂ©e, constituĂ©e de nous quatre, s'en Ă©tait rendue compte.
Si avant ce dßner j'en étais pas certaine, je suis maintenant persuadée que ya Taliane a mis son mari dans la confidence.
Je suis pour le « non secret » dans les couples mais, que lorsqu'il s'agit des secrets des autres. Pour ceux me concernant, mon point de vue est tout autre.
-Mais non, on se connait. A répondu Shomari en se levant. On s'est vus de nombreuses fois. Comment vas-tu ?
-Bien. Ai-je réussi à articuler
Je le vois se pencher vers moi et bloque ma respiration le temps qu'il dĂ©pose deux bises sur chacune de mes joues, mais ce n'est pas assez. J'aurais dĂ» retenir ma respiration plus longtemps. Les effluves de son parfum sont dĂ©jĂ en train d'effacer ma derniĂšre pensĂ©e cohĂ©rente pour la remplacer par une image de lui qui Ă coup sur hantera mes rĂȘves des deux prochaines semaines. Oui avec moi c'est toujours dans l'exagĂ©ration. Je suis un peu une sadomaso, j'aime la douleur.... mentale.
Depuis toute petite, je passe mon temps à me ressasser tout ce que je suis incapable d'avoir ou à revivre inlassablement des échecs qui m'ont anéantis, va savoir pourquoi.
-Mais assieds-toi Mayé ! Me dit Louis
Je marche vers la seule chaise oĂč je peux m'asseoir comme un bĆuf qui va Ă l'abattoir, et m'assieds avec toute la prudence du monde, de peur de faire une gaffe comme j'en ai l'habitude. Je suis tellement gauche que mĂȘme m'asseoir peut relever du parcours du combattant.
Bon, on dirait que tout va bien, j'ai réussi à poser mes fesses sans souci.
-Je te sers un peu de vin ? Me demande Shomari
-Oui. Ai-je répondu spontanément
Mais pourquoi j'ai dit oui, je ne bois pas.
L'alcool et moi faisons dix milles. Ma cousine Kala a dans ses archives une vidéo compromettante de moi et mes premiers pas dans les beuveries, qui me rappelle que je dois toujours m'éloigner de tout ce qui ressemblent de prÚs ou de loin à de l'alcool.
-Blanc, rouge ?
-Quoi ça ?
-Le vin
-Oh euh... rouge
J'ai dit la premiĂšre chose qui me passait par la tĂȘte et j'ai fait la mĂȘme chose durant tout le repas.
Lorsque je suis dĂ©stabilisĂ©e, je n'arrive pas Ă ĂȘtre cohĂ©rente ni mĂȘme Ă rĂ©flĂ©chir alors je rĂ©ponds en balançant la premiĂšre chose qui me passe par la tĂȘte. GĂ©nĂ©ralement c'est une rĂ©ponse monosyllabique, qui a pour consĂ©quence de plomber lourdement l'ambiance. Kala les appelles les rĂ©ponses "tue le dialogue".
C'est souvent aprÚs trois réponses « tue le dialogue » que les hÎtes se rappellent pourquoi ils mettaient autant de temps à m'inviter de nouveau chez eux.
Je ne suis pas tout le temps comme ça. Je peux ĂȘtre une bonne vivante, qui ne s'arrĂȘte pas de parler, mais ça ce n'est que lorsque je suis Ă l'aise. Que je connais toutes les personnes se trouvant parmi les invitĂ©s et pour qui je n'ai aucun faible. Malheureusement, c'est assez rare. Il y a toujours un ou deux inconnus, et l'Ă©quation devient tout de suite complexe pour moi. MĂȘme en famille, j'agis de cette façon, ce qui dĂ©plaĂźt fortement Ă ma mĂšre.
« Mayéla, il faut t'ouvrir un peu, toujours dans les choses des timides là . Tu dois tenir ça du cÎté de ton pÚre, parce que chez moi, y'a pas ça » me répÚte-elle constamment.
-Mayé, tu peux m'aider à débarrasser ? Me demande ya Taliane
Non, je te rappelle que je suis une vraie gourde, et que je serais capable de casser ta jolie vaisselle en moins de cinq minutes avec mes deux mains gauches. Puis y'a Shomari qui est lĂ , je n'ai pas envie qu'il dĂ©couvre cette autre facette dĂ©sagrĂ©able de ma personne. MĂȘme si je n'ai aucune chance avec lui, je n'ai pas envie qu'il sorte d'ici en se disant « elle est vraiment bancale celle-là ». Mon cas est laid comme dirait les camerounais, mais il n'a pas besoin de connaĂźtre le niveau de laideur pensĂ©-je, mais bien Ă©videmment ma bouche finit par dire tout le contraire, soit un trĂšs enthousiasmĂ© :
-Oui !
Un autre de mes dĂ©fauts en plus de celui de toujours dire la premiĂšre rĂ©ponse qui passe dans ma tĂȘte; Je ne sais pas dire non. Je dis toujours oui malgrĂ© moi. Tous ceux qui me connaissent le savent, comme mon patron. Il est l'un des premiers Ă user et abuser de cette tare. Pas plus tard que tout Ă l'heure avant d'arriver, il m'a refilĂ©e un mail d'un client Ă traiter urgemment et bien Ă©videmment, il n'y avait personne d'autre aussi manipulable que moi pour accepter de le traiter. Et c'est la raison pour laquelle je suis arrivĂ©e aussi en retard tout Ă l'heure.
-Mais qu'est-ce que tu m'fais là ? Me demande ya Taliane lorsque je la rejoins dans la cuisine avec les verres que j'ai précédemment pris avec moi.
-Tu veux vraiment que je réponde à cette question ? Je lui réponds, un air affligé
-Non mais ce n'est pas la premiĂšre fois que tu le vois, puis Louis pose pleins de questions pour te mettre en confiance !
-Ăa ne change rien. SouflĂ©-je. D'ailleurs, tu as parlĂ© Ă ton mari de ce que je t'ai dit, n'est ce pas ?
-Oui mais c'était pour que je puisse organiser au mieux ce repas et te permettre d'avoir toutes tes chances. Se justifie-t-elle. Il n'y a aucune rivale pour te barrer le chemin alors fonce !
-ArrĂȘte ya Tal, on sait toutes les deux que je ne suis pas son genre de femme.
-Mais tu n'as mĂȘme pas tentĂ© !
-Pas besoin. Je te remercie pour ce que tu as fait mais Ă l'avenir, ne recommence pas s'il te plaĂźt. Je ne sais mĂȘme pas par quel miracle ta vaisselle est toujours intacte alors rĂ©jouis-toi et ne tente pas le destin pour t'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un coup de bol.
-hummm
Je souris devant sa mine boudeuse puis récupÚre les assiettes à dessert avant de la suivre de nouveau.
AprÚs avoir posé la vaisselle sur la table, je ne me rassois pas mais les informe de mon départ.
-Ya Tal, ya Louis, je vous remercie pour cette invitation,le dßner était vraiment bon, mais je vais devoir vous laisser.
-Oh mais pourquoi ? Il n'est mĂȘme pas terminĂ© !
-Je sais ya Louis, mais je ne veux pas avoir Ă prendre un taxi trop tard.
-Mais ce n'est pas un souci, j'irai te déposer.
-Non, surtout pas, tu es chez toi et je n'ai pas envie de te faire déplacer. Profite de la fin de ta soirée calmement.
-Qu'est-ce que tu racontes, tu es notre invitée, je te raccompagnerai.
-Non, ça me gĂȘnerait, vraiment!
-Dans ce cas, je vais te déposer. Intervient Shomari.
-....Oh euh, non, je ne veux pas non plus te déranger, Shomari.
-Je te dis de m'appeler Ari comme tout le monde, puis je suis en voiture et je vais bien devoir rentrer.
J'ai bien envie de lui dire que je ne suis sĂ»rement pas sur son chemin, mais j'ai peur que ça passe pour une excuse bidon. MĂȘme si c'est une excuse bidon.
L'idée de me retrouver dans sa voiture, enfermée dans cet habitacle emprunt de son odeur . . . Brrrrrr ! Je pourrais devenir folle, la torture mentale je la supporte un temps, mais là , je ne suis pas certaine de pouvoir tenir.
-D'accord
Et voilĂ , j'ai encore dit oui...
-Parfait, tout est donc réglé. Lance fiÚrement ya Louis
Parfait ? Ăa dĂ©pend pour qui ?
*****
-Et voilà , tu es arrivée.
-Merci
-Je t'en prie
Elle sort de ma voiture plus vite qu'elle y est montĂ©e, puis me fait un lĂ©ger signe de la main, sans mĂȘme se retourner suivi d'un "bonne nuit" Ă peine audible avant de se diriger vers son portail.
Je souris en la voyant presser le pas.
Je m'assure qu'elle est bien rentrée puis démarre ma voiture direction la maison.
Cette fille c'est la dĂ©finition personnifiĂ©e du mot timiditĂ©. Tout en elle est une rĂ©fĂ©rence Ă l'effacement. De sa façon de se vĂȘtir Ă sa maniĂšre de marcher la tĂȘte baissĂ©e, les Ă©paules voĂ»tĂ©es, en passant par son regard fuyant et ses rĂ©ponses monosyllabiques Ă peine audibles. C'est un beau gĂąchis pour un mec comme moi, surtout lorsqu'il y a un aussi bon potentiel mais c'est une grĂące pour elle : elle n'attirera pas les mecs "idiots" de ma catĂ©gorie.
Oui je me classe dans la catégorie des " idiots ", pour éviter de perdre du temps à tout le monde. Le temps c'est de l'argent et de la baise, les deux choses que j'aime le plus sur cette terre aprÚs ma famille. Les engagements, les choses trop réfléchies, c'est pas pour moi.
J'ai trente ans soit dix bonnes annĂ©es devant moi avant de penser Ă me poser. Contrairement Ă ce que beaucoup pense, c'est pas l'Ăąge pour se prendre la tĂȘte avec les histoires de femmes, enfants, maisons et popote. Je l'ai dit et je le redis, toutes ces conneries, ce sera pour dans dix ans. Pour le moment, je profite tranquillement, des choses et des gens simples, sans prise de tĂȘte. Tout ce qu'elle a l'air de ne pas ĂȘtre. Ătant donnĂ© que je ne me vois pas me maquer de si tĂŽt, il vaut mieux que je ne tente rien.
Je pourrais jouer la carte de l'intéréssé qui la laisserait aprÚs avoir obtenu ce qu'il veut d'elle mais Louis me tomberait dessus.
Je vais me contenter de la prendre dans mes rĂȘves...
Lorsque j'arrive chez moi, je file directement Ă la douche puis sous les draps aprĂšs avoir Ă©teint mon tĂ©lĂ©phone. On est vendredi soir et Ă coup sĂ»r, il risque de sonner pour m'annoncer qu'il y a une fĂȘte oĂč je n'ai pas envie d'aller.
Je ne suis pas casanier, j'aime beaucoup chiller mais quand je passe une bonne soirĂ©e maison, oĂč j'ai le plaisir de dĂ©guster un bon repas, je n'ai pas spĂ©cialement envie d'enchaĂźner avec une soirĂ©e.
Je la vois se pencher vers ma verge déjà trop tendu, m'offrant une magnifique vue sur sa croupe, et y passer des petits coups de langue sur toute sa longueur. Elle me lance un regard espiÚgle par-dessus sa paire de lunettes avant de la prendre en bouche et se mettre à me pomper.
C'est qu'elle fait ça bien pour une timide, me dis-je en la regardant faire, trĂšs bien... un peu trop mĂȘme. Je pensais qu'elle serait ouverte mais pas aussi entreprenante, et vicieuse, ce qui n'est pas pour me dĂ©plaire mais... ouuuuh... Damn !
C'est vraiment bizarre mais dans sa façon de faire, elle me rappelle Pénéloppe. Oui, c'est tout...
-Peny...
-oui bébé, détends-toi
Quoi, quoi !
J'ouvre les yeux et sursaute en voyant Pénéloppe en train de s'activer sur mon pénis.
-Mais qu'est-ce que tu fous ici !
-je viens prendre soin de toi et visiblement tu en avais besoin
-Peny arrĂȘte ça. Je t'ai dĂ©jĂ dit que c'Ă©tait fini entre nous !
-c'est « soi-disant » fini entre nous mais ça ne nous empĂȘche pas de nous faire plaisir mutuellement si ?
Elle se relĂšve lĂ©gĂšrement pour me dire ça, m'offrant une vue imparable sur sa nuditĂ©. Dans l'Ă©tat oĂč je suis, ce serait stupide de ma part de la foutre dehors. On discutera de tout ça demain matin mais pour l'heure, je tends ma main vers le tiroir de ma table de chevet pour y extraire une capote que j'enfile rapidement avant de la pĂ©nĂ©trer tout ça sous son regard satisfait.
Le lendemain, c'est un rayon de soleil braqué sur mon visage qui me tire du lit et c'est légÚrement irrité que je passe sous la douche.
Je trouve PĂ©nĂ©loppe, vĂȘtue d'un de mes t-shirts trop grand pour elle, devant ma plaque de cuisson en train de faire des crĂȘpes.
-Bonjour toi
-C'est la derniÚre fois que tu débarques chez moi sans prévenir. Je me permets pas ce genre de foutaise chez toi alors évite de le faire chez moi. Ai-je balancé en allant m'asseoir à la petite table se trouvant dans la cuisine qui est sans surprise dressée.
-T'avais pas l'air de détester ma petite surprise hier. Il fallait me mettre à la porte à ce moment là , tes propos paraßtraient plus crédibles.
-Ăa allait ĂȘtre difficile de te mettre Ă la porte alors que j'Ă©tais sous tension par ta faute. J'avais besoin d'un vagin pour me calmer, tu Ă©tais lĂ , et la suite tu la connais
-tu peux te montrer un peu moins con ?
Et toi moins envahissante ?!
_________
Coucou les amis !
Je suis heureuse de vous retrouver avec cette nouvelle histoire.
Publication : les lundis, mercredis et vendredis
Alors, on continue ?
<3 <3 Des bisous en pagaille <3 <3
Chapitre II
Oeufs, j'en ai, sucre, aussi, farine, j'en ai pas, yaourt non plus, et chocolat encore moins.
Je ferme mon placard et me tourne vers Kala, l'air dĂ©solĂ©, mĂȘme si je ne le suis pas spĂ©cialement, et lui dit:
-J'ai pas tous les ingrédients, désolée
-Pourquoi j'ai l'impression que tu ne l'es pas vraiment?
-Hum
-Tchip, bon allons les acheter. Boude-t-elle en se levant de son siĂšge
Elle réajuste sa culot un peu trop courte selon moi, attrape son sac à main et se diriger vers la porte d'entrée
-Ah mais dépÚche-toi ko !
Et moi qui ne voulait pas sortir aujourd'hui.
Je jette un regard Ă ma tenue. T-shirt, jogging claquette. Mouais, mĂȘme si je m'en moque un peu de ce que les gens peuvent dire, je vais quand mĂȘme mettre une paire de baskets
-Tu es sérieuse, tu changes seulement tes chaussures ?
-Quoi, ça va puis je suis Ă l'aise dans mes vĂȘtements !
Le regard noir qu'elle me lance qui veut clairement dire " je ne marche pas avec toi dans Brazza si tu restes habillée comme ça", me pousse à entrer dans ma chambre et troquer ma tenue sport-wear, pour une tenue de ville composée d'un top gris, un slim noir et une paire de ballerines
-Donc, tu reviens encore avec les bĂȘtises? Tu ne sais pas que tu peux passer Ă cĂŽtĂ© de l'homme de ta vie Ă cause d'une paire de ballerines ?
Et c'est reparti, mais lĂ je ne vais pas encore aller me changer.
C'est donc en l'écoutant dénigrer chaque piÚce composant ma tenue - avec une attention particuliÚre pour mes ballerines - que l'on se rend à Park and shop.
-En plus c'est les chinoiseries, ça ne va pas durer. D'ailleurs ça me rappelle une histoire. Ricane-t-elle. Tu connais l'histoire de ya Massamba, une de mes cousines du cÎté de mon pÚre ?
-Non. Ai-je répondu distraitement en déambulant dans un rayon.
-Ya Massamba a rencontré un chinois et s'est mariée avec lui. Ensemble, ils ont eu un enfant, une petite fille mais 8ans plus tard l'enfant est mort. Tu sais pourquoi ?
-Au mon dieu, non. Ai-je répondu attristé, la main sur le coeur. Pourquoi ?
-Mais parce qu'elle l'a fait avec un chinois, c'était une chinoiserie, ce qui est fait par un chinois ne dur jamais. Clame-t-elle avant d'éclater de rire.
Mais qu'est-ce qu'elle est nulle ! Je suppose que son histoire n'est que pure invention.
Kala et ses blagues lourdes. Il n'y a que moi pour constamment y croire.
Je reporte mon attention sur le rayon et me concentre sur les articles qui défilent devant moi.
-Mayé, regarde le bébé qui arrive en face. Quand je te dis de bouger, tu bouges sur ta droite
-Kala...
- Ahhh, peut-ĂȘtre c'est l'homme de ma vie, toi aussi
oh Kala, Kala, Kala... Elle ne s'arrĂȘte jamais. Je me demande comment il se fait qu'elle soit la cousine que je cĂŽtoie le plus. Elle a toujours des idĂ©es, des pensĂ©es, des actions et mĂȘme des propos farfelus. A chaque fois que je la suis dans un de ses "bons plans" je finis toujours par ĂȘtre la grande perdante, mais va savoir pourquoi, je continue de rester avec elle.
-Mayé ?
Je soupire profondément puis lorsqu'elle me donne son signal, je fais un pas sur ma droite et rentre dans le torse du éniÚme "homme de sa vie", comme le voulait son plan.
En tout ça, il a les muscles thoracique bien bandĂ©s, et... le mĂȘme parfum que celui qui hante mes nuits de cĂ©libataire depuis deux semaines.
-Oh attention Mayé. Je vous prie d'excuser ma cousine, elle est un peu maladroite
-Y'a pas de mal
Cette voix m'est familiĂšre...
Je lĂšve les yeux pour tomber dans ceux de...
-Shomari
-Hey Mayéla !
Il y a des jours oĂč tu as le pressentiment qu'il est prĂ©fĂ©rable pour toi de rester Ă la maison, et de ne surtout pas sortir parce que dehors, le destin est en train de te prĂ©parer un tour qui va inĂ©luctablement faire prendre Ă ta vie un virage Ă 190 degrĂ© que tu auras bien du mal Ă gĂ©rer. Ce pressentiment, je l'ai eu ce matin, et malgrĂ© cela, je suis sortie... Et Ă cet instant, les yeux noyĂ©s dans les profondeurs de ses iris d'un marron foncĂ© oĂč une lueur malicieuse pĂ©tille, je me dis que je n'aurais vraiment pas du sortir.
Ne pouvant pas soutenir son regard, je baisse le mien et fait l'erreur de le poser sur sa bouche. Charnue, et légÚrement rosée, elle est - il faut le reconnaßtre - une invitation gourmande à de doux baisers !
Et quel sourire. Mon dieu, mes nuits vont ĂȘtre agitĂ©es pour les quatre prochaines semaines Ă venir - oui , il vaut mieux tabler large.
-Ăa me fait plaisir de te voir. Comment vas-tu ?
-....
-Ah, vous, vous connaissez ? Intervient Kala. Mayé ?
-Hein ?Oh, euh oui. Fais-je en m'éloignant de lui.
Oh pourquoi il faut toujours que j'agisse de cette façon. Mes mots se brouillent dÚs qu'ils se trouvent au bord de mes lÚvres !
-Tu me présentes ? Mayé ? Lance Kala devant mon mutisme
-oui, oui, Shomari, je te pré-présente Mayé, enfin Kala ma cousine, et Kala je te présente Shomari
-Mais tu peux m'appeler Ari. ComplĂšte Shomari en lui tendant sa main. Ravi de faire ta connaissance
-Moi de mĂȘme. J'espĂšre que ma cousine ne t'a pas fait mal en te rentrant dedans, elle est un tantinet maladroite ! Minaude-t-elle
-Non, je n'ai rien eu.
-Tant mieux, ce serait dommage. On va te laisser continuer faire tes courses, il ne faut pas que tes invités se plaignent
-Mes invités ?
-Toutes ces boissons. Fait-elle en dĂ©signant d'un signe de tĂȘte son sac de course. Ce n'est pas pour recevoir ?
-Non, pas du tout. Je n'aime pas manqué de boissons et encore moins faire les courses, Alors quand je les fais, j'achÚte en gros.
-Il faut gentiment demander à ta copine de le faire, je suis sûre qu'elle ne refusera pas
-... Je suis célibataire. Lance-t-il un sourire en coin
-Oh....
J'hallucine oĂč ils sont en train de flirter ?
Kala, tu peux prendre tous les hommes que tu veux mais pas lui !
-On faisait des courses pour prĂ©parer un repas, tout simple. Reprend-elle. Ăa te dirait de te joindre Ă nous ? Si tu n'as rien de prĂ©vu bien Ă©videmment
-Euh... ouais... Pourquoi pas !
-Bien,tu as un téléphone pour noter mon numéro et l'adresse
Quoi, quoi, quoi ? Non mais ça va trop vite. Bon sang Kala est une rapide c'est pas possible. Tout à l'air de filer à la vitesse de la lumiÚre...
-Alors Ă toute Ă l'heure!
-Okay, Ă toute Ari
Incrédule, je le regarde s'éloigner de nous puis me tourne vers Kala qui affiche son sourire des beaux jours.
-Il vient de se passer quoi lĂ ? Tu aurais pu me demander la permission ?
-Te demander la permission pour quoi ? Et depuis quand tu connais des vrais bizz comme ça et tu ne me dis rien ?
-Pour l'inviter ! C'est quand mĂȘme mon adresse que tu lui as donnĂ© !
-Oh respire, ce ne sera qu'une seule fois, je peux te garantir que les prochaines fois, on restera chez moi. Dans ma chambre. Rajoute-t-elle avec un petit air mutin
Je suis bien trop estomaquĂ©e pour rĂ©pondre. Elle est capable, c'est mĂȘme probablement ce qui va se passer. Je viens de laisser l'homme de mes rĂȘves se faire prendre par les filets de ma cousine croqueuse d'hommes, et leur premier rendez-vous aura lieu chez moi. Ils flirteront ensemble pendant que moi, je prĂ©parerai le repas. Repas dont ils se souviendront dans trente ans lorsqu'ils cĂ©lĂ©breront leur noce de perle, en me remerciant de les avoir mis en contact.... Bref, je peux mettre une croix sur Shomari
De retour chez moi, je revĂȘts ma tenue de combat comme dirait ya Lydie et je me mets aux fourneaux.
Quand je suis énervée ou que j'ai besoin d'évacuer, je m'enferme dans la cuisine et je me mets à préparer. Sans idée de recettes précises, je fais en fonction de ce que j'ai sous la main. Je ne rate jamais mes plats, parait que je suis un cordon bleu. Et plus je suis énervée, angoissée, stressée et plus je cuisine bien. Je suis comme ça.
-Oh je vois que tu es déjà en cuisine. Et on dirait que tu es fùchée.
-...
-C'est parce que je ne t'ai pas demandĂ© la permission ? Bon utilise d'abord ta colĂšre lĂ pour concocter un bon plat Ă mon futur mari et quand il aura bien mangĂ©, je te prĂ©senterai des excuses. Il faut qu'il sente qu'il va ĂȘtre bien traitĂ© !
Si je pouvais avoir une pincée d'audace et un soupçon de témérité, je lui dirais de fermer son clapet, que son soi-disant futur mari est d'abord l'objet de mes fantasmes dont je lui parle depuis quelques mois, et que selon ses rÚgles, elle ne peut pas passer aprÚs moi, mais surtout qu'il n'est pas acquis qu'il deviendra son futur mari ! Mais ça c'est seulement si je pouvais avoir une pincée d'audace et un soupçon de témérité. Ce que je n'ai pas.
Je viens de terminer ma tarte aux pommes qui clĂŽturera le repas, et m'attaque aux cookies et fondant au chocolat. Je ne vais pas les proposer, c'est pour m'aider Ă tenir le coup.
Je devrais quand mĂȘme y aller doucement avec les pĂątisseries si je veux encore rentrer dans mon jean...
-Il est là , viens ! M'informe Kala toute excitée
Oh, je n'ai mĂȘme pas entendu la sonnette retentir... Bon bah.... Que la torture commence.... Non mais pas de façon aussi intense me suis-je dit en sortant de la cuisine. J'ai Ă peine effectuĂ© trois pas que l'odeur de son parfum me parvient avec force. Elle embaume littĂ©ralement toute la piĂšce, c'est fou.
Les prochaines semaines vont ĂȘtre dures, trĂšs dures...
*****
Moi qui pensais que j'allais passer une aprÚs midi de merde à réapprovisionner mes placards et me poser devant un match de basket avec un plat réchauffé, je m'en tire pas trop mal. Je ne pensais pas que revoir Mayéla, me permettrait de rencontrer mon prochain plan cul. Et sans que je n'ai eue besoin de faire quoi que ce soit.
-Tu veux encore un peu de tarte ?
-Non Kala, je te remercie, j'ai assez mangé comme ça.
-Vraiment, tu n'as plus ... faim ?
Je souris.
Des sous entendus de ce genre, elle m'en fait depuis mon arrivĂ©e et j'y rĂ©ponds avec le mĂȘme entrain qu'elle. Je vais pas me fouler pour l'avoir dans mon lit, j'en suis convaincu, mais il va peut-ĂȘtre falloir que je tourne un peu autour du pot. Histoire de dire que je ne l'ai pas eu facilement non plus.
-Disons que pour le moment j'ai mangé assez de tarte mais je pourrai avoir un petit creux dans la soirée
-Dans ce cas, je vais t'emballer une part pour que tu puisses la déguster chez toi
-Tu es adorable
-Et pas que... Murmure-t-elle sur un ton espiĂšgle en se levant pour aller dans ce qui semble ĂȘtre la cuisine
Okay, ça ne sert Ă rien de tourner autour du pot allons y franco elle est chaude, et Ă l'air d'ĂȘtre sans tracasserie.
J'ai bien envie de la rejoindre pour la voir en pleine "tùche ménagÚre" mais, il y a Mayéla, assise juste à cÎté de moi. Ce ne serait pas trÚs poli d'autant plus que nous sommes chez elle. La pauvre et muette depuis mon arrivée et garde le nez rivé sur son assiette. Je suis chez elle, je devrais faire un effort.
Bien malgrĂ© moi, je tourne mon regard vers elle et entame un sujet de discussion tout ce qu'il y a de plus banale pour combler le silence mĂȘme si je sais que cela ne va servir Ă rien.
-C'était un super bon repas
-Merci
-Et la tarte aux pommes était un délice. C'est mon dessert préféré
-Oh...Merci
-Tu l'as achetée ou préparée ?
-Je l'ai préparée
RĂ©ponse monosyllabique, tĂȘte baissĂ©e, regard fuyant. Rien d'Ă©tonnant, elle s'Ă©tait comportĂ©e de la mĂȘme façon lors du dĂźner chez Louis et Taliane.
Merde mais on ne peut pas ĂȘtre aussi timide c'est pas possible. Elle fait comment dans sa vie de tous les jours?
Je n'ai pas le temps de me poser plus de questions, Kala vient de revenir pour mon plus grand plaisir. Ăa ne servirait Ă rien de rester pour prendre un verre avec la timide. Je prĂ©fĂšre annoncer mon dĂ©part
-Déjà ? S'étonne Kala
-Oui, je vais probablement rejoindre des amis
-Okay et bien dans ce cas, je t'accompagne jusqu'Ă la porte
-D'accord, Mayéla, ça m'a fait plaisir de te revoir, encore une fois le repas était excellent. Dis-je en me penchant pour lui faire la bise
C'est moi oĂč elle se crispe ? MĂȘme pour une bise ? Anyway, ce n'est pas mon souci. Je me fĂ©licite de ne pas avoir cĂ©dĂ© Ă mes intentions premiĂšres avec elle, j'aurais Ă©tĂ© dans de beaux draps.
Je vais pouvoir me concentrer sur celle qui m'intéresse.
Je suis Kala jusqu'au portail en parlant bien évidemment de tout ce qui ne m'intéresse pas
-Tiens, je t'ai mis une part de tarte et quelques pĂątisseries prĂ©parĂ©es par MayĂ©la. Elle est extrĂȘmement timide mais est plutĂŽt bonne cuisiniĂšre. En mĂȘme temps, il ne lui reste que ça. Il fallait bien qu'elle excelle quelque part pour combler sa timiditĂ©
-Tu ne l'es pas ?
-Quoi? Bonne cuisiniÚre? Bien sûr que si. Je sais satisfaire l'estomac d'un homme. Minaude-t-elle en entortillant une mÚche de son tissage autour de son doigt
-humm
-En tout cas, j'ai été ravie de faire ta connaissance. Tu m'as permis de passer une agréable soirée
-Et on pourrait la continuer. Comme tu le sais, j'ai réapprovisionné mes placards et mon bar personnel, je pourrais te montrer mes talents de barman
-Ok ça peut se faire, je te laisse mon numéro de téléphone ?
-Et pourquoi pas ce soir ?
-Ma cousine n'aura sûrement pas envie de venir. Soupire-t-elle en levant les yeux au ciel
-Cette invitation était pour une personne
Elle arque un sourcil en me regard avec un léger sourire en coin.
Une pétasse comme je les aime, j'en suis certain, tout comme je sais qu'elle va me sortir la réplique de la cousine qui se sentira mal vis-à -vis de "sa soeur" avant de me suivre.
-Non, je ne peux pas, je ne vais pas laisser ma cousine, ce serait méchant
Qu'est-ce que je disais
-Je te comprends. C'est dommage. Dis-je en faisant deux pas vers ma voiture
-....Mais en mĂȘme temps, elle n'a pas besoin de le savoir, si je lui dis que je rentre chez moi.
Et voilà , le tour est joué.
Je patiente dans ma voiture le temps qu'elle invente une histoire Ă sa cousine puis lorsqu'elle me rejoint, je roule vers la maison en prenant quelques raccourcis.
Elle se montre tellement chaude durant le trajet que lorsqu'on arrive chez moi, je zappe l'étape discussion sur le fauteuil pour arriver à celle de préliminaire dans l'entrée !
Son corps est aussi chaud que de la braise et je n'ose mĂȘme pas imaginer le degrĂ© de chaleur de sa cave.
Avoir cette pense ne fait qu'intensifier mon Ă©rection qu'elle accentue Ă l'aide de ses doigts plutĂŽt agiles. Elle me plaĂźt cette petite et si elle se montre intĂ©ressante, je pourrais peut-ĂȘtre en faire mon NPCR (nouveau plan cul rĂ©gulier). J'aime les femmes entreprenantes, et qui ne perdent pas leur temps en futilitĂ©s.
Je lui retire son dĂ©bardeur et son short pour la dĂ©couvrir dans un magnifique ensemble lingerie rose. MĂȘme si je n'affectionne pas spĂ©cialement cette couleur, je dois reconnaĂźtre qu'elle met parfaitement en valeur ses formes gĂ©nĂ©reuses et dĂ©sirables, version petit modĂšle - facile Ă garer.
AprĂšs lui avoir ĂŽtĂ© son soutien gorge pour titiller les pointes de ses seins tendues Ă l'extrĂȘme, je laisse ma main s'aventurer vers son entre jambe pour permettre Ă mes doigts de prendre la tempĂ©rature, mais arrivĂ© vers son bas ventre, elle me stoppe, le visage crispĂ©, et s'Ă©loigne de moi
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je,... tu peux m'indiquer oĂč se trouve la salle de bain ?
Oh, ok, elle veut se nettoyer avant que les choses sérieuses commencent, c'est un point en plus pour elle.
-Le couloir au fond, c'est la premiĂšre porte Ă ta droite
-Ok, merci
Je profite de son absence pour créer une petite ambiance tamisée pour la faire revenir assez rapidement dans le rythme, puis je mets à porté de main quelques capotes pour optimiser le temps.
Putain mais elle fout quoi?
Je suis tendu comme un cheval mais prends sur moi pour ne pas péter un cùble lorsqu'elle apparaßt. Je déteste qu'on me fasse attendre de cette façon
-Hey...ça va ? Ai- réussi à articuler en la voyant
-Oui, sauf que je ne suis pas en bonne période.... Désolée
-Comment ça ?
-Je suis dans ma période .... Enfin tu vois. Dit-elle en gesticulant sur place
Non, Non, Non, elle n'est pas sérieuse ? C'est quoi cette poisse !
______
Chapitre III
Bon, je suppose que le début de leur idylle vient de commencer. Je la sais trÚs incisive et son histoire de fatigue à 22h30 je n'y crois absolument pas.
Je pousse un soupir en balayant du regard la table qu'elle n'a mĂȘme pas pris le temps de dĂ©barrasser et commence Ă empiler les assiettes et les plats vides avant d'aller vers la cuisine. A mon deuxiĂšme aller-retour, je remarque aux pieds de la chaise oĂč se trouvait Shomari, un portefeuille noir. Je le rĂ©cupĂšre et vĂ©rifie l'identitĂ© du propriĂ©taire: c'est sans surprise Shomari.
Manquait plus que ça.
AprÚs avoir embaumé ma maison de son parfum, troublé mon regard avec son sourire ravageur, voilà qu'il laisse une trace qui m'assurera à coup sur son retour chez moi. A moins que je le donne à sa nouvelle copine.
Fait chier.
Je vais aller me coltiner la vaisselle, prendre une douche puis me glisser dans le lit, ça vaut mieux pour moi.
Le lendemain, je rejoins difficilement les bancs de l'église et constate avec étonnement que Kala est présente.
-Pourquoi t'es en retard ? Me demande-t-elle pendant que la chorale entonne un cantique religieux
-J'ai eu du mal Ă me lever. Et toi, qu'est-ce que tu fais lĂ ?
-Ah mais c'est quoi cette question bĂȘte, je fais quoi Ă l'Ă©glise un dimanche matin ?
-Non, mais t'Ă©tais sensĂ©e ĂȘtre avec Shomari non ?
-C'est ce que je t'ai dit ? Moi je suis partie dormir pour moi. Lance-t-elle agacée avant de se concentrer sur le chant
Je ne la crois pas une minute. Lorsqu'elle a quitté la maison, elle avait ce petit regard malicieux qu'elle arbore toujours lorsqu'elle est sur le point de satisfaire un de ses désirs.
Il a dĂ» se passer quelque chose qu'elle n'a visiblement pas envie de me dire et je le respecte.
De toute façon, je ne suis pas sĂ»re d'ĂȘtre en mesure d'entendre tout ce qu'elle me dira sur eux.
Je reporte Ă mon tour mon attention sur la chorale et chante le cantique dans mon coeur.
-Le repas est chez qui aujourd'hui ? Me demande Kala lorsque nous sortons de l'église
-Maman Delphine, mais je ne vais pas y aller, je ne me sens pas bien.
-Ohhhh donc tu vas me laisser y aller toute seule ?
-Je te dis que je me sens pas bien !
-Mais tu iras te reposer lĂ -bas, on dirait que les lits manquent chez elle. Allons-y
Je m'arrĂȘte et la regarde monter dans sa voiture.
Un jour j'aurai assez de cran pour l'envoyer se faire foutre.... mais ce jour n'est pas encore arrivé.
Je finis par monter et c'est légÚrement contrariée que je la laisse nous conduire en silence vers la maison de maman Delphine.
C'est l'une des deux soeurs de ma mĂšre. Pour ĂȘtre plus prĂ©cise, c'est la cadette, celle qui vient avant ma mĂšre. Je n'aime pas aller chez elle, mĂȘme si ça n'a pas toujours Ă©tĂ© le cas.
Quand j'Ă©tais plus jeune, j'allais souvent chez elle pour les vacances avec Kala et d'autres cousins. A l'Ă©poque maman Delphine n'avait pas d'enfants et se faisait un plaisir de nous accueillir pour remplir sa grande maison de rire, de cris d'enfants et ainsi combler le lourd silence qui y rĂ©gnait en temps normal. Tous les enfants adoraient aller chez elle, parce que son mari et elle nous traitaient comme des rois et des reines. Tout se passait plutĂŽt bien jusqu'Ă ce que mes premiĂšres formes apparaissent de façon prĂ©coce Ă l'Ăąge de 9ans. C'est Ă cette Ă©poque que je me suis plus renfermĂ©e. Je n'aimais pas la façon dont on me regardait, et surtout la façon dont les hommes en gĂ©nĂ©ral - et le mari de ma tante, en particulier - me regardaient. Leurs regards sur moi avaient changĂ©, ils Ă©taient devenus lubriques et me faisaient froid dans le dos. C'est Ă cette pĂ©riode que j'ai commencĂ© Ă coller Kala. Je passais tout mon temps Ă la suivre comme son ombre afin de ne jamais ĂȘtre seule.
Mais un soir, alors que nous passions les vacances chez ma tante et que nous venions de changer de lit pour permettre à mes cousins nombreux, venus également, de dormir ensemble, je me suis retrouvée dans la chambre solo -celle qui avait un lit pour une personne. C'était un privilÚge de pouvoir dormir dedans et j'en aurais sûrement eu un bon souvenir si ce soir là , le mari de ma tante n'avait pas pénétré dans la chambre et ne s'était pas glissé dans mon lit. "ça va yaya" m'avait-il demandé en posant une main sur ma hanche. Je savais que si je restais silencieuse comme j'avais l'habitude de le faire, j'allais vivre le pire moment de ma vie, et celui-ci me marquerait à jamais. Je me suis donc mise à hurler de toutes mes forces et ma tante a déboulé dans la chambre.
"Je venais juste voir si elle dormait bien" avait-il dit lorsque j'avais expliquĂ© Ă ma tante ce qui s'Ă©tait passĂ©. Elle a prĂ©fĂ©rĂ© le croire et a commencĂ© Ă me maltraiter. Quand ma mĂšre a Ă©tĂ© informĂ©e, elle est immĂ©diatement venue me chercher. Elle m'a crue, mais pour garder les liens de famille soudĂ©s, m'a demandĂ© de garder le silence, et ne m'a plus envoyĂ© chez sa soeur. Plus personne n'a reparlĂ© de cette histoire mais je n'ai pas tirĂ© un trait sur elle et mĂȘme si aujourd'hui j'ai grandi, je me sens toujours mal Ă l'aise lorsque je vais chez eux.
Kala le sait, et c'est ce qui m'énerve
-On ne reste pas longtemps, je dois voir Dany. Dans une heure on prend le chemin du retour
-...
Vaut mieux pas que je réponde.
Lorsque nous arrivons chez ma tante, comme à mon habitude, je salue tout le monde d'un vague geste de la main et vais m'asseoir dans un coin du salon. Mais ce n'est pas assez pour échapper aux bavardages de cette femme de petite taille au visage semblable au mien, qui se dirige droit vers moi une main sur la hanche
-Mayé tu as trouvé tes petits frÚres et soeurs dans cette maison pour saluer tout le monde d'un geste de la main
-Maman....
-Maman quoi? Je n'aime pas ça, lÚve-toi, tu vas saluer les gens et tu entres en cuisine aider. C'est quoi ces maniÚres ? C'est pour qu'on vienne dire que je t'ai mal élevé !
Est-ce que j'ai le choix ? Pas vraiment Ă moins que je rĂȘve de me faire laver verbalement par ma mĂšre devant tout le monde !
Je prends sur moi pour saluer les personnes se trouvant dans le salon - et remercie le seigneur de ne pas trouver le mari de ma tante - puis je vais en cuisine et me mets à préparer les brochettes
Une heure elle avait dit non ? En voilĂ trois que je suis aux fourneaux
-Tu as mangé ? Me demande ma mÚre en entrant de la cuisine alors que je fais la vaisselle
-Non
-Mais tu attends quoi? Laisse la vaisselle lĂ , bientĂŽt il n'y aura plus rien
J'ai un sourire désabusé en l'entendant. Elle peut me rabrouer un minute et l'autre s'inquiéter pour moi avec une douceur maternelle qui m'attendrit et que je bénis de pouvoir encore jouir à mon ùge
-Je vais me faire un "emporter, je vais pas tarder Ă rentrer
-Tu vas rentrer comment ?
-Kala va me déposer, d'ailleurs tu peux lui demander de venir ?
-Mais Kala est partie depuis un moment. M'informe-t-elle étonnée
-Quoi ?
Non, elle ne m'a pas fait ça ?
Faut croire que si.
AprÚs avoir fait un tour dans le salon, je ne l'ai pas trouvé et j'ai eu confirmation par une autre de mes cousines qu'elle était bel et bien partie. Son mec l'a appelé semble-t-il.
Pourquoi je suis encore surprise, ce n'est pas comme si c'était la premiÚre fois.
Je laisse un sourire amer éclairer mon visage alors que je salue quelques membres de ma famille, dont maman Delphine qui me lance un regard noir en me voyant, puis je pars prendre un taxi.
C'était la derniÚre fois que je me faisais avoir par Kala.
*** Trois semaines plus tard ***
-Tu ne veux pas y aller ?
-Non Kala ça ne me dit rien, mais pourquoi t'y vas pas avec Shomari ?
-Tu me parles de lui pourquoi ? Si je te demande à toi c'est parce que tu es ma cousine et que j'ai envie de t'avoir à mes cÎtés
-C'est ça ...
-Tchiiip, t'es vraiment une go ennui, il faut commencer Ă changer si tu ne veux pas finir vieille fille
-Merci pour le conseil mais ça ne change rien, je ne viens pas
-Tsss, bon reste là avec tes gùteaux ! Lance-t-elle avant de claquer ma porte d'entrée
Je me félicite ! En temps normal, j'aurais suivi Kala aprÚs qu'elle m'ait supplié de venir avec elle mais aujourd'hui, j'ai tenu bon. Je ne digÚre toujours pas le fait qu'elle m'ait laissée pour aller retrouver son mec, avec qui ça n'a pas l'air d'aller.
A plusieurs reprises, j'ai essayé de lui parler du portefeuille de Shomari - que j'avais complÚtement oublié, jusqu'à ce que je tombe dessus il y a trois jours- mais dÚs que je prononce son prénom, elle devient irritable. J'ai dû passer par ya Taliane. D'ailleurs, je vais devoir passer chez elle pour le lui remettre.
Je le ferai demain, pour l'heure, je vais me prélasser devant un vieux film et une bonne part de gùteaux au chocolat que j'ai préparé la veille.
"TOC, TOC, TOC"
Roh, je parie qu'elle revient pour m'inciter Ă la suivre !
-Je ne viens .... pas.
-Salut ! Tu ne viens pas oĂč ?
-euh, euh, désolée, je pensais que c'était... Qu'est-ce que tu fais là ?
-Il semblerait que ce soit toi qui es en possession de mon portefeuille
Oui, mais je pensais aller chez ya Taliane pour le lui remettre et ainsi tu le rĂ©cupĂ©rerais lĂ -bas. Ăa m'Ă©vitait de te voir et d'empirer la torture mentale que je subis actuellement.
-Mayéla ?
-oh...oui, oui. Je l'ai. Entre
Je m'Ă©loigne de la porte pour faire entrer Shomari et manque de dĂ©faillir en humant son parfum qui se rĂ©pand rapidement dans la piĂšce avec plus de force que lors de sa premiĂšre venue. Tout sur lui semble frais, de ses vĂȘtements, Ă son odeur. Il doit certainement sortir de la douche pour qu'il soit aussi intense.
Je l' installe dans le salon, l'invite Ă s'asseoir, ce qu'il refuse, et je pars chercher son portefeuille.
Je le lui remet puis comme à mon habitude, je ne sais pas quoi dire, encore moins soutenir son regard intense qu'il pose sur moi, alors je baisse les yeux et ai regardé mes orteils.
Tiens il faudrait peut-ĂȘtre que je pense Ă me faire une pĂ©dicure, mon vernis commence Ă s'Ă©cailler
-Je suis bien content de l'avoir retrouvé. J'avais déjà entrepris des démarches pour refaire mes papiers qui sont à l'intérieur. Dit-il en montrant son portefeuille. Tu sais comment l'administration congolaise fonctionne
Mon dieu, c'est vrai. J'avais complÚtement oublié qu'il y avait ses papiers à l'intérieur. En cette période préélectorale, et leur histoire de "mbata ya bakolo"* il n'est pas bon de marcher dans les rues de brazzaville sans ses papiers
-Je suis dĂ©solĂ©e. Je voulais te le remettre dĂšs que je l'ai trouvĂ© mais ça m'est sorti de la tĂȘte. J'allais le remettre demain Ă ya Taliane. Je peux te rembourser le montant des dĂ©penses dĂ©jĂ engagĂ©. Dis-je en allant vers ma chambre dans le but de rĂ©cupĂ©rer mon chĂ©quier...
-Hey c'est bon, t'inquiĂšte pas, je suis le premier Ă avoir la tĂȘte en l'air, je vais pas t'en tenir rigueur. La prochaine fois, je ferai plus attention Ă mes affaires ça m'apprendra tout simplement.
-D'accord, d'accord
Un blanc s'installe de nouveau, et ce n'est pas sur moi que l'on peut compter pour le rompre.
-Bon, je vais te laisser retourner à ton sport. Lance-t-il avec un léger sourire en coin
-Mon sport ?
Je suis son regard qui examine ma tenue de la tĂȘte aux pieds et Ă©touffe un cri avant de croiser les bras sur mon corps.
Punaise, je suis en brassiÚre et boxer ! J'avais complÚtement oublié !
Quand je passe une journĂ©e devant la tĂ©lĂ©, j'aime ĂȘtre Ă l'aise, et Ă©tant donnĂ© que je vis seule, je vois pas l'utilitĂ© de me gĂȘner...
Je cours en direction de ma chambre et enfile rapidement un t-shirt et un pantalon. Pfff, il a vu mes grosses cuisses et mon ventre pas si plat que ça. Je comprends mieux pourquoi il avait se sourire en coin. Il devait repenser au corps svelte de Kala et se demander si on Ă©tait vraiment de la mĂȘme famille vu ma quantitĂ© de graisses. Ăa me saoule qu'il ait pu me voir...
DĂ©pitĂ©e, je retourne au salon, oĂč je le retrouve comme je l'ai laissĂ©
-Je m'excuse, pour m'ĂȘtre prĂ©sentĂ©e Ă toi vĂȘtue, d'une tenue aussi indĂ©cente. Ce n'est pas dans mes habitudes
-T'inquiÚte pas, c'était agréable à regarder
-Pardon ?
-j'ai dit qu'il n'y avait pas de mal. Puis je ne me suis pas annoncé
J'aurai juré qu'il venait de dire que c'était agréable à regarder. Mais qu'est-ce qui serait agréable à regarder ? Mon bidon de bouda?
Non mais n'importe quoi moi ! Faut que j'arrĂȘte de prendre mes rĂȘves pour la rĂ©alitĂ©
-Okay. Encore une fois, je te prĂ©sente mes excuses pour avoir gardĂ© ton portefeuille. Si e peux faire quelque chose pour me faire pardonner de la gĂȘne que j'ai occasionnĂ©e... n'hĂ©site surtout pas Ă me dire....
-Un gĂąteau et on oublie tout
-....Euh.. et bien... enfin... j'ai
-Je plaisante.
-Oh, ok... J'avais fait un gĂąteau au chocolat. Je pouvais t'en couper une part
-Tout compte fait, ce n'était pas une plaisanterie. Lance-t-il en riant
Son rire étant communicatif, sans m'en rendre compte, je le rejoins et me détends légÚrement
-Je vais t'en couper une part
Je m'efface de la porte d'entrée et le précÚde dans le petit couloir. à ma grande surprise, il entre dans le salon et s'installe autour de la table à manger.
Ah.
Je pensais qu'il voulait simplement prendre une part de gĂąteau, et non la manger sur place.
Bon, autant profiter de sa présence
Je vais dans la cuisine, et prends deux assiettes que j'empile et sur lesquels je dépose deux verres puis prends le tout dans une main, et récupÚre le gùteau dans l'autre main avant de retourner au salon.
Des cascades acrobatiques comme celle-ci, qui risquent de finir en catastrophe, j'en fais pas tous les jours et connaissant ma maladresse légendaire. Je me demande pourquoi je m'amuse à tenter le diable et surtout aujourd'hui. A croire que mon subconscient veut saboter ce moment.
Ătrangement, je ne casse rien sur mon trajet et pose mĂȘme avec dĂ©licatesse tout ce que j'ai amenĂ©
-Ăa va, t'es plutĂŽt agile. Lance Shomari en me regardant faire
Ah. Ah ! Si tu savais...
Je me contente de sourire - c'est décidément tout ce que je sais faire quand il est là - et prendre place en face de lui. Je nous coupe une part de gùteau chacun et lui propose une des boissons posées sur la table
-J'ai aussi des boissons fraßches dans le frigo si tu veux. Moi je n'aime pas trop, parce que ça me fait mal aux dents...
Mais qu'est-ce qu'il en a à foutre de ce que ça peut faire à mes dents ?
-A oui ? Moi c'est tout le contraire, j'aime sentir quand le froid rentre en contact avec mes dents. J'ai les dents bien solides, d'ailleurs,je mange souvent des glaçons. Mais on va faire une exception aujourd'hui
-Mais non ! J'ai euh.... du jus de mangue, euh... du...
-C'est bon, celui qui est Ă la papaye devant moi, conviendra parfaitement ! Dit-il en prenant la bouteille de jus.
Je pensais qu'il allait s'en suivre un silence de plomb mais non, on s'est mis à discuter. Enfin il a commencé à parler, je l'ai longtemps écouté - mais surtout regardé - puis j'ai réussi par je ne sais quel miracle à rebondir sur une de ses anecdotes. Et c'est ainsi qu'une heure aprÚs son arrivée, on est toujours en train de parler
-Oh là ! Il manque que ça. Fait-il en indiquant une petite quantité avec son pouce et son index. Et tu dÚtrÎnes ma mÚre
-Ah ce point ?
-Je t'assure et il faut prendre ça pour LE compliment suprĂȘme, parce qu'il en faut beaucoup pour la dĂ©trĂŽner. Ma mĂšre est un chef Ă©toilĂ© mĂ©connu du grand public
-Hummm permets moi d'en douter. Je trouve que c'est pas trĂšs objectif
-C'est en toute impartialité que je te dis ça et tu peux demander à toute ma classe de seconde, ils attesteront de la véracité de mes propos
-Ta classe de seconde ?! Répété-je en riant
-Ouaip....Gui-Gui, mon meilleur ami depuis l'enfance, et moi-mĂȘme avons risquĂ© nos jeunes vies pour leur faire goĂ»ter la nourriture de ma mĂšre. C'Ă©tait pendant la pĂ©riode des fĂȘtes de fin d'annĂ©e. Elle avait organisĂ© une rĂ©ception, et s'Ă©tait prĂ©parĂ©e en consĂ©quence: RĂ©veil Ă 4h, tour au marchĂ© pour avoir les premiers produits frais et tout ce qui va avec. A midi il fallait voir la quantitĂ© de nourriture qu'il y avait, c'Ă©tait dingue, on aurait dit qu'elle voulait nourir un rĂ©gimen. De retour pour le dĂ©jeuner, Gui-Gui et moi nous sommes introduits discrĂštement dans la cuisine, lorsqu'elle est partie envoyer la bonne acheter des produits manquants, puis avons embarquĂ© un mix de tout ce qu'elle avait fait avant qu'elle ne revienne. Mais on avait pas Ă©tĂ© assez rapide. Dit-il d'un ton faussement triste. J'ai jamais dĂ©campĂ© aussi vite de la maison. On a enfourchĂ© nos vĂ©los comme s'il s'agissait de motos et on a taillĂ© la route
Hein? C'est pas vrai !
Je ne m'attendais tellement pas Ă cette chute que je me mets Ă rire sans retenue !
-ArrĂȘte, je suis sĂ»re que tu me fais marcher !
-Non, je t'assure que c'est vrai. J'ai fui la maison tout le week-end et la semaine qui a suivi, sous recommandation de mon pĂšre " fils, tu n'aimes pas ta vie, reste chez Guislain jusqu'Ă la fin de la semaine. Je vais faire en sorte qu'elle ne te tue pas Ă ton retour". Mime-t-il avec une voix qui se veut grave
-Quoi, hihi ! Pour quelques plats ?
-Hey, hey ce n'était pas n'importe quels plats. Ils avaient été préparés par ma mÚre, ils avaient le goût de l'ambroisie, le nectar des Dieux !
-Pffff hihihi
Je ris de plus belle en voyant la tĂȘte qu'il prend quand il en parle.
-Ăa valait amplement les cinq minutes que nous avions passĂ©es Ă pĂ©daler comme des fous de peur qu'elle nous rattrape, mĂȘme si c'Ă©tait impossible. Je me suis senti comme un braqueur qui venait de rĂ©ussir le casse du ciel. En plus on Ă©tait tellement cons Ă l'Ă©poque, qu'on avait mis des petites bouteilles d'eau en plastique entre les chaĂźnes de nos vĂ©los, ce qui reproduisait le vrombissements des motos et nous donnait l'impression d'ĂȘtre sur des vraies motos
C'est plus que je ne peux supporter, pensĂ©-je en Ă©clatant de rire de plus belle ! Mes cĂŽtes implorent le silence afin que j'arrĂȘte de rire mais c'est impossible. Je l'imagine sur son vĂ©lo en train de pĂ©daler, un sourire de pritate victorieux aux lĂšvres malgrĂ© le vent qui fouette son visage... Et j'arrive Ă entendre le bruit ridicule des vrombissements, permis grĂące Ă la bouteille d'eau.
Je repars pour un autre fou-rire
-Roh, je te pensais pas aussi moqueuse...
-Non. Ai-je répondu en essuyant de mon index les larmes qui venaient de s'échapper. Snif, je ne le suis pas..hihi...snif... Pardon, je ne suis pas moqueuse, c'est de vous imaginer ton ami et toi sur vos vélo-moto ya guangzhou* qui me fait rire
Je me stoppe net quand les mots que je viens de dire font Ă©cho dans ma tĂȘte
Oh mon dieu ! J'ai pas dit ça, seigneur ne me dis pas que j'ai dit ça...
Qu'est-ce qui vient de me prendre là . A coup sûr, il va mal le prendre, se lever et partir sans demander son reste. Mais pourquoi il faut toujours que je foire tout ?
Je baisse la tĂȘte, honteuse et m'apprĂȘte Ă me confondre en excuse quand j'entends son rire, sonore et gaie. Je lĂšve la tĂȘte pour le regarder jeter la sienne en arriĂšre, me permettant de voir un large sourire sur les lĂšvres qui dĂ©voile une magnifique dentition. Il semble trĂšs loin d'une personne qui a mal pris mes propos. Je l'Ă©coute rire, sans le rejoindre savourant le son rauque faisant Ă©cho dans la piĂšce.
Il hoquette pendant de longues secondes, puis pose une main sur sa poitrine, comme pour se calmer
-Ah on me l'avait jamais faite, celle-lĂ . Pas mal, pas mal
-... Désolée...
-Parce qu'on avait des vélo-moto ya guangzhou ? Lance-t-il avant de recommencer à rire.
Son rire est vraiment communicatif pensé-je quand je finis par rire avec lui quelques secondes avant que mon regard ne se pose sur Kala, debout devant l'entrée du salon un sac MK, porté au pli du coude.
Elle porte une magnifique robe verte à manche courte, qui lui arrive aux les genoux, sur une paire de sandales à talons marrons foncés. Et ses cheveux soigneusement tirés dans un chignon lùche, affinent encore plus les traits de son visage parfaitement maquillé.
Le tout lui donne une allure assez élégante sans trop en faire.
Ăa n'en a pas l'air comme ça mais, elle a longtemps rĂ©flĂ©chi avant d'opter pour cette tenue. Je n'Ă©tais pas avec elle lorsqu'elle l'a choisie mais, je le sais. C'est ce qu'elle fait. Tout le temps. Elle ne se permet aucun "Ă©cart" vestimentaire " Tu ne sais pas qui tu peux rencontrer dans la rue, mĂȘme en allant chez le boutiquier, il faut toujours ĂȘtre soignĂ©". Me dit-elle constamment.
En la voyant, j'ai le réflexe de tirer sur mon t-shirt en coton gris, qui me paraissait adapté lorsque je l'ai mis et qui fait tùche maintenant. Ou c'est moi qui fait tùche.
Elle s'avance lentement vers nous et ce n'est que lorsqu'elle se trouve en face de Shomari, que je remarque son sourire contrarié. Celui qu'elle offre lorsqu'elle n'est pas contente
-Salut.
-Bonsoir Mayé.... Ari ? Je suis surprise de te trouver ici. Je pensais que tu devais sortir boire un verre avec un de tes amis ? Dit-elle à l'attention d'Ari
-Humm humm
Mince, elle plisse légÚrement les yeux, comme pour observer les moindres réactions de son visage. Comme si elle pensait qu'il allait lui raconter un mensonge.
Je sens qu'elle va lui poser plus d'une question, est Ă juste titre, ils sont ensemble, alors je dĂ©cide de discrĂštement m'Ă©clipser dans la cuisine, en emportant les assiettes vides de Shomari et moi mĂȘme.
Je vais faire la vaisselle en attendant
*****
Mais elle ne lĂąche rien celle lĂ ! C'est pas possible ?
Je passais étonnamment un bon moment avec Mayélà , à discuter de tout et de rien et ça me titille un peu qu'elle soit venue l'interrompre.
Ce n'est pas tout le temps que je vois, cette version de MayĂ©la. Celle oĂč elle est dĂ©tendue, souriante et surtout bavarde. D'accord, ce n'Ă©tait pas non plus le bavardage d'une charlataña mais comparĂ© Ă toutes les fois prĂ©cĂ©dentes oĂč je n'entendais que quelques bouts de phrases, c'Ă©tait Ă©norme.
J'ai aimĂ© notre Ă©change oĂč j'ai pu enfin entendre le son de sa voix, fluet et doux, sans les tremblements et les bĂ©gaiements. Et je ne pensais rester; je devais rĂ©cupĂ©rer mon portefeuille, puis retourner chez moi et vĂ©gĂ©ter devant un programme abrutissant mais je n'ai pas regrettĂ© mon changement de programme... Jusqu'Ă maintenant. Jusqu'Ă ce qu'elle apparaisse
Ăa va faire une semaine que je l'ignore intentionnellement. Celle-lĂ , j'en veux plus comme NPQR, ni mĂȘme comme mougou pan. C'est le genre de pĂ©tasse aussi dangereuse qu'un paludisme cĂ©rĂ©bral, qu'il faut Ă©viter comme la peste. En temps normal, mon radar flair ce genre de spĂ©cimen Ă 5km Ă la ronde, mais cette fois, il a Ă©tĂ© brouillĂ©, sĂ»rement Ă cause de MayĂ©la. Je pouvais pas imaginer qu'une fille comme elle marcherait avec ce genre lĂ .
Elle a vraiment cru qu'elle réussirait à me prendre pour sa nouvelle banque.
Je rigole intérieurement en me rappelant nos trois rendez-vous qui ont succédé notre nuit foireuse.
AprÚs m'avoir annoncé qu'elle avait ses choses de femmes, j'ai pris sur moi malgré la " pression" pour rester le plus courtois possible. Je voulais la raccompagner chez elle est enchaßner les longues minutes sous un jet glacial, mais, elle a tenu à dormir à la maison prétextant qu'il se faisait tard pour qu'elle rentre.
Un rire de gorge m'a Ă©chappĂ©. On ne se connaissait pas, c'Ă©tait la premiĂšre fois qu'on se voyait, elle venait de me chauffer pour me laisser, coagulĂ© et voulait quand mĂȘme rester.
La meilleure partie a Ă©tĂ© le moment oĂč elle m'a proposĂ© de lui faire visiter la maison, " pour faire passer le temps" avant de regarder des films.
J'ai pas voulu ĂȘtre grossier et lui ai simplement rappelĂ© qu'elle avait ses choses et que je ne disposais de rien pour l'arranger. Elle a paru déçue et irritĂ©e quand je l'ai raccompagnĂ©e.
MalgrĂ© toutes ses pĂ©ripĂ©ties, je l'ai rappelĂ©e le lendemain, afin de ne pas passer pour un connard frustrĂ© qui ne pense qu'Ă baiser -mĂȘme si la veille c'Ă©tait le cas. On s'est mĂȘme donnĂ©s rendez-vous pour prendre un verre, et c'est Ă partir de ce rendez-vous que mon radar, c'est lentement mais sĂ»rement remis en route.
En trois rendez-vous, dont le dernier de 10 min, j'ai découvert que la Kala rencontrée au supermarché qui me semblait juste ouverte d'esprit était en réalité une tchoukoumeuse. Une de ces filles dont l'ambition premiÚre est d'attraper un homme, un papa a pesa a tala té, disposant de ressources suffisantes pour satisfaire leurs désirs moyennant une prestation en nature. Une sorte de prostitution nouvelle génération que certains qualifie de nouvelle forme d'amour.
Ces filles m'horripilent à un point inimaginable, parce que beaucoup d'entre elles se font passer pour des modÚles de vertu, ce qui est le cas de Kala, alors qu'en réalité, elles ne sont pas mieux que les prostituées. Et encore, je trouve les prostituées plus respectables, au moins elles assument clairement ce qu'elles sont.
Je ne juge pas, chacun fait son argent comme il peut, le pays est dur, ses réalités le sont encore plus mais, seigneur ..... préserve ma queue des tchoukoumeuses.
En tant normal, elles ont de multiples clients, pardon, amants, et je pensais qu'aprÚs l'avoir autant négligé Kala comprendrait qu'elle ne m'aurait pas dans ses filets, mais il semble que non, elle ne lùche pas.
-Humm, humm ? Ce n'est pas une réponse.
-Je suis venu récupérer mon portefeuille et j'ai mangé une part de gùteau offert par Mayéla. Dis-je simplement
-Tu as rĂ©cupĂ©rĂ© ton portefeuille? OĂč ça ? Ici ?
-Oui, je l'avais oubliĂ©, le soir oĂč on a dĂźnĂ© ici.
Elle fronce des sourcils, l'air Ă©nervĂ© puis tourne sa tĂȘte en direction de la porte, comme si elle voulait appeler quelqu'un, sĂ»rement MayĂ©la, avant de se rĂ©tracter et reporter son attention sur moi.
-D'accord... Mais du coup tu es disponible lĂ , on peut aller boire un verre ?
-Euh... Non, non, je ne suis pas dispo, je vais pas tarder Ă le rejoindre
-Dans ce cas, je t'accompagne. Balance-t-elle enjouée
Elle fait exprĂšs de ne pas comprendre ?
Je cogite rapidement pour trouver une formule assez sympa qui voudrait dire " C'était marrant mais les tchoukoumeuses, c'est pas pour moi " quand Mayéla revient dans le salon et qu'une idée de génie me traverse l'esprit
-Oui, pourquoi pas, mais on va attendre MayĂ©la. Tu peux ĂȘtre prĂȘte dans combien de temps ? DemandĂ©-je Ă l'attention de MayĂ©la
Elle se retourne en posant sur moi de gros yeux ronds, pleins d'interrogations.
-Quoi ? Je...Je...de-de quoi, tu pa-parles ?
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*Mbata ya bakolo= la claque/ gifle des aßnés
*Guangzhou = canton de chine, mais utilisé pour parler des "chinoiseries"
*Mougou pan= relation sans lendemain
*Tchoukoumeuse= fille qui fait la vie
*Papa a pesa a tala té= papa donne, il ne regarde pas. Ce sont des hommes qui dépensent sans compter
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