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Jeune, volontaire et capable

Jeune, volontaire et capable

Auteur:: promotion
Genre: Romance
Bass s'arrête et constate avec forte stupéfaction l'évolution des pages sur lesquelles il n'arrête plus de gratter. Il observe que les rares fois qu'il ressentait une dynamique par l'énergie de son imaginaire, sous quelque forme que ce soit, étaient les seules fois qu'il se sentait heureux. Son binôme et lui se guettaient, se rencontraient sans s'être cherchés et se quittaient sans se jurer le grand amour qu'ils gardaient en option. Il jouissait du bonheur que produisaient alors ces moments provoqués par des messages intérieurs qui le rendaient fier, des messages qui éclairaient les projets dont il se réservait encore la réalisation. À PROPOS DE L'AUTEUR Patrice Boum est un artiste électron libre qui économise ses mots pour mieux laisser parler ce qu'il offre à voir. Ne pas choisir entre le ciel et la terre, entre figuration et abstraction, entre horizontalité et verticalité, passé et présent, orient et occident, mais toujours avancer en cherchant à se délivrer des pesanteurs du quotidien par l'insouciance du geste.

Chapitre 1 No.1

Préface

Je sillonne le monde entier pour soutenir des projets, des initiatives et autres questions socio-économiques et politiques chères à mon Cœur.

Cher lecteur au moment où l'écriture de cet avant-propos se déroule sous ma plume afin d'introduire le premier roman de l'artiste peintre Patrice Boum, alias Diako, que j'appelle tendrement « petit frère », j'éprouve un sentiment de mélancolie agréable mélangé à un sentiment étrange de fierté.

Bien que l'auteur n'ait jamais eu besoin de mon aide pour faire montre de ses multiples talents (car il est aussi écrivain), je suis honorée de préfacer ce livre et pourquoi pas contribuer par cet acte à faire découvrir le message dont il est porteur.

Si l'écriture n'est pas affaire de vérité, d'information, d'éducation et de sensibilisation. Si elle n'est pas affaire de regard (à la fois critique et tendre) sur son pays. Qu'elle n'est pas non plus affaire d'examen détaillé visant à établir ou rétablir un certain nombre de vérités partieet de faits historiques et socioculturels.

En admettant que l'écriture ne soit pas affaire de l'évocation nostalgique des souvenirs de ce que fut le Cameroun, cette fiction porte justement sur ce pays qui a besoin de ramener l'éthique du sommet des institutions jusqu'à la base, comme la valeur fondamentale.

De quoi est-ce donc affaire alors ?

Ce premier roman qui est du genre littéraire des mondes, des sociétés et à la fois biographique s'approche à la fois de l'utopie et du roman d'anticipation, avec pour ambition d'éclairer le passé, le présent par l'imagination de l'avenir, en replaçant l'homme dans un environnement, dans l'espace et dans le temps.

Peut-être est-ce une telle exigence qu'il faut adopter au Cameroun si l'on veut saisir avec justesse et lucidité le sens du développement, le vivre ensemble, penser pour tout le pays.

Enfin, libérer l'homme de la manipulation politique, de la religion, afin qu'il développe son esprit, celui qu'il a en lui.

Alice Nkom

Chapitre 2 No.2

Première partie

Quelle serait la source ? D'où viendrait l'importance prédominante de l'idée que sans les diplômes une certaine catégorie de la population ne pourrait pas, n'y arriverait pas.

Comme si seule cette pièce solennelle, émanant de l'autorité légale et destinée à conférer un droit, un titre, était la seule condition sans laquelle il serait impossible de réussir. Toutefois, si nous considérons l'échec comme le résultat négatif à un examen, ou d'une tentative quelconque, on constate que quand on échoue, ce n'est qu'une opportunité que l'on rate à ce moment précis, les efforts pour réussir ne sont pas gâchés. Un échec ne devrait pas remettre en question nos capacités à atteindre nos objectifs, mais chercher les moyens de les mettre en place pour y parvenir. La culture africaine du diplôme est intégrée dans la société et valorisée par le système éducatif avec ses critères de notation et aussi par les familles qui considèrent l'enfant en échec scolaire avec moins de considération.

Les grandes inventions découvertes en un seul essai sont peu nombreuses et le hasard ou l'erreur peuvent en faire partie. Le monde qui nous entoure a été bâti grâce à la persévérance des personnes qui n'ont pas peur ni honte de l'échec.

En admettant que la raison de l'intelligence soit hypothétique, et comme chaque individu est singulier, avec son histoire, son regard sur le monde, son attachement à la société, son ensemble de faits, de données qui permettent de l'individualiser, l'intuition qui est une connaissance directe sans recours au raisonnement, à l'expérience, et qui est d'une grande importance reste une probabilité non exploitée par la psychologie de l'enfance.

Ce serait une erreur de considérer le diplôme comme seule garantie ou caution pour la réussite et de le promouvoir dans la population comme modèle unique intangible.

Tel était le raisonnement exprimé par sa pensée la plus intime, la plus proche de l'inconscient, comme un rayonnement que lui fournissait à cet instant précis, son degré de réflexion et, comme toutes les autres fois, lorsqu'il se demandait comment il allait pouvoir arriver à le faire, concentrant son attention sur la manière de le faire, s'interrogeant s'il en était un jour capable, à cause des allusions grossières ressassées sur son insuffisance dans la qualité de ses résultats scolaires qui le remplissaient d'un sentiment d'abaissement ou d'avoir commis une action indigne de soi, mélangé à la crainte d'avoir à subir le jugement défavorable d'autrui. Alors, comme chaque fois d'ailleurs que ses pensées et ses émotions lui inspiraient une idée ou le sentiment vif d'une certaine intelligence, il classa aussi cette énième analyse en toute hâte dans le tiroir mental des problèmes difficiles à résoudre.

Convaincu par les écoles d'être médiocre, il commençait à intimement se persuader de la justesse de ses idées. Son subconscient amorçait un choix dans cette dualité entre sa pensée naturelle et sa pensée raisonnante liée à la part de création de l'être.

Il percevait par les sens, les idées qu'il développait pour devenir la personne qu'il voulait être plus tard, en particulier dans la réalisation des parterres fleuris dans le jardin familial, des conseils en esthétique qu'il prodiguait à tous les membres masculins et féminins de sa famille et son entourage proche ainsi que des œuvres d'art qu'il créait, des actes qui mettaient en évidence la réalité d'une disposition naturelle à faire un travail très apprécié.

Avec ces premiers encouragements et le courage venant de sa conscience qu'il avait de sa valeur, il commençait à donner des signes d'une certaine hardiesse d'entreprendre, mais manifestement, l'ensemble de ses facultés intellectuelles hésitait encore à conforter son instinct, à fortifier sa capacité à entamer un travail dont, même si les techniques et les qualités spécifiques de la littérature lui échappaient, sa volonté de prendre des décisions avec fermeté et à les conduire à leur terme sans faiblesse, en surmontant les obstacles, il prit le parti de suivre l'intuition qui restait son meilleur allié dans les moments de doute.

De plus, le circuit de la récompense, créé dans son cerveau par les premières félicitations, l'incitait à se lancer dans l'écriture dont il ignorait les connaissances, les études qui se rapportent à cette activité.

Le manque de volonté ou oubli du colonisateur, fut-il un plan bien déterminé à garder les colonies françaises dans l'insuffisance générale de l'instruction du savoir pour maintenir ces pays dans un défaut de connaissance, dans l'absence totale d'expérience ? Toujours est-il que le colonisateur crut bon de transmettre l'administration et les armes pour continuellement dominer techniquement, intellectuellement et scientifiquement. Le système colonial ne légua même pas une seule bibliothèque dans une colonie. Mais les pays colonisés devenus indépendants prirent la dimension de la grande nécessité à l'évaluation de ce manque de la portion relative à la construction de l'être, à sa libération des manipulations politiques, à son ouverture d'esprit, cet aspect ne se présenta pas non plus à l'esprit des chefs d'État nommés. La culture de l'esprit demeurant inexistante, il opta pour le commencement d'un livre dont il ne connaissait pas la base sur laquelle appuyer le reste. L'admettant, il ne lui restait plus qu'à user au gré de son imagination et suivre le fil de celle-ci. Alors, de premiers gribouillages confus commençaient à apparaître des mots, et puis des phrases surgissant des idées qu'il rangeait depuis sa puberté dans le tiroir mental des problèmes auxquels il n'osait faire face.

Il allait commencer par la grande histoire très originale de l'amour de ses parents, de leur rencontre, à leurs fiançailles, leur mariage jusqu'à sa naissance, lui, le fils qui porte le même prénom que son père et le même nom que son grand-père, le patriarche. Il connaissait bien l'histoire du grand amour de ses parents pour les avoir très souvent entendu en parler. Très fiers de raconter leur rencontre de la manière la plus naturelle, dans un monde où l'autorité parentale exigeait d'arranger le mariage pour leurs enfants. Le fait de leur rencontre inattendue, de se retrouver l'un en face de l'autre sans se chercher, le fait que personne n'eut à intervenir pour organiser leur amour en comparaison à la manière établie par les traditions de leur groupe social où inéluctablement, les parents choisissaient pour leurs enfants la bonne personne à épouser.

Il s'arrête, hésite à se relire, et puis sans savoir pourquoi il voulut s'entendre, peut-être pour prendre connaissance du contenu, et, comme pour le porter à la connaissance d'autrui, il énonça à voix haute la progression des lignes des prémices du brouillon de son histoire.

- Oui bien sûr, s'entend-il se dire, je crois qu'il faudrait, pour faire naître un éveil dans la société, dépeindre ces situations réelles, mais peut-être de façon un tout petit peu plus nuancée

Bass regarde les feuilles où se suivent des phrases raturées. Cinquante fois, il recommencera le début. Face à lui, Sanpha rédige la quatrième lettre de la journée à son autre moitié, dont les portraits tapissent la cellule depuis plus de deux semaines qu'ils y partagent leur quotidien. Antinomiques, les composants de leur parcours à chacun révèlent deux antipodes contraints par l'Autorité qui, après la décision des juges, a décidé de lier leur existence dans un intervalle de temps.

Ce ne serait pas inintéressant de développer ce point de départ, pense-t-il, se demandant cependant ce qu'il faisait là, et comment a-t-on pu l'incarcérer sans motif, et puis, d'un geste magnanime Bass se ressaisit et pense qu'en lisant cette histoire banale mais noble, certains éprouveraient peut être l'esprit d'une révélation, les premiers manuscrits gagneront la confiance des lecteurs.

Chapitre 3 No.3

Les membres de son entourage proche ressentiront une satisfaction dépassée. Personne n'aura encore parlé des principes et causes de l'effondrement des valeurs ni de la transformation culturelle comme ce jeune inconnu. On cherchera à savoir son nom. Inquiet de l'influence qu'il pourrait exercer sur ses lecteurs, il hésite, décide de s'arrêter d'écrire à cause du sentiment de trahison qui l'envahit soudain. En présentant son peuple sous cet angle peut-être réel, n'est-il pas en train de minimiser la chape de morale établie sur les mœurs.

Pourtant, ce qu'il attend de lui-même ce ne sont pas des rappels pour quelque chose d'oublié, ni non plus une insistance sur un caractère personnel avec précision, mais de la perte de repères éthiques à la faveur de la mesquinerie affectée spécialement envers la société.

Sanpha commence sa quatrième lettre de la journée, assis sur le premier des trois lits superposés de leur cellule humide. Actif, volontaire, le voici transformé en victime enfermée entre quatre murs. Un incompris, en manque d'affection, privé de la liberté qu'il est venu chercher ailleurs que chez lui.

- Voici que ça commence à prendre forme ? se dit-il. Une très bonne cause. Mais les autres ! s'effraie-t-il. Encore une feuille qui finit dans le panier et il en recommence une autre.

Cela laisserait à penser que tout ce qu'il a vécu jusqu'à sa garde à vue n'aura été qu'un rêve pourtant bien réalisé, mais qui commençait maintenant à présenter quelques courbes. Son épanouissement, auparavant, lui avait fait adopter un mode d'existence défini dans des conditions sociales, économiques et culturelles très satisfaisantes, néanmoins à Bruxelles, une ville grise et désordonnée par l'absence de fraternité entre deux régions déchirées et contrariées par la révolution de leur unique

colonie en Afrique. Comme la population de son pays d'adoption ne vit que de souvenirs ramenés ou abandonnés dans la folie de leur départ en catastrophe du territoire Congolais qu'ils avaient sans doute profondément aimé pour la plupart.

Bass parcourt la toute première feuille blanche qu'il vient de noircir complètement sans ratures et se demande s'il n'a pas été trop loin. Mais non, se dit-il, il faut capter l'esprit de l'éditeur et celui du lecteur par des figures inédites et fortes. Son continent aurait bien pu être tel qu'il va le mettre en scène. Les producteurs du mobilier qu'il dessine seront enthousiasmés. Il se lève, prépare une tasse de thé qu'il parfume avec du citron verdâtre, seul luxe qu'il se paie encore en écoutant la fréquence modulée de son poste stéréo. Il regarde un instant deux étoiles dans l'encadrement des barreaux de la fenêtre carcérale, se rassied et prend une nouvelle feuille.

Quand sa main gauche retient sa tête tombante, et que sa droite moite s'applique sur une nouvelle feuille blanche, un bruit de grosse clef pénètre subitement dans le verrou de la lourde porte, dans un vacarme typique des matons qui viennent effectuer une fouille improvisée. Toute la susceptibilité provoquée par son enfermement arbitraire le fige dans un état de torpeur tel qu'il se persuade, non seulement de transgresser les lois de la maison d'arrêt, mais aussi d'être devenu celui par qui les préceptes du pays allaient être trahis.

C'est foutu, perdu, pense-t-il. Pris de panique, Bass a juste le temps de rassembler ses papiers. Tête vide, subitement, il devient tremblant, fourre toute la paperasse dans la poubelle, entre les ordures. On tourne la clef dans la serrure une dernière fois, le verrou se libère de sa niche, la porte s'ouvre. Pas de doute ce sera le mitard, se dit-il, il a été balancé, mais par qui, qui a pu faire une chose pareille ? Quand les traîtres décident de vous trahir. Mais un surveillant aboie...

- On a de la compagnie ! Un nouveau frérot bien chaud pour vous, dit le surveillant, l'air narquois, en introduisant un troisième détenu dans la cellule. Et puis, la porte retomba sur la grisaille, autour des trois compagnons, telle l'analogie de la toile qu'il avait terminée quelques mois avant son interpellation, et qu'il avait baptisée les « insoumises ».

La terreur qu'il lit sur le visage du nouveau détenu accentue son propre désarroi, il a peut être commis quelques maladresses, pense-t-il, alors il essaie de conformer sa pensée au développement oral du très excité nouvel arrivant, en écoutant attentivement des explications destinées à éclairer les motifs de son incarcération, sans l'interrompre. À la fin, il lui tapote l'épaule et murmure en se dirigeant vers le réchaud à gaz afin de le revivifier, en lui proposant une boîte de conserve mise en sauce :

- Rapproche ton tabouret et mange quand c'est encore chaud.

Mais lorsque le nouvel arrivant change d'attitude et commence à parler de sa vie jusqu'à son incarcération, Bass détourne la tête, essaie de se soustraire habilement des réminiscences que celui qui s'agitait de plus belle lui remettait en mémoire, il se demande à ce moment précis si les réminiscences de son joyeux passé seraient bon à entendre pour ses compagnons de galère, si le vent tournerait de nouveau à son avantage, ou alors tout était fini, terminé comme l'arrêt sans recours de son enfance, qui, prématurément sans qu'il en ait pensé lui-même à y mettre fin, tout était devenu très grave, pathétique, très important, ennuyeux, austère, nostalgique et secret. Secret comme les carnets de notes de ses parents qu'il lisait en cachette en leur absence. Ont-ils jamais su que Bass savait les secrets de la famille, savaient-ils que tout petit, il avait des rendez-vous en rapport avec leur emploi du temps selon sa propre disponibilité ?

Interpellé une toute première fois, peu avant la puberté, par la forte odeur de camphre que dégageait la grosse malle porteuse d'objets de valeur familiale et de documents secrets entre autres.

Il eut maintes fois pendant son enfance, l'occasion de compulser avec soin, feuille par feuille, les carnets correctement rangés au de fond de la malle parfumée. Choqué par certaines phrases qu'il découvrait, il fut pris de panique à l'idée de pouvoir utiliser ces lectures inédites mais continue d'écrire, et en oublie maintenant de se relire jusqu'au moment où un engourdissement agréable glisse de sa tête à son corps, le creux de son temps libre, la staticité dans sa cellule et la grisaille des murs le déportent sans sommation dans un sommeil irrésistible. Il est deux heures du matin.

L'exercice de combat contre la force du sommeil qui l'envahit est si inéquitable qu'avec délectation, il se laisse glisser dans le bleu profond du ciel étoilé africain procuré par ses yeux clos qui le transporte dans son rêve favori.

La douceur qui s'installe sur son visage finit par chasser l'épouvante. Il est serein, son sommeil lui indique la marche à suivre, il va commencer une histoire forte et authentique, mais surtout pas un conte.

Ce qu'il va faire connaître, sans pudeur, sans aucune sensibilité ménagée, ni non plus aucun détail épargné, c'est l'histoire de ses parents qui sont deux êtres exceptionnellement amoureux, et qui ont choisi de faire vibrer l'amour dans la complicité et à l'éducation de leur progéniture.

Je m'appelle Bassa Putkak, en d'autres termes Bass Ptk. Je me suis composé Bass Ptk à peu près depuis que j'aime composer des syllabes qui ont une résonance dont la vitesse est supérieure à celle du son.

Alors je compose, ne triche, ni ne mens point. Je compose pour le futur composé. Je m'invente des vies d'êtres rêvés, des réalisations produites par mon binôme, depuis le temps des premières rédactions scolaires. Donc capable d'en raconter des superbes quand l'envie se présente, et incapable par contre quand il le faut. Longtemps j'ai gardé secret une absence partielle de cheveux cachés en dessous de mes dreadlocks parce que mon autre moi, au mental et au physique qui n'en comptait que la moitié, n'acceptait pas l'autre moi qui prétendait être plus réfléchi. Je ne relate les faits par une bonne rhétorique que lorsque la faculté d'imagination me suggère sa manière de procéder. Alors, ravi, j'étouffe, je me déteste, je ne sais plus, je ne me souviens plus. Mais comme si c'était hier, je me souviens d'une phrase tendre écrite à l'encre verte sur une page blanche, un mot doux qui avait dû toucher la sensibilité de maman.

- Tu ne pourras jamais imaginer à quel point je suis heureux que tu sois ma femme.

Elle avait entreposé cette précieuse note, comme tant d'autres échanges entre eux, sauf que celle à l'encre verte restait toujours placée au-dessus du lot, dans la malle, en vue peut-être que celle-ci reste par-dessus tout, la première et la dernière à voir lorsqu'elle ouvrait ou refermait la malle.

Comme toutes les mamans de ce quartier aux allures de bourgade ouvrière naissante, maman passe ses après-midi à recevoir ses copines pour des programmes sur le travail féminin innovant, pour des comités sur la légitimité des femmes ainsi que sur leur accessibilité aux manifestations de volonté individuelles ou globales.

Maléa, sa meilleure amie apprécie les hommes, elle les choisit comme du chocolat noir croquant, aux grosses noisettes bien fermes, croque dedans avec beaucoup d'appétit, mais très vite à satiété, elle les abandonne.

Quant à Bitan, la sœur de maman, elle essaie de leur convenir pour se les approprier et puis, au premier changement dans l'évolution de l'histoire, ils se retirent et laissent tomber l'histoire.

Quant à maman, la finesse l'attire, l'assomme. Elle adore aimer et l'avouer, et faire chuchoter son amour.

Elle avait choisi cet homme calme et élégant parce qu'elle éprouvait pour lui le désir profond de lui plaire. L'amour consistait alors à fondre en lui. Sans l'amour de son amoureux, où se serait-elle située ? Sans cet homme, quel sens aurait pris l'évolution de sa vie depuis la naissance de ses sentiments pour lui.

Sur leurs photos de mariage, mes parents, Mako et Baly ressemblent à deux jeunes mariés de la classe moyenne africaine naissante, avec en prime, ce rayonnement que l'on trouve dans le regard des grands amoureux, l'air était français. En ce temps-là.

La belle raie au milieu du crâne, fine moustache, le spencer blanc sanglé à la taille, épaules carrées, le menton parallèle au sol, le coq français, époque oblige.

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