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Je vous envoie un ange

Je vous envoie un ange

Auteur:: promotion
Genre: Romance
Maggy et Michel regagnent le réfectoire afin de saluer la mère supérieure pour son chaleureux accueil. Elle les raccompagne vers le perron et là, surprise ; flanqués de leurs cadeaux, regroupés en arc de cercle autour de la sœur malgache, les enfants entonnent leur chant de Noël... Le coup est imparable, désarçonnant. L'émotion confine à l'insoutenable, l'incontrôlable. Sans aucune retenue, les larmes montent et roulent sur les joues. Les regards des petits implorent les grands de se joindre au chœur. Frère Jean a pris le bras de Maggy et la mère supérieure celui de Michel... ils ne sont qu'un, ébranlés. Biographie de l'auteur Michel Kossa écrit pour parler de ces souvenirs ancrés dans le passé. Ces souvenirs parfois anodins, quelquefois dérangeants ou encore inoubliables, mais parfois révélateurs de notre personnalité.

Chapitre 1 No.1

À Cédric et Jean-Baptiste.

Du même auteur

Le vol en montagne, Tome I, Chiron Paris, 1971 ;

Le vol en montagne, Tome II, Chiron Paris, 1999 ;

Courchevel airport, Cépaduès Toulouse, 2005 ;

Oser le vol en montagne, Cépaduès Toulouse, 2019 ;

Voler en 3è niveau, JPO Levallois-Perret, 2019 ;

L'avion tueur d'orages, JPO Levallois-Perret, 2020

Avant-propos

En lisant cet ouvrage, on entre manifestement dans une parenthèse de vie.

On a tous une tranche de vie que l'on a aimée ou haïe, qui nous a échappé ou qui a dérapé ou que l'on a intensément vécue...

Au fil du temps qui s'écoule il y a un passé, un présent et un futur... et c'est dans le passé que s'ancrent les souvenirs ! Ils sont parfois anodins, quelquefois dérangeants, ou encore inoubliables... Souvent révélateurs de notre personnalité. Ce vécu, on a besoin de l'oublier ou au contraire d'en parler ou de l'écrire. Si c'est le cas, il ne faut pas croire que l'écriture n'est réservée qu'aux talentueux. Il y a les artistes innés, les narrateurs professionnels, les « nègres » et les besogneux... Mais pourquoi ne pas raconter son histoire ? Les éditeurs feront leur choix. Il y a aussi le compte d'auteur ou tout simplement le tirage photocopié et relié à dispo des amis et de la famille. Ainsi l'histoire sera sans doute lue. Elle étonnera, surprendra et peut-être permettra-t-elle de dissiper un malentendu, d'éclairer un quiproquo... ou d'aider à comprendre des trucs...

Ici, il s'agit tout simplement de raconter un vécu peu ordinaire, classé comme une vraie parenthèse enrichissante de vie.

Dans cette parenthèse, il y a eu un passé, un présent et il y a eu un futur.

Les protagonistes se reconnaîtront peut-être. Le temps qui passe dévore les souvenirs, les estompe, les tronque où les mutile.

Quelques lignes suffisent parfois à remettre les choses dans le bon ordre.

Chapitre 2 No.2

Chapitre 1

Le Rocher

- Allô ! Pierre ?

- Oui, bonjour, nous sommes là !

- OK, nous descendons !

Il est 7 heures. Le temps de revérifier leur petit équipement, Maggy et Michel se dirigent vers l'ascenseur qui tarde un peu vu l'heure. Descendre les onze étages par l'escalier de service ne les emballant pas plus que ça, ils attendent... Le voyant s'allume enfin, les portes coulissantes s'ouvrent les invitant à entrer, et le bouton réceptionest pressé.

À l'entrée du hall d'accueil de l'hôtel, tout sourire et petits signes, Lydie et Pierre s'avancent.

- Coucou... en forme ?

- Oui, et vous ?

- Le taxi-brousse nous attend !

- Le grand luxe quoi !

- Oui... le chauffeur est un ami.

- Bien... il y aura beaucoup de kilomètres ?

- Une petite cinquantaine !

- Ah bon...

- Oui, mais quand tu auras découvert l'état de la route qui mène à Béorana, tu seras bien obligé d'admettre que cette petite cinquantaine te paraîtra peut-être comme une petite éternité...

- ?

Michel et Maggy emboîtent le pas du couple en direction de la voiture. Au sortir de l'hôtel, alors qu'ils descendent la dizaine de marches marbrées vers le parking, une Peugeot 304 familiale crème taxi-brousse arrive vers eux. Pas tout jeune le taxi-brousse !

Seule à bien connaître l'itinéraire, Lydie propose de rester à l'avant. Parmi les six places, en observateurs qui prennent du recul, Michel et Maggy s'installent sur la banquette arrière et Pierre sur l'un des sièges au centre. Typiquement malgache, pas très grand, teint sombre, cheveux bouclés, la trentaine et très souriant, le chauffeur les salue, embraie et passe la première qui se lamente longuement puis, malgré quelques gémissements, soubresauts et grincements, l'engin finit par obéir assez docilement aux sollicitations. L'auto s'ébranle et les voici dans le trafic matinal d'Antananarivo. Malgache, Lydie donne ses ordres au chauffeur afin d'éviter le pire.

Le marché « Zouma » de Tananarive,

qui se tient chaque lundi depuis trois cents ans

Aujourd'hui, 21 décembre 1990, c'est « Zouma », le marché hebdomadaire situé en plein cœur de la capitale ; il se déroule sur la place de l'Indépendance.

D'innombrables charrettes tractées le plus souvent par des zébus en assurent l'approvisionnement... d'où la lenteur de la circulation avec son cortège de voitures et vélos se faufilant dans l'imbroglio.

Il n'est que sept heures trente, mais tempérée par l'altitude de Tananarive1, la fraîcheur de la nuit fait place à la douceur d'un début d'été tropical.

Deux attelages avec zébus

Dans la grande famille des bovidés, tout comme ces bonnes vieilles vaches tarines des alpages, les zébus ont assurément la même légendaire nonchalance. Les nombreux « encouragements » sur les arrière-trains ne changent pas grand-chose... Dans ce dédale de rues en pente, aussi bien à la montée qu'à la descente, maîtriser de pareilles charges embarquées fait plutôt frémir d'angoisse.

En fin connaisseur des us et coutumes, des imprévus, klaxon omniprésent et avec les conseils avisés de Lydie, le chauffeur s'extrait finalement mais non sans mal du secteur « Zouma ». Au sortir du centre de Tana, le taxi-brousse prend une direction est vers Moramanga.

Maggy et Michel se rendent à une journée « champêtre » chez le père de Lydie afin de fêter la nouvelle année. Un rituel. Une réunion familiale au sens très particulier. Monsieur Barato, de parents malgache et italien, est veuf d'une autochtone. Lui et son épouse, après de longues années de labeur, ont acquis un immense domaine assez prospère. Ils se sont spécialisés dans la vanille, le manioc, la pomme de terre...

Dans les années 60, suite à l'indépendance de l'île, sous forme de parcelles réparties dans le domaine, ils ont distribué des titres de propriété à l'ensemble de leurs ouvriers. Chemin faisant, à l'occasion du Nouvel An, sont organisés chaque année en leur ranch, deux à trois jours de festivités en souvenir de cet évènement.

Arrivées d'un peu partout sur ce vaste territoire, les familles malgaches devenues propriétaires affluent, après avoir parfois parcouru de longues distances et le plus souvent à pied. Maris, femmes et enfants resserrent ainsi les rangs autour du patriarche : papy Barato, et son chat !

La route goudronnée vers Moramanga est délaissée pour une bifurcation sur la gauche vers Ambatondrazaka viaAnjozorobe. Entre les profondes ornières, le goudron est rare. La voiture tangue et roule au gré des aléas. Le voyage devient chaotique. La vitesse de croisière s'affaiblit et comme au bon vieux temps, la nouvelle allure permet au chauffeur et aux passagers de se cramponner avec le coude à la fenêtre et le visage au petit vent. Cela fait déjà une bonne heure qu'ils sont partis et à ce train-là, comme l'annonçait Pierre, « ça prendra le temps qu'il faudra ! » C'est sûr !

L'état de la route

Les enfants comblant les nids-de-poule

À l'image de la progression, l'heure tourne lentement. Les voyageurs ont tout loisir d'observer sur le rare asphalte, des nattes étalées couvertes de grains qui profitent des chauds rayons du soleil pour sécher. Il s'agit le plus souvent de riz, mais aussi de feuilles de papier à base de plantes fibreuses, une sorte de papyrus. Il ne fait pas bon dans ces moments-là croiser un camion ou un autre taxi-brousse.

Au détour d'une courbe, le chauffeur ralentit encore un peu et finit par s'arrêter au bord de la route. En guenilles et couverts de poussière, trois gosses, une petite fille et deux garçonnets d'une dizaine d'années s'avancent vers l'auto. Au vu des ornières fraîchement comblées de terre rouge, il est clair que ces cantonniers en herbe espèrent en

Des paniers tressés servant sans doute au transport de la terre jonchent les bas-côtés. Ces enfants sont tellement pitoyables dans leur quête qu'il est impossible de ne pas les comparer à nos chers petits écoliers de notre belle France. Pauvres gosses ! Aux dires de Pierre et Lydie, ce genre de situation est assez répandu dans le pays !

Quelle tristesse !

Bien entendu, après être venus jusqu'aux abords immédiats du véhicule et après quelques mots d'encouragement et quelques pièces... les visages fatigués des enfants laissent place à un début de sourire.

De plus en plus tortueuse, la route serpente entre une végétation toujours aussi dense, des champs cultivés et des prairies où paissent parfois quelques zébus. De temps en temps, quelques petites maisons en terre rouge, rectangulaires, au toit de chaume ou de tôles ondulées rouillées. Toujours le même style typique.

« Le plus souvent c'est de plain-pied en terre battue, explique Pierre. À même le sol trône un foyer pour la cuisson de la nourriture. La fumée alors en liberté noircit tout... » et de rajouter qu'au-dessus, un étage est souvent dédié au stockage ou au séchage des produits agricoles... Le bois est transformé en charbon de bois... plus performant ! Oui, mais la conséquence est dramatique car en raison des coupes claires faites dans les forêts pour prélever ce noble matériau, la terre devient aride et propice à l'érosion... et comme le bois est pratiquement l'unique combustible à disposition, que faire ?!

À présent, le véhicule est un peu coincé derrière un autre taxi-brousse lourdement chargé. Ce dernier roule bien moins vite et il va falloir manœuvrer pour le dépasser.

En plus de la charge volumineuse pesant sur la galerie, laissant deviner l'intérieur bondé, une grappe humaine se cramponne tant bien que mal sur les appuis extérieurs à l'arrière ! La manœuvre de dépassement s'annonce à grands coups de klaxon. Le futur dépassé doit se serrer tant et plus sur sa droite. Les deux conducteurs zigzaguent périlleusement entre les ornières tout en s'efforçant de rester sur la route. Les châssis, les pneus et les carcasses se lamentent à la limite de la rupture...

Taxi-brousse en charge !

Ce serait un peu comme deux chars romains dans l'arène ou encore mieux, des voitures suiveuses dans une course cycliste, tentant de remonter la caravane puis le peloton vers leurs coureurs échappés... Ici, c'est à celui qui gagnera sur l'autre en tenant l'équilibre. Les chauffeurs habitués à de telles prouesses ne s'en laissent pas conter pour autant. Le duo, un temps côte à côte et d'égal à égal, presque figé... se sépare enfin ; l'avantage est laissé au dépassant et c'est enfin la délivrance. Car le gros souci dans ces moments, et de voir arriver en face un collègue...

Durant toute la manœuvre, bien que ce genre d'exercice ne soit sûrement pas un cas unique, la grappe humaine du dépassé s'est bien délectée de l'évènement !

Le soleil monte vers le zénith quand Lydie annonce qu'ils sont sur le point de laisser Anjozorobe sur la gauche. Le taxi bifurque effectivement quelques instants plus tard sur sa droite en empruntant une autre piste filant vers Beorana, leur destination.

Arrivée au ranch de Beorana

Le taxi-brousse s'engage sur une piste de terre rouge bordée d'une assez dense végétation. Quelques kilomètres plus loin, la verdure laisse place à un grand espace entretenu, au milieu duquel, en contrebas, apparaît un petit lac.

Lydie demande au chauffeur de stopper et descend de la voiture tout en proposant à ses invités de la rejoindre.

« Voici le ranch de mon papa ! Vous voyez au loin les habitations en blanc, les dépendances en rouge et le petit lac de retenue au premier plan... Nous sommes arrivés ! »

Grand, svelte et discrètement courbé d'un côté, un monsieur âgé légèrement typé « malgache » vient vers l'autotaxi ; il porte une fine moustache et à la main un chapeau de toile de riz qu'il a retiré d'une chevelure clairsemée châtain clair ; son polo vert délavé est usé, tout comme une sorte de jean bleu de chauffe. Bien que fourbue, l'équipée s'empresse de descendre du véhicule en se réajustant.

« Je vous présente mon papa, notre patriarche ! » annonce Lydie.

Un papy somme toute bien fringant, fier et affable. Il est de bonne taille, un mètre quatre-vingt-cinq peut-être, pour de probables quatre-vingts ans. Sans lunettes, la démarche limpide et sûre, un petit chat gris et blanc dans les bras.

Michel et Maggy accompagnent une Lydie, très malgache ; la quarantaine, un peu ronde, les cheveux mi-longs brun foncé bouclés, pétillante dans sa petite jupette blanche ; elle a pris son père par le bras et tous deux sont réjouis de leurs retrouvailles.

Il est presque dix heures et demie quand les arrivants sont conviés à rejoindre la maisonnée où ils sont attendus. Pierre glisse au passage à Michel que le taxi-brousse reviendra les prendre vers 20 heures pour le retour à Tana.

Chapitre 3 No.3

Lydie et Maggy

Pierre, Malgache lui aussi, la quarantaine, svelte, beau gosse, avec ses cheveux bruns légèrement grisonnants, lisses et tirés vers l'arrière, une paire de lunettes de vue et jean-chemisette.

Lorsqu'elle était enseignante dans une école de formation pour adultes à Chambéry, Maggy côtoyait régulièrement Liliane, une collègue malgache. Ayant appris le prochain voyage de Maggy pour Madagascar, Liliale avait saisi l'occasion pour lui remettre un courrier de famille destiné à sa tante Lydie.

Le 26 juin 1960, Madagascar devenant indépendante, les parents de Liliane avaient choisi de partir pour la France ; les autres membres de la famille avaient préféré rester sur place en banlieue de Tananarive...

De ce fait, la rencontre entre Lydie et Maggy créa rapidement un lien particulier... Une réciproque sympathie s'installa spontanément entre elles.

Une fois Maggy arrivée à Tananarive, Michel fit naturellement connaissance avec la tante de Liliane et son mari, tous deux malgaches. Bien au fait des coutumes et de l'histoire de l'île, Pierre, transformé en guide pour la circonstance, leur fit découvrir Tananarive et ses environs à travers moult récits historiques.

Le palais de la reine et ses anecdotes à rebondissements, le marché « Zouma » et ses habitudes, la gare des chemins de fer malgaches, le zoo avec ses crocodiles et ses différentes espèces de lémuriens, les jardins botaniques luxuriants, l'arbre du voyageur et les rues marchandes avec toutes sortes de boutiques achalandées de tout et de rien où s'entrecroisent des gens, des charrettes à bras, des remorques tractées par des zébus. La débrouille est partout. La vétusté effraie. Les visiteurs ont constaté aussi que les rues sont moins sûres dans certains quartiers.

La gare des chemins de fer malgaches à Tananarive

En journée, profitant des absences professionnelles de Pierre et Michel, Lydie a invité Maggy à découvrir son univers. Sa maison, ses enfants, son grand jardin et ses lémuriens apprivoisés. Bien entendu pour parler aussi de leur vie après l'indépendance et le départ de bon nombre de Malgaches, et d'Européens ayant préféré déguerpir, dont les parents de sa nièce Liliane.

Une rue très populaire « moins sûre le soir »

Dans les pas du patriarche et de Lydie, la petite troupe fait mouvement. Elle s'approche du ranch, qui se révèle assez important. Pendue au bras de son papa, Lydie doit assurément revivre et savourer des souvenirs de jeunesse.

Relativement modeste dans ce qui aurait pu devenir un tape-à-l'œil déplacé, sise entre ses murs blanchis à la chaux, la bâtisse paraît cependant imposante et agréable. À l'invitation de Lydie et de son père, le groupe pénètre à l'intérieur, où règne une fraîcheur bienfaisante bien que toute relative. En décembre sous les tropiques, ce n'est pas tout à fait la météo d'un début d'hiver à Chambéry... Le thermomètre frise déjà les trente-deux degrés en ce milieu de matinée !

Dans la légère pénombre qui habite les lieux, les meubles en rotin ou en bambou travaillé mettent en valeur l'artisanat local, et témoignent aussi d'une certaine aisance matérielle.

Toujours au côté de son père, Lydie, en maîtresse de maison avisée, invite ses hôtes à prendre place dans des sièges confortables disposés en arc de cercle. Aussitôt sorti de nulle part, un large plateau de victuailles est présenté par une Malgache d'une cinquantaine d'années ; il finit sa course sur la table basse à la portée de tous, accompagné de boissons fraîches et de quelques fruits magnifiques en prélude au repas de midi... La maisonnée parle le français sauf le papy quand il donne sobrement ses ordres à la dame au plateau. Celle-ci acquiesce et disparaît aussi discrètement qu'elle était entrée.

« Levons nos verres à votre venue et merci d'être là... » lance monsieur Barato2

Papy Barato et son chat

Après un instant de flottement occupé à la dégustation des jus de fruits, papy s'adresse à Maggy :

- Si ce n'est pas trop indiscret, vous êtes à Madagascar depuis longtemps ?

- Non, pas du tout, je viens d'arriver à Tana pour rejoindre mon mari...

- Et vous Michel ?

- Je suis ici depuis deux petits mois.

- Vous connaissiez Lydie et Pierre ?

- Une collègue de travail, Liliane, votre petite-fille, est à l'origine de la rencontre, précise Maggy.

Tous deux s'empressent de remercier leur hôte pour son accueil, et Michel explique très sommairement qu'il travaille sous contrat avec Air Madagascar à Ivato.

Lydie reprend aussitôt la parole afin d'éclairer davantage son père. Elle détaille un tantinet cette relation professionnelle entre Maggy et Liliane.

- Liliane savait que Maggy projetait de passer les fêtes de fin d'année à Madagascar auprès de son mari. Et elle lui a demandé un petit service, prendre contact avec moi et me remettre un courrier pour affaires de famille.

- Ceci n'a été possible qu'au travers des billets GP3délivrés par l'ESMA, l'entreprise pour laquelle je travaille ici, complète Michel. De ce fait, en plus du plaisir de faire la connaissance de votre fille, nous découvrons grâce à Pierre les beautés de Tananarive et ses environs.

- Mais avant de partir pour Madagascar, enchaîne Maggy, mes collègues de travail et moi-même avons organisé une collecte de médicaments et de jouets pour enfants à destination d'une léproserie située à Fort-Dauphin.

- Le bon vouloir des personnels d'Air Madagascar à Roissy a largement contribué à ce petit transport dépassant largement les limites de poids autorisé pour un billet... reprend Michel ; une sorte de chaîne humanitaire tacite s'est mise en place depuis longtemps au fur et à mesure des demandes...

- Du fait des relations familiales, ajoute Maggy, il m'est arrivé de dialoguer notamment avec Pierre W. un père ayant officié durant plus de trente ans dans le sud de Madagascar. En apprenant mon départ pour Tananarive, il a demandé si je pouvais me mettre en rapport sur place avec le frère Richard D., un enseignant à Tananarive4qui saurait nous orienter pour rejoindre l'orphelinat de Fort-Dauphin. Pierre a en effet exercé très longtemps son ministère dans cet orphelinat où survivent de jeunes et moins jeunes enfants dont les parents ont été pour la plupart victimes de la lèpre... Il avait besoin de notre aide éventuelle pour établir une petite pharmacie dans cette institution... Cette idée recoupait parfaitement les recommandations des collègues de Michel qui conseillaient l'emport de médicaments, si rares là-bas. Alors quand il a été question de mon voyage, j'ai bien sûr répondu favorablement à la demande du père...

- Ah ! mais c'est très bien tout ça... s'exclame le maître de maison.

- Mais oui papy renchérit Lydie, nous t'avons préparé une petite trousse avec des médicaments de première nécessité pour toi mais aussi pour les gens d'ici...

- Non !

- Si, si, regarde...

Lydie s'empresse de lui tendre le paquet... Espérons que le choix sera le bon ! Il y a de l'aspirine, de l'Imodium, du Doliprane, de la Nivaquine, une pince tire-tique, des préservatifs, de l'alcool, des pansements autoadhésifs, des compresses stériles et d'autres petites choses avec quelques recommandations écrites par un ami médecin.

Ce présent fait son petit effet. Alors que le papy étale une partie du contenu sur un coin de la table basse, Michel ne peut s'empêcher d'intervenir pour expliquer qu'à l'arrivée du 747-combi d'Air Madagascar il y a deux jours, au petit matin, à l'arrivée de Maggy, il a fallu, en plus du petit bakchich normal intercalé dans les pages du passeport, se délester de quelques échantillons médicaux choisis par le douanier de service.

Le regard attentif et ne paraissant nullement surpris par une telle pratique, papy se permet juste un petit rictus approbateur, un peu résigné, et lâche un long soupir... qui soulève légèrement le chat toujours dans ses bras.

Un autre paquet est prestement déposé sur la table basse ; là il s'agit de tout autre chose que de la pharmacie... quelques bouteilles de Betsiléo rouge... et les prunelles du patriarche pétillent...

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