« Eh bien, à l'année prochaine ! On se retrouve en deuxième année de master pour celles et ceux qui seront admis. Pour les paresseux, je serai là pour vous rire au nez après les résultats. N'oubliez pas : vous avez deux mois de stage à effectuer. Aucune excuse ne sera acceptée. J'espère que vous avez déjà vos binômes. »
C'était le directeur des études de l'université que je fréquente. J'attendais une seule chose : qu'il prononce enfin sa phrase fétiche :
« Vous pouvez disposer. »
J'étais affalée sur un banc, l'esprit ailleurs, presque à l'ouest.
« Vous pouvez disposer. »
Ouf ! Ce n'était pas trop tôt. Je saisis aussitôt mon sac et me levai d'un bond pour quitter cette salle où je suffoquais presque.
Je ne pris même pas la peine d'attendre mes deux amies et colocataires. Je sortis seule dans la cour de l'établissement.
- Princesse ? Ma princesse ? Mais doucement, non ?
Je reconnaîtrais cette voix entre mille. Ça ne pouvait être que cet idiot qui ne me laisse jamais respirer avec ses éternelles déclarations d'amour. Je m'arrêtai quand même, le temps d'attendre mes amies pour que nous rentrions ensemble.
- Aïe... Tu pourrais, un jour, faire l'effort de me répondre quand je te parle, Belle ? dit-il en arrivant devant moi, tout essoufflé.
Je le dévisageai froidement.
- Fred, pousse-toi de ma face. Répondis-je d'un ton sec.
- Pourquoi es-tu toujours aussi agressive ? Regarde... j'ai couru depuis la salle juste pour te rattraper et discuter un peu avec toi, tu...
- Je ne t'ai rien demandé, Fred. Et puis, t'as vu l'heure ? Il est 18h. Tu veux discuter avec qui, là ?
Il continua à parler, racontant sa vie... Mais moi, mon esprit était déjà ailleurs. Tout ce que je voulais, c'était voir mes amies sortir pour qu'on puisse enfin s'éclipser.
__ Belle, tu m'écoutes ?
__ Ah ah !! Ah ah !! Fred, laisse-moi tranquille ! Qu'est-ce que tu veux à la fin ?! - lançai-je en haussant le ton.
Il commençait sérieusement à m'agacer.
__ Fred, fiche-lui la paix, toi aussi ! - s'exclama une voix familière.
Je reconnus immédiatement cette voix : c'était Kesia, l'une de mes amies. Je tournai la tête et la vis s'approcher, accompagnée de Ronya. Parfait. Une fois les deux à mes côtés...
__ On y va, les filles - dis-je en prenant la direction de la sortie.
__ Belle ? Belle, tu ne me dis pas au revoir ? Belle ?
Toujours Fred. Ce garçon me harcèle, il me harcèle !
Une fois hors de l'établissement, mes amies éclatèrent de rire. Je les lançai un regard noir.
__ Qu'est-ce qui vous fait rire ?
__ Fred et toi - répondit Ronya.
__ Ton amoureux et toi - ajouta Kesia.
__ Ce n'est pas mon amoureux.
__ Ce n'est pas parce que tu refuses de voir la réalité qu'elle n'existe pas, ma chérie - lança Ronya.
Je ne répondis pas.
__ Il t'aime vraiment ce gars - dit Kesia.
__ On peut changer de sujet, s'il vous plaît ? - lançai-je, agacée.
__ Enfin, l'année est terminée ! - s'exclama Ronya, un large sourire aux lèvres.
Je poussai un profond soupir de soulagement. Dieu merci, elle avait changé de sujet.
__ Oui, mais les stages commencent bientôt.
__ Tu es avec qui, Ronya ? Moi je suis avec Belle.
__ Nera - répondit-elle.
Nera ? Cette fille de notre classe... Je ne la supporte pas. Comment dire... Elle est rabat-joie, jalouse, et toujours pleine de médisance.
__ J'aurais préféré une autre personne - dis-je.
__ Moi aussi - répondit Ronya avec une moue triste.
__ Désolée, ma chérie - répliquai-je.
__ Elle était la seule disponible - justifia-t-elle.
__ Évidemment... Avec sa langue de vipère, qui voudrait travailler avec elle ? - lançai-je.
Nous éclatâmes de rire.
__ Mais vous me connaissez, non ? Si elle tente quoi que ce soit, je la remets à sa place, elle apprendra à fermer sa bouche - affirma Ronya, déterminée.
__ J'ai confiance - dis-je, souriante.
__ Une fois à la maison, les filles, on se repose un peu et après...
__ ON SORT !!! - hurlèrent mes deux folles à l'unisson.
Je me joignis à elles, et nous criâmes toutes ensemble en riant. Nous rentrâmes à pied, l'immeuble où nous logeons n'étant qu'à quelques pas de l'école. Nous sommes complètement folles, mais dans le bon sens du terme. D'ailleurs, je suis sans doute la plus folle du groupe : nerveuse, impulsive, je ne laisse jamais rien passer. Tu me cherches, tu me trouves. Je suis une grande fêtarde et j'adore l'ambiance.
__ Je sens que je vais grave m'éclater ce soir ! Vous voyez le genre ? - dis-je en me mettant à twerker en pleine rue devant elles.
Elles éclatèrent de rire.
__ Oui, on voit bien le genre - répondit Ronya en m'imitant.
__ Twerke, baby, twerke ! - lança Kesia en la rejoignant.
Nous rîmes toutes les trois. C'est ainsi que nous arrivâmes à notre appartement, le cœur léger. Dans notre groupe, la joie est toujours au rendez-vous.
Ce soir, à 20h, Los Angeles va ressentir notre passage. J'en suis sûre.
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Pendant ce temps, dans un autre appartement de la ville...
Un homme à la beauté saisissante, au corps d'athlète et à la stature imposante, était assis, les yeux rivés sur son téléphone, comme s'il attendait un appel ou un message d'une importance capitale. Il consultait son écran toutes les deux secondes. Finalement, un message s'afficha, et aussitôt, il se leva pour rejoindre le parking de l'immeuble.
__ Bonsoir, mec. Ce n'est pas trop tôt - dit-il en s'installant côté passager.
__ Désolé, les bouchons, gars. Alors ?
__ Le même que la dernière fois.
__ Parfait - répondit l'autre en démarrant.
__ Tu as trouvé celle qu'il te faut ?
Après cette question, il le fixa un moment, puis détourna son regard vers la vitre, songeur.
__ Jack ?
__ Oui, j'ai entendu ta question. Non, je ne l'ai toujours pas trouvée.
__ Le temps presse, mec.
__ Je sais, Eli. Mais il me faut une femme capable de jouer le jeu, une qui n'a pas froid aux yeux, qui saura tenir tête à mes sœurs capricieuses, toujours fourrées dans mes affaires. N'oublie pas qu'ils ont déjà découvert mes quatre précédents faux mariages.
Eli éclata de rire en y repensant.
__ Oui, mais c'est surtout ton père qui a engagé des détectives, pas tes sœurs.
Jackson roula des yeux en souriant.
__ Chez moi, quand il s'agit de moi, c'est toute la famille qui s'en mêle. Je suis le fils unique et l'aîné des Anderson. Mon père n'ayant pas de frère, je suis le seul à pouvoir perpétuer le nom.
__ Et depuis huit ans, tu refuses de le faire. Pourquoi déjà, Jack ?
Il esquissa un sourire.
__ Te moque pas de moi, tu veux ? Tu connais bien mon orientation.
__ Tes parents n'accepteraient jamais ça...
__ Ils ne doivent même pas en entendre parler. Ils en feraient une crise cardiaque.
Les deux amis éclatèrent de rire. Ils arrivèrent à destination : un bar très chic et hyper discret. Comme d'habitude, le lieu avait été entièrement privatisé pour eux.
__ Amenez-moi deux filles. Vous connaissez mes goûts, j'espère ? - dit Eli.
__ Oui, patron. Et Mr Anderson ?
Eli sourit.
__ Non, il ne veut rien - répondit-il.
__ Très bien, merci.
Puis il rejoignit son ami déjà installé.
__ La vie est belle, Jack, et les femmes sont jolies et bonnes.
Jack fit une grimace dégoûtée, déclenchant un fou rire chez Eli.
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Belle Rollins...
__ Allez hop, hop, hop les filles ! Il est 21h, on sort ce soir ! Levez-vous, bon sang ! - criai-je.
Elles finirent par se lever, enfin ! Je m'apprêtai également, et nous sortîmes.
__ On va où ? - demanda Ronya.
__ Je veux un endroit bien chic ce soir - dit Kesia.
Je souris malicieusement.
__ Tu vas être servie, ma belle. J'ai repéré un bar hyper classe et ultra discret.
__ J'ai trop hâte, baby - dit Kesia, l'eau à la bouche.
Je ris doucement. Nous arrêtâmes un taxi, direction le fameux bar. C'était un peu loin, mais pas de quoi nous décourager. Après quelques minutes, nous étions devant l'entrée. Nous réglâmes la course, puis nous approchâmes de la porte.
Étonnamment, celle-ci était fermée.
__ Tu es sûre que c'est ouvert ? - demanda Ronya.
__ Normalement, oui. Je vais voir - répondis-je.
En la touchant, je me rendis compte qu'elle était simplement rabattue. Sans doute pour préserver la discrétion du lieu. J'ouvris donc...
__ Allez, entrez les filles.
À peine avions-nous posé un pied dans la pièce que des gémissements retentirent.
Hein ?
En y regardant de plus près, je vis... non... deux filles sur un seul homme. L'une assise à califourchon sur lui, en pleine action, l'autre se caressant langoureusement devant eux. Et un autre gars, tranquillement installé un peu plus loin, fumait comme si de rien n'était. Mais... C'est quoi ce cirque ?! pensai-je, les yeux écarquillés.
__ C'est quoi cet endroit, Belle ? - demanda Ronya.
__ Ah, vous êtes là ? Je n'ai pas demandé d'autres filles, mais puisque vous êtes aussi belles... Mettez-vous au boulot ! Qu'est-ce que vous attendez là, plantées comme des statues ? Déshabillez-vous et commencez à vous toucher - lança l'homme dépravé, toujours en plein acte.
Je n'avais pas encore remis mes idées en ordre qu'il poursuivit :
__ Vous êtes sourdes ou quoi ? Toi et toi, embrassez-vous. Enlevez vos fringues et faites-vous plaisir. Je veux vous voir vous donner du plaisir. - dit-il en désignant Ronya et moi.
Quel culot !
Je balayai la pièce du regard. Rien à première vue... Puis je vis une bouteille de vin sur la table du type qui fumait. S'il est aussi détendu, c'est qu'ils se connaissent, c'est sûr.
__ Belle, on s'en va. Je ne comprends rien à ce qui se passe ici - murmura Ronya.
__ Oui, Belle, il faut que... - commença Kesia, la voix tremblante.
Mais je ne les écoutais déjà plus. Je marchai d'un pas déterminé vers la table, saisis la bouteille de vin et la renversai sans hésitation sur l'autre taré encore en train de coucher avec les deux filles. Il portait une chemise blanche : pas de chance, elle était à présent tachée de rouge.
__ Merde ! T'es malade ou quoi ? Tu veux que je t'en colle une ? C'est quoi cette pute ? T'as oublié ton rôle ou quoi ? - s'emporta-t-il.
Minute. Il vient de me traiter de pute ?!
PAFF !! PAFF !!
Je lui collais deux gifles magistrales.
__ Non mais t'es tarée ou quoi ?! - hurla l'autre en se levant.
Ma rage était telle que, sans réfléchir, je lui en administrai deux autres à lui aussi.
__ Les filles, on se tire d'ici. Rien que des abrutis - dis-je en me retournant pour sortir.
__ Pas si vite. Je n'en ai pas fini avec toi - lança d'une voix grave le fumeur, en me saisissant brutalement par le bras.
Jackson Eliab ANDERSON.......
Je mets fin à ce baiser et repousse doucement Michel. Il me fixe, incrédule.
__ Chéri, c'est moi... Michel ! C'est moi, mon cœur.
__ Je sais que c'est toi, Michel. Tu es juste devant moi.
Je réponds, une pointe d'ironie dans la voix.
__ Alors pourquoi me repousses-tu ?
Je détourne les yeux vers l'horizon, les lèvres pincées. Je suis à court de réponses.
__ Tu n'as toujours pas répondu à ma question. Que fais-tu ici ?
__ J'ai appris que tu étais ici... alors je suis venu te voir.
Je laisse échapper un rire, un rire jaune.
__ Sérieusement ? Tu t'entends parler ? Et si je n'étais pas sorti ? Tu comptais faire quoi ? Te pointer devant Bella ? Franchir la porte de notre suite ? Dis-moi, Michel, quel était ton plan ?
__ On s'en fout d'elle, Jackson.
__ Eh bien justement, moi je ne m'en fous pas d'elle, Michel.
__ D'ailleurs je dois y aller. Et je te conseille de retourner à San Diego. Ta femme t'attend depuis un bon moment, non ? Elle aussi mérite un peu de respect. Et ma femme m'attend, je dois la rejoindre.
Il me regarde, choqué.
__ Ta femme ? Tu parles de ta fausse femme, là ? Ce mariage bidon ? Il tire à sa fin déjà.
Je le fixe et ris doucement.
__ Au revoir, Michel.
Je m'apprête à partir, mais il me saisit brusquement et plaque à nouveau ses lèvres sur les miennes.
Cette fois, je le repousse avec fermeté, sans ménagement. Il recule, visiblement blessé.
__ Jackson... tu me rejettes ? Moi ? Michel ? Je n'en reviens pas !
__ Bonne nuit, Michel. On se recroisera à San Diego.
Je tourne les talons mais sa voix m'arrête :
__ Tu l'aimes ? Tu es amoureux d'elle ? Comment... ?
__ Comment ça, "comment" ?
__ Comment peux-tu l'aimer ? T'es pas homosexuel ?
Je me défais de son étreinte et m'éloigne, troublé.
Ses paroles résonnent dans ma tête. "Homosexuel" ? Suis-je réellement ce qu'il croit ? Je n'en sais plus rien. Parfois je me demande même si je l'ai un jour été. Tout ce que je sais, c'est que Bella a tout chamboulé. Elle occupe tout l'espace en moi. Elle est la seule que je désire. Elle a tout pris.
Je souris malgré moi. Faut que je me dépêche de lui monter ce plat, elle doit déjà bouillir d'impatience. Je sens que je vais m'en prendre une bonne raclée.
_____________________
Pendant ce temps, du côté de Belle...
Belle ROLLINS...
Je me lève du lit, téléphone à l'oreille, le cœur au bord des lèvres.
__ Maman, de quoi veux-tu parler ?
Je demande, la peur au ventre.
Elle pousse un soupir profond.
__ Ma chérie, j'ai eu plusieurs visions à ton sujet ces derniers temps. Je ne comprends pas tout, mais je pense que si je t'en parle, tu pourras m'aider à y voir plus clair.
__ Je t'écoute, maman...
__ J'ai vu que tu sauvais un homme, que tu le délivrais des griffes d'un autre, bien plus âgé que vous deux. Le jeune homme souffrait énormément entre les mains de cet homme-là. Il le détruisait... spirituellement. Il se nourrissait de son étoile pour prospérer dans ses affaires, puisait dans sa destinée par des rapports intimes. À travers cela, il volait sa force, sa grâce, la faveur que le Seigneur lui avait accordée. Son âme pleurait, épuisée, profondément triste, pendant que l'autre profitait de son corps. Et ce jeune homme n'a plus beaucoup d'années à vivre, ma chérie. L'homme plus âgé a dévoré une grande partie de sa destinée.
__ Maman... Je murmure, figée.
__ J'ai vu ce jeune homme appeler à l'aide. Il en avait marre. Et soudain... tu apparaissais. Tu le couvrais, tu le délivrais. Tu le déchaînais totalement de l'emprise de son oppresseur. Mais ce n'était pas un combat facile, ma fille. C'était rude, terrible. L'autre ne voulait pas le lâcher.
Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je ne comprends pas tout, mais une voix au fond de moi me dit que je sais exactement de qui elle parle.
__ Maman... Peux-tu me décrire les deux hommes que tu as vu ?
Je demande d'une voix grave.
Elle commence à décrire, et au fil de ses mots, mes larmes coulent. Je n'arrive plus à les retenir. Et soudain, je craque. J'éclate en sanglots.
__ Mon bébé... qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu pleures ? fait-elle, la voix inquiète.
__ Maman... je connais ces deux hommes. Je réponds entre deux sanglots.
__ Tu ne devineras jamais ce que je viens de voir juste avant que tu n'appelles... j'ajoute
__ Parle-moi, je t'écoute ma chérie.
À cet instant précis, une odeur familière me monte au nez. Le parfum de Jackson. Puis j'entends la porte du salon s'ouvrir et se refermer. Il est de retour.
Enfin... Hmm...
__ Bébé, désolé pour le retard. Aujourd'hui, le service au resto était catastrophique. Il y avait trop de monde.
dit-il, apparaissant dans l'encadrement de la porte.
Je marche vers la chambre avec l'intention de sortir. Je bouillonne.
MENTEUR ! Je t'ai vu dans le jardin ! J'avais envie de lui jeter en pleine figure.
Je prends sur moi, de toute mes forces.
__ D'accord mon cœur, mais excuse-moi... je dois finir cet appel. Et la personne m'a demandé de lui transmettre des infos depuis l'accueil. Mes stories sur notre séjour l'ont passionnée. Je murmure en m'approchant de lui, effleurant sa joue du bout des doigts, un faux sourire aux lèvres.
__ Tu peux commencer à manger sans moi. Ça ne me dérange pas. Je lui crie en partant
__ Je préfère t'attendre, mon cœur. Il répond
__ Oh, tu es un amour... Je réponds avec douceur. Mais à l'intérieur, j'ai envie de lui jeter tout le dîner à la figure.
Je quitte la suite d'un pas rapide. Il faut que je m'éloigne avant d'exploser.
__ Allô maman, tu es là ?
__ Oui, ma chérie. Et je pense que tu as beaucoup à me dire.
Je pousse un long soupir, puis je lui raconte tout. Depuis ma rencontre avec Jackson, jusqu'à cette scène choquante que j'ai vue ce soir, et toutes les questions qui me tourmentent.
__ Je pense que tu as désormais des réponses à tes interrogations, après tout ce que je t'ai confié.
__ Michel serait dans une secte... ?
Ma voix tremble.
__ C'est tout à fait possible. Tu as bien dit que mes descriptions correspondent à son profil pour l'oppresseur... et Jackson pour l'oppressé. Que veux-tu de plus, ma chérie ? Le Seigneur ne parle jamais au hasard. Ce Michel est dangereux. Belle, il est temps de repositionner Dieu à la place qu'il mérite dans ta vie. Il est temps que tu lui donnes toute la place. Est-ce que, dans cette famille fortunée, ils prient ? Sont-ils chrétiens ?
__ Je n'en sais rien. Je ne les ai jamais vus aller à l'église ni prier, même pas une fois, au manoir.
__ Et cela ne t'a jamais dérangée, n'est-ce pas ? Parce que toi-même, tu as choisi de jeter aux ordures toute l'éducation spirituelle que j'ai pris soin de t'inculquer. Belle, le monde dans lequel nous vivons est d'abord spirituel avant d'être physique. Le spirituel gouverne tout ce que tu vois. Ce jeune homme... Jackson... n'a plus beaucoup d'années devant lui. Je te le garantis.
__ Et que veux-tu que je fasse, maman ? Il y a trois mois à peine, je ne le connaissais même pas. Et aujourd'hui, il est devenu le centre de ma vie. Même mon cœur ne bat plus sans lui. Et maintenant, je dois mener un combat spirituel pour le sauver ? C'est... injuste, maman. Injuste.
__ Rien n'est injuste, ma fille. C'est ton combat, tout simplement. Et je vais te dire une chose que tu ressens déjà au fond de toi : c'est l'homme de ta vie. Tu dois arracher celui que le Seigneur t'a destiné des griffes du malin, si tu veux connaître un jour une vie amoureuse véritablement heureuse. Ou bien... ne l'aimes-tu pas assez ?
Je fonds en larmes. Cette question m'écrase.
__ Maman, je l'aime... plus que je n'aurais jamais cru possible. Mais c'est difficile. Je ne prie presque plus. Depuis que j'ai quitté la maison pour Los Angeles, j'ai laissé tomber ma relation avec le Seigneur. Je ne pense même plus qu'il me compte parmi ses enfants.
__ Notre Dieu est plein d'amour, de patience, de miséricorde. Il t'a fait grâce, Belle. Il veut passer par toi pour sauver non seulement Jackson, mais aussi toute sa famille. Il est temps de te mettre à genoux pour faire la paix avec ton Dieu, et de laisser le Saint-Esprit te guider. Ce combat sera rude, mais il n'y a que toi qui puisses le mener. Tu l'aimes, et lui aussi t'aime – c'est ce que j'ai compris dans tout ce que tu m'as dit. Alors si tu veux bâtir une vie avec lui, lui porter des enfants, il faut d'abord que tu le sauves. Et il ne devra rien savoir... jusqu'au moment opportun.
__ Maman... c'est trop. Tu me demandes de mener cette bataille seule... vraiment seule ? Et de faire semblant après ce que j'ai vu ? Sans lui poser aucune question ?
__ Oui. C'est exactement ce que tu feras.
__ Mais maman, je n'ai jamais su faire semblant... c'est trop dur !
__ Il n'est pas question de faire semblant. Tu connais maintenant la vérité spirituelle. Tu sais pourquoi Michel l'a séduit, et que tout cela n'est pas naturel. Et je suis même convaincue que Jackson ne ressent plus rien pour lui aujourd'hui.
__ Comment peux-tu en être sûre ? Je t'ai dit que je les ai vus, en bas, à l'hôtel ! Ils s'embrassaient ! Maman, je t'assure que je les ai vus !
__ Ma chérie... calme-toi. Est-ce qu'ils s'embrassaient vraiment ? Ou est-ce que l'autre l'a embrassé ? Tu ne peux pas le savoir. Moi, je regarde avec les yeux de l'Esprit, pas ceux de la chair. Et je te le redis : le Seigneur ne ment jamais. Ce qu'il a montré est la vérité. Il n'y a pas de plan B avec Dieu. Tu ne dis rien à Jackson. Tu ne poses aucune question. Tu entres dans le lieu secret, et tu mènes ce combat dans la prière. Le Saint-Esprit te guidera, et tu verras la fin glorieuse que cela aura.
Je pleure toujours à chaudes larmes.
__ Maman, j'aime Jackson... énormément. Je n'aurais jamais cru ressentir tout ça au départ, quand j'ai accepté ce contrat avec lui. Mais maintenant... je me sens incapable. Je n'ai pas la force pour mener ce genre de combat.
__ Et justement, ma fille, ce n'est pas avec ta force que tu le feras. C'est écrit dans Zacharie 4:6 : "Ce n'est ni par la puissance, ni par la force, mais par mon Esprit, dit l'Éternel des armées." Et dans le Nouveau Testament, il est aussi écrit que c'est Lui qui produit en nous le vouloir et le faire. Ce ne sera pas toi qui agiras, Belle. Ce sera le Saint-Esprit du Seigneur qui agira à travers toi. Laisse-Le simplement faire. Dis à Jackson que vous devez rentrer demain. Et dès ton retour au manoir, mets-toi à genoux. Reprends contact avec ton Père. Il te remplira de sa force, et tu mèneras ce combat. Tu vaincras, ma fille.
Je pousse un profond soupir. Mon cœur est lourd, mais je sens un souffle nouveau.
__ D'accord, maman...
__ Ne t'inquiète pas, ma puce. Le Seigneur connaît les plans qu'il a formés pour chacun de nous. Il ne permettra jamais que tu affrontes ce qu'il sait que tu ne peux pas supporter. Il connaît la fin avant même le commencement. Fais-lui simplement confiance.
__ D'accord, maman...
__ À tout à l'heure, ma chérie. N'hésite pas à m'appeler dès que tu en ressens le besoin. Je suis là, avec toi.
__ Merci, maman. Je t'aime.
__ Moi aussi je t'aime, ma princesse. Bisous. Bye.
__ Bisous, bye.
Clic !
Je reste là, assise sur l'un des bancs du jardin. L'appel vient de se terminer, mais son écho résonne encore en moi. Je regarde le ciel, les yeux remplis de larmes.
Je soupire longuement...
Oui. Il y a bien quelque chose qu'on appelle le destin. Je viens de le comprendre. Maman a raison. J'aime trop Jackson pour laisser Michel détruire sa vie avec ses pratiques diaboliques. Mais je sais aussi une chose : je ne peux pas affronter cela sans Dieu. Il est temps que je lui redonne sa place dans ma vie.