À mes trois enfants, ma plus belle réussite
C'était l'automne, je le rencontrais pour la première fois. Je savais peu de lui. Lors de nos premiers échanges, nous parlions de la durée de notre célibat, notre métier, le nombre d'enfants que nous avions, ce sur quoi je m'étais fait un critère de sélection incontournable. J'étais divorcée, mes enfants étaient grands, indépendants pour les deux garçons, et ma fille était la plus jeune mais tout autant mature, responsable, honnête et respectueuse que l'étaient ses frères. Ils étaient ma fierté ! Être parents est une des missions les plus compliquées et la mission la plus difficile d'accomplissement. Je savais que mes transmissions, mes valeurs, ainsi que celles de leur père, avaient fait leurs œuvres. Je n'avais aucune envie d'entrer dans la vie d'un homme qui n'avait pas fini l'éducation de ses enfants et encore moins d'être au centre des transmissions d'une ex-concubine.
Convaincue que l'on ne réussit que difficilement une nouvelle construction sur des fondations anciennes qui interfèrent sur des nouvelles. Le premier échange ayant été cordial et naturel, il me fallut donner une chance à cette rencontre. Passée l'annonce qu'il me fit, qu'il avait deux enfants, tout se joua alors sur l'âge. Là, je me faisais un point de tout arrêter si les enfants avaient moins de dix ans, limite que je m'étais fixée, me trouvant ainsi des excuses pour ne pas être entourée de trop jeunes enfants. Oui, je l'avoue, dans ce nouveau départ, je bannis tout ce qui pouvait me compliquer la vie, j'aspirais maintenant à la sérénité. Il s'avère qu'ils avaient plus de dix ans ! Et pourtant, c'est pas pour autant que les choses furent moins compliquées ! Loin de là et loin de savoir ce qui allait m'attendre. Je me devais alors de donner une chance à notre rencontre de peur de regretter ma décision par la suite.
Il avait ses enfants une semaine sur deux, et donc un week-end de libre sur deux, ce qui m'encourageait et me faisait dire que nous aurions du temps à nous.
La première rencontre avec ses enfants eut lieu un dimanche ; ils étaient accompagnés de leurs grands-parents maternels. Je voulus en profiter pour partir mais il me proposa de les rencontrer, selon lui cela devrait se faire un jour donc ce serait ce soir. Certains enfants peuvent être réservés, calmes, ce fut tout le contraire, du moins pour la fille, présage pour la suite. Sa fille avait tendance à envahir l'espace, en coupant la parole aux adultes (cela commençait fort), se donnant en spectacle ; son fils, lui, avait l'air réservé. Leur grand-père maternel était souriant mais sa familiarité envers moi me gêna très vite, pour ne pas dire me braqua. Le « tu » d'office comme si nous nous connaissions depuis toujours ne faisait pas partie de mes habitudes. Je ne trouvais pas cela respectueux. La grand-mère maternelle à elle seule fit baisser la température de dix degrés. Un visage aussi glacial qu'un hiver en Russie émanait d'elle, pas un mot ne sortit de sa bouche pincée qui me fit penser à l'anus d'un babouin. Mon esprit a souvent tendance à s'échapper et mettre en scène des situations comiques, c'est une manière de me protéger lorsque je ne me sens pas à l'aise, ce qui fut très vite le cas. Après m'avoir dit bonjour, les enfants investirent les lieux sans même prêter intérêt à ma présence.
À leur façon, ils me montraient qu'ils étaient indifférents à ma présence, tout en m'ignorant. Ce qui pouvait sembler pas plus mal, je ne me sentais pas, à ce moment-là, scrutée dans tous les sens. Le garçon, lui, semblait réservé du haut de ses douze ans, il n'était pas très grand et se portait bien. La fille, qui elle devait avoir tout juste quatorze ans, comme après une journée de carnaval, se présenta le visage comme agressé par une palette de maquillage. Elle n'était pas non plus très grande et se portait tout aussi bien que son frère et n'avait de la fille que les cheveux longs.
La démarche et l'attitude me faisaient penser à celle d'un jeune primate plus qu'à celle d'une jeune fille. Je venais sans le savoir de faire ma première rencontre avec Alastor, mon esprit avait avec le temps fait le lien avec ce démon sévère et exécuteur des hautes œuvres du monarque infernal. Au fil de mon récit, vous comprendrez pourquoi une telle comparaison. C'était sans compter sur la présence non physique mais très envahissante de leur mère, je comprendrai avec le temps que chaque instant était rapporté à la mère, par l'intermédiaire de sa fille, qui a pu bénéficier d'un compte rendu de cette première rencontre. Ce n'était que le début de longues transmissions quotidiennes et malsaines. Et ce n'était que les prémisses d'un long complot mis en place contre le commencement de notre histoire. Le début d'une longue cohabitation avec Alastor et Alouqua, sa mère. Le choix de ces deux noms n'est pas anodin, Alastor est le nom d'un démon : le bourreau infernal. Oui, pour une jeune fille de quatorze ans, cela peut paraître excessif, je dirais qu'il existe vraiment puisque je l'ai rencontré et qu'il faut être bien armé pour supporter et résister avec le temps. Oubliez l'eau bénite, la bible et les séances d'exorcisme ; l'humour, la ténacité et surtout beaucoup de patience feront l'affaire, car tout démon qu'il est, je ne suis pas certaine qu'il soit doué, perspicace, et l'intelligence se trouvant au cœur d'un cerveau... J'ai pu avec le temps constater qu'ils en sont dépourvus ou alors celui-ci est plus à l'image d'un gros flan. Les premiers échanges entre nous tous furent ordinaires, du moins si l'on peut parler d'échanges en ce qui me concerne. Les enfants s'adressaient plus à leur père, pour ne pas dire qu'ils ne s'adressaient qu'à lui, mes faits et actes n'en étaient pas pour autant rapportés. Il est vrai que leur curiosité ne s'étendait pas aux interrogations de la vie
Il s'avéra que pour sa fille, la curiosité se limitait à tout ce qui me concernait, tout ce qui pouvait interférer avec son père. C'était une jeune fille froide qui, lorsqu'elle s'adressait à son père, était dans la demande personnelle, pas d'échange qui montre un intérêt autre que le sien. Je ne vous ai pas présenté Alouqua qui est un démon femelle, à la fois succube et vampire, qui épuise les hommes et les conduit au suicide. Je viens de vous présenter la mère de ses jeunes enfants. Je crois que cela vous détaille parfaitement le personnage.
Je rajouterai castratrice au plus haut point, j'oserai même vous dire que si l'ex-concubin ne laisse pas un, voire deux de ses testicules, dans cette relation, il aura beaucoup de chance. Chance à laquelle le jeune garçon ne dérogea pas. Avec le temps, j'essayais de trouver ma place, ce qui était facile tout au moins la semaine où ils n'étaient pas présents. Lorsqu'ils étaient présents, j'essayais de leur laisser l'espace qu'ils avaient toujours eu, me faisant petite, essayant de ne pas coller leur père, pour leur laisser ce temps-là avec lui, ce qui, je le compris avec le temps, n'était pas non plus la meilleure des solutions. Avec l'expérience, je compris que la meilleure solution aurait été celle de m'imposer tout en les faisant participer à la vie de la maison, tout en nous accordant nos moments personnels à nous. Ce que je ne savais pas à l'époque : il était inimaginable pour Marcelle que son père puisse accorder quoi que ce soit comme temps à une autre personne qu'elle. Les anciennes tentatives de leur père pour refaire sa vie avaient toutes échoué, grâce ou à cause du travail de sabotage des deux démons.
Au fil du temps, il n'y eut plus une semaine où je pus profiter de calme, même pendant leurs absences. Il ne m'eut plus été permis de me sentir tranquille, en sécurité, de souffler ; comme si un plan diabolique s'était mis lentement mais sûrement en place avec le temps, comme pour contrer ma résistance. J'étais l'intruse, la bête à abattre. Je dois dire que le garçon, Alexandro, était totalement réservé, renfermé, s'exprimait peu, voire pas, ce que je mis sur la timidité, du moins les premiers temps. Je compris par la suite que c'était là un total manque de confiance en lui dû à une mère castratrice et une sœur qui faisait soumettre son frère comme le ferait un maître avec son chien. Il pouvait juste certaines fois se montrer en désaccord et se chamailler avec sa sœur, Marcelle, qui, elle, montrait une volonté sans fin à emmerder Alexandro pour un rien. Je me souviens des habitudes qu'elle avait de coincer celui-ci sur le canapé et s'évertuer à lui faire sentir ses pieds ou coller ses crottes de nez sur lui, lui péter au nez. Une vraie princesse.
Déjà, elle annonçait sa détermination à être le centre d'intérêt dans cette famille recomposée. Je dirais même plus, elle s'occupait de tout, même de ce qui ne la concernait pas. De ce que j'avais pu entendre sur Marcelle, celle-ci jalousait tous ceux qui pouvaient se mettre entre son père et elle, donc son frère aussi. Je me suis souvent demandé quelle place Marcelle avait-elle? Du moins, quelle place voulait-elle occuper ? Elle pouvait se comporter avec son père comme une petite fille de huit ans ou comme la femme de la maison, très autoritaire avec son frère, le tout avec une attitude grossière bien souvent, son comportement de rentre dedans, genre grande gueule, mais que de la gueule quoi.
Les premières semaines où je pris soin de ne pas être envahissante, de me montrer bienveillante, sachant que c'était certainement compliqué de partager sa maison, son papa, avec une inconnue, et, surtout, de ne plus être le seul intérêt de son père. Pour cela, je m'occupais exclusivement des tâches de la maison, cuisine, repas, courses, linge, entretien ménager, etc. Je me suis très vite rendu compte que dans cette famille les jeunes adolescents n'apportaient pas beaucoup leur aide, pour ne pas dire aucune aide. Marcelle se montrait très autoritaire dans les échanges avec son père, très sèche tout comme j'avais pu, avec le temps, constater. Les échanges, que leur mère pouvait avoir avec leur père, n'étaient faits que de paroles dénigrantes ou d'ordres, chaque fois qu'elle s'adressait à lui. Marcelle était fainéante pour ce qui était d'apporter son aide, très revendicative. J'appris très vite appris à la connaître : fourbe et fainéante. Celle-ci pouvait par exemple faire rentrer en pleine nuit d'autres jeunes, à l'insu de son père. Elle guettait le départ de celui-ci, pour pouvoir faire ce que bon lui semblait. Certains jeunes pouvaient venir taper à la fenêtre du bas où elle les attendait, pour se faire livrer je ne sais quel produit. Le soir où je partais travailler à plus de vingt-deux heures, où, exceptionnellement, son père ne se trouvait pas au domicile, elle fit venir une jeune fille au domicile de son père, pour faire des échanges, lesquels, je ne saurais dire. Cette fois-là, je passais en voiture et les surprenais. Elle avait toujours des réponses niaises à ses actes, telle une nigaude elle agissait, pour moi c'était tellement énorme, elle se foutait ouvertement de la gueule de son père, le prenant pour un gentil con ! Elle n'avait aucune limite, ce qui se confirma avec le temps, et surtout, elle était menteuse au point de ne jamais reconnaître les faits. Une autre fois, je m'en souviens, elle ne doutait de rien, nous avions écourté notre promenade et rentrions donc plus tôt, celle-ci avait fait venir des personnes dans le jardin et du fait de notre présence, les fit passer par le garage pour éviter que nous les croisions, alors même que le chien sonnait l'alerte. Ce petit groupe d'invités avait juste oublié leurs effets personnels sur la table du séjour. On ne peut pas non plus être maligne...
Pour ceci, elle ne s'excusa pas. Pour elle, il n'y avait aucune règle et elle était libre de faire ce qu'elle voulait. Aucune réflexion d'ailleurs, les conséquences qui découlaient de ses actes lui importaient peu, et dire qu'elle pouvait éprouver des remords reviendrait à dire qu'aucun aveugle ne voudrait recouvrer la vue. Totalement dépourvue d'empathie.
D'ailleurs, difficile de faire comprendre à Marcelle que son attitude était fortement dangereuse, croyez-vous pouvoir discuter avec Alastor ? J'ai vu le mythique filmL'exorcisteet bien, c'est à peu près ça, la tête ne tournait pas à 360° mais pour le reste on en est pas loin. Elle pouvait changer de personnalité en fonction de la personne qui se trouve en face d'elle.
Elle n'avait aucune remise en question, ni de conversation, elle avait commencé sans que je le comprenne tout de suite, un long travail de sabotage de notre couple, avec la complicité de sa mère. En s'appliquant dans une provocation quelle que fois vulgaire, me mettant à l'écart, ignorant ma présence, pour ne s'adresser qu'a son père, et ne m'incluant dans aucun de leurs projets.
Très vite, Marcelle murmura de doux mots en ma présence, n'hésitant pas à me présenter comme : la femme de ménage, auprès du meilleur ami de son père, ou me susurrant ouvertement que j'étais la énième petite amie de son père, et que j'allais certainement pas rester longtemps, et donc que j'étais juste de passage. J'eus le droit à : « t'as rien à me dire toi », annonçant ainsi la température des prochaines semaines. Ce auquel je ne répondais pas tout du moins au début. Je pensais même que pour agir ainsi elle devait énormément souffrir, et au fil du temps, je changeais d'avis, elle ne souffrait pas, elle voulait juste me faire chier... Commencèrent alors pour moi les semaines de galères et les semaines d'oxygène. Marcelle me déclarait ouvertement la guerre, et avait deux fonctionnements, en fonction ou non de la présence de son père, elle pouvait faire preuve d'une grande insolence en poussant ces actes très loin. Les semaines de galères commençaient avec un peu de chance les lundis matin, ou certaine fois les dimanches soir ce qui pourrissait carrément le dimanche, jour Saint ne pouvant pas, forcément convenir à un démon. À cette époque je travaillais de nuit, je partais à 22 h et rentré à 7 h 30 les matins, et me couchais directement. Les lundis matin s'annonçaient tous identiques, et empiraient avec le temps. Tout comme dans les films de possession, ça commence crescendo, pour s'accélérer, et finir par devenir invivable, sans les couverts qui volent et les chaises qui bougent. D'ailleurs, il aurait peut-être mieux valu.
Une fois couchée, j'avais l'avantage de m'endormir très vite, le réveil était tout aussi brutal ! imaginez-vous être réveillés par deux démons ! Alouqua déposait sa fille Alastor tous les lundis matin devant la porte du garage de la maison, vers 8 h, pour que celle-ci, munie de ses clés, et de sa perversité, ouvre la porte du garage, avec le plus de bruit possible, sans compter sur la complicité d'Alouqua, qui elle ouvrait sa bouche aussi grande que la porte du garage avec tout autant de bruit, puis la refermer ; l'ouvrait à nouveau pour cela elle n'hésitait à la claquer, pour recommencer, provoquant ainsi les aboiements du chien, je me réveillais en sursaut, pourquoi n'arrivait-elle pas à fermer la porte correctement les lundis matin quand elle déposait ses affaires personnelles ainsi que ce de Alexandro ? Alors que les soirs de la semaine où je n'étais plus seule, elle n'avait aucune difficulté pour ouvrir et fermer cette porte. Elle montrait aussi de réelles Difficultés à fermer sa bouche quand son père n'était pas présent, comme les lundis matin.
Imaginez les échanges entre deux démons ! cette voix d'outre-tombe qui vous glace, que l'on pouvait entendre du haut de la rue, d'ailleurs il est vrai que les démons ont une voix de merde. Aucune discrétion, c'était pas non plus leur but... Commença lentement mais sûrement un long combat mené par ces démons ne me ménageant aucunement. Il y eut aussi ces moments de bonheur : les vacances scolaires, Humour ! où là, appliquant d'autres méthodes, Marcelle, la porte de sa chambre grande ouverte, tout comme sa gueule, échangeait sur son téléphone portable à l'aide de l'interphone avec sa mère, pour que je puisse grandement profiter de la superficialité de leurs échanges, riant à gorge déployée, et que je ne puisse ainsi pas me reposer, et voilà mon sommeil écourté par les voix de deux démons, remake de l'exorcisme avec un son digne des meilleures enceintes, ce qu'elle avait très bien compris puisque je finissais par m'en plaindre à son père et qui n'a pourtant eu aucun effet sur cette nigaude. Juste à les conforter dans le fait qu'elles arrivaient à me déranger.
Échanges avec une mère qui semble n'avoir rien d'autre à faire que d'appeler tous les jours, voire plusieurs fois par jour ses enfants, celle-ci jouant de sa maladie, qui lui touchait les os, maladie caractérisée par une fragilité osseuse. Et j'avoue que certains lundis matin, j'ai souhaité que celle-ci se casse en deux et tombe en poudre devant le garage, et ainsi j'aurais pu me reposer tranquille.
Pour moi cette maladie était une excuse à sa fainéantise, ainsi qu'à son comportement et ce handicape ne s'arrêtait pas aux os, il touchait aussi le cerveau, vu l'attitude de celle-ci, le Level ne montait pas bien haut, elle souffrait d'une anémie du cerveau, me faisais penser de par son attitude à une personne arriéré. Le plus grave était qu'elle se servait de sa maladie pour nourrir une peur chez ses enfants, celle de perdre leur mère, attitude plus que mal saine, destructrice, ses enfants grandissaient en croyant que leur mère pouvait mourir à chaque instant, aucune inquiétude, je peux confirmer de sa bonne santé ! Ce qui n'est pas très saint pour leur équilibre mental de ses enfants. Bien entendu, ces échanges qui avaient lieu pendant mes heures de sommeil, par interphone, ont duré pendant presque deux ans, temps qu'il a fallu pour que son père arrive à mettre fin à cette mascarade et à cet acharnement, et temps que j'ai réussi à tenir sans souffrir de séquelles, juste l'envie de coller à Marcelle la tête dans les toilettes.
Je me souviens d'un réveil brutal, où une voix et des rires me sortirent de mon sommeil, je regardai l'heure sur mon portable, il était tout juste 10 h, je n'avais donc pas plus de 2 h de sommeil, en me levant juste à côté de ma porte se trouvait l'antre du démon, elle était là, porte grande ouverte, installée sur son lit, portable à la main, je la regardais fixement, elle, grand sourire, rigolait aux éclats, tout en me fixant, l'envie de la sortir de son lit et de l'encastrer dans le mur me frôla l'esprit... j'entendais une autre voix avec laquelle elle échangeait. La colère me submergeât, je fermais la porte de sa chambre en la claquant (la porte valait mieux) et descendis pour me calmer, avant de décider de remonter finir ma nuit. Lorsque je me trouvai en haut face à la porte de sa chambre, que celle-ci avait pris soin d'ouvrir à nouveau en grand, pour continuer sa conversation.