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Irrésistiblement à toi

Irrésistiblement à toi

Auteur: CHE NOELA
Genre: Romance
Un hôtel de luxe, un milliardaire trop sûr de lui, et une professionnelle de la gaffe... le cocktail parfait pour un chaos inattendu. Clara Hayes a un don : se trouver systématiquement au mauvais endroit au mauvais moment. Employée discrète à The Elysian, palace prestigieux, elle pensait pouvoir se fondre dans les coulisses sans attirer l'attention. C'était sans compter sur Damian Blackwood, le propriétaire, aussi séduisant qu'agaçant, qui semble avoir fait d'elle sa distraction favorite. Entre un vase brisé, une fuite honteuse et des échanges où l'humour et les piques fusent, leur relation vire au cocktail explosif de maladresse et de tension romantique. Mais Damian n'est pas qu'un play-boy milliardaire au sourire désarmant : il est déterminé à percer les secrets que Clara dissimule derrière ses airs réservés... quitte à chambouler son petit monde bien ordonné. Quand l'intrigue mêle regards en coin, réparties assassines et quelques catastrophes domestiques, Clara et Damian découvriront peut-être que l'amour est souvent un désastre mais un désastre qui vaut la peine d'être vécu. Une romance pleine de charme, de maladresse et d'humour, où la tension et les émotions n'ont jamais été aussi explosives. Tous droits réservés.
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Chapitre 1 Chapitre 01

Travailler dans un hôtel de luxe, c'est comme faire partie d'une machine parfaitement huilée. Tout est calculé, du pli impeccable des serviettes au parfum subtil des bouquets de fleurs fraîches. Moi ? Je suis l'engrenage invisible qui permet au tout de tourner sans accroc. Et ça me va.

Je suis Clara Hayes, adepte du profil bas et experte absolue de l'évitement. Ici, au The Elysian, savoir disparaître au bon moment est un vrai superpouvoir. Personne ne prête attention à la fille qui replace les coussins ou ajuste les bouquets de fleurs, et franchement, c'est tout ce que je demande. Ça me permet de circuler en silence, d'un pas sûr mais discret, parfaitement à ma place dans les coulisses de cet hôtel de luxe.

Ce matin, mon café a choisi de s'allier à la gravité pour redécorer ma chemise immaculée. Splendide. Me voilà donc affublée d'une veste bien trop grande empruntée à la réception, qui me donne tout l'air d'un pingouin en costume mal taillé. Pas le temps de m'attarder sur mon nouveau look de fashion faux pas, cependant : mon responsable, imperturbable, me colle une pile de dossiers dans les bras, comme si de rien n'était.

- Clara, j'ai besoin que vous apportiez ces documents à la suite présidentielle. Immédiatement.

- La... la suite présidentielle ? Mais...

- Pas de "mais", s'il vous plaît. Monsieur Blackwood les attend.

Monsieur Blackwood. Le grand patron. Celui dont le nom circule dans les couloirs comme une légende urbaine, toujours murmuré, jamais crié. Certains employés jurent qu'il est capable de repérer un faux sourire à dix mètres. D'autres racontent qu'il a licencié un concierge sur-le-champ parce que le tapis d'entrée avait une pliure. Apparemment, il déteste le désordre autant qu'il adore le contrôle. Moi, rien que d'entendre son nom, j'ai des frissons.

Une fois, j'ai surpris une conversation entre deux femmes de chambre. L'une d'elles prétendait qu'il avait croisé un serveur dans l'ascenseur, et que, rien qu'en le regardant, le pauvre garçon s'était mis à bredouiller comme s'il passait un examen. Ce dernier aurait renversé un plateau entier de champagne en sortant, avant de s'enfermer dans la salle de rangement pour "reprendre ses esprits". Charmant.

Et c'est cet homme-là qui m'attend dans sa suite présidentielle, où je vais devoir me présenter avec ma veste trois tailles trop grande et ma dignité déjà en miettes. Franchement, pourquoi pas. Après tout, on n'est plus à une humiliation près aujourd'hui.

Je me dirige vers l'ascenseur, tentant de ne pas trébucher sur mes propres pieds. Les portes s'ouvrent, révélant un miroir qui me renvoie l'image d'une femme aux cheveux légèrement ébouriffés, les joues déjà rougies par l'appréhension.

Allez Clara, respire.

Ce n'est qu'une livraison de documents. Rien de dramatique. Pas comme si j'allais entrer dans la tanière d'un lion affamé... ou, pire, me faire dévorer toute crue par un milliardaire aux dents apparemment aussi acérées que son regard. Bon, d'accord, peut-être que je dramatise. Mais quand même, les rumeurs ne parlent jamais d'un sourire amical ou d'une tape sur l'épaule venant de Monsieur Blackwood. Alors, techniquement, un petit frisson d'appréhension, ça reste légitime, non ?

Arrivée devant la porte massive de la suite présidentielle, je prends une grande inspiration et frappe doucement. Pas de réponse. Je frappe à nouveau, un peu plus fort. Toujours rien. Peut-être qu'il est parti ? Après tout, les magnats milliardaires ont sûrement des emplois du temps chargés.

Je pourrais laisser les documents à la réception et filer discrètement, mais une petite voix dans ma tête (sans doute celle qui excelle à me lancer dans des plans hasardeux) insiste pour que j'utilise mon passe-partout et dépose les dossiers directement dans la suite. Ce sera rapide. Entrer, poser, sortir. Simple comme bonjour. Et puis, franchement, qu'est-ce qui pourrait mal tourner ?

J'ouvre doucement la porte et me glisse à l'intérieur. La suite est somptueuse, évidemment. Des œuvres d'art ornent les murs, chacune d'elles semblant coûter plus que tout ce que je possède. Je baisse les yeux presque instinctivement, comme si admirer ces trésors était une transgression en soi. Pas le moment de flâner. Je m'avance vers le bureau pour y déposer les documents, concentrée sur ma mission.

Mais un bruit étrange me stoppe net. Un mélange improbable de... musique classique et d'une voix qui chante ? Je fronce les sourcils, tendant l'oreille malgré moi. Est-ce que quelqu'un chante sous la douche ? Chaque fibre de mon être me hurle de partir, de poser ces documents et de fuir avant que quiconque ne me remarque. Mais une autre partie, celle qui semble aimer me pousser dans des situations discutables, me retient. Juste une seconde, par curiosité.

Je me dirige vers le son, mes pas de plus en plus hésitants à mesure que je me rapproche. La porte de la salle de bain est entrouverte, et un nuage de vapeur parfumée s'échappe, accompagné d'une voix qui s'égosille sur une mélodie pop des années 80. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, mais ma curiosité est plus forte. Je jette un coup d'œil à l'intérieur.

Et là, je le vois.

Un homme, de dos, enveloppé dans une serviette blanche, totalement absorbé par sa performance. Une brosse à cheveux en guise de micro, il chante à tue-tête et improvise quelques pas de danse maladroits. C'est tellement inattendu, tellement absurde, que je dois me mordre la lèvre pour ne pas éclater de rire. Mais bien sûr, mon éternelle malchance en décide autrement.

En reculant pour partir discrètement, mes talons heurtent l'angle d'une table basse. Le choc est suivi d'un bruit de verre brisé – un vase, magnifique et probablement hors de prix, qui se fracasse au sol dans un bruit terrifiant. Je me fige. Chaque muscle de mon corps semble crier "FUIS !", mais je suis clouée sur place, le souffle coupé. Je ne peux qu'attendre, impuissante, que le chanteur à la serviette se retourne.

L'homme se fige, puis se retourne lentement. Nos regards se croisent, et le temps semble s'arrêter. Lui, stupéfait, les cheveux encore mouillés, la serviette dangereusement sur le point de céder. Moi, figée comme un lapin pris dans les phares d'une voiture, les joues en feu.

- Qui êtes-vous ? demande-t-il, les yeux écarquillés.

- Je... je suis désolée ! Je ne voulais pas... Je veux dire, je suis entrée pour... Enfin, je travaille ici !

Bravo, Clara. Vraiment impressionnant.

Peut-être qu'avec un peu de chance, le sol s'ouvrirait sous mes pieds pour m'avaler. Non ? Pas de chance. Il me regarde, puis baisse les yeux vers sa serviette qui commence à glisser. Dans un mouvement rapide, il la rattrape juste à temps, ce qui ne m'empêche pas d'apercevoir un peu plus que prévu.

Merde, merde, merde.

Je vais littéralement mourir d'embarras. Mes joues, en feu, doivent désormais rivaliser avec la teinte éclatante d'une tomate trop mûre prête à exploser. Si l'embarras pouvait tuer, je serais déjà une petite flaque au pied de ce vase brisé, à pleurer ma dignité perdue. Mais non, bien sûr, je reste là, figée, comme une actrice involontaire dans une comédie où l'univers tout entier semble s'être donné pour mission de me ridiculiser.

- Eh bien, c'est une façon intéressante de commencer la journée, dit-il avec un sourire en coin.

- Je suis terriblement désolée ! Je vais... je vais partir ! Désolée pour le vase, je... je vous rembourserai !

- Attendez.

Je m'arrête net, la main crispée sur la poignée de la porte. Mon cœur rate un battement. Attendez quoi ? C'est à ce moment-là qu'il va m'annoncer que je suis virée, non ? Ou pire, qu'il va envoyer la facture directement à ma minuscule boîte mail. Bonjour, Clara. Vous nous devez l'équivalent d'une année de votre salaire pour un vase probablement importé d'un pays lointain où il a été béni par un moine.

Je commence déjà à calculer combien de boulangeries je vais devoir dévaliser pour m'assurer une fin de mois décente après ça. Et puis, il y a sa voix, calme mais pleine d'autorité, qui me coupe net dans mes élucubrations :

- Comment vous appelez-vous ?

Oh non. Il veut mon nom. Il veut pouvoir le noter pour m'ajouter à une liste noire, ou pire, m'afficher en gros sur le panneau des employés avec une mention :« À ne jamais laisser entrer dans une suite présidentielle. »

- Clara. Clara Hayes.

- Eh bien, Clara, vous savez que vous venez de briser un vase qui vaut plus que ma première voiture ?

Je déglutis difficilement, sentant ma gorge se serrer.

- Je suis vraiment désolée. Je ne voulais pas...

Il éclate de rire, un rire chaleureux qui résonne dans la pièce, me surprenant complètement.

- Ne vous en faites pas. Je plaisante. Ce n'était qu'une copie.

Je le regarde, hésitante. Une copie ? Vraiment ? Quel genre de milliardaire mettrait une copie dans une suite présidentielle ?

- Vous plaisantez ?

Il me fixe avec un sourire malicieux.

- Peut-être. Qui sait ? Après tout, vous êtes entrée par effraction dans ma suite et vous avez assisté à mon concert privé. Je pense que nous sommes quittes.

Je ne peux m'empêcher de sourire légèrement, malgré la situation.

- Je suis vraiment désolée pour... tout ça.

- Dites-moi, Clara, est-ce que vous espionnez souvent les clients pendant qu'ils se livrent à des numéros musicaux sous la douche ?

- Non ! Enfin, non, c'est la première fois, je vous assure !

Il s'approche d'un pas mesuré, toujours en tenant fermement sa serviette comme si sa vie en dépendait.

- Dans ce cas, je suis honoré d'être le premier. Peut-être devrais-je vous engager comme mon manager ? Qu'en pensez-vous ?

Je ris nerveusement, essayant de ne pas fixer la serviette, ni les gouttes d'eau qui glissent lentement sur sa peau. Focus, Clara.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je suis déjà très occupée à... ne pas briser d'autres vases.

Son sourire s'élargit, et il y a cet éclat joueur dans ses yeux qui me fait me demander s'il prend quoi que ce soit au sérieux.

- Très bien, Clara. Je suppose que je vous verrai autour de l'hôtel.

Je hoche la tête, le cœur battant un peu trop vite, soulagée de mettre fin à cet échange... et pourtant, une part de moi est étrangement déçue.

- Oui, bien sûr. Encore désolée pour le dérangement.

Je me dépêche de sortir de la suite, fermant la porte derrière moi avec un soupir presque trop sonore. Une fois dans le couloir, je m'appuie contre le mur, les jambes légèrement tremblantes, laissant échapper un long soupir. Quelle humiliation ! Sérieusement, Clara, un concert privé, vraiment ? Et cette histoire de vase... "Peut-être." Qu'est-ce que ça veut dire, "peut-être" ? Je vais passer la nuit à m'imaginer sa valeur. Deux mois de salaire ? Un an ? Plus ? Génial.

Puis l'éclair de lucidité frappe, bien sûr, une seconde trop tard. Je baisse les yeux vers mes mains. Les documents.

Parfait. Juste parfait. La cerise sur le gâteau. Je pourrais y retourner... Non. Mauvaise idée. Pas après ça. Je vais trouver un moyen de les faire parvenir sans me retrouver face à lui à nouveau. Peut-être en les glissant sous la porte et en courant très vite ? Oui, ça semble être mon meilleur plan de la journée.

Chapitre 2 Chapitre 02

Damian

Je n'aurais jamais cru que chanter du Bon Jovi sous la douche pouvait mener à une telle rencontre. En me regardant dans le miroir de la salle de bain, les cheveux encore humides et la serviette nouée négligemment autour de la taille, je ne peux m'empêcher de sourire. Cette employée, Clara, a transformé ma matinée banale en un spectacle tout à fait unique.

Rouge comme une pivoine, elle n'arrêtait pas de bafouiller des excuses, tout en serrant ces fameux documents comme si sa vie en dépendait. Et ce vase cassé... Je ris encore en y repensant. Heureusement que ce n'était qu'une réplique sans grande valeur. Mais pouvais-je vraiment passer à côté de l'occasion de la taquiner ? Absolument pas.

Elle était tellement embarrassée qu'elle a pris la fuite sans même accomplir ce pour quoi elle était venue. Les documents ? Toujours avec elle. Cette petite erreur pourrait bien jouer en ma faveur. Si elle veut finir son travail, elle va devoir revenir me voir. Et je dois dire que l'idée me plaît bien. Peut-être un peu trop.

Depuis quand une maladroite qui casse un vase devient l'événement le plus divertissant de ma journée ? Peut-être que je m'ennuie plus que je ne veuille l'admettre. Mais il y avait quelque chose chez elle, une sorte de dignité improbable dans sa panique. Fascinant. Et légèrement adorable, je dois l'avouer.

Un sourire naît sur mes lèvres. Lorsqu'elle reviendra, pourquoi ne pas rendre notre prochaine rencontre encore plus... mémorable ? Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'une femme parvient à me surprendre. Clara Hayes... Je crois que tu viens de te faire une place dans mon emploi du temps. Et je ne suis pas sûr que tu sois prête pour ce qui t'attend.

Je laisse tomber la serviette sur le sol, avançant d'un pas tranquille vers le salon, complètement nu. Après tout, c'est ma suite, et je suis libre d'y circuler comme bon me semble. L'air frais caresse ma peau, un contraste agréable avec la chaleur de la salle de bain.

Je m'installe sur le canapé en cuir, les jambes négligemment étendues, et attrape un livre au hasard sur la table basse. Cinquante nuances de Grey. Un sourire en coin naît sur mes lèvres, et je ne peux m'empêcher de rire doucement en feuilletant la première page.

Si Clara revenait maintenant... Je parie qu'elle rougirait jusqu'à la racine des cheveux. Peut-être même qu'elle oublierait encore une fois pourquoi elle était venue. Rien que d'imaginer sa réaction, un mélange d'embarras et de panique, rend l'idée encore plus amusante.

Je jette un coup d'œil à la porte. Combien de temps avant qu'elle ne réalise son oubli ? Une minute, peut-être deux ? Un sourire effleure mes lèvres. Autant rendre les choses intéressantes.

Je me lève pour allumer la chaîne hi-fi et parcoure rapidement les options jusqu'à trouver ce que je cherche. Les premières notes d'un morceau de bossa nova – ces rythmes brésiliens doux et sensuels – s'élèvent dans l'air, suaves et envoûtants. Parfait. L'ambiance change instantanément, la lumière tamisée de la pièce et les accords languissants formant un cadre presque... intime.

Si Clara revient maintenant, je me demande combien de secondes il lui faudra avant de vouloir disparaître à nouveau. Mais cette fois, je ne la laisserai pas fuir si facilement.

Assis de nouveau sur le canapé, j'ouvre le livre, curieux de voir ce qui m'attend. Mes doigts feuillettent distraitement les premières pages, mais rapidement, je saute quelques chapitres. Un passage attire mon attention.

Mes yeux parcourent les lignes, et je ne peux m'empêcher de hausser un sourcil. Une scène intime, décrite avec une précision troublante. Bien trop réaliste pour que mon esprit ne s'amuse pas à remplacer les deux personnages par... Clara et moi.

Je m'arrête net, le livre toujours en main. Une image se forme, presque involontaire, de ses joues rougies, de son regard fuyant mais curieux. Je laisse échapper un rire bref, secouant la tête. Ridicule. Mais l'idée refuse de disparaître.

Je me demande comment elle réagirait si elle savait ce qui me passe par la tête en ce moment. Probablement avec un mélange d'embarras et d'indignation... ou peut-être pas ? Une chose est sûre, cette Clara Hayes est plus intrigante qu'elle n'en a l'air.

On frappe à la porte. Un sourire étire mes lèvres. Voilà notre chère Clara. Je reste silencieux, curieux de voir ce qu'elle fera. Les coups se font plus insistants.

- Monsieur Blackwood ? C'est Clara. J'ai oublié de vous remettre les documents.

Je retiens un rire. La poignée tourne lentement, et la porte s'entrouvre. Je l'imagine debout derrière, probablement rouge écarlate, partagée entre le devoir et l'appréhension. 

- Monsieur Blackwood ? répète-t-elle en avançant d'un pas prudent dans la pièce.

Je décide de jouer le jeu jusqu'au bout. Avec un claquement sec, je referme le livre entre mes mains.

- Au rapport, soldat !

Elle sursaute violemment, ses yeux s'écarquillant en se posant sur moi. Son regard balaie rapidement la scène : moi, nonchalamment installé sur le canapé, une main tenant le livre, l'autre négligemment appuyée sur l'accoudoir. La musique sensuelle continue de jouer en arrière-plan, ajoutant une touche presque comique à la situation.

Elle reste figée, les documents serrés contre sa poitrine comme un bouclier. Ses joues prennent une teinte cramoisie.

- Je... euh... Je suis venue pour... pour vos bourses ! lâche-t-elle avant de blêmir.

Un silence s'installe. Je hausse un sourcil, un sourire amusé au coin des lèvres.

- Mes... bourses ? je répète en feignant l'innocence.

Ses yeux s'agrandissent encore, et elle balbutie, visiblement paniquée.

- Non ! Enfin, vos documents ! Pas vos bourses... Je veux dire, pas ces bourses-là... Oh mon Dieu !

Elle porte une main à son front, totalement désemparée. Je dois me mordre l'intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire.

- Ne vous inquiétez pas, Clara. Je suis flatté de votre intérêt, dis-je avec une étincelle malicieuse dans le regard.

- Ce n'est pas... Je ne voulais pas dire ça ! Je suis désolée, vraiment désolée !

Sa gêne est presque palpable, et je trouve la situation délicieusement divertissante.

- Les lapsus arrivent aux meilleurs d'entre nous, dis-je en la rassurant, tout en me levant lentement.

Je place le livre pour le garder devant moi, cachant juste ce qu'il faut. Pas par gêne – après tout, c'est ma suite – mais plus par politesse. Clara semble déjà suffisamment au bord de la crise de nerfs sans que j'en rajoute. Elle recule d'un pas, serrant les documents si fort que ses jointures blanchissent.

- Voici vos documents ! dit-elle en tendant finalement le dossier, évitant soigneusement de me regarder.

Je m'approche pour les prendre, nos doigts se frôlant légèrement.

- Merci, dis-je doucement.

Elle retire sa main précipitamment, comme si elle avait touché une surface brûlante.

- Je vais... partir maintenant ! s'exclame-t-elle, tournant déjà les talons.

- Déjà ? Nous pourrions discuter davantage de... vos préoccupations financières, je lance avec un sourire en coin.

Elle se fige un instant, puis secoue la tête.

- Non merci ! Bonne journée, Monsieur Blackwood !

Avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, elle s'élance vers la porte et disparaît, la refermant derrière elle avec un claquement sourd.

Je reste là un moment, savourant la scène qui vient de se dérouler. La musique continue de résonner doucement, emplissant la suite d'une chaleur feutrée.

Elle est maladroite, imprévisible, mais étrangement captivante. Une énergie brute, loin des manières lisses et calculées des personnes que je côtoie habituellement. Clara Hayes... tu es une énigme que je n'ai pas fini de vouloir résoudre.

Je repose le livre sur la table basse, un sourire toujours accroché aux lèvres. La journée commence à peine, et je sens déjà qu'elle sera mémorable.

Chapitre 3 Chapitre 03

✧ Clara ✧

Je me tiens à l'arrière de la salle de repos du personnel, une tasse de café tiède entre les mains, tentant désespérément de remettre un semblant d'ordre dans ma vie mentale.

Récapitulons, me dis-je en sirotant une gorgée qui me brûle légèrement la langue. Ce matin, j'ai surpris Monsieur Blackwood, l'homme le plus intimidant et séduisant que j'aie jamais vu, en train de chanter et de danser dans sa salle de bain. Jusque-là, c'était déjà gênant. Mais ensuite, il a décidé de pousser l'embarras jusqu'à des sommets inexplorés en m'accueillant... complètement nu. Oui, nu.

Franchement, quelles sont les chances ? Sur des milliards de personnes, il fallait que ce soit moi qui tombe sur un moment pareil. Peut-être qu'une divinité s'ennuie là-haut et a décidé de faire de ma vie une sitcom.

Je fixe un point imaginaire sur le mur, espérant que ma honte finira par s'y dissoudre. Et pourquoi faut-il que je me rappelle chaque détail, chaque goutte d'eau qui ruisselait sur... Non. Stop. Pas question que mon cerveau reparte là-dessus.

- Clara, tu as l'air d'avoir vu un fantôme. Ou alors tu as enfin réalisé que ce café est dégueulasse ?

Je sursaute, renversant un peu de café tiède sur ma veste déjà froissée. Génial. Voilà Rose, ma collègue et, accessoirement, la reine des interrogatoires mal placés.

- Rien, je vais bien, dis-je en tentant de sourire.

- Oh non, tu ne vas pas bien. Ça se voit à ta tête. Alors, dis-moi tout.

Je secoue la tête, tentant désespérément de détourner l'attention.

- Vraiment, Rose, rien d'intéressant.

Mais elle plisse les yeux, un sourire malicieux aux lèvres.

- Attends une seconde... C'est ce regard. Ce regard que tu fais quand tu es embarrassée par un gars. Alors, qui est-ce ?

- Personne, je te jure.

- Tu sais que tu es une mauvaise menteuse ?

Je n'ai pas le temps de répondre que mon téléphone vibre dans ma poche. Je le saisis rapidement, heureuse d'échapper à son interrogatoire. Mais mon soulagement s'évanouit dès que je vois le nom de l'appelant.

- C'est le boss, je murmure.

Rose écarquille les yeux, sa curiosité montant d'un cran.

- Le patron ? Qu'est-ce que tu as fait ?

- Rien ! Enfin, je crois.

Je décroche, priant pour que ce soit une mission banale.

- Clara, commence-t-il, Monsieur Blackwood a demandé votre présence pour superviser une réunion importante dans la suite présidentielle. Vous devez y être dans dix minutes.

Mon cœur s'arrête. Encore la suite présidentielle ?! Pourquoi pas une mission dans les sous-sols, ou mieux, à l'autre bout du monde ? Tout sauf ça.

- Mais... Je... Quelqu'un d'autre ne peut pas s'en charger ?

- Non. C'est vous qu'il a spécifiquement demandée.

Ma bouche s'assèche. Bien sûr qu'il m'a demandée. Cet homme semble décidé à me pousser lentement vers une crise cardiaque. Pourquoi moi ? L'hôtel est plein de personnes compétentes, non ? Pourquoi est-ce que je dois être la cible de son jeu, ou pire, de son attention ?

- Très bien. J'y vais.

Je raccroche, et Rose me fixe immédiatement, un sourire triomphant au coin des lèvres.

- Alors, c'est Blackwood ? Je le savais.

- Ce n'est pas ce que tu crois !

- Oh, c'est exactement ce que je crois, dit-elle, son sourire s'élargissant encore. Peut-être même... torride ?

Je lève les yeux au ciel, mais mes joues chauffent.

- Arrête ! Ce n'est pas du tout ça !

- Bien sûr, bien sûr. Allez, file, et essaie de ne pas mourir de honte en chemin, conclut-elle, en m'adressant un clin d'œil.

Bah voyons. Comme si c'était si facile. Ça se voit que ce n'est pas elle que le grand Blackwood a pris pour cible. Elle n'a pas dû faire face à son sourire en coin, ses répliques pleines de sous-entendus et, pire encore, à... son manque flagrant de vêtements.

Je frissonne rien qu'en y repensant. Pourquoi fallait-il que ce soit moi ?

~✽~✽~✽~✽~✽~✽~

Quelques minutes plus tard, je me tiens devant la porte de la suite présidentielle, respirant comme si je venais de gravir une montagne.

Tu peux le faire, Clara. Ce n'est qu'une réunion. Pas de quoi paniquer. Et cette fois, il sera habillé. Enfin, logiquement.

Je frappe doucement, hésitante. Pas de réponse. Je frappe encore une fois, un peu plus fort. Toujours rien. Génial. Peut-être qu'il n'est pas là ? Je devrais partir, non ? Mais alors que je commence à baisser la main, la porte s'ouvre soudainement, comme si elle avait senti mes pensées. Et là, je me retrouve face à lui. Habillé.

Hallelujah.

Enfin, à moitié. Mon regard descend instinctivement, et voilà : il est en train de boutonner sa chemise, dévoilant un torse sculpté comme si Michel-Ange lui-même avait pris des cours pour le sculpter. Ses doigts, lents et précis, referment chaque bouton avec une nonchalance qui frôle la provocation.

Évidemment. Parce que bien sûr, il ne peut pas juste être prêt et parfaitement habillé comme tout le monde. Ce serait trop demander. Je détourne les yeux, tentant désespérément de me concentrer sur autre chose. La moquette ? Oui, voilà. La moquette. Très... moquettée.

- Clara, dit-il en levant les yeux avec un sourire en coin. Toujours aussi ponctuelle.

Je me racle la gorge, tentant désespérément d'éviter de regarder directement... là.

- Je suis là pour superviser la réunion, Monsieur Blackwood.

Il arque un sourcil, son sourire s'élargissant légèrement.

- Quelle réunion ?

Je cligne des yeux, déconcertée.

- La... réunion dont on m'a parlé ? Celle que vous avez demandée ?

- Ah, intéressant. Et vous êtes sûre que je vous ai demandée, vous, pour superviser une réunion ?

Mon cerveau surchauffe, et je sens mes joues commencer à chauffer.

- Je... Oui. Enfin, je crois. Vous avez demandé quelqu'un, et mon supérieur a dit que c'était moi.

Il hoche la tête lentement, comme s'il réfléchissait profondément, mais le scintillement dans ses yeux dit autre chose.

- Fascinant.

Il termine de boutonner sa chemise, mais prend un temps exaspérant pour enfiler sa veste, bougeant avec une lenteur qui semble calculée. Il ajuste chaque manche avec une précision absurde, comme s'il attendait que je craque.

Je croise les bras, essayant de garder un semblant de contrôle.

- Si vous n'avez pas de réunion, je peux partir, dis-je, priant pour qu'il accepte cette issue.

- Oh, mais non, Clara. Ce serait dommage de vous renvoyer alors que vous êtes là, prête à superviser... quelque chose.

Qu'est-ce qu'il sous-entend par là ? Quelque chose ? Il se paie ma tête, c'est pas possible. Mon supérieur m'a bien dit que c'était moi qu'il avait demandée. Moi. Pas quelqu'un d'autre. Et maintenant, il n'y aurait plus de réunion ? C'est quoi ce délire ?

Je tente de reprendre contenance, mais mon cerveau tourne à plein régime. Soit quelqu'un s'est moqué de moi à la direction, soit ce type a décidé que sa nouvelle mission dans la vie était de m'embarrasser à chaque interaction.

- Vous semblez tendue, dit-il en ajustant ses boutons de manchette avec une précision presque agaçante.

- Non, je suis juste... concentrée, dis-je, priant pour que ma voix ne trahisse pas la confusion dans ma tête.

- Hm. Intéressant.

Intéressant ? Non mais sérieusement, qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi est-il comme ça ? Est-ce un jeu pour lui, ou bien il a vraiment une case en moins ?

Il s'avance vers moi, son sourire en coin toujours bien en place. Chaque pas semble calculé, mesuré, comme s'il prenait un malin plaisir à réduire la distance entre nous. Mon corps réagit avant mon cerveau, et je fais un pas en arrière, heurtant presque le mur.

- Ne vous inquiétez pas, Clara. Je ne vais pas vous manger. Pas aujourd'hui, du moins.

Je le fixe, choquée, incapable de trouver une réponse. Ma gorge se serre, et je déglutis difficilement. Pas aujourd'hui ? Merde, qu'est-ce qu'il insinue ? Que demain il s'y mettra peut-être ? Pourquoi est-ce que tout ce qu'il dit ressemble à une énigme destinée à me faire perdre pied ?

Mais avant que je puisse formuler une phrase cohérente (ou décider de fuir), il éclate de rire. Un rire chaleureux et désarmant, comme si toute cette situation était un jeu parfaitement maîtrisé... par lui.

- Vous devriez voir votre tête, dit-il en passant une main dans ses cheveux, son sourire en coin clairement satisfait de ma confusion.

Je sens ma gêne prendre des proportions gigantesques. Ma respiration s'accélère, mes pensées s'embrouillent, et il devient clair que je dois m'échapper.

- Je... Je vais vous laisser, dis-je précipitamment, commençant à me détourner.

Mais évidemment, Damian Blackwood n'est pas le genre d'homme à qui on tourne le dos. Avant que je ne fasse deux pas, une main ferme attrape mon poignet et, en une fraction de seconde, il me fait pivoter. Mon dos heurte doucement le mur, et il se tient devant moi, les mains posées de chaque côté de ma tête, me coupant toute retraite.

Mon cœur s'emballe. Non, il explose littéralement. Le son des battements envahit mes oreilles, si fort que c'est tout ce que je peux entendre désormais.

Il penche légèrement la tête, son visage s'approchant juste assez pour que je sente la chaleur de son souffle. Ses yeux sombres scrutent les miens, une intensité presque déroutante dans son regard.

- Pourquoi fuyez-vous toujours, Clara ? murmure-t-il, sa voix basse et veloutée.

Je cligne des yeux, incapable de répondre, incapable même de réfléchir. Mon cerveau a complètement abandonné la mission, me laissant seule face à ce tourbillon d'émotions contradictoires : peur, confusion... et quelque chose de bien plus troublant que je n'ose pas nommer.

- Je ne... Je ne fuis pas ! Enfin... pas vraiment. Je... je pensais juste que vous aviez... fini ? Oui, voilà, c'est ça, fini... avec moi, dis-je en balbutiant, ma voix vacillant entre la panique et l'embarras.

Un éclat amusé traverse ses yeux, et il s'incline légèrement vers moi, réduisant encore la distance entre nos corps. Je retiens mon souffle lorsque son nez effleure ma chevelure, un geste aussi déconcertant qu'intime.

- Fini avec vous ? murmure-t-il, sa voix grave résonnant si près de moi que j'en ai presque le vertige.

Je sens un frisson parcourir ma nuque alors qu'il ajoute doucement, presque envoûtant :

- Clara, ça ne fait que commencer.

Mon cœur rate un battement. Peut-être deux. Je suis littéralement figée, incapable de bouger, de parler, même de penser correctement. Mais l'instinct finit par prendre le dessus. Sans réfléchir, je me baisse brusquement et passe sous son bras, m'échappant avec une précipitation désespérée.

- Je... Je dois y aller ! lâché-je en trébuchant presque sur mes propres pieds, ma voix plus aiguë que je ne l'aurais voulu.

Je ne prends pas la peine de regarder en arrière. Je sais qu'il me regarde partir, et cette simple pensée suffit à faire monter la chaleur à mes joues. Une fois dans le couloir, je m'appuie contre le mur, tentant de reprendre mon souffle, les battements frénétiques de mon cœur résonnant encore dans mes oreilles.

Qu'est-ce qui vient de se passer ?!

J'inspire profondément, essayant de calmer les battements frénétiques de mon cœur. Mais rien à faire. La scène repasse en boucle dans ma tête, et je sens mes joues brûler à nouveau.

Il faut que je l'évite. Absolument. Ce... ce quoi déjà ? Ce gamin, ce type étrange qui me serre de patron. Et dire qu'on m'avait raconté tellement de choses à son sujet. "Un homme de pouvoir", "un visionnaire", "charismatique mais distant". Mais personne ne m'a préparée à... ça.

Je secoue la tête, comme pour chasser ses mots, son sourire, et surtout... ce moment où il a osé plonger son nez dans mes cheveux.

Damian Blackwood. Irrésistiblement timbré. Ouais, c'est exactement ça.

Un rire nerveux m'échappe malgré moi. Je colle mes mains contre mes joues, espérant refroidir un peu la chaleur qui y persiste.

Et maintenant, comment est-ce que je vais survivre au reste de la journée sans retomber nez à nez avec lui ? Peut-être qu'il y a un bunker dans l'hôtel où je pourrais me cacher.

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