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Irrésistible attraction avec le milliardaire

Irrésistible attraction avec le milliardaire

Auteur: CHE NOELA
Genre: Romance
Cameron est un célibataire endurci. À la tête de plusieurs établissements luxueux, cet homme d'affaires accompli consacre la majeure partie de son temps à son empire. Entre ses réunions interminables, ses bureaux et ses responsabilités, ses seules échappatoires sont la salle de sport, ses amis les plus proches... et les femmes qu'il collectionne sans jamais s'attacher, que ce soit au Xtazy ou dans l'intimité de son appartement. Raina, quant à elle, est une chorégraphe de renom dont le talent est convoité par les plus grandes stars. Sa beauté exceptionnelle et son imagination débordante font d'elle une référence dans son domaine. Pourtant, derrière son succès se cache une femme épuisée par un rythme de vie effréné. Son véritable refuge reste son île natale, Tahiti, où elle retrouve une existence simple auprès de ses proches, notamment son cousin et ses meilleurs amis. Leurs chemins se croisent lors des MTV Video Music Awards. À première vue, Cameron et Raina n'ont rien en commun, si ce n'est une vie menée à cent à l'heure et un quotidien marqué par la pression du succès. Lui est habitué à faire la une des tabloïds pour ses nombreuses conquêtes et son mode de vie débridé. Elle, au contraire, protège farouchement son intimité et fuit les projecteurs dès qu'elle en a l'occasion, préférant la tranquillité de son île aux paillettes du monde du spectacle. Raina, marquée par un passé douloureux, s'est toujours tenue éloignée des sentiments amoureux. Elle refuse de laisser quelqu'un bouleverser l'équilibre qu'elle a construit. Pourtant, l'arrivée de Cameron dans sa vie va peu à peu ébranler toutes ses certitudes. Lui, qui n'a jamais cru aux histoires durables et qui s'est toujours contenté de relations sans lendemain, se retrouve désarmé face à cette femme dont le regard semble atteindre une partie de lui qu'il pensait disparue depuis longtemps. Entre une héroïne mystérieuse, indépendante et difficile à apprivoiser, et un homme charismatique qui cache ses propres blessures derrière son assurance, une histoire inattendue va naître. Cameron est prêt à tout pour conquérir celle qui, à ses yeux, pourrait être son âme sœur. Découvrez l'histoire passionnelle et mouvementée de Raina et Cameron. Car lorsqu'on est convaincu d'avoir trouvé sa moitié dans le regard d'une autre personne, il ne reste plus qu'à se lancer à sa poursuite. Mais encore faut-il réussir à surmonter les obstacles, les blessures du passé et les épreuves qui se dresseront sur leur chemin...
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Chapitre 1 Chapitre 01

RAINA

Une salve d'applaudissements m'accompagne jusqu'à ce que je pénètre dans l'espace sombre où une multitude de fils s'emmêlent dans des dizaines de nœuds, à la sortie de la scène. Je les évite soigneusement, pour ne pas me tordre la cheville, et passe les portes pour m'enfoncer dans le couloir qui mène aux loges.

Le silence m'enveloppe aussitôt. Une paix bienvenue s'impose alors en moi avec bonheur. Je soupire de ravissement et quitte le couloir en fonçant dans l'espace des loges où toute une équipe m'entoure.

Je saisis la serviette que me tend mon meilleur ami et cousin, Oro, et m'éponge le cou.

- Raina, tu viens de faire une performance plus que parfaite, me félicite-t-il en m'adressant son habituel sourire éclatant. C'était impressionnant ! Les hauts standings ne vont jamais cesser de te manger dans la main.

« Les hauts standings », pensé-je en retenant un gloussement. Oro nomme toutes les stars comme cela. Il maintient qu'il y a plusieurs stades ou niveaux, dans le concept d'une vie artistique. Moi, je les vois tous sur le même échelon. Ils sont des célébrités, point. Que ce soit de la musique, du petit écran ou autre, je les discerne de la même manière sans jamais en placer certains dans des catégories plus élevées que d'autres. Ils ont leur boulot, j'ai le mien. Et ils restent de simples humains.

Je déteste depuis toujours cataloguer les gens selon leur nombre de vues, leur rang social et encore moins leur statut. J'exècre totalement cet état d'esprit. Ils sont des clients potentiels s'intéressant à mon art et c'est tout ce qui me pousse à m'impliquer auprès d'eux sans faire de différences.

Le premier venu est le premier servi. En d'autres termes : je suis la vendeuse et eux mes clients. J'écoute attentivement leurs souhaits, bien que trop souvent excentriques et quasi impossibles à effectuer, et tente par tous les moyens de faire naître leurs envies dans des chorégraphies élaborées à la perfection afin qu'elles deviennent réelles.

Je donne vie à leurs rêves artistiques, et eux font de la mienne la continuité d'un talent auquel je tiens depuis toujours et qui peut, désormais, me faire vivre convenablement.

- Tu dis toujours ça de toutes les performances que je réalise, fais-je en épongeant mon cou tandis qu'il suit des yeux une de mes danseuses.

Oro est mon meilleur ami et le fils de ma défunte tante maternelle. Ce grand jeune homme qui vient de fêter ses vingt-six ans ne me quitte pas d'une semelle. D'ailleurs, c'est ce que nous faisons tous les deux depuis notre enfance. Nous sommes nés et avons grandi à Tahiti. Deux Tahitiens à la conquête du monde.

Mais ce beau brun représente plus que ça et c'est entièrement réciproque. Nous ne pouvons plus nous séparer, liés par un passé familial désastreux qui nous a unis à jamais.

Un troisième comparse ne nous lâche pas d'un pouce également : Raimana. Un ami d'enfance avec lequel nous traînons depuis les premiers bancs des cours de récréation. Nous sommes trois acolytes, et quel que soit l'endroit où nous nous rendons, nous sommes toujours réunis.

Oro pousse la porte de la loge sur laquelle mon nom est inscrit et je me dirige aussitôt sous la douche. Comme par magie, une main apparaît au-dessus de la paroi en verre floutée. J'ôte mon vêtement de danse créé uniquement pour cette soirée et le pose sur le membre bronzé en attente.

Une serviette est jetée sur la fine paroi de verre et après avoir lavé mon corps de la sueur que vient de me procurer ma représentation sur la scène des MTV Video Music Awards, je la récupère en m'entourant dans le tissu éponge à l'aspect doux et moelleux que je drape autour de mon corps exténué.

Je ne compte plus le nombre d'heures de manque de sommeil que je détiens au compteur ces derniers jours. Et lorsque je trouve suffisamment de temps pour me reposer et avoir enfin une nuit réparatrice, c'est à mon sommeil de me jouer des tours, en me fuyant.

Ce dernier m'échappe depuis quelque temps et j'ai une petite idée de la source de ce problème qui commence à m'affaiblir sérieusement. Ce n'est pas un de ces maux que l'on peut soigner, mais deux yeux bleu turquoise me donnant l'impression de me suivre partout.

D'ailleurs, ils m'ont encore une fois sondée tout du long de ma représentation. Et essayer de les ignorer était tout bonnement impossible. J'ai pourtant bien tenté et l'échec cuisant qui m'envahit encore m'est tout simplement déroutant et incompréhensible. Et je déteste ça plus que tout. Je fais face à un réel problème dont la solution m'est entièrement étrangère et cela me trouble.

Lors de ces événements, c'est simple, je dois apparaître au moins une fois avec ma troupe qui danse entre deux récompenses. Comme toujours, le Radio City Music Hall de New York est bruyant et plein à craquer. Il y a toujours un monde fou et ça fourmille dans tous les sens.

La première fois que j'ai dû faire ma représentation, j'étais stressée au possible et complètement perdue au milieu de toute cette agitation. Entre le personnel, les différentes équipes présentes pour chaque star, danseur, présentateur... Je ne savais plus où j'étais. D'ailleurs, je me souviens très bien d'avoir pensé être parvenue dans un autre monde. Un monde de fou.

Finalement, j'avais été le clou du spectacle d'un événement aussi important que le sont les Grammys au Staples Center de Los Angeles. J'avais récolté une standing ovation à la fin de ma représentation, constituant le stupéfiant spectacle de danse d'une artiste encore inconnue du public américain.

Je dois cette aubaine à Dennis, un client qui a séjourné à Tahiti. Mes amis et moi l'avions traité comme quiconque et l'avions emmené avec nous sur les plus beaux spots de notre île, inconnus des touristes. Ce dernier faisait preuve d'une réelle envie de connaissances et d'un respect admirable pour l'authenticité des coutumes de notre île, son peuple et sa nature.

Il avait su toucher quelque chose dans notre âme qui nous avait poussés à l'accepter en lui offrant ce qui nous était le plus cher : les trésors cachés de notre île et l'ouverture de nos maisons dans lesquelles il est toujours le bienvenu. Il s'était impliqué dans chaque tâche sans jamais rechigner. Il prenait même plaisir aux corvées exténuantes et, chaque soir, nous aimions plaisanter de son air rêveur qu'il arborait sans cesse même lorsqu'il ramassait le crottin des porcs.

Ça avait été une surprise d'apprendre qu'il faisait partie de l'équipe qui produit et dirige la mise en place d'événements tels que les Grammy Awards, MTV Awards et autres. Son remerciement pour avoir passé un inoubliable moment durant un passage difficile de sa vie avait été une invitation à me représenter sur scène, entourée de mes danseurs. Un cadeau inestimable égal à celui que je lui avais offert inconsciemment et sans arrière-pensée sur mon île.

Depuis, Oro, Raimana et moi traversons constamment les États-Unis, entre Los Angeles ou New-York, les lieux où nous nous sommes établis. Après avoir décroché plusieurs signatures de contrats pour diriger et créer des clips représentant les demandes les plus exigeantes des stars de la musique, je suis devenue LA chorégraphe en vogue. Celle que tout le monde s'arrache depuis trois ans et qui désire une chorégraphie hors du commun et à la fois actuelle.

Dennis m'est infiniment reconnaissant d'avoir su lui rendre son bonheur alors que je continue à lui maintenir que ce n'est rien. Et je le suis réciproquement tandis qu'il balaye toujours de la main mes remerciements pour cette chance qu'il m'a offerte sur un plateau en changeant mon quotidien du tout au tout.

Raimana entre à son tour dans ma loge, l'agitation qui règne dans le couloir extérieur résonne jusqu'à mes oreilles avant d'être remis en sourdine lorsqu'il referme la porte derrière lui. Aussitôt, le calme reprend sa place dans la pièce parsemée de miroirs, d'assises et de bouquets de fleurs.

- C'était spectaculaire, Rai, déclare-t-il en fonçant sur moi alors que je sors de la douche.

Tenant ma serviette, malgré l'avoir coincée au-dessus de ma poitrine, un peu trop opulente à mon goût, je le laisse m'enlacer dans un câlin bienvenu. Immédiatement, l'odeur familière suffit à me détendre.

- Nous sommes attendus à nos places, continue-t-il de m'énoncer en s'écartant de moi.

- Dans quelle rangée sommes-nous ? lui demandé-je en récupérant la housse qui cache la merveille qui va bientôt épouser mon corps.

- Partie Ouest, quatre rangées après la scène.

Je vois tout à fait l'emplacement qui nous attend tous les trois. Dans les nombreuses rangées se trouvent tous les artistes musicaux confondus. Parmi eux, un mélange d'hôtes de marque, tels que des acteurs ou autres stars connues, se mêle parfaitement aux nominés. On y trouve aussi des personnalités de différents domaines tels que la télé-réalité, les hommes d'affaires et bien plus encore.

Étant ni chanteuse ni faisant partie d'un quelconque poste touchant aux enregistrements et compositions, je fais partie de ces hôtes sans pour autant me considérer comme prestigieuse, malgré l'étiquette que l'on me colle automatiquement dès lors qu'on prononce mon nom. Mon statut pour ce soir me convient tout particulièrement. Car je n'ai pas été mise au courant plus tôt d'une quelconque nomination me concernant.

Raimana m'apprend que je ne suis pas entourée d'artistes chanteurs, ce qui me ravit hautement. Dans le cas contraire, cela m'aurait valu d'être ensevelie sous les nombreux désirs sans fin des artistes ne cessant de me quémander de donner vie à leur esprit visionnaire en vue de leur prochain clip.

La rangée et la place que l'on m'a attribuées sont donc plus que satisfaisantes même si cela veut dire que je me trouverai plus proche de cet homme énigmatique dont je ne souhaite qu'une chose : le fuir comme la peste. Je n'arrive pas à me souvenir de la place exacte qu'il occupe, mais j'espère qu'elle sera assez éloignée de la mienne pour garder mon esprit clair. Je n'aime pas du tout l'attention qu'il porte sur moi. Il me rend nerveuse bien qu'il soit pourvu du plus beau regard que je n'ai jamais vu. Et c'est peut-être pour cela que je souhaite si ardemment rester à l'écart de lui.

Chapitre 2 Chapitre 02

Cameron Williams est un homme d'affaires connu de tous. Dire qu'il est prisé est un euphémisme. Partout où je peux le croiser, une horde de filles semble constamment le suivre et prête à se battre pour remporter le morceau de viande qu'il est à leurs yeux faussement énamourés. Ou peut-être est-ce réellement le cas pour certaines d'entre elles à la différence des nombreuses croqueuses de diamants qui gravitent autour de lui.

Autant dire qu'il est de cette catégorie d'hommes que je prends soin de fuir tout particulièrement. Monsieur Williams arbore une pancarte imaginaire que je suis la seule à voir et cette dernière clignote sans cesse au-dessus de sa tête. Elle équivaut à un panneau de danger indiquant: « Stop ! À éviter de toute urgence ! »

Pourtant, ce n'est pas mon genre de juger les gens, mais j'ai une opinion toute faite de quelqu'un comme lui malgré tout. Il mène sa vie comme il l'entend et c'est tout à son honneur, mais sa façon de vivre n'est pas la même que la mienne, point. Nous n'avons pas la même façon de voir les choses, c'est un fait indéniable.

Nous sommes différents. Aux antipodes l'un de l'autre. C'est pourquoi je déteste sentir ce que sa présence fait naître en moi. C'est une sorte de chamboulement malvenu que je ne comprends pas et méprise grandement.

Je sors de la loge et un brouhaha inconfortable me saisit tout de suite, me donnant encore plus envie de me jeter dans le premier avion en partance pour mon île. Je lâche un profond soupir de lassitude et mes deux comparses me lancent aussitôt un regard amusé et à la fois compréhensif.

Eux seuls savent combien je déteste tout ce qui a attrait avec le monde du show-biz, malgré la renommée que cela me donne et qui permet aux danseurs de mon groupe de tant briller. Cela leur profite et je suis heureuse de parfaire leur prouesse qui fait leur bonheur et celui de leurs familles restées chez nous et dorénavant plus dans le besoin.

C'est quelque chose que l'on endure tout en pratiquant le métier de nos rêves. Seul le milieu dans lequel cela nous mène inévitablement dès que nous sommes remarqués est parfois détestable et c'est dans celui-ci que nous évoluons dorénavant. Ça l'est pour une fille simple comme moi. Beaucoup de mes danseuses ne comprennent pas mon appréhension à fouler ces lieux bling-bling.

Au contraire de moi, et comme beaucoup de filles et garçons, elles ne visent que ces événements en se languissant d'y retourner. Elles se sentent lumineuses comme des étoiles précieuses et scintillantes, tandis que je ne pense qu'à l'extinction des projecteurs une fois la représentation finie.

Bien sûr, je me galvanise des applaudissements qui suivent toujours mes performances. Attention, je ne crache pas dans la soupe. Loin de moi l'idée d'être ingrate. Je suis profondément reconnaissante d'avoir cette vie et en mettre plein la vue à chaque public. Je le suis pour étinceler parmi mes danseurs sur chaque scène du monde entier. Seulement, les lumières, les paillettes... Tout ça, ce n'est pas ce que j'aime tant, bien que ce soit ce qu'il faut pour réussir et continuer cet apogée fantastique dans la réussite.

Moi, ce que j'aime c'est la danse et la musique, évidemment, mais aussi et surtout le silence, la simplicité, la nature à l'état sauvage. En fait, mon idéal serait de poursuivre ma renommée en continuant de danser à n'en plus finir, mais avec comme toile de fond mon île et ses paysages spectaculaires que je chéris tant depuis toujours et non le monde du show-biz.

Le seul bruit que j'accepte avec joie et adore entendre est celui de Teahupoo. C'est la vague, qu'autrefois, les grands chefs venaient affronter et rivaliser de courage. Il s'agit de la vague la plus dangereuse au monde. Un véritable tube de légende sur lequel Oro, Raimana et moi prenons infiniment plaisir à surfer à chacun de nos retours.

Nous rejoignons la presqu'île de Tahiti dès que nous le pouvons et prenons un petit-déjeuner dans notre snack favori, chez Amata, qui borde le lagon avant de prendre la direction de la Marina. Enfin sur place, nous nous mêlons aux nombreux surfeurs venus de plusieurs régions du monde afin de se confronter aux vagues mythiques de Teahupoo. Le spot y est dangereux parce que fortement exposé à la houle qui s'échoue sans fin en des vagues profondes et puissantes sur le récif corallien.

Je félicite les membres de ma Hope Family, présents dans un immense vestiaire dédié aux danseurs, puis traverse la salle bondée et bruyante dans ma magnifique robe extrêmement découverte. Elle dissimule seulement ma poitrine, mon pubis et mes fesses dans un mélange élégant de dentelle noire et argentée et s'échoue en une longue traîne à l'arrière en laissant mes longues jambes dénudées à l'avant.

Juchée sur des talons de dix centimètres, je ne vise que mon siège seulement à quelques mètres de moi. Cependant, je suis constamment arrêtée à chaque rangée devant lesquelles je passe, interpellée par tel ou tel artiste. De compliments en félicitations en demandes de nouveaux projets, j'ai beaucoup de mal à rejoindre ma place attitrée pour le restant de la soirée.

Oro m'indique son emplacement d'un signe de tête encourageant tandis que, attristée, je refuse poliment un nouveau contrat. Je n'aime pas éconduire un artiste, mais je suis surbookée et n'ai tout simplement pas assez de place pour le caser entre deux répétitions. C'est tout bonnement inimaginable.

- Peut-être plus tard, dis-je avec peu d'espoir de parvenir à le glisser dans mon agenda de malade, même à l'avenir.

Il s'agit d'un jeune chanteur à la mode, moqué des autres artistes, car oui, la méchanceté atteint des records dans ce milieu. Et pas que dans celui-ci. Il se la joue gros dur en affichant un style de gangster de rue alors qu'il a été un privilégié depuis sa naissance. Cependant, il continue à tenter de se composer cette image qu'ont les rappeurs et, auprès d'eux, il ne représente qu'un morveux totalement naze à leurs yeux.

Le truc c'est que le morveux fait partie du top dix et passe devant les trois quarts d'entre eux, et ça, ils n'arrivent pas à l'avaler. C'est la pilule qui ne passe pas et ils n'hésitent pas à le lyncher oralement à travers leurs tubes et chaque fois qu'ils le croisent, comme ce soir. Je déteste ça et me sens encore plus mal de devoir lui répondre non.

Connaissant pertinemment mon certain pouvoir dans ce milieu chaotique, je reviens sur mes pas et lui donne un hug auquel, bien que surpris dans un premier temps et n'en croyant pas ses yeux, il se laisse aller. En se reculant enfin, il me regarde avec admiration de ses grands yeux noisette toujours ébahis.

- Je suis peut-être prise jusqu'au cou professionnellement, mais il se pourrait bien que je m'incruste sur scène lorsque tu devras y faire ton show et que je serai dans la même ville que toi, lui soufflé-je dans ce qui sonne comme une promesse.

Après un clin d'œil complice lancé à son attention, je m'écarte de lui afin de rejoindre les miens qui m'observent un sourire en coin.

- Merci Raina ! s'exclame le jeune chanteur aux nombreux colliers d'or qui menacent de rompre son cou svelte, tandis qu'il semble se rabrouer face à ce qui vient de se produire, soit notre échange et plus particulièrement mon approche, car je suis connue pour être réservée.

Je ne suis pas non plus super tactile avec les personnes étrangères. Mais mon geste a eu le don de clouer le bec à de nombreuses personnes avec lesquelles je travaille et qui viennent de passer pour idiots pour s'en prendre gratuitement à un petit jeune qui, malgré son âge, a un talent incontestable.

J'ai plusieurs de ses hits dans ma playlist et il m'arrive souvent de les écouter. La musique est au même titre que la danse chez moi, c'est vital. Et, comme toujours, ces personnes sont toutes au même rang pour moi. Stars ou pas stars, tous à la même enseigne.

Oro attend patiemment que j'approche en se tenant toujours en retrait afin que je regagne enfin ma place. Tandis que je m'assois, mon regard tombe instantanément dans celui si profond de Monsieur Williams. Effectivement, l'assise que l'on m'a attribuée est juste derrière celle de Cameron Williams et ses plus proches amis, Joshua, célèbre tatoueur, et Savannah, galeriste en vogue.

J'ai un instant d'hésitation en m'installant, mes yeux toujours ancrés dans les siens, tandis qu'il reste tourné face à moi tout comme ses amis. Et mon incertitude, quant à ce que sa présence vient de provoquer en moi, semble lui faire plaisir. Cela suffit à me remettre les idées en place. S'il croit me prendre pour toutes ces filles assoiffées de sa personne, il va être très vite déçu.

Il est beau, vraiment. Incroyablement beau pour tout dire. Au point que ça en est tout simplement déroutant. Il est même l'homme que je trouve le plus beau au monde et pourtant j'ai pas mal voyagé depuis que je suis devenue la chorégraphe prisée des stars, mais il ne représente que cela à mes yeux. Je sais, de sources sûres, que la beauté peut se montrer dangereuse en cachant les plus belles pourritures.

J'ignore mon insupportable palpitation, soudainement accélérée, dans ma cage thoracique face à cet être sublime, et me compose l'expression neutre que j'affectionne depuis toujours face au monde entier, car je ne tolère pas qu'on puisse lire en moi. Cela ouvre beaucoup trop de portes sur un passé que je tente de laisser définitivement aux oubliettes.

Mon visage recomposé, je tourne la tête et adresse un signe poli aux personnes de notre rangée. Ces dernières m'observent déjà avec émerveillement, ce qui me met toujours mal à l'aise. Je ne suis pas la chanteuse numéro un mondial et pourtant c'est tout

Chapitre 3 Chapitre 03

Nomination suprise

RAINA

Mes mains tremblent et je n'ai aucun contrôle sur elles. Je décide vite de mettre un terme à cet échange visuel, pourtant captivant, afin de ne pas montrer davantage l'état fébrile dans lequel Cameron a le pouvoir de me plonger en un seul regard appuyé.

Je passe le reste de la soirée à éviter, avec grand soin, de le recroiser. Oro et Raimana ne se lassent pas de discuter avec Savannah et Joshua. Même Monsieur Williams se plaît à échanger avec eux à quelques moments. Je dois reconnaître qu'il est plaisant d'apercevoir dans ses paroles une certaine intelligence mêlée à un réel attrait pour notre peuple Tahitien auquel il s'intéresse longuement.

Mais je ne vais pas si facilement me laisser avoir par sa belle gueule et son soudain intérêt. Pourtant, un pernicieux plaisir se fraye un chemin en moi à l'entente de ses dires. Mon point faible c'est mon île. Flatter le plus infime morceau de pierre provenant d'elle suffit généralement à m'attendrir, mais je compte tenir tête à cet être magnifique.

Il est doté d'un esprit vif qui lui permet de savoir où frapper ou quoi dire pour faire tomber quiconque dans ses deux puits sans fond à la couleur aussi turquoise que l'eau de mon archipel. Ceux-là même qui n'ont de cesse de m'éblouir sans mon consentement. Si tant est que l'on peut donner la permission pour une telle chose.

Tandis que mes amis éclatent de rire, une voix grave se fait entendre en bout de rangée. Tanetoa se tient là, affichant son large sourire en me pointant du doigt. Tout comme moi, il est natif de Tahiti et est devenu célèbre grâce au catch dans lequel il a brillé avec son personnage de Dieu Tahitien, véritable Maohi des temps modernes, en ravissant le cœur des Américains.

Sa prestance, avec ses nombreux tatouages sur un corps immense et musculeux et pourvu d'un visage craquant, lui a ouvert presque aussitôt les portes du cinéma. Il est doté d'un talent inouï dans tout ce qu'il entreprend.

Je me lève et m'empresse de le rejoindre. Ce dernier m'accueille dans un câlin à l'image de l'homme qu'il est : énorme et étouffant. Mais je m'en sors vivante, bien qu'essoufflée.

- Sale brute, le sermonné-je tandis que son rire fend les airs.

On s'attend presque à ce que le sol se mette à vibrer sous l'écho de son éclat tonitruant. C'est ensuite un ami commun, Eddy, qui apparaît devant moi en tentant d'imiter Tanetoa. C'est une accolade plutôt... bizarre, car la taille si petite de cet homme à côté de celle de Tanetoa, et où je le dépasse moi-même d'une tête, rend l'acte comique. D'ailleurs, les personnes qui nous entourent et ont une vue superbe sur notre échange sont en train de se fendre la poire.

Eddy, afro-américain né aux États-Unis, est un personnage très drôle autant dans la vraie vie que derrière le petit écran où il excelle. Dans son dernier rôle, aux côtés de Tanetoa, il continue à faire fureur. Il adore surjouer de sa petite taille en ne s'offusquant jamais du rire que cela provoque lors de chacune de ses apparitions. Ed' en joue avec plaisir. D'ailleurs, c'est grâce à ce physique particulier et son talent à jouer la comédie que des contrats lui tombent dessus à la pelle.

Tanetoa et Eddy ont souvent partagé l'affiche ces dernières années, c'est pourquoi ils ont créé une telle complicité autant dans les studios que dans leur vie privée. Leurs femmes sont par la suite devenues meilleures amies. Et si nous tombons sur ces deux hommes à l'extérieur en pensant qu'ils jouent toujours leur rôle dans chaque lieu de réceptions ou d'événements comme celui-ci, nous nous leurrons formidablement, car ils ne sont jamais aussi vrais qu'à cet instant. C'est ce qui est si incroyable lorsque nous les croisons et partageons de notre temps en leur compagnie. Je les adore.

- Non, tu restes derrière moi ! Si tu crois pouvoir me faire de l'ombre, lance Eddy à Tanetoa qui lève les yeux au ciel.

Il en faut peu de leur part pour me faire rire et c'est ce qui se produit. Leur chamaillerie coutumière a toujours raison de moi. Ces gars-là, c'est du pur bonheur à l'étalage. Et alors qu'ils continuent à se disputer la place la plus proche de moi tandis que nous sommes toujours debout en début de rangée, d'autres voix se font entendre.

- Vous craignez les gars, lance Steeve à Tanetoa et Eddy en se frayant un chemin jusqu'à moi.

- Ils en sont toujours là ? demande sa femme en désignant le duo comique. Voilà une chose qui ne change pas.

Je ris et la laisse me prendre dans ses bras après l'accolade de son mari. Ce couple, deux acteurs renommés, partagent également l'affiche. Ils sont si célèbres que les autres acteurs bavent presque sur leur passage. Ils représentent aussi l'acteur et l'actrice les plus sexy au monde. Et ce n'est pas peu de le dire. Imaginez un peu l'émeute que leur début d'histoire a créée dans le monde entier. Les fans étaient aux anges et les paparazzis aussi.

Avant de tomber, par hasard, sur un magazine où Monsieur Williams faisait la une pour, semblait-il, une énième frasque sexuelle avec une actrice porno, j'ai toujours pensé de Steeve qu'il était l'homme le plus beau sur Terre. Mais après avoir vu cette seule photo dans les tabloïds représentant Cameron Williams, j'ai compris combien je m'étais leurrée.

En effet, le physique de Steeve qui reste tout de même extrêmement ensorcelant, n'est en rien comparable avec celui de Cameron. C'est dire combien cet enfoiré, causeur de troubles à mon palpitant, est magnifique.

Pourquoi un homme tel que lui est doté d'autant de beauté et de richesse ? C'est rageant pour les personnes qui ne demandent qu'à avoir soit un minimum de l'un ou de l'autre. Lui, il en met plein la vue à tout le monde. J'imagine sans mal qu'aux côtés des croqueuses de diamants, doit sûrement s'additionner les hommes envieux.

Je me rends compte, tout à coup, qu'il doit être autant détesté qu'adoré. Sûrement plus détesté et pas tellement pris au sérieux dans ses affaires. Enfin, je n'en sais rien et ça ne me regarde absolument pas, mais il a tout l'attirail du gars héritier qui profite de tout avec un total désintérêt en même temps, ce qui peut pousser à le haïr.

- Ah, au fait ! m'exclamé-je en me faufilant à nouveau jusqu'à ma place où je tends la main à Raimana afin qu'il me donne le sac en papier que j'ai fait suivre.

Je retourne auprès de Lina, la femme de Steeve, et sors du sac un doudou trop chou qui représente un lapin avec un œil pailleté manquant. Le cri de joie du couple en prend plus d'un au dépourvu en s'étonnant d'une telle explosion de joie face à une minuscule peluche.

Steeve me décolle de terre en me faisant tournoyer, tandis que je le somme de me reposer.

- Si tu savais comme tu nous sauves la vie, déclare Lina pleine de reconnaissance.

- On ne dormait plus depuis deux jours.

Cela date de la dernière fois où ils sont venus à la maison et sont restés si tard qu'ils ont dû coucher leur adorable petite fille dans mon lit. Nous étions une dizaine, rassemblés chez moi, où Tanetoa et Eddy étaient aussi de la partie, et avons joué au poker. Puis, comme toujours, ça s'était terminé en musique et concours de danses improbables.

Enfin, surtout de la part de mes invités. Ou plutôt de mes incrusteurs - nouveau terme dont je les affuble et, qu'avec stupeur, j'ai découvert qu'ils raffolent. C'est la première formule qui m'est venue dès qu'ils se sont mis à fuir leurs beaux quartiers pour mon appartement, afin de conserver un pied à terre sans jamais céder à prendre la grosse tête, vu le milieu louangé qui les entoure.

- Voilà tout à fait l'exemple qui nous différencie, s'exclame Eddy en se faufilant sans mal entre nous. Vous les blancs, vous êtes en panique totale parce que vous avez égaré le doudou de votre enfant. Vous ne dormez plus, vous vous laissez gagner par l'anxiété et tout le tralala ! Mais nous, les noirs, si notre gosse perd son doudou – parce que tout le monde le sait ! Nous ne perdons ja-mais le doudou de notre enfant – et ben on lui dit qu'il n'avait qu'à faire plus attention et s'il veut survivre, il doit surpasser ça tout seul, comme un grand !

La foule éclate aussitôt de rire face à l'interruption, encore une fois, comique d'Eddy.

- Bah quoi ?! C'est la vérité ! Et pourquoi riez-vous comme ça, bande d'idiots ?! accuse-t-il les nombreuses personnes autour de nous qui continuent de se marrer.

Je secoue la tête en souriant en coin devant ce personnage hors du commun. Lina me prend les mains dans les siennes en réaccaparant mon attention et les serre contre sa poitrine.

- Encore merci, Raina.

- Pas de quoi. Par contre, il faudra bien que vous m'expliquiez, vous deux, ce qu'il faisait coincé entre ma machine à laver et mon sèche-linge dans la buanderie, leur dis-je en leur lançant mon regard cent pour cent soupçonneux.

Tandis que Lina rougit peu à peu, Steeve arbore ce sourire de canaille qui en fait craquer plus d'une.

- Elle a fait placer une caméra dans la buanderie ! lance Oro derrière moi toujours à nos places.

Je virevolte et le fusille de mon regard le plus sévère.

- Tu viens juste de griller toutes mes chances de choper Mr et Mme Spencer en pleine galipette ! l'accusé-je. Tu sais combien de personnes rêveraient de les voir dans la vraie vie depuis leur dernier film ?

- T'es allée voir Mr et Mme Spencer et tu ne nous as pas fait ton retour ? me reprochent à leur tour Steeve et Lina Jacobs, de leur vrai nom de famille, loin d'être offusqués de ma piètre tentative.

Tanetoa se marre.

- Waouh, Raina, je ne te savais pas animée de ce petit côté voyeur, chantonne-t-il, tandis que je lui administre une tape sur le torse.

- Oh, la ferme, lâché-je en souriant tout de même.

- Hé, continue tes tapes et je ne te dis pas la surprise que je te réserve.

- Tu sais bien que j'ai horreur d'attendre.

- Non, non, pas de ça. Tu l'auras en temps voulu, dit-il en me tirant un soupir et une moue déçue.

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