Jackson se leva et s'assit sur son lit. C'est un tout petit lit de campagne, dans leur maison au fond d'un village qui n'est peut-être même pas représenté sur la carte de leur pays. Ça fait exactement une semaine jour pour jour qu'il est sorti de prison, du moins, du centre de correction comme il aime souvent le dire. Et pour cause, il a été surpris lors de contrôle de police pendant un voyage, avec une quantité non négligeable de cocaïne dans son cas. En fait, c'est tombé de son sc lorsqu'il fouillait pour retrouver sa carte d'identité.
- Hey chef, on a un problème ici, avait crié le policier qui contrôlait, à l'encontre de son supérieur qui était plus occupé à taper les commentaires avec ses collègues.
Jackson n'avait même pas eu le temps de négocier avec le policier. Le cri de ce dernier avait rameuté ses collègues. Avant que Jackson ne se rende compte de ce qui se passait, on lui avait déjà passé les menottes aux poignets, et fais asseoir sur un banc comme un vulgaire bandit.
- Écoute mon petit, tu pareil innocent. Alors on va faire court, dis-nous juste qui te fournit cette histoire, et évite-toi des ennuis, lui avait dit celui qui semblait vraisemblablement être le chef d'équipe.
- Chef, je ne sais même pas ce que c'est, pour ne pas dire savoir d'où ça vient, encore moins comment ça a fait pour arriver là, ni celui qui l'y a mis.
- Je vois que tu maîtrise bien ton français à la con. Voyons si ça va te sauver là où tu vas te retrouver très vite.
- Chef, je ne sais pas, je vous assure
Du haut de ses dix-neuf ans, Jackson était un menteur avéré. On pouvait le prendre la main dans le sac qu'il nierait ne pas être le propriétaire de cette main.
Malgré les menaces des policiers, il nia mordicus ne pas savoir à qui appartenait le paquet. Le chauffeur, aidé de quelques passagers, supplièrent les policiers, afin de qu'ils le laissent continuer le voyage, mais rien n'y fit. Finalement, on l'abandonna. Jackson fut conduit en cellule, et trois jours plus tard il passait devant un jury constitué à l'occasion, où il fut jugé et condamné pour six mois. Motif : possession de drogue.
- Jack, lui dit sa mère lorsque les policiers l'emmenaient. Jack, depuis tout petit je t'ai toujours dit que tes voies risquent te conduire à la perdition mais tu t'es entêté. Regarde où nous en sommes. Aujourd'hui c'est six mois, et après ? J'espère que ton séjour là-bas va te faire réfléchir et peut être changer.
Jackson baissa le regard, et c'est les larmes aux yeux que sa mère le suivit du regard pour le voir disparaitre dans le fourgon qui devait le conduire au centre correction de Crechville, où il devait séjourner pour une durée de six mois, car selon le juge il était encore mineur et l'envoyer en prison serait comme le livrer à l'abattoir. Six mois de correction et de travaux d'intérêt général étaient assez pour faire changer le plus rebelle des enfants...ou le rendre encore plus rebelle. En effet, Jackson est élève en classes de troisième au Lycée Classique de Crechville. À cause de ses mauvaises fréquentations et des jeux auxquels il aimait se livrer, il avait à plusieurs reprises repris ses classes. Cette année est d'ailleurs la deuxième qu'il fait en classe de troisième, et avec les six mois qu'il vient d'écoper, il était évident qu'il n'allait pas pouvoir finir son année scolaire. Il allait encore reprendre la classe de troisième, pour la troisième fois.
- J'espère que tu as retenu la leçon, lui dit sa mère qui venait d'entrer dans sa chambre. L'école t'a dépassé. À dix-neuf ans tu es encore en classe de troisième, alors que tes égaux sont déjà à l'université. Si c'est pour courir derrière les petites filles du quartier tu es champion. J'espère que les six mois que tu as passées en prison t'ont......
- Centre de correction, coupa-t-il
- Pardon ?
- Six mois au centre de correction, pas en prison
- Pff, comme si c'était différent. Quoi qu'il en soit, je ne voudrais plus être à nouveau interpelée pour des affaires pareilles.
- Dans ce cas, la prochaine fois qu'on t'appelle, ne viens plus lança-t-il en sortant de la chambre.
- Jack, Jackson ! cria sa mère
Mais Jack était déjà loin, et n'entendait plus sa mère. D'ailleurs, même s'il l'entendait il n'aurait pas prêté attention à ses dires. Elle s'assit sur le lit que Jack venait de quitter et pleura.
...........................
- El Jackson, le bao, c'est how noor grand?
- Gars je suis là, quoi de neuf ?
- On gère le kwat (quartier) noor. Je vois que les gars ont fini par te libérer ?
- Ils avaient le choix ?
- Toujours one tête. Mais bro, how que tu as maigri comme ça ? on ne vous nourrissait pas là-bas ?
- Ça veut dire quoi Derick ? Je n'aime pas les moqueries et tu le sais bien
- Doucement hein, c'était juste pour blaguer. D'ailleurs, voilà un way pour te changer les idées
Jackson se retourna et vit Sonia qui arrivait.
Sonia est la copine de Jackson depuis bientôt un an. Âgée de vingt ans, elle est en classe de seconde. Mais cette différence d'âge ne joue pas en sa faveur, car Jackson est plus grand qu'elle.
- Alors, comme ça mon chéri est sorti de prison, et il ne se soucie pas de me le faire savoir, ni à m'informer ? lança-t-elle lorsqu'elle fut à portée de voix
- Désolé bb, je devais le faire. Il fallait juste que je me repose un peu. Tu sais ce n'était pas évident là-bas. Ces gars nous utilisaient comme des esclaves. Je me suis même retrouvé en train de défricher
- Défricher ? Mais tu ne sais même pas arrêter une machette
- J'ai dû apprendre ma chère. Je n'avais pas vraiment le choix
- J'ai bien dit qu'on vous maltraitait là-bas, regarde comment tu as m...
Le regard que Jackson lui lança obligea Derick à avaler la suite de ses propos.
- Quoi qu'il en soit, ce n'est pas grave, lui dit Sonia. L'essentiel est que tu sois là. Tu m'as vraiment manqué tu sais
- Toi aussi, dit-il en l'embrassant
- Les tourtereaux là, vous allez continuer plus tard. Il y a du TAF, lança Derick.
- Ton TAF là va attendre, il faut se ressourcer. Au fait, chérie j'ai besoin d'un bon massage. Tu viens ? dit Jackson en rentrant dans ce qui leur servait de repère, une vielle maison abandonnée dont ils avaient pris possession
- Bien sûr chéri, je te suis
- C'est ça même, continuer de m'ignorer hein. Je suis là sur place, je ne bouge pas, j'attends hein, cria Derick resté dehors.
Mais les autres avaient déjà fermé la porte derrière eux.
............. ..........
- Ericka, qu'est-ce que tu as ce matin ? tu parais bien pâle et triste
- Nadège, tu imagines ça fait deux jours, je dis bien deux jours que je n'ai pas vu Jackson ?
- Deux jours ?
- Deux jours ma chère. Il est sorti du centre de correction ça fait une semaine. Il a fait une semaine à la maison, c'est à peine s'il sortait de sa chambre. L'autre jour il est sorti, et depuis il n'est pas revenu. Je ne sais même pas où il dort cet enfant
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je lui ai juste dit que j'espérais que son séjour là-bas lui avait donné quelques leçons et que je ne voulais plus être interpelée pour des histoires de ce genre, il s'est fâché et il est sorti
- Ericka, je t'ai toujours dit que ce garçon a besoin d'une figure masculine. Il doit avoir un homme sur sa tête pour apprendre à marcher droit
- Pardon hein, ne commence pas avec les affaires de mariage là. Je ne veux pas me marier. Tu sais comment les hommes m'ont malmené ici dehors, et tu veux que j'aille vivre avec l'un d'eux ? Non, déjà que celui que j'ai ne me laisse pas, je vais encore ajouter un autre sur le dos, non merci.
- Ericka, je veux juste....
- Je dis non, sujet clos. D'ailleurs, tu ferais mieux de vendre les arachides là-bas, au lieu de me raconter des histoires. Tu ne te voies pas ? Celui que tu as à la maison là a déjà pu contenir tes enfants ? N'est-ce pas ils sont tous comme Jack ? Surtout que Jack est même mieux. Suzy a déjà deux enfants avec deux pères différents noor, à tout juste dix-neuf ans, et les autres ...
- Ok, ça va. J'ai compris. Merci de me rappeler tout celà, merci bien. C'est très gentil. Merci
- C'est toi qui as parlé de figure masculine, il fallait que je voie si la tienne a réussi là où tu veux m'envoyer, et...
- Et quoi ? J'ai dit que ça va noor
- Ok
Nadège était déjà passée à autre chose et ne répondait plus aux propos de Ericka.
- Et vous là-bas, qu'est-ce qui vous amuse ? regardez-les, lança-t-elle à l'égard des autres femmes qui avaient négligé leurs étalages pour écouter les deux femmes se disputer.
- Jackson, tu peux me dire d'où tu sors ? ça fait une semaine que je n'ai pas mis l'œil dans cette maison, demanda Ericka à Jackson qui venait de rentrer
- Est-ce que ça t'a empêché de dormir ?
- Tu ne me réponds pas ainsi, ok ? retorqua sa mère en lui assenant une gifle qui le fit vaciller. Je te rappelle que je suis ta mère, et je mérite un minimum de respect de ta part. ok ?
Jackson ne répondit pas. Elle insistât
- Est-ce que tu m'as écouté ?
- Oui m'man, répondit-il en tenant d'une main sa joue qui venait d'être victime d'une collision.
- Bien, reprit-elle en lui cédant le passage. Ne sachant pas quand tu devais revenir, j'ai préparé pour moi seule. Donc débrouille-toi avec le peu qu'il y a dans la marmite. Je vais chez Adèle, je reviens tout à l'heure
Jackson rentra dans sa chambre et s'assit sur son lit. Il ne comprenait rien. Ça fait juste deux semaines qu'il a été libéré, après avoir passé six mois dans un centre de correction. En temps normal, ce temps passé à faire des travaux d'intérêt général devrait lui avoir changé ses idées, mais on dirait que ces six mois et ce qu'il y avait enduré et vécu étaient passés sur lui comme l'eau sur le dos d'un canard.
« Mais bon Dieu, qu'est-ce qui m'arrive souvent ? » se dit-il. Avec une mention très bien lors de l'entrée en sixième, il était parti pour être toujours parmi les meilleurs. Sauf que le lycée l'a changé, ou alors c'est ces nouveaux copains les coupables ? Entré au lycée à onze ans, sa mère savait qu'il en sortirait à l'âge de dix-sept ans, an grand maximum. C'était sans compter les deux ans de sixième, deux ans de cinquième, deux ans en quatrième, et le voici à sa deuxième année en troisième. Année qu'il a déjà raté à cause de six mois d'absence, ce qui signifie qu'il va devoir faire la troisième trois fois. Que diable lui est-il arrivé ? Dix-neuf ans en troisième ? Où jamais a-t-on vu ça ? Si oui, pas avec des exploits pareils aux siens en primaire. Jackson ne comprenait rien du tout. Il était perdu, et c'est dans cet état d'esprit que le sommeil l'emportât. Il s'endormit sans que sa mère ne soit rentrée.
- Jackson ? Jackson ?
- Maman ? dit-il en ouvrant les yeux
- Oui, c'est moi, qui d'autre voulais-tu que ce soit ? Il est dix heures et le bon monsieur est encore au lit
- Mais maman, je devais faire quoi d'autre ?
- Rien, rien du tout. Tu comprends noor, regardez-moi sa tête. Tes amis et camarades sont en plein dans leurs cours, en vue de préparer leur examen, toi tu as gâché une année scolaire à cause de ta délinquance. L'argent que je suis allée verser pour supplier qu'on te reprenne cette année, bah c'est tombé dans l'eau. Tu ouvres ta large bouche pour me demander ce que tu devais faire d'autre. Vraiment hein, parfois je me demande comment Dieu peut donner de vrais enfants aux autres et me donner un garçon pareil. Tu me déçois, tu entends noor, tu me déçois
- Mais m'man c'est...
- Hey maaf, tais-toi là-bas, c'est quoi ? Tu veux dire quoi ? Que tu ne sais pas comment ça arrive ? Bah laisse-moi te dire que c'est toi qui agis à chaque fois. Parce que tu veux montrer que tu es déjà grand, tu ne peux plus écouter les conseils de ta petite de mère que je suis. De toutes les façons, tu demandais quoi faire d'autre noor, tu peux déjà commencer par aller chercher du bois au champs et faire le ménage pendant qu'on y est. Moi je vais au marché chercher ce que tu vas manger avant de continuer à me manquer de respect. Et vu que tu n'as pas manger hier, je te laisse manger ce qui était prévu. À ce soir, conclut Ericka en sortant de la maison sans laisser l'occasion à son fils d'ajouter un mot.
Selon elle, il devait encore débiter des histoires sordides comme quoi il ne sait pas ce qui le pousse à le faire. « Pff, des histoires », se dit-elle en disparaissant au loin.
....................
- Ericka ? Ericka ? cria une voix de femme au loin en se rapprochant. Ericka ? Dieu merci tu es là
- C'est quoi Julie ? Pourquoi tu cries mon nom dans tout le marché ?
- C'est Jackson, répondit Julie, toute haletante.
- Quoi encore ? Qu'est-ce qu'il a encore fait celui-là ? demanda Ericka sans trop prêter attention à ce que sa voisine racontait
- Il est à l'hôpital en train de mourir
Ericka sauta sur ses pieds quand elle entendit que son fils mourrait
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Depuis quand ?
Elle n'attendit même pas que Julie réponde à cette suite de question.
- Nadège, stp tu fermes ma boutique, cria-t-elle avant de partir en courant vers la clinique du village qui heureusement n'était pas très loin du marché.
- Hey, mais attends-moi donc, cria Julie en la suivant tant bien que mal, étant donné qu'elle était déjà fatiguée après la course qu'elle avait faite pour venir prévenir Ericka.
Elle entra en trombe et trouva Sonia assise au chevet d'un lit sur lequel était couché Jackson. Connaissant ce qui les liait, elle ne prit même pas la peine de lui demander ce qu'elle faisait là, encore moins de lui adresser une salutation quelconque.
- Que lui est-il arrivé ? demanda-t-elle à l'infirmière qui venait de finir les premiers soins sur Jackson et qui s'apprêtait à sortir.
- Vous devriez lui demander, répondit-elle en pointant du doigt Sonia
- C'est à vous que je demande, insistât Ericka
- C'est juste que c'est elle qui l'a emmené, aidée d'une autre femme. Donc en réalité c'est elle qui sait ce qui s'est passé madame
- C'est vous qui prenez soin de lui, donc dites-moi juste ce qui lui est arrivé
Vu le ton élevé de Ericka, l'infirmière prit peur
- Je n'en sais rien madame. Il est arrivé avec une blessure ouverte au niveau de son pignet. Il a perdu beaucoup de sang, et n'eut été l'intervention de ces braves dames, s'il était arrivé dix minutes plus tard, je ne sais pas si on aurait pu le sauver.
Ericka se retourna vers Sonia, mais elle était trop orgueilleuse pour la remercier. Elle la regarda d'un regard qui témoignait à suffisance la rage qu'elle avait.
« Je ne sais pas madame, je l'ai trouvé couché au sol dans sa chambre, baignant dans son sang et inconscient. J'ai crié et c'est la voisine qui est venue m'aider à la transporter ici », débita Sonia sans interruption et sans qu'on ne lui ait posé une quelconque question. Ericka savait au fond d'elle qu'elle devrait la remercier pour son geste, mais son orgueil était plus fort qu'elle et l'emportant. Elle se retourna vers l'infirmière qui observait la scène perplexe.
- Merci madame, merci pour avoir sauvé mon fils
- Vous devriez lui dire merci, c'est elle qui l'a emmené ici, si elle ne l'avait pas fait, nous n'aurions rien pu faire. Donc c'est à elle que reviennent d'abord les éloges
- Je vous dis d'abord merci, elle on va gérer plus tard
- De toutes les façons. Et si ça peut vous aider et vous calmer, bien que je ne sache pourquoi vous avez cette rage envers elle, sachez juste qu'elle n'est pour rien dans ce qui arrive. Votre fils a essayé de se suicider, et si cette jeune femme n'était pas arrivée à temps, on ...
- Attendez, comment ça il a essayé de se suicider ? ça veut dire quoi ?
- Madame, il avait deux veines du poignet coupées, et aux vues des entailles on dirait qu'elles ont été faites à l'aide d'un couteau de cuisine ou d'une lame très tranchante
- C'est avec le couteau, j'ai trouvé un couteau à côté de lui, renchérit Sonia
- Hey l'enfant-ci, tu vas me faire voire de toutes les couleurs. C'est encore quelle histoire ça ? Hein Jack ?
Ericka débitait des phrases, bien que sachant que Jackson n'écoutait pas, puisqu'il était encore dans le coma.
- De toutes les façons, merci madame, dit-elle à l'infirmière à la fin
- Je vous en prie, répondit l'infirmière en sortant.
..........................
Jackson passa environ trente-six heures dans l'inconscience. Il avait perdu tellement de sang qu'il fallu lui en transfuser trois poches.
Pendant ce temps, Ericka et Sonia se regardaient comme chien et chat. Chaque fois que Sonia passait prendre les nouvelles de son ami, Ericka lui lançait un regard des plus farouches.
- Ericka, tu peux me dire ce que tu reproche au juste à cette fille ? lui demanda Julie, le soir du lendemain.
Julie était passée prendre les nouvelles de Jackson. À son arrivée, Ericka était sortie chercher à manger. Sonia lui raconta comment Ericka l'avait mal vue et ne voulait plus d'elle dans les environs. Julie était perplexe et ne croyait pas, jusqu'à ce que Ericka revienne. Elle avait acheté à manger et quelques friandises, mais sans tenir compte de Sonia.
- Qu'est-ce que je lui veux comment ? ça veut dire quoi ?
- Ericka, j'ai vue comment tu la regardes, comment tu l'as méprise du regard. Avant qu'elle ne sorte, on dirait que tu voyais un déchet. Ericka, c'est elle qui a aidé à sauver la vie de ton fils, mais bon sang
- Et puis quoi ? qu'est-ce qui prouve que ce n'est pas elle la cause de tout ce qui est arrivé ? Je lui ai dit plusieurs fois qu'elle avait une mauvaise influence sur lui, mais elle continue toujours à tourner autour de lui
- Dans tous les cas, tu devrais changer ta façon d'interagir avec les autres. Regarde où ça te conduit déjà
- Pardon hein, je ne veux pas de leçon de moral, d'ailleurs ....
Ericka est stoppé dans son élan par un gémissement de Jackson qui essayait de se réveiller. Elle sursauta et couru vers son lit
- Docteur, infirmière ? cria-t-elle
L'infirmière accouru
- Madame, permettez svp, dit-elle en essayant de se frayer un passage entre Ericka et Jackson.
Ericka se leva et se retira. L'infirmière examina Jackson, prit ses différents paramètres avant de se retourner vers la mère qui visiblement était inquiète
- Ne vous en faites pas madame, il va bien. Les somnifères que nous lui avons injectés sont en train de perdre leurs effets. Il va se réveiller très bientôt.
- Merci madame
- Je vous en prie, répondit l'infirmière en ressortant.
- Bon, moi aussi je rentre, dit Julie quelques instants après le départ de l'infirmière
- Comment ça tu rentres ? ça fait à peine une heure que tu es là. Je pensais même te laisser ici pour aller à la maison me changer avant de revenir
- Non, je ne peux pas mettre plus long. Je n'ai pas encore préparé pour les enfants, et tu sais que leur père n'aime pas aussi manger tard. Il faut que je rentre, mais tu pourrais laisser Sonia, elle est juste allée manger. Je pense qu'elle va revenir
- Je ne veux pas laisser cette fille avec mon fils. De toutes les façons, si tu veux rentrer, ça ne dérange pas. Il va rester seul un instant, ce ne sera pas tuant.
- Comme tu veux.
Jackson quitta l'hôpital environ trois jours plus tard, après y avoir passé environ une semaine.
- Madame, vous devriez mieux veiller sur votre fils. Il risquerait ne pas avoir autant de chance la prochaine fois, lui avait dit l'infirmière lorsque Ericka alla payer la facture
- Je le ferais madame, promis. Merci encore pour tout ce que vous avez fait pour nous.
- Je vous en prie.
#Innocent_criminal
Depuis sa sortie de cet hôpital, Jackson ne voulait voir ni parler à personne, il passait toutes ses journées allongé au lit ou encore assis devant la porte.
- Jackson, Jackson ? cria sa mère
Jackson sursauta presque, avant de lever un regard farouche vers elle, comme pour lui demander « pourquoi tu me dérange ? »
- Quoi ? répondit-il
- Quoi comme quoi ? ça fait presque deux semaines que tu es sorti de l'hôpital, mais depuis tu n'as rien dit
- Et tu voulais que je dise quoi ?
- Bah, par Example ce qui s'est passé, ce qui t'a poussé à poser un tel acte. Parle à ta mère stp
Jackson ne répondit pas. Ericka eu beau insister, il ne dit rien.
Malheureusement pour elle, Sonia à qui elle pouvait demander de l'aide de passait plus à la maison. D'ailleurs, c'est elle qui le lui avait interdit et elle était trop orgueilleuse pour admettre qu'elle avait besoin d'elle, puisque jusqu'à ce qu'il sorte de l'hôpital, c'est la seule avec qui il parlait réellement.
- C'est comme tu veux. Si tu ne veux pas me parler, ce n'est pas grave. Continue de garder ton calme, pourvu que ça dure, se fâcha Ericka en sortant
..........................
- Nadège !
- Oui Ericka, qu'est-ce que tu as ? Je suis arrivée tout à l'heure, tu étais tellement pensive que je n'ai pas voulu de déranger
- Nadège, je voudrais te demander quelque chose
Ericka avait l'air vraiment sérieuse, et Nadège le savait. Elle quitta son étalage et se rapprocha de Ericka
- Oui, dis-moi, qu'est-ce qu'il y a ?
- Réponds-moi franchement stp. Est-ce que je suis une mauvaise mère ? Ou une mauvaise femme ?
- Pourquoi tu dis ça ? Bien sûr que non
- Je parle à cause de Jackson
- Qu'est-ce qu'il a encore fait celui-là ?
- Tu t'imagine que ça fait deux semaines qu'il est sorti de l'hôpital. Depuis il ne parle presque pas, et lorsque j'essaie de lui adresser la parole, il me regarde on dirait qu'il veut me frapper. Je suis dépassée
- Peut-être qu'il a besoin d'un peu de temps. N'oublie pas qu'il a voulu se suicider, pour une raison que nous ignorons encore tous
- C'est exactement ça le problème. Comment je vais l'aider si je ne sais pas ce qui le trouble au point de le pousser à se suicider ?
- Tu devrais me laisser lui parler voir, peut être qu'il va s'ouvrir à moi.
- Je pensais plutôt à sa copine Sonia. Sauf que depuis l'épisode de l'hôpital, je lui ai explicitement interdit de remettre les pieds chez moi. Du coup, même lui demander de parler à Jack m'est impossible.
- À ce niveau, je peux répondre que tu es une mauvaise femme, mais une bonne mère
- Comment ça ?
- Ta façon de parler aux gens Ericka ! Tu te comportes vis-à-vis des autres comme si tout le monde était coupable ou responsable de je ne sais quoi !
- Nadège, c'est comme ça que je suis, et je ne peux pas changer. Je n'aime pas que quelqu'un marche sur moi. Je n'ai pas appris à me laisser dominer sans me battre, non !
- Voilà, c'est donc ça qui va te tuer, ta mauvaise bouche qui parle toujours sans réfléchir, jusqu'à même ton fils ne veut plus te parler. Je suis sûre que c'est à cause de tes paroles qu'il avait voulu se donner la mort, ou du moins d'une de tes habitudes
- Il n'a donc qu'à me dire ce que j'ai dit ou fait de mal pour qu'on y arrive, ça sert à quoi de rester cloitrer sans rien dire ?
- Certainement si tu lui demande bien il va parler. De toutes les façons, je vais essayer de lui parler, et si j'échoue je vais demander à Sonia, espérant qu'elle m'écoute aussi, et qu'elle ait déjà tourné la page.
- Merci bien, je savais que je pouvais compter sur toi
- De rien
- Allez, voilà ton « asso » qui vient, vas la servir
- Ok. Hey, asso, ça fait longtemps, cira Nadège en courant vers son comptoir
................
Environ une semaine plus tard, la vit avait peu à peu repris son cours normal. C'est vrai que c'était toujours tendu entre Jackson et sa mère, mais il avait au moins recommencé à lui parler, surtout après que Nadège ait imploré Sonia d'intervenir.
- Écoute, je ne sais pas ce qui t'a pris de faire ce qui tu as fait, mais stp reprends ta vie en main, relève-toi. Tu es un homme, et les hommes ça ne se laisse pas abattre par les circonstances de la vie.
Sonia lui avait parlé longuement et posément, et finalement il avait compris
- Ma chérie, je m'excuse de t'avoir fait si peur. J'étais juste fatigué de cette misérable vie, qui au quotidien ne mène à rien. Je n'en peux plus, j'en ai assez
- Tu peux toujours compter sur moi, tu peux toujours te confier à moi. Je suis là et je serais toujours là pour toi, et au cas où je ne suis pas là, ta mère elle sera là.
Ce disant, elle s'était rapprochée lui, et elle avait effleuré ses lèvres des siennes, et étant donné que Ericka n'était pas encore rentrée du marché, le lit de Jackson avait servi de terrain de réconciliation.
.......................
L'année scolaire était terminée, et c'était les vacances. Avec tout ce que Ericka avait enduré avec Jackson au cours de l'année, elle voulait un peu se reposer.
- Jack, Jack, cria-t-elle depuis le salon
- Oui m'man. Suis dans la chambre
- Tu peux venir stp ?
- Ok
Jackson sortit de sa chambre et vint se tenir devant sa mère
- C'est quoi de te tenir devant moi comme si tu étais au tribunal ? Pardon assieds-toi là-bas, commença-t-elle
- Humm, façon tu as l'air sérieuse là, je sens que ça doit être très important ce que tu veux dire, dit-il en s'affessant dans le canapé en face de sa mère
- Si tu le dis. ok, voilà, c'est les vacances, et je veux que tu changes un peu d'air. Tu reviens à la rentrée
- Tu veux dire que tu veux te reposer de mes actions ? En tout cas, cette idée me tente. Dis-moi, où veux-tu que j'aille ?
- Au village ?
- Au village ? Chez grand-mère ?
- Non, chez grand père. Vois-moi celui-ci. Bien sûr que c'est chez grand-mère, qu'est-ce qu'il y a de mal dans ça ?
- Tu blague ou quoi ? Je vais faire quoi dans cette brousse ? hein ?
- Tes cousins et cousines y seront également. Tu pourras ainsi faire leur connaissance
- M'man, est-ce que je t'ai dit que je voulais connaitre mes cousins ? Non m'man, je ne veux pas aller au village. Je préfère aller à Mbére chez oncle Patrick
- C'est moi qui décide, et mon choix est fait. Ta grand-mère a plus besoin de toi que Patrick. Tu y vas dans une semaine, donc prépare toi
- C'est pas vrai ça, murmura Jackson en sortant.
Il savait qu'il ne pouvait pas aller contre la décision de sa mère, du moins pas cette fois. Il fallait juste obéir, et c'est plus tard qu'il verrait quoi faire.
« Pff, le village. C'est même quand la dernière fois que j'y suis allé ? » se demanda Jackson. Il ne s'en souvenait même plus, il avait oublié jusqu'au nom de ce village dont il est question. « ça doit être dans un trou perdu de je ne sais quel coin de ce pays, et on veux que j'y passe ....bon sang...trois mois.
- Mais c'est trop, cria-t-il en revenant sur ses pas vers sa mère
Ericka sursauta
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Quoi est trop ?
- Trois mois au village, c'est trop. Je ne pourrais pas y tenir, stp. Loin de mes amis. Non m'man, je veux pas
- Jackson, tu vas arrêter de chialer et commencer à te préparer, ok ? tes amis, tu les retrouveras à ton retour. Trois mois ce n'est pas trois ans, tu n'en mourras pas, crois-moi. D'aucun y vive depuis plus longtemps que ça.
- Mais m'man
- Il n'y a pas de mais qui tienne, maintenant sors et laisse-moi finir mon feuilleton
Jackson sortit à nouveau en murmurant.