1
Les vacances d'été pouvaient enfin commencer. Après une année plus que chaotique, entre examens finaux, divorce de mes parents et déception amoureuse, je ne pouvais qu'être heureuse d'y arriver enfin.
J'entamais, pour la dernière fois, la route de mon lycée jusque chez moi. Comme pour toute dernière fois, je contemplais un peu plus le paysage. Je prêtais attention aux détails qui m'entouraient. Par exemple, je n'avais jamais remarqué qu'il y avait des graffitis sur les murs de cette ruelle où je passais à l'instant. J'étais toujours tellement absorbée par mes études, ou par mes problèmes personnels, que je n'avais jamais profité réellement de mon trajet. Maintenant que c'était la dernière fois, j'étais partagée entre la nostalgie et le soulagement. Cette année n'aura pas été de tout repos mais je m'en étais plutôt bien sortie finalement. Ce qui avait été le plus difficile ? Ma rupture avec Travis. Le divorce de mes parents, je m'y attendais. Après des années à se tirer dans les pattes, c'était même un soulagement de les voir se séparer. Je suis restée vivre avec ma mère, à San Diego. Je ne me sentais pas de déménager d'ici ou d'aller chez mon père une semaine sur deux. De toute façon, c'était une évidence de rester avec elle. Je me suis toujours mieux entendue avec ma mère qu'avec mon père. Je les aime tous les deux, mais c'est une question d'affinité. Mon père était la plupart du temps en voyage d'affaires, je ne le voyais pas très souvent. C'était d'ailleurs le cas depuis quelques semaines maintenant.
J'arrivais face à chez moi. La peinture de la porte d'entrée était encore fraîche. Maman s'était mise en tête de repeindre intérieur et extérieur, à l'arrivée du beau temps. Je sortais mes clés de ma poche, et les introduisais délicatement dans le verrou de la porte, en prenant soin de ne pas abîmer la peinture. J'entrais dans une maison recouverte presque entièrement de plastique. Nous les enlevions uniquement quand nous avions besoin de ce qui s'y trouvait en dessous, comme le canapé et la télévision par exemple.
- Maman ! C'est moi, je suis rentrée, criais-je assez fort pour qu'elle m'entende, tout en posant mon sac à dos sur le plan de travail de la cuisine.
- J'arrive, Stella, je suis à l'étage, je me change.
Deux minutes plus tard, je l'entendais descendre les marches en courant.
- Alors ? Tu as récupéré tes affaires ? me demandait-elle en se dirigeant vers la machine à café de la cuisine.
Je m'installais sur un tabouret en face du plan de travail.
- Oui, plus rien de ce qui m'appartient est dans ce lycée, c'est terminé, répondais-je.
- Place aux vacances, ma chérie, tu les as bien méritées. Presque trois mois pour faire tout ce que tu souhaites, avant de partir pour l'université.
Ma mère se faisait un café en me tournant le dos, j'entendais sa voix changer et devenir tremblante en évoquant l'université. Elle allait se retrouver seule, ça la chagrinait sans doute un peu. Je reviendrais durant les vacances scolaires, c'était évident.
- Je compte bien en profiter, disais-je en m'imaginant sur le bord de la plage, un cocktail à la main.
Je vivais en bord de mer, ce qui était avantageux l'été, je n'avais pas besoin d'aller bien loin pour profiter des vacances. Ce soir, une des classes de dernière année de mon lycée organisait une soirée sur la plage. Un mélange entre soirée d'étudiant et de feu de camp. Il y aura un grand feu, on est sensé y amener des choses que nous voulons oublier de nos années lycée, histoire de les faire brûler à tout jamais. Ces derniers temps, j'avais tout fait pour ne pas traîner dans les soirées afin de ne pas croiser Travis, mais ce concept me plaisait bien. J'étais bien déterminée à profiter de chaque seconde de ce dernier été ici. J'y allais avec Monica, ma meilleure amie, et des amis de notre classe que nous rejoindrons une fois sur place.
Ma mère venait s'asseoir sur le tabouret à côté du mien, elle enveloppait de ses deux mains son mug à café, et le buvait lentement, pour ne pas se brûler.
- Je suis de sortie ce soir. Je vais à une soirée sur la plage de Connut Vallée. Il y a une petite fête pour les étudiants diplômés, disais-je à ma mère en tapotant en même temps sur mon portable.
- Oh ! C'est bien ça, tu vas pouvoir relâcher la pression des examens, répondait-elle, sans doute plus enthousiaste que moi.
- On doit apporter quelque chose à faire brûler, quelque chose que nous voulons oublier de cette année. Je ne sais pas trop quoi prendre, je t'avoue.
- Moi, je sais ! répondait-elle en souriant.
Immédiatement, ma mère posait sa tasse sur le plan de travail et partait à l'étage.
- Maman ! Où tu vas ?
Je restais sur mon tabouret sans vraiment comprendre ce qu'il se passait, je l'entendais redescendre quelques secondes plus tard.
- Qu'est-ce que c'est ? lui demandais-je, m'interrogeant sur ce qu'elle tenait en boule dans ses bras.
- Ton « truc » à brûler pour ce soir ! Ne me remercie pas ! lâchait-elle en me faisant un clin d'œil et en me lançant ce qu'elle avait en bras.
Je l'attrapais, et en le dépliant je découvrais un sweat à capuche blanc. C'était celui de Travis, mon ex-copain. Ma mère avait tapé en plein dans le mile j'avoue. S'il y avait bien une chose qui devait brûler à tout jamais, c'était lui. Enfin, son sweat.
- Bien vu, maman !
Je me mettais à rigoler et elle me tendait la main pour que je lui tape dedans.
- Je n'aurais pas pu avoir mieux, ça m'évitera de brûler n'importe quoi ! disais-je en souriant.
Je ne me souvenais même plus l'avoir encore. Je ne sais d'ailleurs pas où ma mère l'avait déniché. Il fut un temps, je m'en servais comme pyjama, mais quand il m'a quitté, je l'ai laissé de côté et je ne l'ai plus jamais revu. Contrairement à lui, que j'ai dû voir tous les jours jusqu'à la fin de l'année, vu que nous étions dans la même classe de terminale. Je me remettais à penser à lui, chose que je ne faisais plus depuis quelques semaines, merci, maman !
Quelques heures plus tard, je sortais de ma chambre pour aller rejoindre Monica. J'avais enfilé un short en lin ligné bleu et blanc, un débardeur blanc et une paire de baskets blanches. Pour aller à la plage, il valait mieux être à l'aise. J'avais remonté mes cheveux en queue de cheval, mis un peu de mascara et un rouge à lèvres de couleur bordeaux, ma couleur fétiche. Je descendais les escaliers, maman était assise sur le plastique qui recouvrait le canapé. Elle avait un livre dans une de ses mains, une tasse de café dans l'autre.
- Maman, j'y vais. Comment tu me trouves ? je tournais sur moi-même pour lui montrer ma tenue, devinant déjà sa réponse.
- Magnifique, comme chaque jour.
- Très objective, maman !
- Je le suis toujours... disait-elle en souriant et en replongeant aussitôt dans sa lecture.
- Tu restes ici ce soir ? demandais-je.
- Oui chérie, peindre la maison m'a épuisée. Fais attention à toi, appelle-moi au besoin.
Je claquais la porte en sortant, Monica m'attendait devant la maison. Elle portait une robe fleurie, jusqu'aux genoux, des sandales beiges et un sac assorti. Ma mère sortait au même moment, je me tournais vers elle et elle me tendait le sweat à capuche, de nouveau.
- Ne me dis pas merci... disait-elle ironiquement.
- Oh, la pièce maîtresse de ma soirée ! je rigolais, embrassais ma mère et partais.
Je tenais le sweat à la main, soigneusement pliée. C'était la dernière chose que j'avais encore de Travis. Je n'avais pas grand-chose de lui, c'étaient surtout des photos et des vidéos de nous sur mon portable, ainsi que ses textos. J'avais tout effacé au moment même où nous avions rompu. Je n'étais pas le genre de fille à relire les messages de son ex ou à regarder ses photos pour déprimer. À partir du moment où il avait décidé de me quitter pour une autre, il n'était pas question d'avoir des choses qui me rattachaient à lui.
- C'est quoi ? demandait Monica en pointant du doigt mes mains.
- Le sweat de Travis... J'ai décidé de brûler ça ce soir.
- Ah ouais ! À ta place, je l'aurais jeté, lui et sa nana, dans le feu ! disait-elle en rigolant.
On rigolait toutes les deux et on partait en direction de la plage. C'était à six cents mètres de chez moi, toutes les rues parallèles étaient bondées de voitures, on pouvait entendre au loin la musique. Plus je m'approchais de la soirée, plus j'étais stressée, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que j'avais le sweat de Travis ? Il faut dire que je n'avais aucune envie qu'il me voie avec. Je ne souhaitais pas qu'il pense que j'étais là pour le provoquer. Ou pire que je ressentais encore quelque chose pour lui.
Il y avait des dizaines de groupes de jeunes qui marchaient vers la plage. Tout le monde semblait heureux, joyeux que l'année soit terminée. Certains portaient même des tee-shirts à l'effigie de l'université qu'ils allaient intégrer à la rentrée prochaine. On arrivait sur place, un grand feu brûlait au milieu du sable. La chaleur des flammes nous réchauffait, même à plusieurs mètres.
Il y avait un deejay qui s'occupait de la musique, un stand de boisson, un côté avec des jeux et de l'alcool... Je regardais autour de moi, tout le monde semblait avoir quelque chose à mettre dans le feu, j'étais soulagée de ne pas être la seule à avoir pris au pied de la lettre l'invitation.
- Et toi ? Qu'est-ce que tu as pris pour jeter dans le feu ? demandais-je à Monica, curieuse.
- Moi ? Ma montre ! répondait-elle fièrement.
- Ta montre ? Pourquoi ?
- Parce que durant un an je n'ai fait que regarder l'heure pour tout et n'importe quoi. J'étais tout le temps en train de mesurer les minutes que j'avais de libre, sans devoir étudier ou travailler à ce job qui craint ! Fini tout ça, je n'ai plus besoin de travailler, j'ai obtenu un prêt étudiant et une bourse !
Monica n'avait pas encore d'université attitrée. Elle était sur liste d'attente pour Columbia à New York et pour Berkeley, à San Francisco, qui était l'université où j'avais été acceptée. J'espérais qu'elle serait avec moi, je ne voulais pas qu'on soit séparée.
- Non, c'est vrai ? Je suis super contente, tu ne m'as rien dit, cachottière !
- Je comptais le faire ce soir, on va fêter ça comme il se doit, ma chère amie !
Un ami à nous venait à ce moment même nous apporter un verre à boire, comme s'il avait lu dans nos pensées.
- Scott ! Tu arrives à point nommé, disait Monica en lui arrachant presque le verre de ses mains.
- De rien ! s'écriait Scott en souriant, me tendant l'autre verre.
- Merci, lui disais-je. Où est le reste du groupe ?
- Un peu plus loin, à côté du bar !
- OK, on y va ? proposais-je.
- Euh... Travis est là, aussi.
Mon cœur se mettait à accélérer et mes mains à transpirer. Je ne pouvais pas aller avec son sweat dans les mains, ce serait un peu trop... bizarre. Je décidais de rester ici en buvant mon verre avec Monica. Après ça, j'irais jeter ça au feu, afin d'être tranquille une bonne fois pour toutes.
- Il est avec sa pouf ? lâchait Monica d'un air sérieux.
Je lui faisais de grands yeux pour l'engueuler et qu'elle comprenne, mais elle avait l'air d'en avoir rien à faire. Intérieurement, je rigolais, elle était toujours spontanée et moi, un peu trop réfléchie. Je crois qu'elle détestait Lisa encore plus que moi. Dans le fond, je ne la détestais pas vraiment, c'était juste Travis qui avait complètement foiré.
- Non, Lisa n'est pas avec lui, répondait Scott, sur un air tranquille, comme s'il était d'accord avec ce que Monica disait.
- On viendra après notre verre.
- Sérieusement ? On va y aller ? demandait Monica surprise.
- Pourquoi pas ? répondais-je en buvant une gorgée.
Scott s'en allait rejoindre la bande en nous donnant rendez-vous plus tard. Ça ne me dérangeait pas de croiser Travis, j'allais quand même devoir le faire et de toute façon, une fois de plus ou de moins... J'aurais peut-être dû aller le temps que Lisa n'était pas là, ça aurait été moins gênant mais dans le fond, c'est eux que ça devrait gêner et pas moi. Il m'avait largué du jour au lendemain pour cette fille, qu'il voyait déjà dans mon dos visiblement. Le seul regret que j'avais est que je n'avais jamais eu de réponses à mes questions. Je ne savais pas depuis quand son petit jeu durait, s'il avait fait ça depuis le début de notre relation ou s'il m'avait vraiment aimé un jour. À présent, je m'étais fait une raison et je ne cherchais plus à savoir le pourquoi du comment. Je préférais ne plus me torturer avec ça.
Après plusieurs verres et plusieurs heures passées à la soirée, il était l'heure de jeter ce stupide sweat dans le feu, je l'avais gardé bien trop longtemps, j'aurais dû m'en débarrasser dès mon arrivée.
- Je reviens tout de suite, Mo !
- Où tu vas ? elle me regardait avec interrogation mais comprenait en me voyant déplier le sweat. OK, très bien...
J'étais devant cet énorme feu qui me brûlait les joues, ce qui me donnait encore plus chaud que les quelques verres que je venais de boire. Il y avait déjà des choses en train de brûler. Je prenais le sweat en main, le regardais une dernière fois et m'apprêtais à le jeter dans le feu quand j'étais interrompue. Je sentais une présence derrière moi me souffler à l'oreille :
- Tu me détestes à ce point ?
Je me retournais, surprise par la voix bien trop familière de Travis. Un frisson parcourait mon corps de la tête aux pieds, je restais sans mots face à lui dans un premier temps. Je le fixais droit dans les yeux. Il avait son grand sourire charmeur sur son visage, un magnifique sourire, on ne va pas se le cacher. Je ne lui avais plus parlé depuis notre rupture, plus jamais, et je ne comptais pas le refaire un jour. Encore moins le dernier jour de l'année scolaire, quand j'étais enfin débarrassée de lui. Il avait toujours la même allure, fier de lui, sûr de lui. Il était plus grand que moi, une tête en plus. Ses cheveux noirs retombaient sur son front, il faisait un geste pour les mettre derrière son oreille. Ses yeux noirs me fixaient d'un air moqueur, je ne devais pas me laisser intimider par lui, c'était terminé cette époque. Il n'avait plus cette emprise sur moi.
- Qu... Qu'est-ce que tu fais là ? répondais-je en essayant de me reprendre.
- Je t'ai vu sans ton chien de garde – dixit Monica –, j'ai eu envie de venir te féliciter pour avoir réussi ton année et être acceptée à Berkeley.
- Ah bon ? OK, merci, répondais-je froidement, essayant de camoufler mon étonnement.
Qu'est-ce qu'il me voulait ? Sa pouf, comme l'appelait Monica, n'était pas encore là alors il venait m'embêter ? Je n'avais aucune envie de lui parler mais dans un sens, je devais lui montrer que moi aussi j'avais tourné la page, et que sa présence ne m'importunait plus. Je me mentais un peu à moi-même, ce mec me faisait toujours autant d'effets. Je ne savais moi-même pas pourquoi mais c'était le cas. Le pouls de mon cœur battait de plus en plus fort, j'avais l'impression qu'il allait me sortir de la poitrine.
- Tu es venue ici pour jeter mon sweat ? Tu l'aimais bien pourtant, disait-il, avec son assurance légendaire, le sourire en coin.
- C'était avant ça, assurais-je. Je me balançais d'un pied à l'autre, ne sachant pas trop comment je devais réagir. J'avais envie de m'enfuir et en même temps de continuer à discuter avec lui. Je détestais cette sensation et l'emprise qu'il avait toujours sur moi.
- Ce que tu jettes dans le feu, tu ne le récupères plus...
- C'est un peu le but quand on fait brûler quelque chose. Tu le jettes dans le feu et tu ne le vois plus, plus jamais. Étant donné que je ne peux pas te jeter toi, je jette ton sweat... C'est symbolique, tu vois ? Disais-je avec le plus grand des sérieux, tout en restant ironique sur le ton de mes phrases. Je n'aurais jamais dit tout ça si je n'avais pas ces quelques verres dans le nez. Mais au moins, il savait ce que je pensais maintenant.
- Oh. Tu ne veux plus jamais me voir, alors ? demandait Travis, l'air surpris, comme si ce n'était pas normal.
- Pas vraiment non et on ne se verra plus maintenant.
- Seules les montagnes ne se croisent jamais.
- Qu'est-ce que tu cherches ? je commençais à être agacée de cette conversation.
- Rien, Stella. J'avais envie de discuter un peu avec toi, c'est interdit ?
Il semblait si... si... je n'avais même pas les mots ! De quel droit se permettait-il de venir me voir, de me parler comme si rien ne s'était passé ? Il m'étonnera toujours. C'était silence radio depuis des semaines, et là, monsieur arrivait comme une fleur et je devrais jouer à la bonne copine avec lui ? Hors de question !
- Ouais, c'est interdit Travis. Depuis que tu as décidé de mettre fin à notre relation, sans explications. Maintenant, tu m'excuseras, mais je dois y aller.
Je lui tournais le dos, tout en jetant son sweat dans le feu, sans même le regarder ni me retourner face à lui. Je l'imaginais avoir la bouche ouverte, choqué par mon geste et je rigolais toute seule. J'étais fière de moi, d'avoir tourné les talons devant lui.
En jetant son sweat, j'étais comme... libérée. C'est bête à dire mais c'était la vérité. Un peu comme si à présent, je pouvais commencer une autre page de ma vie.
Je retournais où j'étais mais Monica n'était plus là, elle en avait sans doute eu marre d'attendre toute seule. Je décidais d'aller près du bar, elle serait sûrement là avec les autres. Je savais que Travis n'était plus avec eux, je pouvais aller les rejoindre tranquillement.
- Regardez qui voilà ! criait Lenon.
Je souriais et m'avançais vers lui et les autres de la bande. Monica était bien là, ce qui me rassurait. Elle me faisait un sourie complice, me faisant comprendre qu'elle discutait avec Harry, son coup de cœur du moment. Je lui faisais un petit clin d'œil discret, pour montrer que j'avais compris et j'allais saluer tout le monde.
- Ce n'est que moi... disais-je en souriant et en levant les mains en l'air.
- Très jolie ce soir, Stella.
- Merci, Dan.
- Ça va, ça va, elle sait déjà qu'elle est belle, pas besoin de lui dire ! disait Lenon, en rigolant et en me tendant ses bras.
- On ne s'était pas parlé depuis un moment Stella, disait-il plus sérieusement. À vrai dire, on ne s'était pas parlé depuis après ma rupture avec Travis. C'était son meilleur ami.
- Tu as raison... répondais-je d'un air désolé.
- Désolé pour ça, ce n'était pas évident comme situation. Il me faisait signe de la tête de m'éloigner avec lui, ce que je faisais.
Il était un peu bourré, même beaucoup. J'acceptais de discuter avec lui car je l'appréciais. On traînait ensemble avant, tous ensemble. Quand Travis m'a quitté, j'ai continué de croiser Lenon et on restait même parfois ensemble pour discuter, puis un jour, plus rien. Il était devenu distant avec moi, ce que je comprenais un peu. Histoire de loyauté entre amis. J'ai su par des « on dit » que Travis et lui s'étaient disputés mais je ne savais rien de plus. Travis était son meilleur ami et je pouvais comprendre qu'il prenne ses distances avec moi, même si je n'y étais pour rien. On s'arrêtait sur un coin de la plage, où il faisait plus calme et on s'asseyait là, sur des espèces de rochers pas très confortables.
- Ça ne t'embête pas qu'on parle un peu ? me demandait-il.
- Non, je ne t'aurais pas suivi sinon ! Tu n'as pas l'intention de me tuer tout de même ? demandais-je pour détendre un peu l'atmosphère
- Tout dépendra de l'issue de cette conversation, répondait-il en souriant et en me tapant à l'épaule. Bon, je suis désolé si on a dû arrêter de se parler toi et moi. Tu dois savoir pourquoi...
Je ne savais pas qu'il y avait une raison spécifique, je pensais tout simplement que par rapport à son meilleur ami, il ne parlait plus à son ex-copine, voilà tout. Pourquoi décider de me dire ça aujourd'hui ? Après tout ce temps ? C'était la soirée révélation ou quoi ?
- Euh ouais, je t'écoute. Je le fixais droit dans les yeux, un peu anxieuse.
- J'aimais bien traîner avec toi, et quand ça s'est terminé Travis et toi mais qu'on a continué de se voir, il n'a pas été ravi. Il a dit que ça ne se faisait pas, je l'ai un peu blâmé pour ce qu'il t'avait fait avec Lisa et on s'est disputé. Rien de bien méchant. On s'est vite reparlé, il s'est excusé mais m'a demandé de ne plus trop rester avec toi, que ça ne se faisait pas.
- Bon... merci pour ta sincérité. Mais je ne t'en veux pas, je comprends même. C'est lui ton ami, pas moi... C'est normal que... Il m'interrompait aussitôt.
- Non, tu étais aussi mon amie, Stella. C'est juste que... Nous étions de nouveau interrompus.
- Je vous dérange ? Travis débarquait à ce moment-là, s'asseyait immédiatement avec nous, sans que nous l'ayons invité.
- Un peu, répondais-je sur un ton sec.
- On parlait, Stella et moi.
Les deux se fixaient quelques secondes, un duel de regard, avait lieu devant moi. C'était quoi ça ? Deux fois dans la même soirée, Travis venait me parler. Je ne comprenais rien, c'était vraiment bizarre. Je commençais à regretter d'être venue.
- Je peux participer ? demandait Travis, sans aucune honte dans sa demande. Comme si tout ça, était normal pour lui. Il me fixait, attendant une réponse de ma part, presque en me suppliant du regard.
- Ça ne te concerne pas, répondais-je froidement de nouveau, je parle à un ami.
- Vous êtes amis tous les deux maintenant ? demandait Travis en rigolant, pour se moquer de nous. Il détournait son regard sur Lenon, en le dévisageant.
- Tu sais bien Travis que...
- Travis lui coupait la parole. – Ouais justement je sais. Je sais surtout que toi, tu es mon meilleur ami et que c'est un peu bizarre de te trouver seul, dans un coin retiré, avec mon ex-copine. Il se levait et s'approchait du visage de Lenon, comme s'il voulait le confronter
- Oh ! Il se passe quoi ici ? demandais-je en m'énervant vraiment. C'est quoi ce duel de coq là ? criais-je. Travis, tu n'as absolument rien à dire ! Je te rappelle que ne nous sommes plus ensemble, j'ai le droit de discuter avec qui bon me semble.
- Pas avec Lenon ! criait-il, à son tour. Il y a des tas de mecs à cette fête. Et pour toi, disait-il en pointant du doigt Lenon, des tas de filles, qui ne sont pas mes exs !
Ils se retrouvaient de nouveau, presque front contre front. Je commençais à avoir peur de l'issue de cette histoire. On ne faisait rien de mal, on discutait juste à cœur ouvert. Lenon était mon ami avant toute cette histoire, j'aurais aimé qu'il le redevienne maintenant que ma rupture était de l'histoire ancienne. Je sentais une tension électrique entre ces deux-là, je ne savais pas ce qu'il y avait bien pu avoir entre eux, mais ça devait être plus qu'une petite dispute. Je ne voulais pas me mettre au travers de leur amitié de longue date. J'étais au milieu de leur brouille, malgré moi. Ça m'énervait un peu que Travis parle de moi de cette façon, en disant qu'il y avait des tas de mecs pour moi à la soirée. Comme si j'étais une vulgaire ex, sans importance. Je ne supportais pas qu'on me manque de respect à ce point, encore moins quand moi, j'avais été respectueuse tout du long de notre histoire.
- Je ne regrette pas d'avoir jeté ton stupide sweat, tu es toujours un stupide connard !
- Stella ! criait Travis en m'agrippant le bras.