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Il y a un Alpha nu dans mon lit

Il y a un Alpha nu dans mon lit

Auteur:: Enzob
Genre: Loup-garou
« Il y a un homme tout nu dans mon lit ! » Les loups du domaine Burnwood ne sont pas des créatures ordinaires. Condamnés à rester sous leur forme animale depuis plus de quinze ans, ils recouvrent peu à peu comme bien d'autres loups à travers les États-Unis le pouvoir de se métamorphoser. C'est ce qu'Ethel Griffith, urbaine convaincue venue travailler sur les terres de sa grand-mère, découvre à ses dépens lorsque le loup qu'elle a secouru par hasard se révèle être l'Alpha déchu de la meute locale. La voilà donc contrainte de cohabiter avec Tobias : loup-garou Alpha, parfaitement ignorant des codes de la société humaine, mais bien décidé à ne pas partir avant d'avoir honoré sa dette envers elle. Car chez les loups-garous, une dette ne se solde pas à la légère. Dans un monde où les créatures surnaturelles ne sont plus une légende, ils se retrouvent liés l'un à l'autre pour le meilleur comme pour le pire.

Chapitre 1 01

Je passe probablement les pires vacances de ma vie.

Quand on termine le lycée, l'été de ses dix-huit ans, on part généralement à la plage avec ses amis. On fait la fête, on s'amuse dans la piscine d'un camping, on fait des feux de camps au bord de la mer. C'est censé être l'été de notre vie, avant de tourner la page et de se lancer vers l'université.

« Ethel, arrête de râler dans ta barbe ! » me reproche Hécate.

Je lance un regard furieux à ma partenaire, resserrant mes doigts sur le fusil à balles anesthésiantes que je tiens entre mes mains.

Où j'en étais, déjà ? Ah oui. Les pires vacances de ma vie. La plage, l'éclate... Ce n'est pas au programme de mon été. Non. Moi, Ethel Griffith, dix-huit ans, je passe mes vacances à m'occuper des loups de ma terrible grand-mère, Mary-Jane Griffith, dans sa réserve naturelle, la réserve Burnwood. Exit la plage en Floride -je viens d'Orlando-, bonjour les montagnes rocheuses et les températures glaciales même en plein mois de juillet.

« Regarde. Il est là. Ta grand-mère ne s'est pas trompée, il est tout seul. » m'indique Hécate.

La voix d'Hécate, une autre fille recrutée on-ne-sait-où par Grand-Mère pour son domaine, me tire de mon monologue. Cela fait deux heures que nous traînons comme des âmes en peine dans le domaine, à la recherche d'un loup blessé. Notre mission : l'anesthésier et le ramener à Grand-Mère pour qu'elle le soigne et le réintroduise dans le domaine comme neuf. Au moins, c'est toujours quelque chose de plus intéressant que la réparation des barrières, tâche qui nous a été attribuée pendant toute la première semaine passée au sein du domaine.

Hécate m'attire dans un buisson pour nous cacher de la vue de la bête, alors que je réprime un petit cri d'exclamation. Un frisson parcourt mon échine : c'est la première fois que j'aperçois un des loups du domaine Burnwood. C'est même la première fois que je vois un loup tout court ; ce ne sont pas des animaux très courants à Orlando.

« Il n'a pas l'air en très bonne santé, en effet... » je murmure.

Pas de bol, le premier loup que j'aperçois dans ma vie est un loup blessé. Affalé sur un rocher, la gueule aussi ensanglantée que son poil d'un gris orageux, ses yeux d'un bleu vif fouillent les environs. Malgré le fait qu'il soit bigrement massif, on dirait une bête traquée.

« C'est une chance qu'il soit seul. Avec la Meute autour, ça aurait été beaucoup plus compliqué... » se réjouit Hécate.

Ses boucles d'un brun profond s'agitent autour de son visage poupin, tandis qu'elle baisse les yeux sur son fusil. A côté de mon chignon roux débraillé et de la crasse sur mon visage, elle a l'air d'un mannequin. Hécate semble être nettement moins dérangée que moi par le contact avec la nature.

« Allez, on l'endort et on le ramène chez ta grand-mère ! » chuchote-t-elle en chargeant une balle anesthésiante dans son fusil.

Je l'imite, au cas où Hécate raterait son coup, sans détacher mes yeux du loup que nous sommes censés abattre. Il a des traces de morsures partout sur le corps, et j'en viens à ressentir de la pitié pour cette pauvre bête. Cela dit, sa gueule remplie de crocs acérés ne me donne pas particulièrement envie de lui faire des caresses.

Mon regard continue de s'attarder sur le loup, quand tout à coup, deux yeux jaunes se dessinent derrière lui. Le propriétaire de ce regard lupin apparaît rapidement de l'obscurité : un de ses semblables presque roux, moins massif que celui sur le rocher, qui s'avance doucement vers notre cible.

« Hécate... je murmure, un peu paniquée à la vue du second loup.

-Quoi ? »

Un grognement à peine audible se dégage de la gorge du loup blessé et je comprends rapidement que le nouveau venu n'est pas venu prendre des nouvelles de son ami. Non, il semble être venu pour l'achever.

« Hécate...! je répète, la voix tremblante.

-Cette balle... est coincée... » grommelle-t-elle en guise de réponse, ses doigts fins essayant avec difficulté de charger le fusil.

Mon regard alterne entre Hécate et les deux animaux. Je vois les pattes du loup roux se tendre : il est prêt à bondir sur le loup blessé. Mon sang ne fait qu'un tour.

Je bondis du buisson, brandis mon fusil, et tire une balle anesthésiante pile entre les deux yeux de l'assaillant. Le loup blessé, surpris par le bruit de la détonation, se retourne vers moi. Ses yeux d'un bleu aussi profond que le ciel rencontre les miens, et pendant une courte seconde, je suis déstabilisée. Est-ce qu'il va me bondir dessus, se sentant agressé ? Pourtant, je ne détecte pas une once de violence chez ce loup...

Je n'ai pas le temps de le savoir. Une seconde détonation retentit dans mes oreilles et une seconde plus tard, les yeux du bestiau se ferment, endormi par la balle d'Hécate. Elle pousse un soupir de soulagement.

« Tu aurais pu me prévenir qu'un second loup allait attaquer !

-Tu te fiches de moi ? » je grogne.

Hécate se rapproche du loup massif que nous venons d'abattre, et avec une facilité déconcertante, l'embarque sur son épaule malgré ses muscles aussi frêles que ceux d'un mannequin de Victoria's Secrets. Je jette une brève œillade au deuxième animal, endormi sur le sol. Même évanoui, il semble encore féroce.

« Laisse-le, retournons chez ta grand-mère, m'ordonne Hécate en commençant à marcher. Ce loup... Je pense qu'on le reverra bien assez tôt. »

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« Ah ! Vous voilà ! Vous en avez mis, du temps ! »

Dans toute sa grandeur, ma grand-mère se tient sur le pas de sa porte. Elle n'a rien à voir avec l'idéal de la mamie gâteau : maigre comme la mort, ses cheveux blancs comme la neige, on dirait un fantôme, un fantôme bien vivant avec une santé de fer vivant dans une immense cottage au milieu des Montagnes Rocheuses.

« C'est bon, Grand-Mère, on a ramené le... je commence, m'attendant à ce qu'elle nous félicite au moins un peu.

-Echo ! Mon petit Echo ! » s'écrie-t-elle tandis qu'Hécate conduit le loup dans la maison pour le poser là où on pourra le soigner.

Très bien, on oublie les félicitations. J'avais oublié que ma grand-mère ne me reconnaîtra mes qualités que lorsque j'aurais obtenu au moins un prix Nobel. En attendant, elle préfèrera toujours ses loups. Je soupire légèrement.

Déduisant que ce « Echo » s'avère être le loup que nous avons attrapé, je suis le cortège jusqu'à l'intérieur de la maison. La décoration y est à la fois ancienne et moderne : ma grand-mère mélange œuvres design et vieux meubles de famille. Malgré la froideur habituelle de Grand-Mère, il se dégage de la maison une ambiance chaleureuse.

« Où est-ce que je le pose, Mary-Jane ? demande Hécate.

-Dans la chambre d'Ethel. J'ai déjà une louve blessée et son louveteau dans la salle de soin.

-Quoi ? je proteste.

-Ethel, ne fais pas l'enfant, s'il te plaît. » me réprimande Grand-Mère.

Je croise les bras, fronçant les sourcils, mes instincts d'adolescente revenant au grand galop pour me souffler de piquer une crise. Pourtant, connaissant d'avance la terrible réaction de Grand-Mère si je décide de péter un plomb, je reste calme, montant avec elles dans ma chambre. Il s'agit d'une pièce préparée par mon aïeule, un peu poussiéreuse avec des portraits des membres de notre famille datant de plusieurs décennies déjà.

Hécate pose le loup sur mon lit tandis que ma Grand-Mère se penche sur lui pour l'examiner. Je m'apprête à rester dans mon coin, à grommeler dans ma barbe, quand elle me fait signe d'approcher.

« Moi ?

-Oui, toi. Viens et apprends. Je ne t'ai pas conviée dans mon domaine pour que tu te tournes les pouces. »

Je lève un sourcil, interloquée. Elle ne m'a pas "conviée" dans son domaine, elle m'y a traînée, pour des raisons que j'ignore. Nuance. Normalement, c'est Hécate qui aide à soigner les loups ; Grand-Mère ne m'a même pas laissé approcher de la salle de soins depuis mon arrivée au domaine Burnwood.

« Grand-Mère, je n'y connais rien en soins vétérinaires, et... »

Elle m'attrape par le bras, ôte rapidement la bague en argent offerte par ma mère et que je garde toujours sur moi de mon doigt, et m'indique une marque étrange sur le corps du loup, au niveau du flanc. Trois lignes ressemblant à une griffure... Sauf que ce n'en est pas une.

« Qu'est-ce que tu vois ? me demande Grand-Mère.

-On dirait... j'hésite en effleurant timidement la peau du loup. On dirait un tatouage.

-Trois lignes, confirme-t-elle. On dirait un sceau. Sauf que ce n'est pas moi qui l'ai apposé. »

Grand-Mère a doté chaque loup du domaine de puces électroniques pour pouvoir les repérer, mais elle m'a rabâché mille fois qu'elle tenait à garder ses loups le plus éloigné d'elle et le plus proche de la nature.

« Donc, ça ne te dit rien ? continue Grand-Mère.

-Non. Non, je ne crois pas. » je soupire.

Grand-Mère me jette un regard étrange et je me sens toute petite, comme d'habitude depuis que je suis enfant. Comme à chaque fois, j'ai l'impression d'être remplie d'ignorance, face à ma Grand-Mère qui semble tout savoir. Pourtant, cette fois-ci, elle ne semble pas me le reprocher comme elle a l'habitude de le faire. Elle pose une main sur mon épaule, jetant une œillade rapide à Hécate.

« Je m'occuperais d'Echo ce soir, déclare-t-elle. Pour l'instant, Hécate et moi allons préparer le dîner. Toi, je veux que tu restes ici à veiller sur lui. »

J'obtempère, sachant pertinemment que je n'ai pas d'autre choix que d'accepter. Tandis qu'Hécate et elles quittent la pièce, je m'affale sur une chaise, puisque ce loup prend toute la place sur mon lit. J'entends la porte qui claque, et je me retrouve seule avec lui.

J'essaye de me remémorer le briefing que ma grand-mère m'avait adressée à mon arrivée ici, sur la cinquantaine de loups qui composent la Meute sur laquelle elle veille. Il y a tellement de noms... Hélio, Sable, Asha, Snow, Apollo...

J'essaye d'y retrouver Echo. Je fouille ma mémoire de fond en comble, quand ça me revient. Il avait un statut important dans la Meute, quelque chose qui avait un rapport avec une lettre grecque. Je n'arrive plus à m'en souvenir...

Je réprime un bâillement. Je me sens somnolente, aussi somnolente que ce loup profondément endormi...

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« Ethel ? Ethel ! »

La voix stridente de Grand-Mère me réveille. Une seconde. Je me suis endormie ?! La nuit est tombée, et seule la lune éclaire la pièce d'une lumière blafarde.

« Ethel, le dîner est servi ! » insiste Grand-Mère.

Je prends quelques secondes à reprendre mes esprits, à retrouver où je suis. Je suis au domaine Burnwood, dans ma chambre, je devais surveiller ce loup au rôle important, Echo...

Un frisson me parcourt l'échine quand je réalise que la silhouette massive d'Echo n'est plus sur le lit. Je frotte mes yeux. Le loup n'est plus là, mais...

Je me lève doucement, m'approchant sur la pointe des pieds du lit. Il y a une autre silhouette sur le lit, à la place de celle du loup. La lumière de la lune dessine ses muscles, met en relief son apparence.

Un humain.

Je jaillis hors de la chambre, complètement paniquée.

« Il y a un homme tout nu dans mon lit ! »

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Chapitre 2 02

Ok. Ok, Ethel, respire. Tout va bien. Le loup préféré de ta grand-mère a disparu et a été remplacé par un inconnu nu comme le jour de sa naissance dans ton lit, mais tout va bien.

« Quoi ? » fait la voix de ma grand-mère.

Évidemment. Elle doit penser avoir mal compris, qu'il s'agit encore d'une folie de sa petite fille citadine. Je me retourne vers le lit, où l'étrange individu est encore assoupi. Oh mon dieu, mon dieu...

« J'ai dit... Ah ! » je m'exclame.

Les yeux de l'inconnu se sont ouverts brusquement. Ils sont d'un bleu saisissant. Un bleu... comme celui des yeux d'Echo, le loup disparu. Ce regard profond semble scanner les environs, puis se pose sur moi. Je me tends. J'ai l'impression d'être dans la ligne de mire d'une bête sauvage.

Il se relève difficilement sur le lit. La lune l'éclaire de tout son long : ses joues sont parsemées d'une légère barbe, ses yeux se font plus éclatants... Je fais de mon mieux pour ne pas me concentrer sur son visage, et pas... sur le reste. Je ne suis peut-être qu'une adolescente aux mœurs débridées d'Orlando, mais j'ai encore une certaine éducation.

Pourtant, je ne peux pas empêcher mon regard de s'égarer sur sa hanche. Quelque chose y attire mes yeux. Une sorte de marque, trois lignes... Non, c'est impossible.

« Je... » je bafouille, complètement paralysée face à cet inconnu mi-homme, mi-bête.

En seule réponse, je reçois un [un] grognement profond sortant de sa gorge, comme s'il n'avait pas parlé depuis longtemps. Tout à coup, il se redresse totalement sur le lit. Impressionnant et intimidant, ses muscles saillants, il semble brutalement réaliser qu'il a des bras et des jambes. Il sursaute violemment en voyant ses mains, et se vautre à mes pieds dans un fracas intenable faisant tout voler autour de moi, à commencer par mes cheveux roux libérés de leur chignon. Pour la grandeur, on repassera. Un rire nerveux s'échappe de mes lèvres face à ce piètre spectacle.

« Hé ! Tout va bien ? » je demande en me précipitant vers lui.

Presque animalement, l'homme redresse la tête. Il continue de regarder ses mains, puis il toise son propre corps. Il pousse un grognement paniqué, qui m'affole moi aussi et m'enlève toute envie de rire. Il a l'air complètement terrifié.

« Heu... Tout va bien se passer ! Je te... je vous garantis que tout va bien se passer, je ne sais pas comment vous êtes arrivé là, mais... » je commence en m'agenouillant près de lui. « Hé ! »

Le type a fourré sa tête dans mon cou et [la] renifle tel un chien. Il prend de grandes inspirations, et je ressens toute sa chaleur contre moi. Comment un type ayant dormi nu dans une chambre dans les Montagnes Rocheuses peut dégager une telle température corporelle ? Je secoue la tête, réalisant que je n'ai pas le temps de m'étendre sur sa chaleur hors-norme. Un inconnu est en train de renifler mon cou, bon sang !

« Mais... » je commence à protester.

- Ethel, tout va bien ?... Ta grand-mère veut que tu arrêtes d'inventer des histoires, que tu descendes pour manger et... Wow !

Hécate vient d'entrer dans la pièce, au pire moment. Comment je vais lui expliquer que je n'ai ni choisi d'avoir un inconnu complètement nu dans mon lit, ni qu'il me renifle le cou ? Je grimace pour lui signaler tout ça, mais je ne crois pas qu'Hécate saisisse le message. Posant ses mains sur ses larges hanches dignes d'une femme fatale des années 50, elle hausse un sourcil.

« Eh bien, eh bien... D'où sort ce charmant jeune homme ? [Supprimé : ce] Tu l'as ramené d'Orlando dans ta valise ? »

Sa réflexion me ramène à la réalité et j'attrape l'individu par les épaules pour le repousser. C'est peine perdue : le colosse ne bouge pas d'un poil. Quelle force ! Il se recule de lui-même après avoir fini de me renifler, me lançant un regard perturbé. Je me relève à toute vitesse, courant vers la porte pour la claquer brusquement, puis je me retourne vers Hécate. La chaleur sur mes joues m'indique que je dois être cramoisie. Avec mes yeux écarquillés, je dois avoir l'air d'une folle furieuse.

« Écoute, je n'ai aucune idée d'où est passé le loup, ni de qui est ce type, mais Grand-Mère ne doit absolument pas savoir qu'il est là !

- Hein ? Pourquoi ?

- Qu'est-ce qu'elle va me dire quand elle saura que son précieux Echo est perdu ? Elle va croire que je l'ai remplacé par ce... par ce type, là, qu'on faisait des choses pendant que son loup blessé a disparu dans la nature ! » je panique.

L'inconnu est toujours en train de scruter ses différents membres, ses bras, ses jambes, la respiration haletante. Il n'a vraiment rien à voir avec mes amis garçons d'Orlando, ceux avec qui j'avais l'habitude de m'amuser. Même si je ne connais rien de la raison pour laquelle je suis coincée au domaine Burnwood à traquer du loup cet été, je soupçonne Grand-Mère de désapprouver mon train de vie d'adolescente un peu agitée et de vouloir me reconnecter avec la nature. Si elle croit que je joue encore à l'ingénue avec un inconnu complètement nu dans son précieux domaine Burnwood, elle va me chasser à coups de fusil anesthésiant de chez elle.

« Les filles ! Que faites-vous, à la fin ? Vous voulez manger froid, c'est ça ? » s'agace ma grand-mère, un étage plus bas.

- Oh non... » je gémis, m'attendant à la voir d'un instant à l'autre débarquer dans toute son impétuosité.

- Ce n'est rien, Mary-Jane ! s'écrie subitement Hécate à l'intention de Grand-Mère. Ethel est juste un peu malade... Je m'occupe d'elle, vous pouvez commencer à dîner.

Elle me fait un clin d'œil. Affalée contre la porte, je me demande si je ne vais pas pleurer de soulagement face à la solidarité d'Hécate. Être renvoyée à Orlando avec la désapprobation de ma Grand-Mère, qui dirige ma famille d'une main de fer du haut de ses soixante-dix ans, c'est le reniement total, la perte totale d'espoir dans mon cas désespéré. Mes parents ne poseraient même plus les yeux sur moi.

Hécate s'avance vers l'inconnu qui redresse la tête vers elle, aussi tendu qu'un animal aux aguets. Elle s'accroupit devant lui, n'hésite pas à jeter un regard franc vers son entrejambe, avant de tirer la couette encore tachée [tâchée] du sang du loup sur son corps pour cacher des zones intimes un peu gênantes. L'inconnu ne semble pas comprendre, et place ses mains sur la couette. Tout à coup, je réalise qu'il est couvert d'entailles, de marques de morsure, d'ecchymoses.

« Salut beau gosse, commence-t-elle. Tu es drôlement amoché, dis-moi. C'est quoi, ton petit nom ? »

L'inconnu jette un regard perplexe à Hécate, fronçant les sourcils. Je m'éloigne de la porte pour me rapprocher de lui et de ma partenaire. Elle semble parfaitement savoir ce qu'elle fait, comme toujours ; on croirait presque que des inconnus entièrement nus se réveillent dans son lit tous les jours. L'homme-bête semble réfléchir quelques instants, bouge sa bouche comme s'il n'était plus habitué à parler depuis longtemps, avant de croasser :

« To... Tobias. Je m'appelle... Tobias...

- Enchanté, Tobias. Moi, c'est Hécate. Et la fille que tu renifflais [reniflais] tout à l'heure s'appelle Ethel. » nous présente la belle brune.

Sa prononciation est un peu pâteuse, mais après qu'il ait prononcé ces premiers mots, le visage de Tobias se barre d'un large sourire, comme s'il avait accompli un incroyable exploit. Il hoche la tête frénétiquement.

« Hécate. Ethel. En...chanté. »

Son regard s'attarde un peu sur moi et je détourne les yeux. Je n'ai pas oublié l'épisode de son nez dans mon cou. Hécate, elle, continue son interrogatoire.

« Est-ce que tu sais comment tu es arrivé là, Tobias ? »

Il pointe un long doigt vers moi et je frissonne. Qu'est-ce qu'il me veut encore ? Avec son comportement presque canin, je ne serais même pas étonnée s'il tentait de renifler mes fesses pour mieux me connaître.

« Elle... Ethel... Elle m'a sauvé.

- Ah bon ? fait Hécate avec un petit rire en se tournant vers moi. Et tu ne me préviens pas quand tu sauves un type aussi charmant que lui ?

- Je n'ai sauvé personne ! je proteste. J'ai juste aidé... »

...Echo. Le loup blessé. C'est la seule personne – ou plutôt, le seul animal – que j'ai secouru récemment. Mais c'est impossible que ce Tobias et Echo soient une seule et même créature. Ce genre de théorie n'est bonne que pour les gamines fans de Twilight et autres romans de bit-lit.

« Tu m'as sauvé ! répète Tobias dont la prononciation s'améliore très vite. De Cyrus.

- Qui est Cyrus ? je l'interpelle, complètement incrédule.

- Un loup roux. Endormi avant qu'il ne m'attaque, quand j'étais sur le rocher.

- Hein ? »

J'ignore qui est ce Cyrus dont Tobias parle – Grand-Mère n'a jamais mentionné aucun loup s'appelant de la sorte –, mais je me rappelle bien de ce loup roux, de sa gueule béante, de son air féroce, et de la fléchette anesthésiante que je lui ai fichée entre les deux yeux.

« Hm... » fait Hécate, en pleine réflexion.

Elle se relève, faisant les cent pas. Elle me tourne autour semblant m'examiner sous toutes les coutures. La moutarde me monte au nez quand elle s'approche de mon cou, puis lorsqu'elle l'effleure, intriguée.

« Hécate, tu ne vas pas commencer avec tes mystères, toi aussi ! je m'agace.

- C'est nouveau, ce tatouage ? me demande-t-elle.

- Quoi ?! »

Hécate se rapproche de moi, soulevant le col de mon T-shirt. Sur mon épaule part une sorte de marque en forme de griffure. Trois traits. Comme sur la hanche de Tobias. Comme sur le flanc d'Echo. Je sens la panique m'envahir.

« Je ne me suis jamais tatouée ! Qu'est-ce que... » je m'affole.

- C'est une marque, m'informe Tobias de sa voix rauque. Parce que tu m'as sauvé la vie.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Tu as sauvé un loup, moi, poursuit-il en pointant un doigt sur son torse. J'ai une dette envers toi, continue-t-il en tendant le même doigt vers moi. Cette marque ne disparaîtra pas tant que je ne l'aurai [l'aurais] pas remboursée. »

Mes yeux s'écarquillent, et je réalise que je tremble. Cette marque est sortie de nulle part, sans aucune explication plausible, et cet hurluberlu vient me sortir des histoires de dettes, de loup ? On marche sur les mains, là ! Je fronce les sourcils.

« Tu n'es pas un loup, alors pourquoi je devrais te croire ?

- Loup-garou, m'interrompt Hécate.

- Hein ? Tu crois le discours de ce... de ce taré ? Qu'il est un... un...

- Regarde-le. Regarde comment il agit. »

Hécate a raison, toutes les preuves sont devant moi. Ce comportement animal, la nudité, les blessures sur le corps, les liens sacrés, la façon qu'il a de tout renifler, la béatitude d'avoir retrouvé une forme humaine. Tout est là, sous mes yeux, mais je me refuse à y croire. On est soit loup, soit humain. Pas les deux.

Les yeux d'Hécate brillent d'une lueur étrange. Contrairement à moi, cette manifestation du surnaturel ne semble pas la faire paniquer. Au contraire, on dirait presque que ça l'intéresse profondément.

Tout à coup, un cri retentit, provenant de l'étage du dessous. Grand-Mère.

« Aria... Velvet... Les loups... Partis... ! » hurle-t-elle, complètement en panique au point d'en perdre les mots.

Les yeux de Tobias s'écarquillent. Hécate se retourne vers moi, avec un air signifiant « Je te l'avais bien dit ». Je tremble encore plus fort.

« Aria et Velvet... Si je me souviens bien, c'était...

- Les deux loups dans la salle de soin de ta grand-mère, la louve et le louveteau, m'apprend Hécate. Que tu veuilles l'admettre ou non, la vérité est bien là. Ils n'auraient pas pu quitter la salle de soin en étant toujours des créatures à quatre pattes. Les loups sont devenus humains, et c'est peut-être le cas pour toute la Meute. Et ce Tobias, si je ne me trompe pas, c'est...

- Echo. » je murmure en complétant la phrase de ma partenaire.

Tout à coup, le rang d'Echo dans la Meute, celui que je cherchais tant avant que tout ne commence, me revient en mémoire. La première lettre de l'alphabet grec : Alpha.

Je suis face à un loup-garou Alpha.

Chapitre 3 03

Echo. Tobias. Loup-garou. Tout ça, c'est trop compliqué pour moi. Tout va trop vite. Mon cerveau refuse d'admettre que mes vacances bien trop longues à m'occuper de paisibles loups dans la montagne sont devenues une excursion à la rencontre d'hommes-loups. Non. Impossible.

Les cris de ma grand-mère me tirent de mes pensées, alors que Tobias me fixe. Je réalise que je le fixais également, et mes joues deviennent aussi flamboyantes que mes cheveux.

« Mes loups ! Partis... Partis ! » se lamente-t-elle incessamment, comme une mère ayant assisté à la disparition de sa propre progéniture.

J'esquisse un pas vers la porte par réflexe, quand Hécate m'arrête. Elle m'attrape par le poignet, m'empêchant de sortir.

« Je vais voir ta grand-mère. Toi, tu restes avec lui.

- Quoi ? Mais, je... » je commence à protester.

- Réfléchis, Ethel, me chuchote-t-elle pour ne pas que Tobias l'entende. Ce type pense avoir une dette envers toi. Et vu son comportement, tout laisse à penser qu'il ne te lâchera pas d'une semelle avant qu'il ne l'ait remboursée.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tant qu'il te devra sa vie, il va vouloir te protéger. S'il t'arrive quelque chose avant qu'il ne t'ait rendu cette faveur, ce sera pire que le déshonneur pour lui. Imagine s'il descend pour vérifier que tu n'es pas tombée dans les escaliers, entièrement nu, sous les yeux de ta grand-mère éplorée par la perte de ses deux loups ? »

Nous nous retournons d'un air circonspect vers Tobias, qui ne paraît nullement inquiété par ces confidences qui se font sous son nez. Son regard ne se détache toujours pas de moi. Mon sang se glace. Si Hécate a raison, alors...

Je fronce les sourcils.

« Comment tu sais tout ça, toi, d'abord ? je grommelle.

- Cette marque, m'indique-t-elle en effleurant le début des trois lignes de ce nouveau tatouage partant de la base de la peau presque translucide de mon cou jusqu'à mon épaule.

- Eh bien ?

- Je suis persuadée de l'avoir déjà vue quelque part, m'avoue-t-elle d'un ton détaché. Et dans mes souvenirs, je suis presque sûre que ça avait quelque chose de sacré. »

Je soupire profondément. Je ne sais pas grand-chose d'Hécate, dans la mesure où je ne la connais que depuis quelques semaines, mais si j'ai bien appris quelque chose d'elle, c'est qu'elle accorde une grande importance à tout ce qui est sacré. C'est grâce à elle que j'ai appris à faire des totems en hommage à un dieu loup indien que tout le monde a oublié. Entre ma rationalité à toute épreuve acquise à Orlando et ses croyances à la noix, notre vision du monde est semblable au jour et à la nuit.

« En somme, tu me dis de faire du baby-sitting pour un type à poil qui m'a juré fidélité ? je murmure d'un ton féroce.

- C'est un peu ça. Allez, courage ! Essaye de lui tirer les vers du nez pour voir un peu comment il en est arrivé là ! » me lance-t-elle avant de sortir en claquant la porte.

Le vent provoqué par la fermeture de la porte me souffle au visage, et je songe qu'entre ma grand-mère au caractère de cochon et Hécate l'impulsive, je ne suis vraiment pas aidée. Je me retourne vers Tobias. Me retrouvant seule à seule face à mon "protecteur", j'entremêle mes doigts nerveusement en m'avançant vers lui. Je m'accroupis à son niveau, regrettant de ne pas avoir l'assurance d'Hécate quand il s'agit de se retrouver face à un loup-garou dont la nudité est cachée par une malheureuse couette.

Étrangement, c'est Tobias qui initie la conversation.

« Je ne suis pas un type à poil qui t'a juré fidélité. C'est la déesse qui m'a lié à toi par le lien de l'honneur. Je n'y peux rien, et tu n'y peux rien non plus.

- Parce que tu nous as entendues parler ? je réalise, hébétée.

- Évidemment. Quand tu vis dans la nature, il faut être attentif à tout. Sinon... tu deviens une proie. » m'explique-t-il comme si cette règle tombait sous le sens.

Je manque de me frapper le visage du plat de la main. Je ne sais même pas par quoi commencer : le fait que ce type soit un loup-garou, qu'il vénère le même genre de déesse bizarre qu'Hécate ou le fait qu'il me sorte des maximes dignes d'un écologiste de second rang ?

Je lui lance un sourire crispé.

« Écoute, comme l'a dit Hécate, tu es charmant, probablement très aimable... mais je n'ai pas besoin d'un garde du corps. Mes vacances finissent dans quatre semaines et je n'ai pas l'intention de ramener avec moi à Orlando un... un loup-garou, c'est bien ça ? »

Tobias hoche lentement la tête. Je lève les yeux au ciel, désespérée. Je taille la bavette avec un loup-garou. Avec une créature surnaturelle. Un Alpha, apparemment. C'est à peine croyable.

« Je ne comprends pas, j'admets. J'ai beau me le répéter, mais je ne comprends toujours pas. Tu étais un loup pas plus tard qu'hier, et ma grand-mère ne m'a jamais parlé d'hommes-loups dans son domaine. Si tu es bien Echo, comment est-ce que tu as pu prendre forme humaine ?

- Nous avons été maudits, m'indique-t-il simplement.

- Maudits ?

- Je ne m'en souviens pas bien, me raconte-t-il avec sa façon de parler toujours très directe. J'étais très jeune. À l'époque, nous pouvions nous métamorphoser à notre guise. Et puis un jour, pour une raison inexpliquée, nous avons perdu notre habileté à nous transformer. Nous sommes tous devenus des loups, de simples loups. »

Je sens un frisson me parcourir l'échine.

« Attends... je l'arrête. Tu veux dire que toute la Meute, là... Cette centaine de loups vivant dans le domaine de Grand-Mère... Ils...

- Ils doivent être dans la même situation que moi, probablement. » m'annonce-t-il d'un air grave.

Je tombe à genoux devant cet homme aux allures encore très animales. Encore une fois, dans ma tête, les pensées s'enchaînent. Je repense à ce loup, ce loup féroce qui avait failli nous attaquer, et attaquer Echo. Enfin, Tobias. Ce dernier doit penser à la même chose que moi tandis que je me relève, faisant les cent pas, angoissée.

« Je sais, ce n'est pas une très bonne nouvelle.

- Mais tu es l'Alpha, non ? je lui lance en me retournant vers lui, pleine d'espoir. Tu peux faire quelque chose, je le sais. Les loups suivent toujours les ordres de leur Alpha !

- Pas depuis que je ne suis plus l'Alpha. » m'annonce-t-il en baissant les yeux, l'air sombre.

Cette fois-ci, je tombe vraiment des nues. Mes bras retombent le long de mon corps. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Grand-Mère m'avait bien indiqué qu'Echo - Tobias, je dois l'appeler Tobias - était l'Alpha de la Meute du domaine Burnwood.

« Je suis un loup-garou aux pouvoirs d'Alpha, mais ça ne veut pas dire que je ne peux pas être détrôné.

- Pardon ? »

Le visage de Tobias se ferme, couvert de honte. Très bien, pas d'explications aujourd'hui. Je n'ai pas besoin de ça pour comprendre que je viens d'hériter d'un Alpha déchu. Comme si cette situation ne pouvait pas être pire, des centaines de loups-garous se promènent en liberté et plus personne dans la Meute du loup dont j'hérite ne le respecte !

Je m'affale sur le lit, juste au-dessus de la tête de Tobias. Je sens vaguement l'odeur de ses cheveux : il sent la forêt, les feuilles, la nature. Tout le contraire des odeurs d'essence auxquelles je suis habituée. Ce type est la représentation même de l'inconnu. Et je déteste l'inconnu.

« Donc si je résume, tu n'as plus le respect de ta Meute, et tu as une dette envers moi qui t'empêche de me quitter ? je lui lance, la tête à moitié enfouie dans l'oreiller.

- Exact. »

Bon. Je suis dans la mouise. La bonne nouvelle, c'est que j'y suis avec Tobias. Et même si c'est avec un loup-garou ayant perdu toute dignité aux yeux de sa Meute, ça reste toujours un partenaire de galère.

S'il y a une autre chose que je déteste, à part l'inconnu et courir dans les Rocheuses en quête de loups-garous blessés, c'est quand une inconvenance me résiste. Comme me dirait Chiara, mon amie italienne d'Orlando, il faut régler les problèmes un à un. Déjà, la nudité de mon tout nouveau protecteur.

Je me lève du lit d'un bond, me dirigeant vers la commode. Je souris en y découvrant les vêtements que portait mon père lorsqu'il vivait encore chez ma grand-mère. J'attrape une chemise à carreaux, un pantalon, et un vieux caleçon.

« Tiens, enfile ça. Tu ne peux pas rester tout nu.

- Oui, j'avais oublié que notre forme humaine manquait sérieusement de poils. » constate-t-il, l'air un peu réticent à l'idée de devoir vivre sans sa pilosité lupine.

Je me retourne pendant qu'il se débarrasse de la couette. Je l'entends se débattre avec la chemise. Il va falloir aussi lui réinculquer les manières humaines de faire.

« Tu peux m'aider ? » je l'entends me dire.

Je me retourne, et je manque d'éclater de rire. Je retrouve mon tout nouveau protecteur avec une manche à l'envers et des boutons mal attachés. J'hésite un peu avant de me diriger avec méfiance vers lui pour essayer d'arranger ce désastre.

Un peu embarrassée face à cette masse de muscles se déplaçant sur le torse de Tobias à chaque mouvement, je tente de dévier le sujet de conversation. Pourtant, mon esprit est troublé. Comment trouver une situation dans laquelle il jugera sa dette remboursée ?

« Et sinon... Tu sais quel âge tu as ?

- Une vingtaine d'années. Je crois. Quand j'étais un loup, je ne comptais plus vrai... Aourgh ! » grogne-t-il subitement d'une manière bestiale.

J'ai un large mouvement de recul. Pendant un instant, Tobias semblait être redevenu un vrai loup. Son mouvement de tête, son grognement... Tout m'a rappelé, durant ces courtes secondes, l'état animal dans lequel il s'est trouvé pendant des années. Je remarque une brûlure au niveau de son torse, là où je l'ai effleuré avec... mon doigt ?

« Ta bague... grommelle-t-il. Elle est en argent, n'est-ce pas ? »

Je lance un regard interrogateur à l'anneau en argent que je porte à l'annulaire droit. C'est un cadeau de ma mère, un cadeau qui selon elle a une valeur inestimable, sans jamais qu'elle m'ait précisé pourquoi. J'hoche la tête et Tobias grimace. Est-ce que, comme dans les légendes, les loups-garous seraient sensibles à l'argent ? Intéressant...

Je m'approche de lui pour finir de l'aider à boutonner sa chemise, mais il secoue la tête, réticent à l'idée d'être brûlé une deuxième fois. Je baisse la tête, légèrement penaude.

« Pardon, je marmonne.

- Non. C'est moi qui te demande pardon. »

Hein ? D'où sort-il ça ?

Les cris à l'étage du bas cessent d'un coup et me tirent des mystères qui m'interrogent. Hécate, quelques secondes plus tard, pénètre dans la chambre.

« Comment va Grand-Mère ? je lui demande précipitamment, ravie qu'elle vienne mettre fin à cette tension.

- Pas très bien. Je l'ai envoyée au lit avec une tisane. »

La mâchoire m'en tombe presque. Grand-Mère ! Avec une tisane, dans son lit ! C'est à peu près aussi improbable que de trouver un loup-garou nu sous sa couette... Oh, attendez une minute.

Hécate lance un regard dans la direction de Tobias.

« Bon, au moins, il n'est plus tout nu. C'est bien... commente-t-elle, avant de froncer les sourcils. Qu'est-ce que tu regardes comme ça, mon petit loup ? »

Tandis que je me demande comment Hécate, avec ses airs si jeunes, arrive à donner l'impression d'avoir l'expérience d'une femme d'une quarantaine d'années avec les hommes, je réalise qu'effectivement Tobias regarde autour de lui, humant l'air. Tout à coup, je me sens observée. Si c'était ce loup dingue, ce fameux Cyrus, qui est revenu nous chercher des noises ?

« Tobias ? » je fais timidement.

Surpris que je prononce son nom véritable et pas son nom de loup, il tourne la tête vers moi brusquement et n'a pas la possibilité de m'avertir. Tout à coup, je me retrouve projetée au sol par une force surhumaine venue de nulle part, quelques mètres plus loin.

Je me retrouve observée par deux yeux verts aux teintes dorées, à l'expression féroce. Venant de son dos, j'entends des sons ressemblant aux babillements d'un bambin ; mais j'entends surtout la respiration haletante et sauvage de cette femme entièrement nue - je viens de le réaliser - qui s'est jetée sur moi. On dirait...

Une louve et un louveteau. Une louve qui a l'air de beaucoup m'en vouloir pour une raison que j'ignore.

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