Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Romance > Il Patto dei Cuori
Il Patto dei Cuori

Il Patto dei Cuori

Auteur:: Herms
Genre: Romance
Il Patto dei Cuori Le pacte des cœurs À Rome, les secrets ne dorment jamais longtemps. Derrière les colonnes antiques et les palais de marbre, une guerre silencieuse fait rage entre deux familles dont les noms font trembler les murs du pouvoir : les Mariani et les Vitale. Giuliana Mariani, héritière rebelle d'un empire hôtelier, a toujours refusé de jouer selon les règles imposées par son père. Rêvant de liberté, elle mène une double vie : philanthrope engagée le jour, photographe anonyme la nuit, capturant la misère des quartiers oubliés. Mais tout bascule lorsqu'elle est contrainte de se fiancer à Leonardo Vitale, le fils de l'ennemi, pour sceller une paix fragile entre leurs clans. Leonardo, lui, n'a jamais cru à la loyauté familiale. Froid, mystérieux, mais pas insensible, il voit en Giuliana bien plus qu'une pièce d'échec. Pourtant, dans cet univers où l'image vaut plus que la vérité, chaque geste est calculé, chaque regard une menace. Ce qu'ils ignorent, c'est que sous les dorures de l'arrangement se cache un complot bien plus grand. Un nom oublié. Une vengeance ancienne. Et un amour qu'aucun des deux n'avait prévu. Dans une ville où le passé empoisonne le présent, peut-on aimer quelqu'un qu'on a été élevé à haïr ? Et surtout, jusqu'où peut-on aller pour sauver ce qu'on croit juste, quand tout le monde ment ?

Chapitre 1 01

Chapitre 1 – Les murs dorés

La lumière de Rome, douce et dorée, se reflétait sur les murs marbrés du hall d'entrée. La Villa Mariani, une bâtisse imposante, était l'un des derniers témoins de la grandeur passée de la famille. Ses colonnes grecques, ses arcades gigantesques, tout ici semblait conçu pour écraser, pour imposer une présence, une autorité. Et pourtant, à l'intérieur, un air lourd flottait, un silence qui pesait comme un héritage insupportable.

Giuliana Mariani détestait chaque centimètre de ce manoir. Pas la maison en elle-même - elle avait grandi dans ses salons fastueux et ses jardins luxuriants - mais ce qu'elle représentait. Un héritage de pouvoir, de trahisons et de sacrifices. Elle n'avait jamais demandé à être l'héritière de tout cela. Elle n'avait jamais voulu porter ce nom qui sentait la poussière des siècles et la soufre des conflits non résolus.

Elle posa sa tasse de thé sur la table basse, ses doigts frémissant légèrement. Son regard se perdit un instant à travers les vitres qui donnaient sur le jardin intérieur, là où les oliviers centenaires semblaient pleurer sous le poids du passé.

Ce matin-là, elle n'avait pas eu à subir les visages souriants et les conversations faussement légères qui se déroulaient souvent lors des réceptions familiales. Son père avait pris soin de la tenir éloignée de toute activité sociale. Aujourd'hui, il avait des choses à lui dire. Des choses qu'elle n'avait aucune envie d'entendre.

« Giuliana. »

La voix de son père la fit sursauter. Alessandro Mariani se tenait dans l'encadrement de la porte, grand, austère, sa silhouette coupée net par la lumière du matin. Il n'avait pas changé. Le même regard impassible, la même rigidité dans sa posture. Il avait la classe, l'élégance d'un homme qui savait que tout, absolument tout, lui appartenait.

Il entra sans attendre qu'elle lui donne son autorisation, comme toujours. Son regard se posa un instant sur le thé froid devant elle, mais il n'en dit rien.

« Il est temps que nous parlions. »

Giuliana hocha la tête, non par acquiescement, mais par résignation. Elle savait bien que cette conversation était inévitable. Elle s'attendait déjà à la lourde nouvelle qu'il allait lui annoncer. Depuis quelques jours, les rumeurs couraient comme des flammes dans les couloirs de la villa. Il n'était plus question de « quand », mais de « comment ».

« Je suis occupé. » Elle tenta de détourner la conversation, mais Alessandro l'arrêta d'un geste sec de la main.

« Non, tu écoutes maintenant. »

Elle le regarda, ses yeux clairs s'ouvrant à peine sur le dédain qu'elle ressentait. Mais elle savait que résister était inutile. La résistance n'avait jamais existé dans cette famille. Une résistance, c'était se révolter, et une révolte était une forme de trahison. Et en tant qu'héritière des Mariani, elle avait appris à ne jamais trahir.

Il s'assit face à elle, croisant les bras comme s'il s'apprêtait à annoncer une sentence de mort.

« Tu te maries avec Leonardo Vitale. »

Le choc fut brutal. Le monde autour de Giuliana se figea. Leonardo Vitale. Le nom seul suffissait à faire bouillonner son sang de colère. Leonardo... ce fils du diable. Un homme qu'elle n'avait jamais choisi, un homme qu'elle haïssait profondément, non pas pour ce qu'il était, mais pour ce qu'il représentait. Le fils de l'homme qui, avec son propre père, avait façonné la guerre entre leurs familles. Une guerre qui n'en finissait pas de les engloutir.

Elle se leva d'un coup, la chaise tombant lourdement derrière elle.

« Non ! » Sa voix s'éleva dans la pièce, remplie de la rage qu'elle n'avait pas laissée sortir depuis trop longtemps. « C'est hors de question. »

Alessandro resta de marbre, comme une statue, observant sa fille comme une personne qui ne comprend pas encore l'ampleur de ce qui se joue. Puis il prit la parole avec une calme autorité qui ne souffrait aucune réplique.

« Tu n'as pas le choix. »

Les mots s'enfoncèrent en elle comme une lame glacée.

« Le mariage entre les Mariani et les Vitale est la seule chance de préserver l'empire familial. » Il prononça « empire » avec un tel détachement que cela lui paraissait encore plus insupportable. « Tu feras ce sacrifice pour le bien de la famille. »

Giuliana ferma les yeux, son esprit cherchant désespérément une échappatoire, mais aucune n'existait. Elle savait que son père avait déjà pris sa décision. Cette décision qui la détruisait déjà.

« C'est le seul chemin vers la paix, Giuliana. » La voix de son père se radoucit légèrement, mais ce n'était que pour la maintenir sous contrôle. « Et tu n'as pas d'alternative. »

Elle n'eut pas la force de répondre. Elle se tourna, prête à fuir cette conversation, à fuir ce monde dans lequel elle se sentait emprisonnée. Mais avant qu'elle n'atteigne la porte, la voix de son père la rattrapa, tranchante et déterminée.

« Leonardo arrive ce soir. Tu as intérêt à être prête. »

Elle resta là, figée, les doigts tremblants sur la poignée de la porte. Un mariage arrangé. Un destin scellé. Un pacte entre des familles ennemies.

Elle n'avait pas le choix. Mais elle détestait chaque instant de cette décision.

Giuliana se réveilla en sursaut, le son d'une voiture qui freinait brusquement l'ayant tirée de son sommeil. Elle savait qu'il était arrivé.

La lumière du matin, filtrée à travers les rideaux épais de sa chambre, était déjà pâle. Elle avait du mal à respirer, l'air semblait lourd, comme un pressentiment. Elle jeta un coup d'œil à l'heure sur son téléphone : 16h34. Le silence de la villa Mariani était presque oppressant, comme une toile de fond parfaitement ordonnée. Tout était calme, trop calme, avant le coup de tonnerre à venir.

Elle s'habilla rapidement, sans chercher à choisir une tenue avec soin. Ses mains tremblaient légèrement, mais elle n'avait ni le temps ni l'envie de réfléchir à quoi que ce soit. Elle se rendit dans le grand salon, un lieu où elle avait passé la majeure partie de son enfance. Les miroirs en bronze, les tapis orientaux, tout était à sa place, impeccable, mais aucun de ces objets n'arrivait à apaiser son esprit tourmenté.

Le bruit de la porte d'entrée résonna comme un coup de marteau dans son crâne. Leonardo était là.

Elle s'approcha de la porte avec une lenteur calculée, chaque pas résonnant comme un battement de cœur dans l'énorme hall. Lorsqu'elle passa le seuil, il se tenait là. Leonardo Vitale, avec son air détaché et ses yeux perçants, comme s'il avait déjà tout anticipé. Il portait un costume parfaitement coupé, sombre, comme une armure. Il avait l'air d'un homme habitué à être obéi, et tout en lui dégageait une impression de contrôle, de maîtrise totale.

« Giuliana. » Sa voix rauque, basse, glissa sur son nom comme une caresse glacée.

Elle se figea un instant. Ses pensées se brouillaient dans son esprit, mais elle ne laissa rien paraître. Elle se força à regarder dans ses yeux. Ces yeux sombres, froids, qui ne lui avaient jamais inspiré que du mépris. Mais ce jour-là, quelque chose était différent. L'air était chargé de tension, presque palpable, et il y avait un éclair d'ironie dans son regard, comme si tout ce qui se passait n'était qu'un jeu.

« Leonardo. » Elle répondit calmement, son ton aussi glacé que le sien. Mais à l'intérieur, elle bouillonnait. Elle voulait lui crier de quitter cette maison, de se retirer de sa vie, mais elle savait que ce n'était pas possible.

« Nous avons beaucoup à discuter. » Il fit un pas en avant, ses mouvements mesurés, comme s'il occupait chaque espace de la pièce avec une certitude qui la perturbait. Il n'était pas pressé, comme s'il avait tout le temps du monde.

« Je n'ai rien à dire à un Vitale. » La colère la secoua brièvement, et elle sentit ses poings se serrer.

Il la fixa un moment, puis un léger sourire se dessina sur ses lèvres. Un sourire qui n'atteignait jamais ses yeux.

« Tu es l'héritière des Mariani, Giuliana. Un jour, tu apprendras que certains liens sont plus forts que la volonté individuelle. »

Les mots résonnèrent en elle comme un coup de marteau. Elle savait que ces mots n'étaient pas seulement une remarque, mais un avertissement. Leonardo la provoquait, consciemment, sans même le cacher. Il n'avait pas peur d'elle, et il savait qu'elle ne pouvait rien faire contre ce mariage. C'était déjà décidé, scellé, et il en tirait un plaisir étrange, voire sadique.

Elle serra les dents. Il était le dernier homme qu'elle voulait épouser, mais elle n'avait pas d'autre choix. Elle n'avait jamais eu d'autre choix. Le poids de la famille, de l'héritage, de ce maudit pacte entre leurs pères. Elle détourna le regard et fixa la fenêtre, comme si le paysage en bas pouvait l'aider à fuir. Mais rien ne pouvait fuir l'inévitable.

« Quand dois-je être prête ? » demanda-t-elle d'une voix qu'elle espérait impassible.

Il s'avança lentement, comme s'il savourait chaque mot.

« Nous commencerons demain. Le reste de la famille sera là. Tu sais comme ça marche, Giuliana. »

Elle ne répondit pas tout de suite. Un silence s'installa entre eux, lourd et chargé de non-dits. Puis, sans un mot de plus, Leonardo se détourna, et elle entendit ses pas s'éloigner dans le grand hall.

Mais avant qu'il ne disparaisse à l'angle de la porte, il se tourna une dernière fois.

« Giuliana, » dit-il avec une pointe d'amusement, « le pire dans tout cela, c'est que tu ne me connais même pas. Mais tu apprendras à me connaître. Et peut-être que, quelque part, tu t'en réjouiras. »

Elle resta figée, les mots flottant autour d'elle comme une menace voilée. Mais elle n'eut pas le temps de répondre. Le bruit de la porte se ferma derrière lui, et une fois de plus, elle se retrouva seule face à son destin.

Chapitre 2 02

***

08h35

La journée sembla s'étirer indéfiniment après le départ de Leonardo. Giuliana resta figée dans le grand hall, les doigts serrant fermement le dos d'un fauteuil. Les paroles du Vitale tournaient en boucle dans sa tête. Il ne la comprenait pas. Il n'avait aucune idée de ce qu'il allait provoquer, de la tempête qu'il allait déchaîner en elle. Mais plus elle y pensait, plus elle réalisait qu'il avait raison. Elle n'avait jamais eu le choix. Elle n'en avait plus. Pas maintenant. Pas après tout ce que leur famille avait traversé.

Elle se détourna enfin de la fenêtre et marcha d'un pas rapide vers l'escalier. Ce n'était pas le moment de sombrer dans la colère. Pas le moment de pleurer sur son sort. Elle avait appris, dès son plus jeune âge, à être forte. À se soumettre aux règles du jeu. Et cette règle-là était simple : les Mariani devaient s'unir aux Vitale pour que le pouvoir familial perdure. Quoi qu'il en coûte.

En montant les marches, elle se dirigea vers sa chambre. Il était inutile de rester plus longtemps dans cette maison. Elle avait besoin de prendre l'air. De sortir, de respirer, de se libérer, ne serait-ce que pour quelques minutes. Peut-être pour retrouver un peu de paix intérieure, avant que le monde ne la rattrape à nouveau.

Elle se changea rapidement en une tenue plus décontractée et sortit dans le jardin. Là, dans la chaleur de l'après-midi, la villa semblait un peu plus loin, moins oppressante. Les oliviers centenaires, les fontaines murmurantes, tout cela lui apportait une forme de réconfort. Mais ce n'était que temporaire. Un répit avant la tempête.

Elle s'assit sur un banc, son regard errant sur l'immensité du domaine. Les fleurs multicolores bougeaient sous la brise légère, mais cela ne suffisait pas à apaiser l'angoisse qui l'étouffait. Elle ferma les yeux, cherchant à se calmer, à trouver une lueur d'espoir. Mais une pensée revint toujours à son esprit : Leonardo Vitale.

Elle l'avait toujours détesté. Il n'était qu'un miroir parfait de tout ce qu'elle abhorrait. Le pouvoir, l'arrogance, l'indifférence. Mais quelque part au fond d'elle, il y avait une petite voix qui lui soufflait qu'il n'était peut-être pas aussi impitoyable qu'il le paraissait.

Soudain, un bruit de pas dans l'allée brisa la tranquillité de ses pensées. Elle tourna la tête et aperçut une silhouette familière. Noah.

Il s'arrêta devant elle, un sourire qui apportait avec lui une bouffée d'air frais dans cette atmosphère lourde.

« Tu es là. » Il observa le jardin, son sourire s'élargissant. « Je t'ai cherchée partout. »

Noah n'était pas comme les autres hommes. Contrairement à Leonardo, il n'était pas né avec un nom qui résonnait dans les couloirs du pouvoir. Il n'était pas un héritier d'une famille imprégnée de siècles de sang et de conquêtes. Noah était différent. Un homme de la rue, sans le luxe ni les privilèges de la haute société, mais avec une âme pure, une fidélité inébranlable. Il était son secret, son havre de paix. Celui avec qui elle avait partagé ses rêves les plus fous, avant que les responsabilités ne l'enferment dans un destin tout tracé.

« Tu devrais rentrer, Giuliana. » Il s'assit près d'elle, se penchant en avant, son regard sérieux. « Ton père a encore plus de projets pour toi, je le sais. »

Elle soupira, mais au fond, elle savait qu'il avait raison. Tout le monde autour d'elle avait ses propres attentes, ses propres désirs pour elle. Mais Noah était l'un des rares qui ne demandait rien. Il voulait juste la voir heureuse, et elle n'en avait pas l'habitude. Personne n'avait jamais vraiment cherché son bonheur. Pas son père. Pas sa mère. Pas même Leonardo.

« Tu sais ce qui se passe, n'est-ce pas ? » Elle tourna la tête vers lui, ses yeux rencontrant les siens. « Leonardo. C'est lui. Je n'ai pas le choix. »

Il prit sa main dans la sienne, l'effleurant délicatement. « Tu as toujours le choix, Giuliana. » Sa voix était douce, presque un murmure, mais il y avait une vérité dans ses mots qu'elle ne pouvait ignorer. « Je t'ai vue lutter. Je sais ce que tu veux. Et je te promets que tu ne dois pas te soumettre à cette vie. Pas de cette manière. »

Elle secoua la tête. Elle avait entendu ces mots trop souvent, comme si Noah pouvait effacer tout ce qui l'entourait, effacer les choix qu'on lui imposait. « Ce n'est pas aussi simple. » Elle serra sa main un peu plus fort, son cœur se serrant dans sa poitrine. « Le pacte est déjà fait. »

Il la regarda intensément, puis détourna les yeux, comme s'il cherchait les mots justes, ceux qui pourraient la sauver d'elle-même. Mais il savait qu'il ne pouvait pas. Pas cette fois.

« Tu sais ce que je ressens pour toi, Giuliana. » Il ajouta enfin, d'une voix douce mais déterminée. « Mais je ne peux pas être celui qui te dit ce que tu veux entendre. Je ne serai pas celui qui te laissera te perdre dans ce mariage. Je ne serai pas celui qui te regardera te sacrifier pour tout ça. »

Elle ferma les yeux, tentant de repousser la vague de frustration qui montait en elle. Elle le savait, au fond : Noah voulait qu'elle suive ses rêves. Qu'elle échappe à ce fardeau, à cette cage dorée dans laquelle elle se trouvait. Mais comment pouvait-elle ? La famille, le nom, l'honneur... tout ce qui faisait d'elle Giuliana Mariani la maintenait là, ancrée dans un monde qu'elle détestait.

« Je ne veux pas te perdre. » Elle murmura, presque pour elle-même.

Il se leva alors, l'ombre d'un sourire traversant ses lèvres, mais il n'avait pas l'air heureux. Il était triste, presque désespéré de voir à quel point elle était piégée, et ce sentiment de frustration était partagé.

« Tu ne me perdras jamais. » Il lui tendit une dernière fois la main, mais elle ne la prit pas.

Il se détourna, mais avant de disparaître, il ajouta : « Fais attention, Giuliana. Un pacte, une fois signé, ne se brise pas sans conséquences. »

Le soir arriva rapidement. La villa Mariani semblait respirer différemment à mesure que l'obscurité tombait, les murs dorés se teintant de nuances plus sombres, comme si chaque pierre dissimulait un secret. Giuliana se retrouva devant le grand miroir de sa chambre, enfilant la robe qu'elle avait choisie, une robe noire simple, élégante, qui cachait en elle tout le poids de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Une dernière étape avant de sceller ce pacte qu'elle n'avait pas voulu.

Elle se détestait un peu plus chaque fois qu'elle se regardait. Chaque détail de cette soirée semblait être une mise en scène, une cérémonie dont elle était la seule à ne pas vouloir faire partie. Mais elle n'avait pas le choix.

Elle passa une dernière fois ses mains dans ses cheveux, essayant d'éclipser l'angoisse qui grandissait en elle. À chaque instant qui passait, elle se sentait plus prisonnière de son propre corps. Elle respirait profondément, essayant de se calmer, mais rien ne semblait l'aider. Elle voulait tout effacer, tout oublier, mais la réalité revenait toujours en force.

Un coup frappé à la porte la fit sursauter. Elle se tourna, puis se dirigea lentement vers l'entrée.

« Giuliana. » La voix de son père était ferme, autoritaire, comme toujours. « Nous devons y aller. »

Elle se tourna vers lui sans dire un mot. Alessandro Mariani était déjà vêtu pour la soirée, impeccable dans son costume gris. Il semblait prêt à accueillir le monde entier. Mais Giuliana savait que cet événement, ce mariage, ne faisait pas partie de ce monde-là. Ce n'était qu'une façade. La réalité était bien plus sombre, bien plus cruelle.

Elle suivit son père sans protester. Le grand salon était déjà illuminé, les invités arrivant les uns après les autres. L'air était lourd, saturé des conversations feutrées, des éclats de rire forcés, des sourires qui ne touchaient jamais les yeux. Elle entra dans la pièce, sentant les regards se tourner vers elle.

Les Vitale étaient là. Elle aperçut Leonardo immédiatement, comme une ombre dans la pièce. Il était avec son père, Vincenzo Vitale, le patriarche de la famille, un homme d'une carrure imposante, qui dégageait la même froideur que son fils. Leur présence, leur pouvoir, étaient presque palpables, comme une force invisible qui paralysait les autres.

Giuliana s'approcha d'eux, son cœur battant à tout rompre. Leonardo la salua d'un léger sourire, presque un rictus, avant de lui tendre la main.

« Giuliana. » Sa voix était calme, contrôlée, mais il y avait quelque chose dans son regard qui déstabilisa instantanément la jeune femme. Comme s'il savait exactement ce qu'elle ressentait, ce qu'elle voulait fuir.

Elle n'hésita pas une seconde. Elle prit sa main, serrant les doigts de Leonardo, même si elle aurait voulu tout laisser tomber. Tout fuir. Mais au lieu de cela, elle se retrouva figée dans ce cercle de regards, de mains tendues et de murmures.

« C'est un honneur, » dit-il, sa voix sans émotion. « J'espère que tu es prête pour ce qui vient. »

Les mots, froids et pleins de sous-entendus, la frappèrent comme une gifle. Giuliana détacha enfin son regard du sien, sentant le poids de la salle s'abattre sur elle. Elle voulait fuir, se retrouver seule, mais tout cela n'était que l'apparence d'un monde dans lequel elle n'avait plus sa place.

La soirée s'étira comme un cauchemar éveillé. Les conversations se succédaient, banales, intéressées, sans sincérité. Chaque sourire qu'elle échangeait avec les invités était un masque. Elle se sentait étouffée, isolée au milieu de ce monde doré qui l'enserrait de plus en plus.

À un moment, elle se retrouva à l'écart, dans un coin de la pièce, observant les lumières qui dansaient sur les murs, les voix s'élevant et se noyant dans la musique. C'est alors qu'elle aperçut Noah, qui venait d'entrer discrètement dans la pièce, un peu en retrait, comme un fantôme. Ses yeux croisèrent les siens, et pour un instant, le reste du monde disparut.

Il s'approcha lentement, son regard toujours aussi chargé de cette affection sincère qu'il lui portait. Mais ce soir, il n'y avait pas de mots réconfortants, pas de promesses d'évasion. Il y avait juste cette chaleur, cette compréhension, qui la poussait à vouloir tout abandonner, tout fuir à ses côtés.

« Giuliana. » Il s'arrêta devant elle, son ton bas et grave. « Je ne peux pas te regarder... je ne peux pas te voir te perdre comme ça. »

Elle détourna les yeux, consciente du regard des autres sur elle, mais elle n'eut pas la force de lui répondre. Elle savait bien ce qu'il pensait. Il savait qu'elle était piégée, que ce mariage allait être un fardeau plus lourd que tout. Mais Noah ne comprenait pas, pas tout à fait. Il ne savait pas jusqu'où la famille Mariani irait pour préserver ce pouvoir. Et elle ne pouvait pas lui expliquer tout ça. Pas ce soir.

« Tu as raison. » Elle murmura, à peine audible, avant de se détourner, le cœur serré.

Elle s'éloigna de lui, sentant la tristesse l'envahir un peu plus à chaque pas qu'elle faisait dans cette pièce où elle n'avait plus de place. La soirée avançait, et avec elle, les minutes s'égrenaient, comme une promesse de quelque chose qu'elle n'était pas prête à affronter. Leonardo s'approcha de nouveau d'elle, le regard plus lourd cette fois, presque insistant.

« Giuliana, » dit-il d'un ton plus bas, plus pénétrant, « ce mariage sera plus qu'une simple formalité. Je te le promets. »

Elle lui répondit d'un hochement de tête, mais ses pensées s'étaient déjà égarées ailleurs. La vérité, elle la connaissait. Peu importait ce qu'il promettait. Le destin était déjà tracé.

La pièce était trop bruyante, trop pleine de gens, de sourires froids et de mains tendues. Mais au fond d'elle, elle savait qu'elle n'y appartenait plus. Le cercle des Mariani et des Vitale était clos, et elle ne pourrait jamais en sortir.

Chapitre 3 03

La nuit avait enfin enveloppé la villa d'un voile d'obscurité, mais Giuliana ne trouvait toujours pas le sommeil. Allongée sur son lit, les yeux grands ouverts, elle écoutait les échos lointains des domestiques qui terminaient de ranger les derniers vestiges de la réception. Tout semblait endormi, figé dans cette attente silencieuse avant l'inévitable.

Elle se leva sans faire de bruit, se glissant hors de la chambre comme une ombre. Pieds nus, robe de nuit légère sur les épaules, elle descendit les escaliers et traversa les couloirs plongés dans la pénombre. Elle connaissait cette maison par cœur. Chaque recoin, chaque porte secrète, chaque endroit où elle pouvait se cacher quand elle était enfant. Ce soir, pourtant, elle n'avait nulle part où se cacher.

Arrivée dans l'ancienne serre, une pièce abandonnée depuis des années, elle s'assit sur le vieux banc en fer forgé. Le silence était total. Elle ferma les yeux et respira profondément. Ici, au moins, personne ne viendrait la chercher.

Mais elle se trompait.

Une voix familière rompit le silence.

« Je savais que tu serais ici. »

Elle se retourna lentement. Leonardo se tenait dans l'encadrement de la porte vitrée, le visage partiellement éclairé par la lumière de la lune. Il avait ôté sa veste, sa chemise blanche ouverte au col, les manches retroussées. Moins froid. Moins distant. Presque humain.

« Tu m'espionnes, maintenant ? » murmura-t-elle sans se lever.

Il s'approcha, mains dans les poches, et s'arrêta juste devant elle. « Tu n'es pas difficile à deviner, Giuliana. Tu fuis chaque fois que tu sens les chaînes se resserrer. »

Elle leva les yeux vers lui, le regard dur. « Et tu es là pour me rappeler que je suis bien attachée ? »

Leonardo pencha légèrement la tête. « Je suis là parce que tu vas devenir ma femme. Et parce que je refuse que notre mariage commence avec du mépris entre nous. »

Elle rit, un son amer, cassé. « Il a déjà commencé dans le mépris, Leonardo. Le jour où ton père a posé sa signature au bas du contrat. »

Un silence s'installa entre eux. Long. Tendu. Puis il s'assit lentement à côté d'elle. Pas trop près. Mais assez pour qu'elle sente sa présence, son parfum, sa chaleur.

« Tu ne sais rien de moi, Giuliana. Tu penses que je suis comme eux, comme mon père. Mais je suis bien plus dangereux que lui. Parce que moi, je ne mens pas. Je ne fais pas semblant d'être honorable. »

Elle tourna la tête, le fixant, intriguée malgré elle. « Et tu veux que je te remercie pour ça ? »

Leonardo secoua doucement la tête. « Non. Je veux juste que tu ouvres les yeux. Tu crois être une victime. Tu crois que tu es la seule à sacrifier quelque chose. Mais tu te trompes. »

Elle fronça les sourcils. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Il la regarda droit dans les yeux. « Ce mariage n'était pas mon choix non plus. Mais je n'ai pas dit non. Parce que je sais ce qu'il implique. Parce que j'ai des comptes à régler, moi aussi. Et si je dois les régler à tes côtés, alors autant qu'on arrête de se haïr tout de suite. »

Elle resta silencieuse, troublée par ses paroles. Il n'y avait pas de douceur dans sa voix. Pas de compassion. Juste une vérité brute, nue, presque brutale.

« Et si je refuse toujours ? » demanda-t-elle, la voix plus faible qu'elle ne l'aurait voulu.

Leonardo se leva, se pencha légèrement vers elle, son visage si près du sien qu'elle sentit son souffle.

« Alors je te briserai, Giuliana. Lentement. Comme on brise un cheval sauvage. Parce que je n'ai pas le luxe de l'échec. Pas cette fois. »

Il tourna les talons et sortit de la pièce sans attendre sa réponse.

Elle resta seule, le cœur battant à tout rompre, les yeux perdus dans l'ombre. Pour la première fois, elle réalisa que Leonardo Vitale n'était pas simplement un héritier sans cœur. Il était une tempête. Une force qu'elle n'avait jamais anticipée. Et elle venait d'entrer dans l'œil du cyclone.

---

Les jours suivants s'enchaînèrent dans une routine aussi glaciale qu'implacable. Chaque matin, Giuliana se réveillait dans cette même chambre figée, entourée de meubles précieux et d'un luxe qui lui paraissait de plus en plus étouffant. Elle avait cessé de parler à son père. Leur dernière conversation s'était terminée par un silence pesant, chacun conscient que l'autre ne céderait pas.

La date du mariage avait été fixée. Deux semaines. Deux semaines pour apprendre à respirer dans une vie qu'elle n'avait pas choisie. Deux semaines pour apprendre à ne pas haïr un homme qu'elle allait devoir appeler « mari ».

Mais ce matin-là, quelque chose d'inattendu bouscula son monde.

Alors qu'elle descendait les marches en marbre menant au grand salon, un domestique s'approcha d'elle, visiblement mal à l'aise.

« Signorina Giuliana... un visiteur demande à vous voir. Il... il n'était pas annoncé. »

Elle s'arrêta net. « Qui ? »

« Un certain... Noah Ventura. »

Son cœur manqua un battement.

Elle se précipita vers l'entrée sans réfléchir, sa robe légère flottant derrière elle. Lorsqu'elle ouvrit la grande porte, il était là. Vêtu simplement, le visage marqué par la fatigue, les yeux pleins d'une tension qu'elle ne lui connaissait pas.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? » souffla-t-elle, les mains tremblantes.

« Je ne pouvais plus rester sans rien faire. » Sa voix était basse, rauque. « Tu vas l'épouser. Et personne ne semble vouloir l'arrêter. Alors je suis venu. »

Elle referma la porte derrière elle et l'entraîna à l'écart, dans un petit jardin privé dissimulé derrière les haies. Les murs de la villa étouffaient les bruits du monde extérieur. Ici, ils étaient seuls. Seuls avec ce qu'ils n'avaient jamais osé nommer à voix haute.

« Tu n'aurais pas dû venir, Noah. C'est dangereux. »

Il la fixa, droit dans les yeux. « J'en ai rien à foutre du danger, Giuliana. Pas quand il s'agit de toi. Tu crois vraiment que je vais te regarder devenir l'épouse de Leonardo Vitale sans rien dire ? »

Elle se détourna, incapable de soutenir ce regard. « Ce n'est pas si simple. »

Il s'approcha. « Tu m'aimes ? Oui ou non ? »

Elle ferma les yeux, une larme solitaire glissant sur sa joue. « Ce n'est pas la question. »

« C'est la seule question qui compte. »

Elle se retourna brusquement. « Oui, je t'aime, Noah ! Mais ça ne changera rien. Tu crois que c'est un mariage d'amour, ce cirque ? C'est un marché. Une alliance. Un pacte entre deux familles pour faire taire les dettes, étouffer les rancunes, et écraser ceux qui osent défier leur pouvoir. Je suis une monnaie d'échange. »

Il s'approcha encore, ses mains attrapant son visage. « Alors fuyons. Maintenant. Ce soir. On disparaît. Je t'emmène où tu veux. Ils ne nous trouveront pas. »

Elle le regarda, le souffle court. L'envie était là. Brûlante. Déchirante. Mais derrière elle, elle sentait déjà l'ombre de son nom, de ses responsabilités, de ces chaînes invisibles qu'on lui avait passées depuis l'enfance.

« Je ne peux pas. » murmura-t-elle. « Si je pars, ils te tueront. Et ils détruiront ce qu'il reste de moi. »

Noah la fixa longuement, puis laissa retomber ses mains. « Alors tu vas te taire et leur obéir ? Jusqu'à ce que tu ne sois plus qu'une coquille vide ? »

Elle sentit sa gorge se serrer. Il la voyait déjà comme elle avait peur de devenir.

Mais avant qu'elle ne puisse répondre, un bruit derrière eux fit volte-face à Noah. Une silhouette s'avançait lentement depuis l'allée de pierres.

Leonardo.

Calme. Maîtrisé. Mais les poings serrés.

Il s'arrêta à quelques pas d'eux, ses yeux posés sur Giuliana, puis sur Noah.

« Jolie cachette. » dit-il d'une voix douce. « Dommage qu'elle n'ait pas été mieux gardée. »

Noah recula légèrement, sur la défensive. « Tu peux menacer tout ce que tu veux, Vitale. Tu ne mérites pas Giuliana. Tu ne mérites même pas qu'elle te regarde. »

Leonardo esquissa un sourire froid. « Je ne cherche pas à mériter quoi que ce soit, Ventura. Ce n'est pas l'amour qui lie nos familles. C'est le sang. Et toi... tu n'as rien à offrir. »

Giuliana se plaça entre eux, comme un rempart.

« Arrêtez. Tous les deux. » dit-elle d'un ton tranchant. « Ce n'est pas une compétition. Ce n'est pas une guerre. C'est ma vie. »

Leonardo s'approcha d'elle, ignorant Noah.

« Alors décide, Giuliana. Tu veux t'enfuir avec lui et tout brûler ? Ou tu fais face, comme une Mariani. »

Elle se figea. Elle aurait voulu répondre. Hurler. Choisir.

Mais aucun mot ne sortit. Parce qu'au fond, elle savait que la décision lui appartenait depuis toujours... et qu'elle l'avait déjà prise.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022