GOAT
1.
- Je te jure, Dana ! Si moi Marielle je me remets avec cet idiot de Stéphane, il faut changer mon nom.
J'éclate de rire.
- Marielle, on a déjà changé ton nom trois fois ces deux derniers mois.
- Je dis que c'était la dernière fois. plus jamais on ne m'y reprendra.
Je suis sur le point de lui rappeler qu'elle a dit ça la dernière fois aussi, quand on frappe à ma porte.
- Oui, entrez ! je réponds. Madame Marielle qui aura bientôt un nouveau nom, ne quitte pas.
Emilie, ma nouvelle recrue entre dans mon bureau, son portable à la main.
- Dana, désolée de te déranger. J'ai un petit souci avec M. Vignon.
Je lui fais signe de patienter pendant que je prends congé de ma copine au téléphone.
- Madame, je dois y aller, je te rappelle tout à l'heure. Réfléchis au nouveau nom que tu veux qu'on te donne pendant ce temps.
- Oh femme de peu de foi, répond-elle.
- Pardon, j'ai déjà assez de mal avec la foi en Dieu et en moi-même. Allez bye.
- Bisous.
Je raccroche et fais signe à Emilie de prendre place dans la chaise en face de mon bureau.
- Je t'écoute.
- EN fait, c'est M. Vignon. Il doit récupérer sa commande aujourd'hui. Donc je l'ai appelé pour savoir comment il voulait régler, parce que si c'est par virement ou chèque, je dois avoir les confirmations de la banque d'abord. Il me dit qu'il veut que je fasse passer la commande sur sa ligne.
Elle se tait et je la regarde. Jusqu'ici, il n'y a aucun souci.
- Sauf que sa ligne est full. Non, il est même en dépassement de 53 000 FCFA. Donc je lui ai expliqué que ce n'était pas possible et qu'il fallait soit qu'il paie en espèce, soit qu'il sollicite officiellement un dépassement de plafond pour la ligne. Mais il refuse, il me dit qu'il n'a pas d'espèces et que les intérêts sur la ligne seront trop importants s'il passe dans la tranche suivante.
- Donc il veut quoi ?
- Qu'on lui fasse une faveur et qu'on fasse passer le paiement sur la ligne sans que son taux d'intérêt augmente.
- Hors de question.
- Je lui ai dit que ce n'était pas possible. Mais tu le connais. Il a commencé à s'énerver et à menacer d'appeler le DG pour l'informer qu'on ne veut pas respecter sa date de livraison. Après il a dit que s'il devait subir des préjudices parce qu'il a livré les maisons des gens en retard, il allait nous faire rembourser.
Pauvre Emilie. Elle a l'air sur le point de pleurer.
En même temps, je la comprends. M. Vignon est aussi chiant qu'il est sensible, à la fois par sa taille et par son amitié avec le big boss.
Notre entreprise est spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de matériel et fournitures prêts à assembler. Ouais, comme Ikea. Mais local. On fabrique tout sur place, dans nos usines, avec des matériaux locaux et des artisans locaux.
On travaille à la fois comme designers pour des entrepreneurs en bâtiment, des architectes et des décorateurs d'intérieurs, pour des pièces uniques pour leurs clients ; et aussi comme distributeurs de détail dans nos différents magasins avec des collections beaucoup plus populaires.
Je suis responsable commerciale pour la branche de design privé et je suis en charge des gros clients tels que M. Vignon, qui est propriétaire d'une SCI qui construit en ce moment une promotion immobilière à Bassam.
Pour les clients comme lui, vu les sommes considérables dont il est question, on met en place des facilités de paiement et parfois des lignes de crédit. Là, M. Vignon doit livrer les maisons dans un mois et a passé une commande de carreaux, de salles de séjour et de mobilier de douche.
Sauf que sa ligne de crédit est déjà explosée. Et j'avoue qu'il a raison. Sur son palier, il paie des intérêts de 5,12%. Sur le palier supérieur, il paierait 8,95%. Croyez-moi, sur des millions, on le sent passer.
Je soupire. Et dire que je passais un jeudi tranquille.
- On va l'appeler ensemble, okay ?
Elle acquiesce et me tend son portable sur lequel elle a déjà composé son numéro.
La pauvre, elle doit être traumatisée.
Emilie est nouvelle dans l'entreprise. Elle a commencé il y a à peine un mois et dans son ancien boulot, elle n'avait pas beaucoup de contacts avec les clients. Alors elle a un peu de mal quand il s'agit de cas un peu complexes.
Je lance l'appel et le mets sur haut-parleur.
Il décroche immédiatement.
- Oui !
Aucune douceur, ce monsieur.
- Oui, bonjour, M. Vignon.
- Oui ?
- C'est Mme Viera-Amoin, de SOUAPLUS.
- Oui ?
Je me retiens de lui lancer un long tchrrr.
- Je me permets de vous appeler suite à vos échanges avec ma collègue, Mme Koué. Elle m'a informé que vous deviez récupérer cotre commande ce jour.
- Oui c'est ça. Je suis d'ailleurs en attente de la réception de mon bon de retrait.
A chaque fois, on doit délivrer un bon de retrait aux clients afin qu'ils puissent récupérer leur commande à l'usine ou à l'entrepôt.
- Oui, à ce sujet, M. Vignon, on est un peu embêtés. Parce que ma collègue m'informe que la commande n'a pas été soldée et sans ça, je ne peux malheureusement pas vous fournir de bon de retrait.
- Mais madame Amoin, j'ai déjà expliqué à votre collègue de faire passer ça sur ma ligne. Moi je suis en retard dans mes livraisons, et si je dois encore perdre du temps à lui expliquer des choses aussi simples...
Le mépris dans sa voix me donne envie de gerber.
- Oui, elle a bien compris votre demande. Sauf que vous avez atteint le plafond de votre ligne de crédit. En fait, vous l'avez même dépassé. Du coup, on ne peut rien faire passer dessus. Il faudrait que vous régliez en cash ou que nous recevions le virement de la banque avant de vous autoriser à enlever le matériel.
- Mais Madame Amoin, vous me connaissez, vous savez que je paie toujours en temps et en heure. Là, je suis vraiment dans l'urgence.
Oh, tu sais parler doucement ? Ton front on dirait la bouche d'Emmanuelle Keita là.
- On peut faire un petit geste commercial pour moi, et je vous règlerais dans la semaine.
On pourrait. Mais tu as mal parlé d'Emilie. Je n'aime pas les gens méprisants.
- Malheureusement, ce n'est pas une décision que je peux prendre, M. Vignon. Ce genre de dépassement exceptionnel de lignes de crédits est soumis à validation de notre comité de crédit et de notre direction juridique. Ça peut prendre plusieurs jours. Ce que je peux faire par contre, c'est de vous proposer d'augmenter votre plafond. Evidemment à ce moment-là, il y aura une modification tarifaire, mais ça c'est plus simple.
- Madame Amoin, ça va me revenir trop cher de payer près de 9% sur 800 millions de Francs.
Ah. Fallait pas parler mal à Emilie.
- Ecoutez, je suis vraiment coincé et en retard là. J'ai besoin que vous fassiez quelque chose pour que j'aie mon matériel, sans coût additionnel.
Regardez, je suis ta financière ? Tchrrr.
- J'entends bien que vous soyez en retard sur votre planning, monsieur Vignon, et croyez moi, j'en suis très embêtée...
Bzzzz...
Mon portable personnel se met à vibrer sur mon bureau.
J'appuie sur le bouton pour couper le vibreur tout en continuant à parler.
- Cependant, ma procédure est très claire. Vous êtes déjà en dépassement de votre ligne de crédit. Je ne peux pas autoriser de nouvelles transactions sans au moins un remboursement, même partiel, du crédit.
Bzzzzzzzzzz...
A l'autre bout du fil, monsieur Vignon entreprend de me réexpliquer à quel point il est crucial que je puisse autoriser la livraison de ses marchandises le jour même.
J'ai déjà entendu son plaidoyer des dizaines de fois alors j'écoute d'une seule oreille et entreprend de lire les messages que j'ai reçu.
Mes copines sont en train de s'échauffer dans notre groupe sur la nouvelle perruque d'Emma Lohoues.
Elles ont déjà échangé plus de 200 messages depuis le début de la conversation, il y a 10 minutes à peine.
Je lis en diagonale sans intervenir. J'ai décidé de ne plus parler dans les affaires d'Emma. Franchement, la mèra me déçoit trop. Ses habillements, ses perruques, ses sorties, ses business, son branding... rien ne va. J'ai essayé de la défendre au début mais vraiment elle abuse donc maintenant je regarde ses choses et je passe.
- Ecoutez, monsieur Vignon, je reprends dès que le monsieur fait une pause dans ses pleurs, comme je vous ai dit, en l'état actuel de votre ligne, je ne peux pas autoriser une autre sortie de matériel sans fonds. Cependant, vu l'urgence, je peux vous proposer d'avoir recours à une avance de trésorerie. Ça vous permettra de bénéficier de fonds pour solder votre commande, sans creuser d'avantage votre ligne de crédit. Et vous aurez 20 jours pour rembourser. Evidemment, ce n'est pas gratuit, vous aurez un taux d'intérêt de 2% à payer, mais au moins vous pourrez disposer de votre matériel aujourd'hui même, et ça vous évitera de cumuler les engagements.
Je passe les minutes qui suivent à lui expliquer le principe de l'avance, les modalités de remboursement ainsi que le détail des intérêts.
- Parfait, M. Vignon. Ma collègue vous enverra un mail avec le contrat d'engagement. Une fois que vous l'aurez signé, on vous fera une mise à disposition au niveau de notre caisse de banque. Je pense que d'ici une heure, vous pourrez disposer des fonds.
- Merci beaucoup Madame Amoin.
- Je vous en prie M. Vignon. On se reparle tout à l'heure.
Je raccroche et me tourne vers Emilie ma collègue, pour me rendre compte qu'elle me dévisage comme si j'étais un alien.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Wow... tu es trop douée avec les clients.
Je rigole.
- Je fais surtout ce métier depuis trop longtemps. T'en fais pas, ça viendra avec le temps.
Ouais, mais j'avoue quand même que je suis trop douée avec les clients. Je suis vraiment pour résoudre les problèmes et trouver des solutions qui contentent tout le monde. C'est une seconde nature chez moi. Mon entourage dit que je suis une marmailleuse née. Je préfère le terme ''négociatrice''.
- Du coup, Em, il faudrait que tu envoies un contrat d'avance au client. Et tu précises bien que tu as besoin de sa signature le plus tôt possible parce que le service juridique doit faire des vérifications avant que les fonds soient décaissés.
- Okay. Mais tu peux mieux m'expliquer le principe de l'avance ? Pourquoi on lui donne du cash, si on ne veut pas lui faire plus de crédit ? ça revient au même non ?
- Pas vraiment. La ligne de crédit, ça rentre directement dans nos chiffres. Ça va être comptabilisé comme produit à recevoir. Alors que l'avance de trésorerie vient de la banque. Tu te souviens que je t'avais expliqué qu'on avait fait un compte dd dépôt de garantie à la banque ?
Elle hoche la tête.
- On leur a demandé de nous permettre de faire des mises à disposition sur ce compte-là. Du coup, quand les clients demandent une avance, la banque débite ce compte et mets les fonds à disposition en espèce à notre caisse avancée. Le client rembourse avec un intérêt de 2%, sauf que nous on paie moins de 0,5% en frais de rupture du dépôt de garantie. Donc la différence nous est reversée. Et le délai de 20 jours permet de reconstituer le dépôt avant la fin du mois, de sorte à ce que notre compte banque ne soit pas plus déséquilibré que ça quand on produit le bilan en fin de mois. C'est tout bénef, parce que le client peut travailler, nous aussi on perçoit du cash, nos ratios de crédit client ne sont pas explosés et en prime on a des intérêts gratis.
- C'est toi qui en as eu l'idée ?
- Avec Maurel (le trésorier de l'entreprise), oui.
- Eh beh ! Je savais que tu avais fait finances-compta, mais je ne savais pas que tu étais aussi brillante.
Je rigole.
Je suis Dana Viera-Amoin. Brillante, c'est mon second prénom.
C'est pour ça que je suis responsable commerciale, Emilie, et non pas (seulement) parce que je couche avec le boss comme la rumeur circule dans la boite.
Je discute encore un peu avec elle sur la marche à suivre pour M. Vignon avant de la laisser retourner travailler.
Je déverrouille mon ordinateur et prend connaissance des mails que j'ai reçu entre temps.
J'archive la plupart, marque certains comme importants et réponds à deux ou trois avant de me replonger dans mon portable.
Les filles ont fini avec leur débat sur Emma et parlent maintenant d'aller en boîte ce soir.
Moi : on est Jeudi les gos, vous ne travaillez pas demain ?
The Sexy Witch : moi non, on a team Building à Assinie, je vais dormir dans le bus sur le chemin.
Ozoua : Que celui qui n'est jamais allé au boulot avec la gueule de bois me jette la première pierre.
Mère Thérésa : Emoticône montagne
Moi : émoticône morte de rire
Oz : il y a un début à tout, maman. On va te former.
Fonds De Commerce : vraiment, quand Voltaire disait que le travail rend libre, il mentait deh !
La Mer Egée : ta prof de philo serait tellement déçue si elle lisait ça.
FDC : Bon, tu connais les philosophes donc quoi ? Tu as eu travail avec ça ?
LME : euh, actually, yes.
Oz: pardon, ne vient pas te muscler sur nous avec ton baoulé saupoudré de chocobi stp !
La Laitière de Nestlé : je réserve un salon pour 01h du matin, c'est bon ?
Moi : on vous dit la mère qui a tout le lait !
TSW : la mère des mères y a jahin deux mères.
Oz : le lait coule à flot, il reste un peu tu vas t'appeler Canaan.
FDC : si y a une femme pour toi c'est que c'est pas une femme ! Quand on dit femme c'est toi !
MTh : Femme Capable !!! On adoooooore !
MTh: Canaan comment ? Émoticône pleure de rire
LLN : vous êtes très bêtes. Restau avant ? Si oui, lequel et quelle heure ? Je réserve en même temps.
Moi : ouais, y a l'homme et puis y a toi. Candia candia la laitière !
LLN : tes grosses fesses.
Moi : que ton frère adore.
FDC : émoticône pleure de rire.
Oz: Parenthèse, 21h, merci.
TSW : non, je veux manger Jap moi.
FDC : ou indien. Asiatique en tout cas.
MTh : non pas Japonais, ya que les sushis qui sont okay.
Moi : Ouais non pas parenthèse.
Oz : ah il fallait dire vite au lieu de rire des fesses de vos amies. J'ai choisi c'est fini.
LME : moi tout me va.
Moi : fallait te taire si c'était pas pour arranger l'affaire.
MTh : toi aussi tu veux manger asiatique ?
Moi : pas particulièrement. Mais si on va à Parenthèse, Abdel va débarquer dans les 10 minutes qui suivent.
LME : depuis quand tu refuses que ton sponsor nous rejoigne au restau ?
TSW : suivez en classe. Elle a dit ici qu'elle ne veut plus de lui mais il insiste.
Oz : on vous dit de mougou les enfants des gens doucement, vous n'écoutez pas.
LME : tout le monde peut parler sauf toi.
TSW : ni toi.
MTh : ni toi.
Moi : vous êtes toutes des grosses bordelles, personne ne peut parler dans mon affaire.
LLN : moi je dois retourner bosser, vous n'allez pas vous décider ?
FDC : La Pagode, 21H. Pas parenthèse, pas Jap mais asiatique.
LLN : top je réserve. Bisous les gos.
FDC : si tu réserves c'est que tu finances non ?
LME : la laitière des laitières.
LLN : je ne finance rien. Si vous mougoussez cadeau c'est votre problème. Bye.
Oz : ouais l'amitié. Si aujourd'hui ta vente de piment paie, assure-nous toutes. Quand Dana vendait pour elle, elle a fait profiter tout le monde.
LME : ouais, même Marielle a été notre fonds de commerce pendant combien d'années ?
FDC : vraiment les femmes, quand elles réussissent un peu c'est fini, ingrates comme tout.
LLN : émoticône doigt d'honneur.
MTh : oh, tu te masturbes ? On te laisse alors.
Moi : émoticône pleure de rire.
FDC : émoticône pleure de rire
LME : sticker essuie ses yeux avec de l'argent »
Je sors de la conversation tout en continuant à rire.
Ces filles sont complètement malades.
Ce sont mes meilleures amies, on se connait depuis le collège.
Il y a d'abord Alyssa, qu'on a surnommé The Sexy Witch à cause d'Alyssa Milano dans la série Charmed. En plus, elle est grave sexy et c'est une grosse charmeuse. Son sourire est un envoutement.
Ensuite, Carole, alias Ozoua. C'est la plus grande fan d'Emma Lohouès. On était des Emmaluv ensemble, j'ai réussi à me sortir de cette servitude mais pas elle. Je prie pour elle tous les jours. En dehors de ça, c'est une très jolie fille, très sympa et une grosse ambianceuse. Je voulais dire qu'elle était intelligente mais sa passion pour Emma me prouve le contraire.
Vient ensuite Marie-Paule, alias Mère Thérésa. On l'a surnommé ainsi au collège quand elle n'attirait que les cas sociaux et ça lui est resté parce qu'après, elle n'a commencé à attirer que les gars super riches motivés à dépenser toute leur fortune sur elle. Carole dit que si elle était mère Thérésa, ses dragueurs allaient tout faire pour éradiquer la pauvreté dans le monde.
Après, c'est Marielle, mon Fonds de Commerce. C'est très honnêtement la plus belle femme que j'ai jamais eu l'occasion de rencontrer. Je ne vous dis pas le nombre de mes tontons/cousins/ vieux pères qui m'ont payé pour que je les mette en contact ou partage son numéro. J'ai tout bouffé et je n'ai rien fait. Toutes les autres filles ont fait pareil. Marielle, c'est notre trésor. Le jour où on a besoin d'argent, on va la vendre.
Ensuite, on a Laura, dite La mer Egée. Son surnom vient du fait qu'elle a une vie sexuelle un peu débridée et qu'elle a eu son premier rapport sexuel sur une plage de Mykonos, dans la mer Egée. C'est moi qui l'ai surnommée comme ça et j'en suis très fière.
Et enfin, Nathalie, alias la laitière de Nestlé. Nathalie, c'est la tantie riche dans toute sa splendeur, la mère qui a tout le lait comme disent les ivoiriens. Riche, fille de riche, femme de riche. L'argent déborde de partout, elle ne sait plus quoi en faire. C'est la plus jeune de notre groupe et aussi la plus calme. Elle ne parle pas beaucoup, elle se contente de sponsoriser nos sorties, de payer les gens pour nettoyer le grabuge qu'on ne manque jamais de laisser derrière nous ou d'embaucher les gens pour aller frapper les gars de ses amies.
Comme j'ai dit, on s'est rencontrées au collège, le premier jour de classe, en 6e. Marielle et moi nous étions déjà croisées lors des inscriptions, nos parents avaient discuté ensemble et s'étaient conseillé mutuellement sur les uniformes donc quand on s'est vues devant la classe, on s'est naturellement assises ensemble. Carole s'est assise devant nous, et Laura s'est assise à côté d'elle. On est vite devenues inséparables toutes les 4. Puis, Marie Paule a été désignée chef de classe et sa voisine Alyssa sous-chef. Comme nous étions un groupe de filles turbulentes, on a tout fait pour se lier d'amitié avec elles afin de ne pas avoir notre nom sur la liste des bavardes.
Nathalie a été transférée deux mois après le début des cours. Apparemment, son père voulait qu'elle aille à l'école française mais elle voulait venir dans notre lycée parce que sa mère (décédée) y avait étudié et qu'elle voulait partager quelque chose avec elle. Les choses des riches. Bref, le transfert avait pris du temps et elle était en retard. Donc le prof principal lui a assigné comme tutrice/ marraine Marielle, qui était celle qui avait les meilleures notes aux quelques devoirs et examens qu'on faisait. On l'a toutes prise sous notre aile, surtout qu'elle était toute petite et que les autres de la classe l'embêtaient un peu et ça a été le début de ma plus belle histoire d'amour.
Après le bac, on est parties étudier chacune de son côté. Marielle et Laure sont allées au Maroc, moi en Belgique, Alyssa au Sénégal, Carole en Afrique du Sud, Marie-Paule est restée au pays et Nathalie est allée en Suisse. Mais on a réussi à garder le contact et les liens. On a eu beaucoup de chance, je pense, avec l'avènement des réseaux sociaux, des whatsapp et autre. Et aussi avec le fait que le papa riche de Nath était tellement heureux que sa fille ait des amies ''sincères et de bonne influence'' qu'il passait son temps à lui payer des billets pour qu'elle vienne nous voir ou à nous payer des billets pour qu'on aille la voir ou qu'on se retrouve à Abidjan dès que possible. Honnêtement, je pense que cette amitié a dû couter à Nath le tiers de son héritage, tellement le monsieur a financé nos vacances.
On est toutes rentrées après nos études, d'abord Nath (qui déteste vivre à l'étranger et aime trop son pays), puis MP et Carole, puis Marielle et Laure, puis Alyssa, et enfin moi.
Si vous me demandez, je pensais même ne pas rentrer. Je m'imaginais faire ma vie en Belgique, j'avais un bon boulot, je gagnais bien ma vie, j'avais mon gars/fiancé ivoirien avec qui on prévoyait de s'installer et fonder une famille. Mais comme vous le savez surement, la street est douloureuse. Quand j'ai failli mourir à cause de l'amour, personne ne m'a demandé pardon, j'ai ramassé mes bagages et je suis rentrée me consoler dans les bras de mes copines.
Et de multiples hommes aussi. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai acquis ce surnom qui me colle à la peau depuis 5 ans : Jordan the GOAT. GOAT pour Greatest Of All Thots. Et Jordan parce que c'était mon surnom au lycée, quand j'étais dans l'équipe de basket. Et aussi parce que c'est le meilleur joueur que la league ait connu. En fait si vous demandez à mes amies, je ne suis rien d'autre qu'une pute/ coureuse de jupons à leurs yeux. Et c'est mon propre fonds de commerce qui m'a surnommée comme ça. L'amitié de nos jours.
*****
- Donc ton nouveau nom, c'est quoi ? je demande à Marielle en mâchouillant du pain.
- Je t'ai déjà dit que je n'aime pas ça.
- Ah mais tu dis si tu lui reparles, on doit changer ton nom. tu lui as reparlé non ?
- J'ai dit si je me remets avec lui.
- Pareil, conclus Carole en piochant dans la corbeille à pain. C'est comme ça que tu avais commencé pour les autres fois aussi. Tu veux quel nom cette fois ci ?
- Débilette ? propose MP.
- Non, moutonnette, renchérit Alyssa.
- Vous là, je n'aime pas ça.
Donc pour ça, on doit arrêter ?
- Ah, mais quand on n'aime pas ça, on se comporte bien, répond Laure.
- Mais j'ai fait quoi ? Est-ce que je me suis remise avec lui ?
Et elle fait sa voix de petite fille attristée sur qui ? tchrrr.
- Ça ne saurait tarder, je réponds. Même comme tu étais déjà en train de glousser et de chuchoter.
- Vous avez choisi ? interrompt Nath. Commandons pardon, j'ai faim.
- Ouais, on sait que les histoires de couple des autres ne t'intéressent pas, vu comme tu es très heureuse dans le tien.
Ooh. La nuit-là ? Y a ancien discours ou bien ?
Nath ne répond rien et se contente de faire signe au serveur. Elle passe sa commande et sort son portable de son sac, pendant que nous donnons nos commandes à notre tour.
Une fois que le serveur part, elle range son portable dans son sac et se tourne vers Marielle.
- Oui, Marielle, je n'en ai rien à foutre de ton couple. Mais pas parce que je suis très heureuse dans le mien, même si c'est vrai, merci de le remarquer, mais parce que toi-même tu t'en fous.
Elle lève une main devant le visage de Marielle qui voulait commencer à parler.
- Je vais terminer mon propos, merci. Tu t'en fous de ton couple, Marielle. Entre ton gars qui passe son temps à te tromper, qu'on passe notre temps à menacer et toi qui passe ton temps à faire palabre avec ses gos et à le quitter puis à retomber dans ses bras, comment on peut prendre votre couple au sérieux ? Comment même on peut considérer que vous êtes un couple avec tous ces gens au milieu ? Toi-même quand on te demande et ton gars, tu réponds ah ce faux gars-là ? Tu veux que ton couple me dise quoi ? Quelqu'un qui est dans ta vie que pour te faire souffrir, on dirait qu'il est envoyé directement par tes ennemis de ton ancienne vie pour te tourmenter, tu veux que ses affaires m'intéressent pour quoi ? Tu as voulu rester dans une relation sans queue ni tête, assumes et ne viens pas nous emmerder. C'est toujours pareil avec toi, Marielle. Il n'y a pas un jour où on va sortir sans entendre tes pleurs sur l'animal que tu as choisi pour partager ta vie. Mais à un moment, c'est fatiguant. Qu'est-ce qu'on ne t'a pas dit ? Qu'est-ce qu'on ne t'a pas montré ? à part te fâcher parce qu'on dit que tu es bête et retourner dans les bras de ton type, tu fais quoi ? Quand il t'a ramené une IST ici, tu criais que c'était fini, ou en sommes-nous ? Quand tu l'as attrapé avec sa go blanche ou métisse, qu'est-ce qu'on n'a pas entendu ? Deux jours après, tu étais à nouveau en train de glousser dans ses bras. Quand il a osé te taper, tu sais comment j'ai dû aller pleurnicher devant mon mari pour qu'il appelle le procureur et qu'on vienne le chercher pour l'emmener à la police ? Tout ça pour que tu nous embarrasse en décidant de retirer ta plainte et de te remettre avec ? Tu veux qu'on fasse quoi de plus, Marielle ? Moi en tout cas je suis fatiguée de gaspiller mon temps à parler de ton gars. Tout comme je suis fatiguée de te traiter de bête. J'ai épuisé le lot d'injures que je connaissais sur toi, mais ça ne change pas. Donc excuse-moi si ça m'ennuie plus qu'autre chose quand vous commencez à évoquer ce sujet.
Elle se tait et prend une gorgée de son cocktail.
Sur la table, nous sommes toutes silencieuses.
Nath ne parle que très rarement. Et jamais pour les futilités. Elle ne dit que l'essentiel, elle n'est jamais dans les longueurs, elle va toujours droit au but.
En général, si elle a déjà donné son avis sur une situation, à moins que son avis n'ait changé, elle n'en reparle plus, parce qu'elle estime qu'elle s'est déjà prononcée. Quand on en parle, elle se tait juste et nous écoute sans intervenir.
Si tu lui redemandes son avis sur un sujet, elle te sortira : je te l'ai déjà donné tel jour à tel heure, il n'a pas changé.
Et elle est encore plus critique avec Marielle parce qu'elle estime qu'elle vaut mieux que ça. On pense toutes d'ailleurs que Marielle vaut mieux que le faux gars qu'elle a et on le lui a dit, mais on essaie de faire preuve de compréhension. Mais Nathalie ? Plus carrée et pragmatique tu meurs. La dernière fois qu'elle s'est mêlée de l'affaire de Marielle, elle lui a dit : ''voici ta copine qui mangeait l'amour et buvait la passion en Belgique là-bas, qui a failli mourir dans affaire de goumin. Les erreurs des autres ne te servent pas de leçons ? On doit tout vous dire ? C'est bien, je vais commencer à écrire ton éloge funèbre''.
Contre toute attente, Marielle éclate en sanglots. Alyssa assise à côté d'elle la prend dans ses bras et lui caresse le dos.
- Laisse-la pleurer, fais Nath. Au mieux, les larmes vont nettoyer la stupidité de son cerveau. Au pire, ça lui fera un entrainement pour quand son gars va la briser.
- Tu penses que je fais exprès ? hurle Marielle.
- Oui, répond Nath, imperturbable. Je pense que tu fais exprès.
- Arrête, Nath, intervient Laure.
- Pour quoi ? vous ne voulez pas lui dire la vérité.
- Ah parce que tu penses que j'ai choisi de l'aimer ? Tu crois que moi aussi je n'aurais pas voulu être avec quelqu'un qui m'aime et qui me considère comme un joyau ? Tu penses que ça me plait ?
Le visage de Marielle est noyé de larmes et ça me fait mal de la voir comme ça. Mais je comprends aussi Nath. Marielle, son affaire d'amour-là est exagérée.
- Oui, tu as choisi de l'aimer. Ou en tout cas d'être avec lui. Sinon tu pouvais l'aimer de loin. Si tu voulais un homme qui embrasse le sol sur lequel tu marches, Marielle, tu n'aurais qu'à cligner des yeux pour le trouver. Mais comme on vous a appris que l'amour doit être compliqué, humiliant et blessant, et que supporter la connerie c'est ça être l'enfant de cupidon, continuez.
- Nathalie... commence MP.
- Nathalie de quoi ? Je vais être la mauvaise, j'accepte. Mais pardon, je ne veux plus entendre parler de ses histoires sans intérêts. Les choses du gaspillage comme ça. Fonds de Commerce de mes fesses.
Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire.
J'ai toujours la fâcheuse tendance à rire quand les sujets sont sérieux. En plus, la tête de Nathalie est trop drôle quand elle se fâche. On dirait une petite souris qu'on a jetée dans l'eau.
Laure me jette un regard noir et continue de caresser le dos de Marielle.
Finalement, cette dernière se met à parler.
- J'ai essayé, hoquête-t-elle. Je vous jure devant Dieu que j'ai essayé de partir. Mais je n'y arrive pas. à chaque fois, je retombe dans ses bras.
- Il sait tant mougou que ça?
- Carole !!
- Quoi ? On sait déjà qu'il ne la traite pas comme une reine et qu'il ne finance pas sa vie. C'est la seule chose qui saurait expliquer ça.
Marielle hausse les épaules.
- C'est correct. Enfin, c'est doux mais bon...
- Donc il t'a envoutée, conclut Carole.
- Ozoua pardon, tout de suite les conclusions.
- S'il t'a envoutée, reprend Nath, on va te désenvouter. S'il ne t'a pas envoutée, c'est que tu n'essaie pas assez fort.
- Je dois faire quoi de plus ?
Ma pauvre Marielle. Elle a l'air désespérée.
- Bloque-le. Suggère Laure.
- Il m'appelle toujours avec d'autres numéros.
- Change de numéro, dit MP.
- Je ne peux pas...
- Voilà, quand je dis que tu n'essaie pas assez fort, conclut Nath.
- J'aimerais bien t'y voir, moi !
- Oh mais avec plaisir.
Elle se lève, se penche et récupère le portable de Marielle qui est posé sur la table.
- Eh, tu fais quoi ?
- Je te montre comment on fait.
Elle déverrouille le portable et lance l'appel à Stéphane sur hautparleur.
- Allo mon cœur...
- Bonsoir Stéphane.
- C'est qui ?
- Tu n'as plus mon numéro ? Ou tu confonds ma voix avec celle de tes autres gos ?
- Bébé ? C'est toi ?
- Non. Pour toi c'est Marielle. Non, en fait pour toi ce n'est plus rien. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, c'est fini entre nous. C'est la dernière fois qu'on se parle. Si tu me vois dans la ville, dépasse-moi, sinon je vais aller porter plainte à nouveau contre toi pour coups et blessures et requérir une ordonnance restrictive. Merci.
Et elle raccroche.
On est toutes hallucinées. On savait Nath violente, mais pas à ce point.
Comme si ça ne suffisait pas, elle retire la coque du portable de Marielle, retire sa carte sim et la fais tomber dans son verre de vin.
- Oups. Tu vas devoir changer de numéro.
Elle manipule encore un peu le téléphone avant de le laisser tomber sur le sol.
- Oups, de téléphone aussi. Lucky for you, j'en ai un neuf dans ma voiture, je te le donnerais en sortant.
Puis elle fouille son sac et en sort un énorme trousseau.
Elle retire deux clés et les fais glisser devant Marielle.
- Les clefs de mon appartement. Tu peux rester là jusqu'à ce que ton ex arrête de débarquer chez toi pour te chercher. Tu peux même te marier et avoir des enfants là-bas, c'est ton affaire. Je vais aussi demander à mon mari de te mettre à disposition deux gendarmes en attendant que l'ordonnance restrictive soit prête. Et je viendrais te voir demain soir avec mon oncle qui est prêtre pour prier et évaluer si tu es envoutée ou non.
Le serveur choisit ce moment pour commencer à apporter les plats et la table reste très silencieuse jusqu'à ce qu'il termine de tout disposer.
Quand il repart, Nath se précipite sur son plat.
- C'est devant vous, commence-t-elle la bouche pleine, que j'ai fait mon dernier effort. Marielle, si tu reprends le même numéro, je ne parle plus jamais dans tes choses. Si tu revois ce gars, je ne parle plus jamais dans ton affaire. Si j'apprends que tu n'as pas dormi à l'appartement ou qu'il y est venu te voir, Marielle tu me connais. Si jamais tu prends contact avec un de ses amis, une personne qui le connait ou que d'une façon ou d'une autre ce type se retrouve avec ton nouveau numéro, Marielle je ne vais pas venir à tes funérailles. Je veux bien te prendre la main et te guider au paradis, mais si choisis de vivre en enfer, Marielle, je vais fermer la porte derrière toi et jeter la clé.
Elle nous adresse un grand sourire avant de plonger ses baguettes dans son assiette.
- Itadakimasu.
- C'est japonais, inculte.
- Dis celle qui ne sait pas différencier Platon et Voltaire, se moque Laure.
- Ta gueule, la philosophe.
Marielle pouffe de rire et l'atmosphère se détend sensiblement.
C'est ce que j'aime avec ces filles. On peut se prendre la tête et la minute d'après rigoler sans que ça ne pèse sur nos relations.
J'espère que Marielle va vraiment prendre au sérieux sa désintox de son Stephane cette fois ci. Parce que vraiment on est toutes fatiguées de parler. On a toutes chacune à notre tour essayé de la sortir de là, mais aucune n'a agi aussi radicalement que Nath.
SI ça marche, tant mieux. Si ça me marche pas, chacun son dos. J'ai déjà beaucoup de problèmes avec mon sugar daddy qui ne veut plus me lâcher. Je ne vais pas porter la croix de Marielle non plus
2.
- Bande de crevardes, nous lance MP en tapant le code de sa carte sur le terminal.
On éclate toutes de rire.
Elle est juste fâchée parce que c'est elle qui paie le repas.
Nath, cette mauvaise, a refusé de payer le repas. D'après elle : ''j'avais déjà dit que je ne payais pas. Je suis une femme de parole, je ne peux pas dire et me dédire au gré de vos envies.''
Du coup on a tiré au sort. On a mis nos cartes dans la boite de l'addition et le serveur en a tiré une au hasard. C'est tombé sur MP.
Et depuis, elle ne fait que se plaindre. Quand c'est les gens qui payent, c'est doux hein ?
On finit par quitter le restaurant aux alentours de 23h et Nath propose qu'on aille se poser à son appartement en attendant qu'il soit l'heure d'aller en boite.
- Comme ça, on va toutes superviser l'installation de Marielle.
Carole, Alyssa et MP nous devancent, pour préparer le logement et ranger un peu, pendant que Marielle, Nath, Laura et moi allons chercher des affaires pour Marielle chez elle pour quelques jours.
Quand on arrive, 20 minutes plus tard, on trouve son truc assis devant son portail, surement en train de l'attendre.
Nath stationne sans faire attention à lui et sans couper le contact.
- Jordan, tu descends avec moi. Tu expliqueras la situation à ses parents pendant que je ferais son sac. Laura, tu restes avec elle dans la voiture, stp.
Elle n'attend pas qu'on réponde qu'elle est déjà descendue.
Je l'imite aussi vite que possible et dès que je suis dehors, elle appuie un bouton sur sa portière qui verrouille la voiture.
Elle passe ensuite devant Stéphane comme devant un poteau et va sonner au portail de chez Marielle.
Stéphane et elle se détestent, c'est bien connu. Ils ne pouvaient déjà pas se blairer au début de sa relation avec Marielle, quand tout allait bien, mais depuis que Nath l'a fait enfermer à la PJ, c'est encore plus explosif.
Moi aussi, je passe devant lui sans lui adresser un mot. Au début, je le défendais, mais c'est vraiment un gros con alors je ne lui parle plus.
- Dana... m'interpelle-t-il.
Le portail de Marielle s'ouvre sur sa petite sœur. Nath lui dit je ne sais quoi et celle-ci nous demande d'entrer.
Stéphane fait un geste vers moi pour me retenir par le bras et Nath se retourne aussitôt (ne me demandez pas si elle a des yeux derrière la tête) :
- Si ne serait-ce que ton ombre la touche, je te fais arrêter dans les minutes qui suivent.
- Ouais, tout le monde sait que tu as des relations, pas besoin de te vanter.
- Je ne me vante pas. Je te préviens.
Elle tourne les talons et entre dans la maison. Je la suis sans demander mon reste.
On traverse le jardin et entre dans la maison. Les parents de Marielle sont debout dans le salon, l'air inquiet.
Nath les salue et leur dit que je vais leur expliquer pourquoi on débarque chez eux aussi tard, avant de se diriger vers la chambre de Marielle avec sa sœur.
Je reste au salon leur expliquer que Marielle s'est disputée avec son gars (que ses parents détestent autant, sinon plus que nous) et qu'elle a fait une crise et qu'elle s'est soulée la gueule et qu'elle va passer quelques jours avec moi. C'est totalement vrai, elle va se souler la gueule tout à l'heure et on va rester avec elle jusqu'à demain.
On discute un peu de la situation, le temps que Nath revienne et une fois fait, on les remercie, s'excuse du dérangement tardif et prend congé.
Stéphane est encore devant la porte quand on en ressort.
Il nous suit quand on se dirige vers la voiture, tout en nous posant des questions débiles, du genre 'vous allez ou avec les affaires de Marielle ? Elle est où ?'.
Quand Nath déverrouille et ouvre sa voiture, je pense que Stéphane aperçoit Marielle, parce qu'il se dirige vers nous et essaie d'ouvrir la portière. Quand il n'y arrive pas, il se met à taper sur la vitre en hurlant :
- Marielle !!! Bébé, descend. Marielle ! Je veux juste parler.
Nath baisse la vitre et soupire.
- Tu ne comprends pas quand on te parle, j'ai l'impression.
- Je n'ai pas affaire à toi, Nathalie. Fais descendre ma copine.
- Je ne savais pas que tu avais une copine, encore moins dans cette voiture.
- En fait, tu es jute jalouse.
- Je te demanderais bien de quoi, mais je t'accorde déjà trop de temps et d'attention.
Elle lui fait un signe de la main et démarre en trombe.
Il a à peine le temps de s'éloigner pour ne pas qu'elle lui roule dessus.
Les premières minutes de trajet se font dans le silence le plus complet. Puis, au bout d'un moment, Laure et Marielle éclatent de rire en chœur.
- Non mais sa tête, rigole Marielle.
- On aurait trop dit un phacochère, renchérit Laura.
- En plus il était trop mal habillé, c'est quoi ça ?
- Il a toujours eu ce style hein, je réponds. C'est toi qui étais aveuglée.
Marielle rigole à nouveau, jusqu'à ce que son rire se transforme en sanglots.
Je soupire. On est pas sorties de l'auberge. Etre l'enfant de cupidon, qui aime l'amour comme ça, c'est dur pour elle.
Quand on regagne l'appartement de Nath, il est déjà plus de minuit.
On a juste le temps de se refaire des petites beautés avant de ressortir pour aller en boite.
On se remaquille, Marielle qui a pleuré et dont le maquillage a coulé sur sa tenue se change, on fait des photos et on se met en route.
Quand on arrive, quelqu'un nous attend dehors pour nous conduire au carré VVIP. Dès qu'on se pose, trois seaux de champagne millésimé apparaissent devant nous. Je suis à la fois excitée et inquiète. Parce que je sens déjà la gueule de bois qui m'attend demain. Mais en même temps, j'aime trop faire la fête avec Nath. C'est un autre niveau.
La boite appartient au frère de Nath. Evidemment, quand on vient ici, on est toujours bien traitées. Mais avec la princesse, c'est 100 fois mieux. Nos désirs sont pris en charge avant même d'être émis à haute voix.
Les bouchons de champagne pètent, on nous sert et on trinque.
- A la promotion de MP !
C'est principalement pour ça qu'on a décidé de sortir ce soir, parce que MP a eu une promotion au boulot.
- Et au couple de Laure !
Ouais, Laure était célibataire pendant longtemps, elle vient juste de se mettre avec un gars qui semble correct.
- Et à la rupture de Marielle !
- Et au sugar daddy de Dana.
- Je vais te gifler très mal, Carole.
- Concentrez-vous un peu, gronde Alyssa.
- Et à ta vie sexuelle épanouie, ma sorcière, je continue.
- Ton cul.
Alyssa a décidé qu'elle voulait être abstinente depuis quelques mois, pour mieux canaliser son énergie sexuelle et je ne sais quoi d'autre.
- Bref, à nous, conclus MP.
On trinque et on descend toutes nos flutes cul sec.
Puis Carole et Alyssa vont prendre la piste d'assaut.
Avec les autres, on reste dans notre salon à s'ambiancer doucement.
Au bout de 20 minutes, il ne reste que Nath et moi.
Nath est sur son portable en train de discuter avec son mari. Apparemment, il attend qu'elle finisse pour envoyer quelqu'un la récupérer et elle essaie de le convaincre qu'elle est capable de rentrer en taxi et qu'il peut aller dormir.
Les gens qui s'aiment.
Moi, je descends doucement mon champagne dans mon ambiance. J'ai envie de danser, mais les musiques ne m'inspirent pas trop. Le coupé décalé a trop évolué et je ne sais pas danser les chansons à la mode. Je me suis arrêtée à l'époque de tchintchin de Safarel Obiang. Toute danse postérieure est juste supprimée par mon cerveau.
Je suis dans mon mood quand un homme vient s'asseoir à côté de moi.
Il m'adresse un large sourire et se penche sur moi.
J'ai envie de l'insulter parce que c'est une violation de mon espace personnel mais son parfum déconnecte momentanément mes synapses.
- Désolé de pénétrer ton espace comme ça, mais il y a trop de bruit pour que je puisse te parler de plus loin.
Okay, il sait. Bon point.
- Je t'ai remarqué dès que tu es entrée et depuis, je n'arrive pas à détacher mes yeux de toi. Tu es magnifique.
Je souris sans répondre. Pour dire quoi, de toute façon ? Je sais déjà que je suis magnifique.
- Comment tu t'appelles ?
Je sens le regard de Nath se poser sur moi et je souris plus largement.
- Jordan. sans E.
- Ravi. Moi, c'est Olivier.
Il me tend sa main que je prends. Elle est immense et chaude. Ses doigts sont longs et fins, avec des ongles bien coupés et propres. Le genre de main qui mérite d'explorer mon corps dans tous ses recoins.
- Tu veux danser ?
C'est une chanson de dancehall en anglais qui passe.
J'accepte avec plaisir et le suis sur la piste de danse.
****
Nath
Je regarde Dana s'éloigner avec Michael et j'ai juste envie de pleurer de frustration. Je sens déjà les maux de tête qui arrivent.
Dana est en couple. Enfin, en quelque sorte. Mais elle adore jouer. Et manifestement, Mika n'est pas venu lui parler pour faire un groupe de prière, il n'y a qu'à voir comment ils se frottent sur la piste là-bas.
En plus, elle lui a dit qu'elle s'appelle Jordan. Ça veut dire qu'elle a l'intention de faire du sale. C'est son nom de pute.
En général, je ne me mêle pas de ce genre de choses, mais Mika, c'est le pote de mon frère. Bien sûr, ce sont des adultes et ils devraient être capables de gérer les choses sans accroc, mais j'ai pas envie que ça crée des histoires. Parce que le gars de Dana, c'est un malade. Je n'ose même pas imaginer ce qu'il serait capable de faire si il apprend ça.
- Combien qu'ils couchent ensemble ce soir ?
Je me retourne et mon regard tombe dans celui du gentleman qui vient de prononcer cette phrase pleine de classe.
- Va jouer dehors, JC.
- Allez ! Regarde les sur la piste, je suis sure que Dana en meurt d'envie.
- Je ne vais pas parler de la vie sexuelle de ma pote avec toi.
- Tu n'en parle pas, tu parie, c'est différent.
- J'ai dit vas jouer dehors.
- 3 millions ?
Je jette un regard rapide vers la piste.
Dana est en train de whine sauvagement sur Mika. Elle a les yeux fermés et à l'air d'être sur le point de jouir.
Je remue la tête.
- 5 millions et les clefs de ton Audi, je contre.
- Tu es si confiante que ça ?
- Absolument.
- Okay. Va pour 5 millions.
Je lui tope dans la main en souriant. Je dois déjà réfléchir à ce que je vais faire des sous.
- Par contre, faudrait prévenir ta pote de pas trop s'accrocher. Tu sais comment est Mika.
Ouais. Un coureur de jupons doublé de phobique de l'engagement, spécialiste des coups d'un soir et des ''relations'' moins longues qu'un trajet en avion.
- T'en fais pas pour elle. Elle gère.
- Je dis ça pour elle. On ne l'appelle pas CR7 pour rien.
- Quoi ?
Il rigole.
- Oh, c'est son nom de chasseur.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que c'est le meilleur joueur du monde.
Je rigole doucement.
- Apparemment, ça va être un duel de joueurs, parce qu'en face, il y a Jordan.
Laquelle Jordan fait désormais face à Mika et se frotte sur lui comme si sa vie en dépendait.
Je soupire à nouveau. Je sens déjà les soucis arriver. Au moins quand ils vont me donner mal au crane, j'aurais 5 millions pour faire du shopping et me détendre.
******
DANA
Olivier est un excellent danseur. Le rythme, les tempos, les mouvements... tout est bon.
Il danse comme s'il glissait sur le sol, sans efforts.
Au début, je lui ai dit que je ne savais pas danser et il m'a demandé de le suivre simplement.
Il m'a entrainé dans un dancehall endiablé et on a dansé longtemps sans échanger un seul mot.
Et puis l'ambiance a changé quand le DJ a mis Hold You de Gyptian.
Là où l'on dansait plutôt tranquillement, avec une petite distance de ''sécurité'', le gars m'a prise dans ses bras, mon dos contre son torse, ses mains autour de ma taille et m'a montré le corrigé du whine.
Gaaaars !
Je ne savais pas qu'on pouvait faire ça aux enfants des gens.
Mais comme mon second prénom c'est Jordan, je ne pouvais pas me laisser faire.
J'ai rendu coup de rein pour coup de rein et déhanché pour déhanché, comme si ma vie et mon honneur en dépendaient.
Quand la chanson s'est terminée, on était tous les deux essoufflés et émoustillés. Du coup, il m'a proposé de s'éloigner un peu pour discuter et prendre l'air.
On s'est retrouvés dans le couloir qui mène aux toilettes. Ne me demandez pas quel air circule là, je ne saurais répondre.
Je m'adosse contre le mur en face de la porte des toilettes et pousse un profond soupir.
- Je te trouve magnifique, dit-il doucement en s'approchant de moi.
Et moi je me retiens de te sauter dessus comme une prédatrice sexuelle. Mais je me contente de sourire.
Il s'avance vers moi jusqu'à ce que nos jambes se touchent.
- J'ai envie de t'embrasser, chuchote-t-il.
- Tu m'informes ou tu me demandes la permission ?
- Les deux.
- Information bien notée, permission refusée.
- Pourquoi ?
- Je ne vais pas embrasser un inconnu. Qui sait si tu n'as pas l'hépatite ou l'herpès ?
Il éclate de rire.
- Fair enough. Du coup, on fait connaissance ?
- Si tu veux. Mais ça ne suffira pas pour qu'on s'embrasse.
Il rigole à nouveau.
- Tu veux que je te fournisse une copie de mes examens médicaux ?
- Ce serait un bon début.
Il rigole encore, jusqu'à ce qu'il réalise que je suis très sérieuse.
- Tu plaisantes ?
- Jamais avec ça.
Il y a la mort dedans, je le sais mieux que personne.
- Oh, okay, finit-il par dire en reculant. J'ai bien noté. Tu veux qu'on y retourne ?
Je manque d'éclater de rire.
- Je pensais que tu voulais prendre l'air.
- Avec le vent que je viens de me prendre, plus besoin d'air, répond-il en riant.
Je rigole.
Au moins, il a de la repartie et de l'esprit. Et il ne se prend pas trop au sérieux. J'aime ça.
On retourne donc dans la boite, il me raccompagne jusqu'à notre salon avant de saluer les autres (qui ont dû revenir quand on n'était pas là) et d'aller s'asseoir dans un carré u peu plus loin.
Le reste de la soirée se passe tranquillement, entre les filles qui essaient de savoir ce que je pense de Olivier et quelques autres gars qui nous font venir à boire pour nous impressionner.
Quand ils partent de la boite, Olivier et ses amis viennent nous dire au revoir et Olivier me demande mon numéro de téléphone. Pour pouvoir m'envoyer une copie de ses examens médicaux, qu'il dit.
On rentre un peu après 4h du matin et là où toutes les filles décident de dormir à l'appartement de Nath, je décide d'aller finir la soirée ailleurs.
Olivier m'a trop chauffée, le whine là est resté dans mon corps. Si je ne me libère pas, je risque d'être de très mauvaise humeur tout à l'heure au bureau.
Ça me prend 20 minutes pour traverser la ville de zone 4 aux deux plateaux (ça me coutera aussi certainement une amende) et il est 4h50 quand je stationne devant sa maison.
Le gardien (c'est un miracle qu'il ne soit pas en train de dormir) m'ouvre le portail et j'ouvre la porte d'entrée avec le double que je possède.
Je pose mon sac sur la console à l'entrée, retire mes chaussures et enfile des pantoufles avant de me diriger vers la salle de bains des visiteurs.
Je me démaquille, prend une douche rapide et enfile un peignoir avant de rejoindre la chambre principale.
Abdel est dans un coin de la pièce, assis sur son tapis de prière.
Sans un mot, je retire mon peignoir et me glisse sous les draps.
5 minutes plus tard, monsieur me rejoint dans le lit et me prend dans ses bras.
- Je ne t'attendais pas, dit-il en caressant lentement mes cuisses.
- Tu n'es pas content ?
- Si, mais je suis surpris. Tu devais dormir chez ton amie, non ?
- Si. Mais j'avais envie.
- Et donc tu as traversé la ville à 4h du matin pour du sexe.
- Oui. Ai-je eu tort ?
- Non.
Il pose une main sur ma poitrine, pendant que l'autre se glisse entre mes jambes et que sa bouche va explorer le creux de mon cou.
Je laisse échapper toute la tension que j'ai accumulée ce soir dans un long gémissement.
3.
- Et du coup, tu penses quoi d'Olivier ? demande Laura.
Je soupire. C'est la 5e fois depuis le début de la journée que j'entends cette phrase.
D'abord, Nath qui m'a appelée pour être sure que je ne l'avais pas rejoint quelque part en sortant de la boite et qu'on n'avait pas couché ensemble.
Ensuite, Alyssa, Carole, MP puis Laura.
Je ne sais pas pour qui ces filles me prennent.
- Rien du tout.
- Ah, on n'aurait pas dit, hier soir.
- Justement, c'était hier soir. Là, aujourd'hui, je n'y pense plus.
- Okay. Tant mieux. Parce que bon sa réputation le précède quoi. Mais bon, comme il ne t'intéresse pas.
- Je n'ai jamais d'y ça, j'ai dit que je n'y pensais pas. Mais je vois que tu meures d'envie de me raconter sa réputation.
- Bof. Il est réputé pour être un Don Juan, je veux juste t'éviter un cœur brisé.
J'éclate de rire. Moi Jordan ? Me briser le cœur ?
J'aimerais bien voir ça.
- Ça ne risque pas d'arriver, je réponds distraitement.
- Hum, Dana, on ne sait jamais. Les sons que j'ai sur lui sont dangereux.
- Ce qui est mort ne saurait mourir, Laura.
Et moi, je suis déjà morte. Je n'ai plus de cœur. C'est quoi qu'il va briser ?
- Bon, en tout cas, je t'aurais prévenue.
- Ouais. Toute façon, je ne suis pas intéressée. Ma vie chauffe déjà assez.
Elle éclate de rire.
- Parlant de ça, comment va ton sugar daddy ?
- Ton cui, tu entends ?
Elle rigole encore.
- Tant de violence dans un si petit corps. Pourtant, je venais en paix.
- Ouais, du coup retourne d'où tu viens. Bye pétasse.
Et je raccroche.
J'ai déjà le cerveau qui chauffe avec toutes les péripéties de ma vie. Je n'ai pas le temps de venir débattre de choses inutiles.
Ma journée se passe très lentement, et c'est tout ce que je veux. J'ai la tête trop lourde, à la fois d'avoir fait la fête et de n'avoir pas dormi assez (du tout).
Abdel m'a gardé éveillée jusqu'à 6h30, l'heure à laquelle j'ai dû commencer à me préparer pour venir au boulot.
J'ai pu piquer un petit somme dans mon bureau entre 8h et 10h, avant ma réunion de département avec mes équipes mais ça n'a pas suffi.
Je pense que je vais passer tout ce weekend à dormir.
Vers 15h, je reçois un appel d'Olivier. J'ai envie de l'ignorer, parce que très honnêtement, je n'ai ni le temps, ni l'énergie pour jouer. Mais je me souviens des litanies de mises en garde que j'ai reçu depuis ce matin et ça m'intrigue. Quel genre de personne est-il pour avoir une telle réputation ?
Je finis par répondre :
- Allo ?
- Bonjour Jordan, comment vas-tu ?
- Mal. J'ai extrêmement sommeil et je suis épuisée comme après avoir passé mon été à faire des vendanges.
Il rit.
- Oh. Après la fête, la défaite hein ?
- Si on veut. Je n'ai pas dormi de la nuit et je lutte pour garder les yeux ouverts ici.
- J'imagine. Tu veux un billet d'absence ?
- Comment ça ?
- Je demande si tu veux que je te fasse un billet pour pouvoir rentrer chez toi plus tôt.
- Tu peux faire ça ?
- Bien sûr. Je suis médecin.
Pitié, pas ça.
Mais bon, là pour le coup, je vendrais mon corps pour 1h de sommeil alors je ne relève pas.
- Je veux bien, oui, j'accepte.
Pendant les minutes qui suivent, il me pose des questions sur mon état, mes ''symptômes'' et autre.
- Donne-moi ton adresse mail stp ?
- jordanthegoat@gmail.com
Ne me regardez pas comme ça, c'est mon fonds de commerce qui m'a créé cette adresse.
Je ne vais pas lui communiquer ma vraie adresse mail, si ?
- C'est bon, je te l'ai envoyé.
Je lui demande de patienter, le mets sur haut-parleur et me connecte à mon compte d'emails secondaire pour constater que j'ai un nouveau message du Dr Ettien Michael-Olivier.
Il m'a vraiment prise au sérieux, il m'a envoyé un avis médical décrivant ma ''condition'', un billet d'absence et une ordonnance.
- Mince, je fais, impressionnée. Pourquoi tu ne m'a pas appelé plus tôt dans la journée ?
- Je voulais créer le manque, répond-il en riant.
Je ris sans relever. Ne pas l'encourager.
- Bon. Au moins j'aurais une heure pour dormir. Je l'envoie de ce pas aux RH. Merci infiniment.
- Je t'en prie. Et il faut que tu achètes les médicaments. Ce n'était pas une prescription pour faire semblant.
- C'est quoi ?
- Du magnésium et des vitamines.
- Merci Docteur.
- J'aime ta façon de prononcer mon titre.
- Ça sonne comme le début d'un mauvais porno. Au revoir Olivier, et à bientôt.
Il éclate de rire.
- Mais c'est moi qui t'ai appelé. Je n'ai même pas pu te dire ce pourquoi je t'ai appelé.
- Ah. Je te demande pardon.
J'ai tendance à parler beaucoup et à monopoliser la parole.
- Que puis-je pour toi ? je demande donc.
- J'ai les résultats de mes tests. Tu veux que je te les envoie par mail ? Ou tu veux que je te les remette en main propre ?
- Wow. Tu as vraiment pris ça au sérieux ?
- Je n'ai pas eu l'impression que c'était une blague.
- Non mais ça aurait pu être une excuse pour ne pas t'embrasser.
- Ah. En tout cas, si ça l'était, elle est envolée.
- J'en trouverais bien une autre.
- Saches, chère Jordan, que je suis très patient, et que j'ai tout le temps du monde pour balayer une par une tes excuses.
Sa voix s'est fait basse. Elle me provoque des frissons.
- Mais c'est que tu es très motivé à m'embrasser !
- Ça et bien plus.
Et moi qui ne voulais pas l'encourager...
- Du coup, reprend-il, par mail ou remise physique ?
Sa détermination et sa repartie m'intriguent
- J'aime quand c'est physique, je réponds.
Il éclate de rire.
- Je ne m'attendais pas à ce que tu me fasses des avances aussi vite.
- Moi non plus, dis-toi. Demain, 9h, devant Zest ?
- Et maintenant un rencard ? Tu es déjà amoureuse, hein ?
J'aime son humour.
- Ce n'est pas ma faute si tu es irrésistible, je réponds en riant.
- Tu n'as pas idée à quel point. Demain 9h, c'est bon pour moi.
- Top. A demain. Et merci encore pour le billet.
- Je t'en prie, tout pour toi.
- Avec ce genre de phrases, comment ne pas être déjà amoureuse et te proposer des rencards ?
Il rigole.
- Oh mais je ne m'en plains pas, loin de là. J'aime savoir que j'ai déjà ton cœur.
- Mon être entier brûle d'amour pour toi, je réponds en riant. A demain, amour de ma vie.
Il rit encore.
- A demain, déesse de mon cœur.
Je raccroche en riant.
Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu une conversation aussi amusante et légère.
Ça m'a fait un bien fou.
Michael-Olivier...
Avant de réfléchir plus que ça et de me dégonfler, j'envoie un message à une amie pour prendre rendez-vous pour le lendemain matin puis je compose le numéro de Nath.
Elle répond à la première sonnerie, la voix très joyeuse.
- Mon amouuuur !!
Okay. Nath n'est jamais aussi démonstrative. La seule personne qui a droit à des petits noms affectueux, c'est son mari.
- Nath ? C'est toi ?
- Bien sûr que c'est moi, ma puce. Je suis trop contente de t'entendre.
Non, c'est définitivement bizarre.
- Nath, je reprends en chuchotant, on t'a kidnappé et tu essaies de me prévenir, c'est ça ? Les ravisseurs sont avec toi ?
Elle éclate de rire.
- Tu es trop bête, Dana. Je suis juste contente de t'entendre.
- Tu n'es jamais contente d'entendre qui que ce soit. Tu n'aimes pas les appels, souvient toi.
- Je sais. Mais là, c'est différent. J'ai gagné 5 millions aujourd'hui. Sans compter que je vais avoir une super voiture pour tout le weekend. Tout ça, grâce à toi. je ne peux pas être ingrate à ce point.
Quoi ? Attendez, on l'a vraiment kidnappé ? Parce que je ne comprends rien de ce qu'elle raconte. C'est peut être un code pour ne pas que les ravisseurs comprennent.
- Je ne sais pas de quoi tu parles, je reprends. Mais si tu as vraiment gagné de l'argent grâce à moi, fais-moi un virement stp.
- Je retire ce que j'ai dit. Je ne suis pas contente de t'entendre. Libère ma ligne. Envoie-moi un message si c'est urgent.
Et elle raccroche.
Je suis rassurée, c'est bien Nath, personne ne l'a kidnappé.
Je relance son numéro et elle prend un peu plus longtemps avant de répondre :
- Quoi ? Je t'ai dit d'envoyer un message.
- Parle-moi de Michael-Olivier stp.
- Pourquoi ? Je pensais que tu n'étais pas intéressée ?
- J'ai changé d'avis.
Oui, ma vie est compliquée en ce moment, je sais. Oui, tout le monde m'a mise en garde, je sais aussi.
Mais on est déjà nés, ou bien ? Vivons, on va s'inquiéter des conséquences plus tard.