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Foura

Foura

Auteur:: love and peace
Genre: Aventure
Que ne ferait-t-on pas pour tirer ceux qu'on aime de la misère? À son très jeune âge, Foura se trouve forcée à prendre des décisions de loin trop lourdes pour ses si jeunes épaules. Par esprit de sacrifice, elle fait un saut périlleux dans l'inconnu, sans savoir que ce qui l'y attend est bien loin de ce qu'elle imaginait.

Chapitre 1 Chapitre 01

Prologue

**Kinshasa**

Mon cœur bat la chamade, j'ai peur mais cela ne m'empêchera en rien de mettre mon plan en exécution. Ne dit-on pas que le courage c'est lorsqu'on réalise qu'il y a quelque chose plus grand que la peur? Eh bien moi, depuis maintenant des mois, j'ai réalisé que je ne peux plus rester dans cette maison. Je veux être heureuse et mon désir d'être libre et heureuse est de loin plus grand, plus fort que la peur qui me tenaille en ce moment précis.

Maintenant est le meilleur moment puisqu'il est hors du pays. Je revérifie pour la énième fois mon sac à main pour m'assurer que les billets d'avion, les passeports et tout l'argent liquide dont j'aurai besoin sont bien en place avant d'accrocher de nouveau le sac à mon épaule. Je ne prendrai aucune des cartes, il risquerait de me tracer facilement, une chose que je dois à tout prix éviter.

Je sors doucement mon bébé qui dort de son berceau et le serre tout contre moi.

- Maman va t'emmener là où tu seras en sécurité mon ange, lui murmuré-je avant de poser un baiser sur sa joue. Il ouvre légèrement les yeux avant de les refermer.

J'appelle l'une des bonnes afin qu'elle m'aide à porter ma valise contenant mes affaires et ceux de mon ange jusqu'à ma voiture. Je n'ai pris que le strict nécessaire. Je ne veux pas éveiller les soupçons avec trop des valises, la CIA de cette maison risquerait de renifler quelque chose. À mon personnel de maison_cette bande d'espions_ j'ai dit (en prenant un air aussi naturel que possible, cachant ma nervosité) que j'allais passer un peu de temps chez Didi ma belle-sœur, que je reviendrais dans deux ou trois jours et qu'ils devraient bien garder la villa pendant ma petite absence.

J'ouvre la portière arrière et place mon bébé dans son siège auto pendant que la bonne soulève ma valise et la met dans le coffre. Je la remercie et fais un signe de la main au gardien pour lui signifier d'ouvrir le portail avant de prendre place sur le siège conducteur. Mon cœur bat encore plus fort qu'il y a quelques minutes, mes mains en tremblent presque. Je jette un dernier coup d'oeil à mon fils toujours endormi, fais une petite prière et démarre.

Je sors de la propriété et conduis aussi vite que je peux en direction de l'aéroport de N'djili. Je jette de temps en temps des coups d'oeil rapides dans le rétroviseur pour voir s'il y a des voitures suspectes qui me suivent.

La circulation est très fluide ce qui fait que j'arrive à l'aéroport plus tôt que prévu. Je parque dans le parking et reste un moment assise dans la voiture. Je n'en sors qu'après une vingtaine de minutes, un des jeunes gens en gilet vert fluo qui travaillent dans le parking m'approche et propose son aide. J'ouvre la portière arrière et sors mon bout de chou qui est maintenant réveillé du véhicule pendant que le jeune homme s'occupe de tirer la valise du coffre.

Le jeune homme qui dit s'appeler Fiston reste avec moi pendant toutes les procédures et les tracasseries d'usage. Je lui remets une généreuse somme avant de me séparer de lui. Je pense lui remettre les clés de la voiture puisque je n'en aurai plus besoin, mais je finis par décider contre. Cela risque de lui créer des problèmes et même détruire sa vie. Ce sera comme lui donner une bombe retardée.

Assise dans la salle d'embarquement avec mon fils tout contre moi, je compte comme un chrono humain chaque minute qui nous sépare de l'embarquement tout en jetant des coups d'œil furtifs autour de moi, les nerfs à fleur de peau. Je ne pourrai vraiment respirer que lorsque nous serons dans l'avion entrain de quitter Kinshasa. Pour de bon.

Je T'en supplie Papa Yahwe, fais que ça ne foire pas. Je T'en supplie.

La salle est bondée, certaines personnes sont debout et parlent au téléphone, d'autres sont soit concentrés sur leurs tablettes ou entrain de lire un bouquin. Et si l'un d'eux est quelqu'un qui travaille pour lui et est entrain de lui signaler que je suis ici? Ce type en pantalon couvre-feu entrain de parler au téléphone près du distributeur des boissons là-bas n'a pas arrêté de me regarder depuis. Ce n'est pas un de ses sbires?

- Calme-toi, calme-toi et arrête d'être négative, tu risques de communiquer ton anxiété à l'enfant. Tout va bien se passer, m'exhorté-je in petto.

L'aiguille de la montre semble tourner au ralenti, j'en suis malade.

Une voix féminine robotisée appelle enfin les passagers du vol en partance vers Lubumbashi. Je m'empresse de me lever comme tout le monde et me dirige enfin vers cet oiseau de fer qui nous emmènera, mon fils et moi, loin d'ici.

Loin de ce psychopathe.

Plus j'approche de l'avion, plus j'ai peur que quelqu'un surgisse et m'empêche de continuer.

Je marche, marche, marche, la bouche sèche, le souffle court. Personne ne surgit. Je monte l'escalier, entre dans le ventre de l'oiseau de fer, trouve nos sièges et nous installe. Je ferme les yeux et me mets à compter.

Cinq minutes.

Dix minutes.

Vingt minutes.

Vingt-cinq.

Trente minutes.

Mais ça traine comme ça pourquoi? Les gens montent encore? Rhooo! Compagnie pourrie! Ils ont dit 13h00!!!!! Et là, il est quelle heure?

-Décolle, décolle, décolle, décolle, s'il te plaît, décolle! Crié-je dans ma tête en tapant nerveusement du pied.

Je pousse un soupir de soulagement lorsque je sens le gros engin vibrer et se mettre à bouger. Il fait le taxi sur le tarmac, le plus long taxi de ma vie. Je serre tellement les accoudoirs de mon siège que j'en ai mal aux doigts. Mon fils est tout tranquille comme s'il comprenait la situation, il tire sur sa sucette en regardant paresseusement autour de lui.

L'avion s'arrête un petit moment pendant lequel le bruit du moteur redouble d'intensité avant que l'engin se mette à avancer à grande vitesse. J'accueille avec des larmes de joie et de soulagement la secousse et la sensation déplaisante du moment où les pneus quittent la terre ferme. Elles m'ont toujours donné un haut le cœur mais aujourd'hui elles sont les plus belles choses sur terre. Par le hublot, je vois le paysage qui rapetisse plus nous nous élevons dans les airs.

Adieu Kinshasa, j'espère ne jamais te revoir.

Dès que j'arrive à Lubumbashi, je commence les démarches pour sortir du pays. Je sais déjà comment je m'y prendrai: Je sortirai par la Zambie et de la Zambie, je traverserai vers le Zimbabwe puis de là à l'Afrique du Sud, ma destination finale. J'espère que là-bas, il ne pourra pas nous trouver et que nous serons en sécurité.

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Chap 1 : Kalambayi

**Quelques années plus tôt**

Kasaï-oriental, RD.congo

Il fait encore un peu sombre, j'entends les chants répétés de nos coqs et ceux des voisins, c'est à croire qu'ils se livrent à une compétition des "Cocorico". Tout ça pour impressioner les poules. Comme à mon habitude, je me suis levé avant tout le monde. Je me débarrasse de ma robe de nuit, passe une robe en pagne, trouve rapidement mes babouches et éteins la lampe tempête avant de sortir en prenant soin de ne pas faire de bruit.

Je me rends dans la cour et m'étire tel une chatte en humant à pleins poumons l'air frais. Je vais ensuite allumer le feu de bois dans la cuisine externe et place une marmite dessus pour la bouillie de maïs, notre déjeuner. En attendant que l'eau bouillisse, je me mets à balayer la cour en frédonnant. J'aime cette fraîcheur du matin, les chants des oiseaux qui appellent le soleil, le parfum subtil de la rosée sur les plantes et la terre, le ciel qui passe du bleu profond au bleu clair.

Un nouveau jour.

Je m'appelle Foura, un nom swahili qui signifie "la joie". Mes parents ont préféré "Foura" à "Disanka" (La joie en Tshiluba) parce qu'ils ont trouvé que ça sonnait mieux. J'ai 18 ans et vis avec mes parents et mes deux petits frères, Zadio et Edouard qui ont respectivement 14 et 10 ans. Nous vivons à Kalambayi qui est un sécteur du territoire de Ngandajika dans le Kasaï-oriental.

Mon balayage fini, je saupoudre l'eau qui bout déjà avec un peu de farine de maïs et remets le couvercle en place. Je vais chercher nos deux grands arrosoirs posés dans un coin de la cuisine, je les remplis d'eau que je recceuille des futs que les garçons ont pris soin de remplir la veille. Munis de ces deux récipients, je me dirige à l'arrière-cour pour arroser notre potager. Ceci fait, je vais ouvrir la petite porte du poulailler et regarde, amusée, nos quelques gallinacés s'empresser de sortir, suivis de leurs petits. Je leur jette des graines de maïs qu'ils s'empressent de bécoter. Les bêlements qui me parviennent me rappelent que je dois aussi m'occuper de l'autre troupeau. Je vais chercher des feuilles de manioc et d'autres légumes un peu défraîchis dans la cuisine et me dirige vers le petit enclos fait des bambous où nous gardons nos quatre chèvres et deux moutons. Les seuls qui nous restent. Nous les gardons dans cet enclos par peur de les perdre, chose qui plongerait Tatu (Papa) dans une autre dépression. À cette pensée, mon coeur se serre.

Mon père est un éleveur de petit bétail, c'est avec ce travail qu'il nous nourrit... disons plutôt qu'il "nous nourrissait". Avant la tragédie qui nous est tombé dessus, nous avions des tas des moutons, des chèvres, des canards, des poules et même une vache. Nous allions tous à l'école mes frères et moi et mangions à notre faim. Sans être riches, nous étions heureux. Mais une nuit, il y a de cela deux ans, pendant que nous dormions, des voleurs sont venus avec un camion, ils ont tué Bobby et Brutus, nos deux chiens et ont presque tout emporté, nous laissant juste quelques poussins et une chèvre. Une très sombre période pour ma petite famille.

J'ai dû arrêter l'école pour aider ma mère qui s'est lancé dans la vente des légumes recoltés dans notre potager et notre champ situé à une petite distance de chez nous. Papa essaie depuis de se rélever de cette ecorchure, mais ce n'est pas chose facile, ce qui fait qu'il est tout le temps fâché et reste des longues heures assis sur sa chaise sous le manguier de la cour à regarder dans le vide. J'ai trop peur qu'il tombe et meurt un jour à cause des soucis comme c'est arrivé avec l'ex-chef de secteur, tatu Tshimanga. Je ne suis pas prête à perdre qui que ce soit.

Mes frères se réveillent à leur tour et vont rapidement prendre leur bain à tour de rôle dans le Tshowedi (salle de bain indigène souvent sans toiture) construit dans un coin de notre parcelle pour aller à l'école. Contrairement à moi, ils y vont encore, ce qui me console un peu.

Leur bain pris, ils viennent me rejoindre vêtus de leur uniforme qui consiste d'une chemise blanches à manches courtes avec l'écusson de l'école sur la poche, pantalon bleu nuit pour Zadio qui est à l'école sécondaire et culotte de la même couleur pour Edouard qui est encore au primaire. Leurs souliers sont déjà en très mauvais état mais il n'y a pas de quoi leur acheter des neufs, surtout que ça devient déjà très difficile de payer leurs minervals. Tous les soirs, j'essaie de racommoder ce qu'il y a à raccomoder pour que leurs chaussures ne tombent pas complètement en morceaux. L'autre jour, j'ai entendu Edouard dire à maman que les filles de sa classe se moquent tous les jours de ses souliers, elles disent qu'ils ressemblent à deux vieux crocodiles qui bâillent. J'ai eu très mal au coeur.

Maman vient me trouver sous la petite paillotte près de la cuisine entrain de leur servir leur bouillie de maïs.

Moi: Bonjour Mamu, (Maman)

Mamu: Bonjour ma fille, je vais rapidement chercher les aubergines au champ, je reviens. Il y a Ma Sindy qui en veut en grande quantité.

Moi: Oh! Celle qui vit à Tshinsansa? (une déformation du nom Kinshasa)

Mamu, en attachant fermement son mouchoir de tête: Oui, elle est arrivée hier. Je l'ai croisée en revenant du champ. Elle a arrêté sa voiture à mon niveau et m'a demandé si je pouvais lui faire livrer des aubergines aujourd'hui. Elle et ses enfants passent quelques semaines ici.

Tout le monde à Ngandajika la connait cette femme. Mamu Sindy est une très riche femme d'affaires qui vit à la capitale. Son mari, monsieur Baramoto qui avait un poste important dans le gouvernement et avec qui elle a eu trois enfants est décédé il y a quelques années. À Kalambayi, elle est proprietaire d'une grande villa non loin de la rivière. La clotûre est très haute et agrementée des tessons de bouteilles pour décourager les voleurs et le portail est tout le temps gardé par un gardien. Contrairement à Ma Sindy qui y vient souvent, ses enfants y viennent très rarement. La dernière fois qu'ils y ont mis les pieds remontent à des années et d'ailleurs, on ne les voyait presque jamais pendant leur séjour; toujours cloitrés derrière les longs murs de leur chère villa comme s'ils craignaient de se faire contaminer par "la plèbe". Et lorsqu'ils sortaient, c'était toujours dans leur voiture aux vitres teintées conduite par un chauffeur en uniforme on dirait des princes. Je ne sais même pas à quoi ressemblent ces snobinards.

Mamu: Ok, je reviens, dit-elle en se dirigeant déjà vers la sortie.

Moi: Mamu, Attends, je t'accompagne.

Mamu: Non Foura, tu sais très bien que je n'aime plus que tu viennes au champ avec moi. Tu restes là, dit-elle d'une voix sans réplique.

Je pousse un soupir las en m'asseyant sur le banc près des garçons qui avalent gourmandement leur bouillie. Eh oui, depuis un moment maintenant, elle ne me permet plus de l'accompagner au champ. Elle paie une petite somme à un jeune garçon du voisinage pour qu'il l'aide de ce côté là et les samedis ou les vacances, elle se fait aider par mes frères. Moi, elle m'envoie juste faire les livraisons à domicile et vendre au petit marché. Elle dit que les travaux de champ risquent d'abîmer mon teint et que je dois rester belle car elle sait que j'attirerai un de ces grands types qui font dans le commerce des diamants dans la région, comme ça je nous sortirai de tous nos problèmes comme c'est arrivé avec la fille de l'une de ses amies blablabla. Elle est tellement sérieuse dans son délire que tous les soirs après mon bain, elle m'enduit le corps d'un mélange d'huile de palme et d'une autre huile très parfumée pour rendre mon teint plus éclatant puis me masse les mains et les pieds avec de la graisse de boa pour me les adoucir. Mes frères et moi sommes tous clairs comme elle, mais je suis la plus claire de ses enfants, j'ai aussi hérité de ses yeux de chat et de ses cheveux un peu jaunâtres. Certaines personnes quand elles veulent être méchantes avec moi m'appelent "l'albinos". Mamu dit que les grands types aiment les femmes claires et belles comme moi, elle est sûre et certaine que je me ferai remarquer très vite maintenant que je fais plus femme. Pffff!

J'éspère qu'aucun de ces "grands types" ne me remarquera. Je ne veux pas finir avec un de ces hommes arrogants. Ils viennent ici avec leurs grosses voitures, des parfums qui traumatisent l'odorat et regardent tout le monde de haut juste parcequ'ils ont les moyens. Je veux d'un homme comme ceux décrits dans mes harlequins que je lis toutes les nuits à la lumière tamisée de ma lampe tempête quand tout le monde est bien endormi. Un homme qui fera battre mon coeur comme ceux de mes héroïnes. Il viendra me jouer des serenades à la fenêtre, me fera dancer sous la pleine lune et m'emmenera dans des endroits éxotiques. Un homme que je suivrai n'importe où qu'il soit mendiant ou roi simplement parcequ'il aura capturé mon coeur.

Je soupire longuement, les yeux rêveurs.

Zadio: Ya Foura, puis-je avoir un peu plus? Je ne suis pas rassasié du tout, dit-il me tirant de ma rêverie.

Edouard : Moi non plus. Je veux encore.

Il ne reste de bouillie que pour moi, Tatu et mamu. J'en ai preparé en petite quantité car le sac de farine de maïs est presque vide. Je leur donne ma part, je me débrouillerai.

Lorsqu'ils finissent de manger, je les accompagne hors de la concession et les regarde prendre le chemin qui mene à l'école avant d'aller chercher mon petit trousseau de toilette et me diriger vers la salle de bain, munie de mon seau d'eau.

Je suis entrain de me savonner en chantant lorsque je sens un regard sur moi. Je me retourne et vois avec horreur une tête d'homme qui dépasse au dessus du mur de la salle de bain. Ses gros yeux me scrutent sans vergogne. Je reconnais Doby, un jeune homme de notre voisinage. Je me mets à crier et lui lance violemment mon savon qui l'atteint au front avant de me couvrir précipitamment avec ma serviette. Je sors très vite de là sans arrêter de crier et le vois qui court à toute jambe vers la sortie de la concession. Je ne suis pas la première fille à qui il joue ce vilain tour. Il est connu dans le quartier pour ses habitudes bizarres. Très tôt le matin, il sillone le quartier, épiant les femmes qui prennent leurs bains. La rumeur dit que c'est le rituel que lui a imposé son féticheur pour que son commerce de makala (charbon de bois) aille de l'avant.

Malchance pour lui, dès qu'il arrive au niveau de la sortie , il tombe nez à nez avec Mamu et Prospère (le garçon qui l'aide avec les travaux de champ) qui s'apprêtent à entrer. Il freine, déboussolé, et le temps pour lui de réfléchir sur une nouvelle technique de fuite à utiliser, Mamu dépose le panier d'aubergines et l'attrape par sa ceinture comme un voleur.

Mamu: Doby! Tu fais quoi chez moi? Hein? Tu es venu essayer ta fameuse sorcellerie ici?

Prospère, en lui poussant la tête : Toi, tu n'as pas encore retenu ta leçon?

Doby, en ouvrant grand ses yeux déjà globuleux: Mais je vous ai fait quoi? je suis juste venu parler au vieux pour savoir s'il a des poules à vendre, répond-il en essayant de se libérer de l'emprise de Mamu mais cette dernière le tient bien.

Doby est un jeune homme mince et petit de taille, il ne fait pas le poids face à Mamu qui est grande et grasse. Elle serre tellement sa ceinture que son pantalon en lin lui rentre maintenant dans la raie des fesses, ce qui l'oblige à se tenir sur la pointe de ses pieds.

Mamu: Si c'est vraiment l'objet de ta visite, pourquoi courais-tu alors?

Doby: Mère, je ne.....

Moi, en arrivant à leur niveau: Mamu, il ment. Il m'épiait pendant que je me lavais, le coupé-je bien, fâchée.

Hiiiiiiii! Non! Ça énerve trop que quelqu'un voie ta nudité le matin comme ça! Je me sens violée!

Doby: Oh! Foura, attention hein! Qu'est-ce qu'il y a à épier chez toi? C'est parceque tu as maintenant un peu des fesses et des seins que tu veux faire la maligne? Je ne t'épiais pas!

Je lui allume deux violentes tapes au milieu du dos qui lui font se tortiller comme une anguille. Mamu libère une de ses mains et lui met un aller-retour. J'ignore comment, il se libère de Mamu, pousse violemment Prospère qui veut l'intercepter et détale comme un lapin.

-Muijiiiii, Muijiiiii! (Voleur, voleur! ) crient mamu et moi en essayant de le poursuivre mais il court trop vite, on dirait speedy gonzalez. Dans à peine 2 minutes, il disparait de notre champ de vision.

Sorcier!

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Chapitre 2 Chapitre 02

Chap 2 : Peur bleue

Grrrrrrr! J'ai trop la rage!

Nous retournons dans la concession en fulminant, mains bredouilles.

Mamu: J'irai voir son vieux père ce soir même! C'est quoi ça? Il vient mettre ses gros yeux de pervers sur ma fille! Mais quel culot!

Prospère: On l'a attrapé il y a une semaine en train de faire la même chose chez la maman qui vend des beignets au coin là-bas. Le chef de secteur doit être mis au courant.

Mamu: Vraiment! Ça c'est prendre les gens pour des idiots!

Je les laisse sous la paillotte et vais continuer ce que je faisais dans la salle de bain car la mousse commence déjà à sécher sur moi. Ce pervers m'a vraiment noirci la journée! Tchip!

Je sors de là quelques minutes plus tard et vais dans ma chambre. Je me passe ma crème avant de mettre mes dessous. Maman me dit de toujours être propre et présentable en tout temps et en tout lieu; même si c'est juste pour aller acheter quelque chose au coin chez le boutiquier car on ne sait jamais qui l'on peut croiser.

Maman et ses théories.

Elle a sacrifié une somme assez importante pour m'acheter quelques robes décentes à la friperie et elle s'occupe elle-même de tresser mes cheveux.

J'opte pour une robe-chemise beige qui m'arrive à mi- mollet et des sandales plates de couleur blanche, un autre trésor de la friperie. Je me passe un peu de brillant à lèvres avant d'aller rejoindre maman qui a déjà placé ce que je dois aller livrer dans deux paniers.

Mamu: Foura, comme je t'ai dit plus tôt, les aubergines sont pour Ma Sindy. Tu connais chez elle non?

Qui ne connait pas chez elle?

Moi: Oui Mamu.

Mamu: Bien, tu lui dis que tout est pour 5000 Frcs. Le Ndounda (sorte de légumes), tu vas livrer chez le gars du cyber, 1200 Frcs.

Elle m'aide à mettre le panier d'aubergines qui est plus lourd sur la tête, je soulève d'une main celui de Ndounda.

Mamu: J'espère que tout le bruit qu'on a fait à cause de cet idiot de Doby n'a pas réveillé ton père. Il a eu une nuit très agitée et ne s'est vraiment endormi qu'au petit matin, dit-elle tristement en se rasseyant.

Je sors de la concession en marchant aussi vite que je peux pour pouvoir vite revenir car je dois aller vendre au petit marché.

Eish! Ces aubergines sont lourdes! Mon cou me fait déjà mal. Lorsque j'arrive enfin devant l'imposant portail de Ma Sindy, je dépose l'autre panier et frappe.

Le gardien vient me lorgner à travers le judas.

Moi: Wetu'awu (Salutation en Tshiluba)

Lui: Betu (réponse à la salutation). Décline ton identité et l'objet de ta visite!

Kaa! Celui-là, il se prend trop pour un policier hein! Décline, décline fien fien nieyi!

Je lui dis rapidement mon nom et ce pourquoi je suis là, il s'en va un moment et revient après quelques minutes et ouvre le portail. Il le referme après mon entrée et ouvre la voie en silence.

C'est ma première fois d'entrer dans cette célèbre propriété et de découvrir ce que cache la haute clôture. L'intérieur est beau et très spacieux, on ne croirait même pas qu'on est à Kalambayi! Une pelouse verte bien entretenue recouvre le sol, Il y a des pervenches de Madagascar, des roses et des petits palmiers çà et là. Même l'air paraît être plus frais ici. Une allée en pierre conduit vers la belle villa peinte dans les tons beige et marron clair. La grande porte coulissante du grand garage est remontée et me laisse voir trois véhicules. Je suis nulle en marque des voitures mais celles-là m'ont l'air vraiment coûteux. Le gardien me dirige vers l'arrière-cour où nous trouvons Ma Sindy entrain de donner quelques consignes à deux femmes dans la véranda, ses bonnes vu l'uniforme.

C'est une belle femme dans sa cinquantaine, un peu forte, grande de taille avec un beau teint chocolat. Elle porte une longue robe jaune canari à longues manches bouffantes, son tissage couleur café, court et classe, encadre joliment son visage sévère. Elle répond à mon bonjour d'un hochement de tête sans interrompre son discours.

Le gardien m'aide à descendre mon panier d'aubergines sur le sol avant de s'en aller. Ouf, quel soulagement! Je masse doucement mon cou d'une main en attendant qu'elle finisse de briefer son personnel.

Elle finit enfin, va prendre place sur un des fauteuils de la véranda et de sa main me fait signe d'approcher. Je m'empresse avec mes paniers.

Ma Sindy: Ça va jeune fille?

Moi: Ça va bien merci, maman, dis-je en fléchissant légèrement les genoux en signe de respect, mes yeux baissés.

C'est impoli de regarder les grandes personnes dans les yeux, surtout pour une fille. C'est dit qu'une fille qui regarde les gens droit dans les yeux connait les hommes. Je sais, ce sont des vraies foutaises. On ne peut quand-même déterminer le taux de moralité de quelqu'un par sa façon de regarder les gens. Mais que voulez-vous? Ce sont des foutaises prises très au sérieux dans ce milieu, alors je me conforme à la règle. Je n'ai pas la moindre envie qu'on dise de moi que j'ai déjà vu "le plantain". Ça te tue la réputation à un point!

Ma Sindy : Tu es vraiment le portrait craché de ta mère mais en plus belle, dit-elle en me détaillant de la tête au pied. Comment t'appelles-tu déjà?

Moi: Je m'appelle Foura, maman.

Ma Sindy: Ce nom te va bien. Très belles aubergines, bien grosses et violettes comme je les aime. Il y en a pour combien?

Elle parle avec cette nonchalance un peu insultante qu'ont les nantis lorsqu'ils s'adressent à quelqu'un dont la condition est de loin en dessous de la leur.

Moi: Il y en a pour 5000 Frcs, maman.

Ma Sindy: Ok. Mbuyi! Mbuyi!

-Abeee! répond une des boniches en sortant de la maison au pas de course.

Ma Sindy: Va mettre ces aubergines dans la cuisine.

-Bien Madame, fait la jeune femme en s'exécutant. Ma Sindy tire une liasse des billets de la poche de sa belle robe et compte 14 billets de 500 frcs et me les tend.

Moi: Maman, c'est 5000 frcs, dis-je. Elle doit m'avoir mal entendu quand je lui ai dit le prix.

Ma Sindy: Je sais. Tu dis à ta maman que les 2000 Frcs de plus sont un cadeau car je suis vraiment contente de la marchandise.

Moi: Merci maman, dis-je en prenant l'argent avec mes deux mains.

Ma Sindy : De rien. Tu lui dis aussi que j'aurai besoin de tout un bassin de dongo-dongo (Gombo), mon fils en raffole.

La bonne ressort avec le panier vide et me le remet.

Moi: Je lui dirai maman.

Je dis au revoir et prends le chemin qui mène à la sortie. Un beau jeune homme grand de taille et costaud en tenue de jogging est entrain de parler au gardien quand j'arrive à quelques pas du portail. Je peux aisément deviner que c'est le fils de la maîtresse des lieux vu la façon dont le gardien se tient. Il a enlevé son béret et hoche servilement la tête à la fin de chacune de ses phrases. Il a un beau teint noir et ses cheveux sont coupés ras. Sa voix est grave, presque musicale mais il s'en dégage une grande autorité. On sent quelqu'un qui a l'habitude de donner des ordres et d'être obéi. Sa façon de se tenir est celui d'un homme très sûr de lui. Tout de lui crie ego surdimensionné, arrogance...la liste est longue.

Je ralentis les pas, préférant attendre qu'il finisse pour demander au gardien d'ouvrir le portail pour moi.

Comme s'il venait de sentir ma présence, le jeune homme regarde dans ma direction. Il a un regard léonin, le genre qui te cloue sur place; ses lèvres sont comme figées dans une permanente moue de dédain qui étrangement le rend encore plus beau. Je soutiens son regard quelques secondes avant de baisser les yeux.

Lui: Bonjour, vous êtes?

Le gardien : Patron, elle est venue livrer des légumes à madame, s'empresse-t-il de répondre à ma place.

Lui: Ah.

Moi, m'adressant au gardien: Pouvez-vous m'ouvrir le portail ? fais-je en m'avançant lentement.

Il s'exécute. Je passe près du jeune homme sans le regarder. Il m'intimide, il me fait me sentir toute petite et je n'aime pas ça. Je peux voir dans ma vision périphérique qu'il continue de me fixer.

L'impolitesse.

Je sors de chez Ma Sindy en espérant ne plus jamais y remettre les pieds. Cet homme m'a mis mal à l'aise. Je m'arrangerai pour ne pas être celle qui viendra faire la livraison de dongo-dongo. Maman pourra envoyer Edouard.

Je prends le chemin qui mène chez le fameux gars du cyber a.k.a "Roger le synthétiseur". Il est le proprio de l'unique cyber café de Kalambayi et ce fait lui donne la grosse tête. J'espère qu'aujourd'hui il ne me refera pas ses avances, chose que je sais malheureusement impossible. Il a déjà enceinté tout un tas des filles dans tout Ngandajika et il a maintenant décidé que c'est sur moi qu'il doit venir se chauffer. Je commence déjà à suspecter qu'il commande ces légumes rien que pour me voir et me raconter ses âneries. C'est difficile d'être une femme des fois à cause des types comme ce Roger. Mon visage s'éclaire lorsque je vois Yvette venir en face de moi.

Moi: Ma pineco du coeur! Ça roule? Dis-je toute contente quand j'arrive à son niveau.

Yvette: Comme sur des roulettes. Hmm! La blanche, d'où sors-tu comme ça?

Yvette c'est ma meilleure amie. Nous nous connaissons depuis toutes petites et avons toujours été inséparables. Contrairement à moi qui suis claire, mince et grande, Yvette a un joli teint ébène, elle est moins grande avec des formes très prononcées.

Moi: Les livraisons comme d'habitude. Je viens de chez Ma Sindy.

Yvette: Eeh! Tu y es entré? crie-t-elle, incrédule.

Moi: Oui.

Yvette: Sais-tu que tu es mauvaise? Tu aurais dû me signaler que tu y allais pour que je t'accompagne! Tu sais combien j'ai toujours voulu voir l'intérieur de cette propriété, dit-elle en me donnant une tape sur le bras.

Moi, hilare: Ça change quoi si tu en vois l'intérieur? Tu auras des ailes après?

Yvette: C'est juste pour "réjouir" les yeux. Dis, c'est comment? Est-ce que c'est vraiment beau comme les gens disent?

Moi: Yep!

Yvette, boudeuse : Rhooo! Tu m'as fait rater!

Yvette (comme beaucoup des personnes à Kalambayi) rêve d'entrer chez Ma Sindy car de l'extérieur on ne peut rien voir à cause de la hauteur de la clôture. La curiosité de certaines personnes me dépasse.

Moi: Tu es folle. Où vas-tu comme ça?

Yvette: À l'atelier, tu as oublié?

Elle va au petit atelier du maître Niarcos (Le meilleur couturier de Kalambayi) du lundi au vendredi pour apprendre à coudre. Son père lui a fait arrêter l'école après qu'elle ait refait trois fois la même classe au lycée et l'a placé dans cet atelier pour qu'elle apprenne un métier.

Moi: S'il te plait Yvette, peux-tu m'accompagner chez Roger? Je ne veux pas y aller seule, il me fatigue déjà, dis-je en l'entrainant avec moi.

Yvette: Tu fuis l'amour de ta vie?

Moi: L'amour de qui? Pardon! Même pas en cauchemar. Il a de la chance que ce soit mauvais d'insulter un homme, au cas contraire j'allais finir tout mon arsenal d'injures sur lui.

Yvette: hihihihi! Mais toi aussi! Fais semblant, sois gentille avec lui comme ça nous pourrons chaque jour surfer le net sans payer un rond.

Moi: Yvette, arrête de fumer en secret. Ça te donne des idées folles.

Elle ne fume pas. C'est juste pour la taquiner.

Lorsque nous arrivons chez Roger, je peux voir qu'il est déçu que je ne sois pas seule. Il prend sa commande et paie en me lançant des regards appuyés. Ouf! Je vais échapper à ses poèmes ringards aujourd'hui.

J'accompagne Yvette à l'atelier avant de continuer vers la maison. Je trouve tatu entrain de remplir l'abreuvoir des poules, chose que j'ai oublié de faire ce matin.

Moi: Bonjour papa.

Tatu, l'air irrité: Bonjour, tu veux que ces poules meurent de soif?

Moi: Non Tatu.

Tatu: Je te dis toujours de leur mettre de l'eau!

Moi: Désolée tatu.

Tatu: Hum, fait-il simplement en se dirigeant vers l'enclos en bambou.

C'est son petit rituel. Tous les jours après son réveil, il passe en revue son bétail et fait le tour de notre concession qui est assez grande, vérifiant si tout est en place. Il a aussi l'étrange manie de compter les fruits de l'avocatier qui se trouve dans l'arrière-cour.

Je vais prendre place sur un des bancs de la paillotte. Mamu sort de la maison munie du seau de papa qu'elle va rapidement remplir d'eau avant d'aller le déposer dans la salle de bain.

Mamu: Tatu, ton eau de bain est prête, crie-t-elle à en marchant vers la paillotte.

Tatu, depuis l'enclos des chèvres: Tu as besoin de crier comme ça? Tu as avalé un micro?

Eish!

Mamu, à voix basse: Celui-là s'est réveillé de très mauvaise humeur. Sa tension va encore descendre, dit-elle en venant s'asseoir près de moi.

Je lui tends l'argent tout en lui parlant de la commande de dongo-dongo, elle le compte et me lance un regard interrogateur quand elle remarque qu'il y a 2000 frcs de trop.

Moi: Ma Sindy te les envoie comme cadeau.

Mamu: Ah bon? Je ne la savais pas aussi généreuse. Merci ooh! Tu iras livrer le dongo-dongo demain, dit-elle toute contente.

Moi: Demain c'est Samedi et il n'y a pas école, ne peux-tu pas envoyer Edouard?

Mamu: Pourquoi?

Qu'est-ce que je peux bien inventer?

Moi: Heu...le panier d'aubergines m'a fait mal au cou, je ne crois pas que je pourrai porter le bassin demain.

Mamu: Foura, tu ne sais pas mentir. Je ne sais pas ce que tu fuis là-bas mais demain tu vas y aller.

Moi: Mamu j'ai vraiment mal au cou!

Mamu: Le dongo-dongo ne pèse pas. Et comme tu insistes que tu as mal au cou, tu prendras la brouette.

Rhooo!

Moi, en boudant : Mamuuuuuuh!

Mamu: Ah katuka! (Ah quitte là-bas!) Tu crois que je ne sais pas pourquoi tu ne veux pas y aller? C'est pour aller danser toute la journée avec Yvette. Tu iras danser après la livraison, voilà. Tu as mangé?

Je fais non de la tête, trop fâchée pour parler. Elle me tend un billet de 500 frcs avant d'entrer dans la maison.

Yvette et moi faisons partie d'un petit groupe de danse folklorique pour filles. Nous avons même eu à participer à des compétitions régionales. La cheftaine de notre groupe est une jeune maman qui vit non loin de chez nous, c'est elle qui nous apprend les différentes danses et leurs significations. Plusieurs siècles avant l'arrivée du blanc, nos ancêtres dansaient ces mêmes danses, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine fierté de faire comme eux. C'est un peu comme si je communiquais avec eux en faisant les mêmes mouvements rythmiques qu'ils ont fait des milliers d'années avant. Ils avaient des danses pour raconter une histoire, faire la cour, appeler la pluie, pour le deuil, célébrer une naissance etc...

Tous les samedis, munies de nos tam-tam, nous allons danser à "la référence" qui est un grand terrain face à la rivière. Notre audience est souvent composé des gens qui vont se promener le long de la rivière, se baigner ou encore prendre un verre au bar de papa dirigeant qui est tout près.

Le visage bien amarré, je vais sortir la petite brouette en bois et y place le panier des tomates, les piments, les matembele (Sorte de légumes), Ndounda et autres choses que je vais vendre au petit marché. Je sors lentement de la concession avec ma brouette qui couine en pensant à demain.

J'espère qu'il ne sera pas là.

*********************************************

Je sors de chez Ma Sindy aussi vite que mes jambes peuvent me porter, même le gardien me regarde comme si j'étais folle. Je lâche un ouf de soulagement lorsque j'arrive quelques mètres plus loin. Je viens de faire la livraison et_bonheur_je ne l'ai pas croisé.

Je me mets à marcher lentement sans me presser en balançant le bassin vide sur ma tête. La petite route est déserte, il y a très peu de maisons dans cette partie. Il y a plus des grands terrains couverts des hautes herbes et d'arbustes. Depuis les quelques minutes que je marche, je n'ai croisé que deux personnes. Je hâte un peu les pas lorsque je me souviens qu'Yvette m'a confié que sa tante a une fois vu un fantôme sur cette même route en plein midi.

- Bonjour.

Je sursaute et laisse tomber le bassin. Eeeh! Le fantôme! Avec mes deux mains recouvrant ma bouche, je fais un rapide volte-face pour voir qui c'est et je tombe sur ....

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Chapitre 3 Chapitre 03

Chap 3 : Mutwashi

- Bonjour.

Je sursaute et laisse tomber le bassin. Eeeh! Le fantôme! Avec mes deux mains recouvrant ma bouche, je fais un rapide volte-face pour voir qui c'est et je tombe sur....

Le fils de Ma Sindy.

-Désolé, je ne voulais pas vous effrayer, dit-il, à l'aise, l'air pas désolé du tout. Il me paraît plutôt amusé.

Il porte un t-shirt manches longues blanc, un pantalon jean noir et des baskets Jordan noir et blanc. Il est tellement frais le feu sort, comme disent les camerounais.

Je reprends rapidement contenance et ramasse mon bassin.

Tout ce temps il était derrière moi? Comment ne l'ai-je pas entendu approcher?

Moi: Bonjour, réponds-je sèchement.

Lui: Je vous ai vu sortir de chez moi et vous ai suivi. Je ne pouvais pas vous appeler puisque je ne connais pas encore votre nom, dit-il calmement en me détaillant de la tête aux pieds sans se gêner.

Maman dit de toujours faire très attention aux hommes de la capitale. Des grands prédateurs. Quand ils viennent en vacances dans des endroits reculés comme Kalambayi, c'est pour faire la chasse aux naïves.

Celui-ci, je le vois venir. Il recherche sûrement une fille facile "à couper" pendant les quelques semaines que lui et sa famille nantie passeront ici.

Mon cher, tu as tiré à terre. Tes fornications, tu t'y livreras avec quelqu'un d'autre, pas avec la fille de Tatu Mukengeshayi!

Moi, désagréable: Que me voulez-vous?

Il faut qu'il sache que je ne veux rien avoir à faire avec lui. Je ne me sens pas d'humeur gentille donc pas de diplomatie. La grosse frayeur qu'il m'a faite m'a trop énervée.

Lui, en me tendant sa main, ignorant royalement ma question: Je m'appelle Arthur. Arthur Baramoto, dit-il l'air impérieux.

Moi, en la serrant malgré moi: Foura.

Arthur: Foura, répéte-t-il doucement. Très joli nom.

Je veux retirer ma main mais il la retient fermement.

Moi: Écoutez, Je dois m'en aller, j'ai des choses à faire.

Arthur: Qui sont vos parents? demande-t-il, ma main toujours dans la sienne.

Moi: Pourquoi?

Arthur: Répondez.

Il l'a dit doucement mais cela n'en reste pas moins un ordre et je n'aime pas ça. Ses ordres, il le garde pour ses employés, je n'en suis pas un. Il me nourrit?

Moi: Je n'en ai aucune envie! Vous me donnez des ordres en tant que qui?

Je vois de la surprise passer dans ses yeux, il n'a sûrement pas l'habitude qu'on lui parle de cette façon. Je profite de sa surprise et retire ma main de la sienne. Je tourne les talons et me mets à marcher aussi vite que je peux. Je jette un coup d'oeil par-dessus mon épaule et remarque qu'il est debout au même endroit entrain de me regarder, les mains enfoncées dans ses poches.

Lorsque j'arrive à la maison, je remets Ies sous à maman avant de ressortir de la concession au pas de course, je suis déjà en retard. Aujourd'hui, c'est jour de danse! Mon jour préféré!

Je me dirige vers chez Ma Ntumba, la cheftaine de notre groupe de danse "BAKAJI". J'y trouve Yvette et les 5 autres filles déjà en tenue et maquillées. Elles n'attendent que moi pour partir.

Ma Ntumba: Bishi Foura? (Comment ça va Foura?)

Moi: Bimpa Ma Ntumba (Ça va bien Ma Ntumba), je m'excuse pour le retard.

Ma Ntumba : Hmm. Va vite te changer, dit-elle en me tendant ma tenue qui consiste d'un petit pagne qui me servira de soutien-gorge et d'une jupette en raffia.

Yvette m'accompagne dans l'une des chambres pour m'aider à attacher le pagne autour de ma poitrine et aussi à faire mon maquillage. Nous rejoignons les autres au bout d'une quinzaine des minutes et hop direction "la référence". Nous marchons en file indienne en chantant avec Ma Ntumba en tête du cortège. Des petits enfants qui nous voient passer se mettent à nous suivre en tapant dans leurs mains. Je faisais pareil quand j'étais petite.

Lorsque nous arrivons près de la rivière, nous formons rapidement un demi-cercle, nos deux batteurs de tam-tam (les deux fils de Ma Ntumba) se positionnent et commencent le travail.

J'adoooore ce moment.

Je ne tiens déjà plus en place. Ma Ntumba qui est assise près de ses fils entonne une chanson tout en secouant les deux grosses maracas qu'elle tient dans chaque main.

Ma Ntumba (chantant en Tshiluba) : Maalu katonda bakole

Kutonda nkumba, kutonda ne balela

Kutonda ntontodi wa nyingala pankatshi

Udi kayi ne maalu eelà munu mulu eeeeh

Traduction : Les problèmes accablaient les anciens,

Ils accablent aussi les femmes stériles comme les femmes fécondes,

Ils accablent même la mante religieuse qui s'attriste sur son branchage,

Que celui qui n'a pas de problème lève le doigt eeeeh

- Eeeeeeeeeh! Crions-nous en retour tout en tournant sur nous-mêmes comme à la recherche de quelque chose.

Nous nous mettons toutes les sept à bouger en synchronie au rythme envoûtant des tam-tam et des maracas. Nous commençons toujours par danser collectivement avant de passer une à une au centre du demi-cercle pour une danse individuelle. Un attroupement commence déjà à se former autour de nous. Plusieurs personnes déposent quelques billets dans le petit panier posé devant Ma Ntumba. Un groupe de touristes s'approche et commence à prendre des photos sans demander la permission. Bande d'impolis!

Ma Ntumba (La voix mélancolique) : [....] Quel grand homme osera-t-il le dire ?

Quelle femme mieux que les autres osera dire,

Qu'elle n'a pas de problèmes au plus profond de son être?

Qu'elle vienne sur la place

Que les gens l'acclament en levant les bras en l'air pour sa beauté

Qu'un homme vienne aussi sur la place!

Si tu ne veux pas avoir de problèmes

Sois heureux, suis les conseils et préceptes de Dieu

Mets l'amour dans ton cœur et dans tout ton être

Adore ton Dieu avant toute chose

Respecte tes parents

Ne touche pas à la femme d'autrui

Dites-moi d'où proviennent les problèmes

Il y en a chez les Blancs comme chez les Noirs ......

Le rythme des tam-tam change, il devient plus rapide, plus endiablé. L'un des batteurs prend le relais sans arrêter de s'activer sur son instrument à percussion, sa voix riche se lève dans le ciel, faisant crier tout le monde. C'est le moment de l'animation.

Une première fille passe au centre du demi-cercle et fait son show sous les regards admiratifs des spectateurs qui sont de plus en plus nombreux.

Le batteur: Twa twayi ! X4

Mwaja ku teleja, mwaja cimbwacik'

Mwaja mu cimono, mwaja cimbwacik'

Mwaja mu lubesa, mwaja cimbwacik'

Mwaja mu cimono, mwaja cimbwacik'

(Juste des cris pour animer)

Lorsque c'est mon tour de passer au centre du cercle, je suis comme en trance. Avec mes jambes légèrement écartées, je tourne les reins tout en m'accroupissant graduellement. Droite, droite, droite, bloquez! Gauche, gauche, gauche, mouvement rapide devant derrière, bloquez! Je saute, fais un petit tonneau vers l'avant, vais atterrir à genoux et me remets à tourner les reins d'abord au ralenti avant d'accélérer, bloquer, ralentir, accélérer, bloquer.

-Mais non! La fille-ci sait danser, crie quelqu'un

- Elle n'a pas d'os? Renchérit un autre

Ma Ntumba vient rapidement me remettre une bouteille de Primus vide. Je me lève, la place en équilibre sur ma tête et me remet à danser avec mes mains jointes devant moi.

La liberté des reins.

Je tue le mutwashi (type de danse) correctement.

Ma Ntumba: Muuuutwaaaaaaaasssssshhhiiiiiii!

À la fin de ma routine, je regagne ma place dans le cercle pendant qu'Yvette fait son entrée et se met à son tour à éblouir la foule. Je sens un regard peser sur moi, je lève les yeux et suis surprise de voir Arthur entrain de me regarder. Sans me quitter des yeux, il se baisse légèrement et semble demander quelque chose à un jeune homme debout près de lui, ce dernier me regarde à son tour avant de se mettre à lui dire je ne sais quoi.

Depuis combien de temps est-il là?

Je reporte mon attention sur Yvette et continue de taper dans mes mains en sautillant sur place. Il risque de me déconcentrer. Je le vois se diriger vers notre petit panier et y déposer une grosse liasse de billets, au grand plaisir de Ma Ntumba qui lui sourit jusqu'aux oreilles. Il me jette un dernier coup d'oeil avant de se diriger vers une voiture garée un peu plus loin, précédé par l'homme avec qui il parlait quelques minutes plus tôt. Ce dernier lui ouvre servilement la portière arrière avant d'aller monter à l'avant. Hum! C'est son chauffeur.

Un vent froid souffle et me fait frissonner, mon oeil gauche se met à tiquer nerveusement. C'est souvent un signe indiquant qu'il va bientôt se passer quelque chose. J'ai soudain le cœur lourd sans pouvoir m'expliquer pourquoi. Je n'ai plus le cœur à danser.

******************************************

Je me réveille avant tout le monde comme à mon habitude et remplis mes tâches. Je compte assister à la messe de 6 h 30. Mamu et les autres préfèrent celle de 8h.

Je sors d'un pas alerte de la concession, vêtue d'une de mes jolies robes de dimanche. Accroché à mon épaule se trouve mon sac à main contenant ma bible, mon chapelet et une partie de l'argent gagné hier. Eh oui, la recette était bonne.

Ma Ntumba n'a pas arrêté de sourire pendant tout le trajet retour.

Ma Ntumba: Est-ce que l'une de vous connait l'homme qui nous a gâtés aujourd'hui?

Hélène (une fille du groupe): C'est le fils de Mamu Sindy qui vit à Tshinsansa !

Ma Ntumba : Ah bon?

Hélène : Oui ooh! Lui, sa sœur et leur mère sont venus se reposer quelque temps ici. L'une des sœurs n'a pas pu venir parce qu'elle est hors du pays, révèle-t-elle.

Kaaaa! Elle a même eu ces info comment? Non! Il y a des gens qui ont des antennes!

Yvette, avec une main posée sur son cœur: Aviez-vous vu sa Range rover? Oh mon Dieu!

Elle au moins connait les marques.

Sonia (une autre fille du groupe) : Dernier modèle sur le marché hein! Il y a des gens qui respirent dans ce Congo. Nous, on vivote.

Tout le monde, sauf moi: Kiekiekiekiekiekiekiekie!

Yvette: Ça c'est ce que j'appelle LE niveau! Même son argent est parfumé hein, renchérit-elle en reniflant sa part de billets de 1000 frcs bien craquants.

Pfff!

Fifi: Est-il marié?

Hélène : Non. Il est libre. C'est ce que leur gardien m'a dit.

Oh! Donc c'est le gardien son informateur.

Fifi: Mama eeeeh! J'espère qu'il m'a un peu remarqué pendant que je dansais.

Yvette: Avec toutes les bombes qu'il y a à la capitale, il va venir te remarquer avec ta petite taille? Kikikikikiki!

Fifi: La foi fait des grandes choses Yvette! Qui sait? Peut-être que dans quelques mois je deviendrai "Madame Baramoto". Fifi Baramoto. Ça sonne trop bien!

Ma Ntumba: Dans tes rêves. Foura, tu es calme comme ça pourquoi?

Moi: Pour rien, je me sens juste épuisée.

Yvette : Ça se comprend vu la façon dont tu as mis le feu sur la piste! dit-elle avant de reporter son attention sur Fifi qui énumère tout ce qu'elle s'achètera une fois qu'elle sera la bru de Mamu Sindy.

Elles ont continué avec leurs bavardages jusqu'à la dernière minute. Baramoto par-ci, Baramoto par-là. Eish!

J'arrive à l'église après quelques minutes de marche et vais prendre place à l'avant. Je déteste m'asseoir à l'arrière, ça me distrait.

La maison du Seigneur est si apaisante, la lourdeur qui m'étreint le cœur depuis hier semble me quitter pendant tout le temps que dure la messe. Même mon oeil arrête de tiquer.

Je me laisse bercer par l'odeur de l'encens, les chants de la chorale et la voix mélodieuse de l'abbé qui prêche sur le sacrifice.

Il nous exhorte à imiter notre Seigneur Jésus-Christ qui n'a pas hésité à se laisser immoler pour nous. Il ajoute que nous, chrétiens, devons apprendre à être moins égoïstes et à savoir nous sacrifier pour les autres. Nous devons des fois faire passer les intérêts des autres avant les nôtres, pas pour rechercher une vaine gloire mais par pur amour car "Deus Caritas est" (Dieu est amour) et nous étant ses enfants, devons être les enfants d'amour...

-Par Luiiiiiii! entonne-t-il après qu'il ait fini de prêcher

Nous, en nous levant: Avec Lui et en Luiiiiiiiii

À toiiiiii, Dieu le père Tout-puissaaaaaaaaaant,

Dans l'unité du Saint-espriiiiiiit,

Tout honneur et toute gloireeeeeeuuuh,

Pour les siècles des siècleeeeeuuuuh,

Aaaaaameeeeeen!

À la fin de la messe, je sors de l'église le cœur léger. Je prends le chemin de la maison sans trop me presser. Je veux prendre le temps d'admirer le paysage.

Je me rembrunis lorsque je vois Roger le synthétiseur approcher sur sa moto. Comme je m'y attendais, il s'arrête à mon niveau.

Roger: Bonjour Foura, ma joie, la plus belle fleur de mon cœur!

Je roule les yeux, exaspérée.

Moi, sèche: Bonjour.

Roger: Monte, je te dépose, dit-il en m'indiquant de la tête la place derrière lui.

Moi: Non merci, bon dimanche, dis-je en commençant à avancer.

Déjà, je déteste les motos, je ne les monterai jamais peu importe qui les conduit.

Roger: Oh Je vois. Comme tu te fais déjà monter par les riches, est-ce que nous on a encore de la valeur?

Hein?

Je m'arrête, choquée et reviens sur mes pas.

Moi: Que dis-tu?

Roger: Tu veux nier? Je t'ai vu hier avec ce Baramoto machin-truc! J'espère qu'il va bien t'engrosser et t'abandonner ici comme ça on verra si tu continueras de faire ta mijaurée! Albinos comme ça, Pfff! dit-il méchamment.

Moi: Ah!

Il démarre et s'en va, me plantant là, toute sonnée. Je regarde rapidement autour de moi pour vérifier si quelqu'un d'autre que moi a entendu ce qu'a dit ce fou. Dieu merci, personne ne semble avoir entendu. Je n'ai pas le moindre désir de faire l'objet des cancans du coin.

Petit sot!

Je me remets à marcher, toute ma bonne humeur envolée. Je sens mon oeil qui se remet à tiquer de plus belle. La prochaine fois que je recroise ce diablotin, je le lapide.

Quand j'arrive à la maison, Je trouve tout le monde déjà prêt à quitter pour l'église.

Mamu me dit rapidement ce que je dois préparer avant d'aller rejoindre Tatu et mes frères qui sont déjà vers le petit portail.

Je me change et me mets aux fourneaux. Lorsque je finis, je vais prendre un bain rapide pour me débarrasser de l'odeur tenace de la fumée. Je vais dans ma chambre et me trouve quelque chose de léger à mettre avant de prendre place sur le lit et me mettre à lire mon livre "Mémoires de Geisha". Je suis abonnée à la petite bibliothèque des frères de la charité de Jésus depuis maintenant des années, c'est là-bas que je trouve tous mes livres. Je n'ai que trois livres qui m'appartiennent: un cœur en flammes de Nora Roberts, Louisiane story/ les secrets de Louisiane par Emilie Richards et la mariée était en blanc de Tess Gerritsen. Mes trois trésors que j'ai lus et relus des dizaines des fois. Je les ai achetés dans une librairie à Mbuji-mayi à l'époque où papa avait encore un peu des moyens.

J'ignore à quel moment Morphée m'attire dans ses bras. Je sens quelqu'un me secouer doucement, j'ouvre les yeux et vois Edouard.

Edouard : Ya Foura, Mamu et Tatu veulent te voir au salon.

Je m'assois et m'étire paresseusement en bâillant. Je prends ma montre bracelet du tabouret qui me sert de table de chevet et découvre que j'ai dormi trois heures entières. Wow!

Moi, tout en me frottant les yeux: Sais-tu pourquoi?

Zadio: Il y a des gens qui sont venus pour toi.

Cette phrase a le don de bien me réveiller. Des gens pour moi?

Moi, un peu apeurée : Et ces gens, tu les connais?

Il fait non de la tête avant de sortir.

C'est encore quoi ça? Ces gens sont venus m'accuser chez les parents? Je fais un bilan rapide pour voir si j'ai fait quelque chose de mal à qui que ce soit dernièrement mais je ne trouve rien.

Je prends mon petit miroir et vérifie que mon visage est ok avant de sortir. Plus je m'approche du salon, plus mon cœur bat. Quand je suis tout près de la porte, j'entends Mamu rire avec une autre femme dont la voix m'est vaguement familière.

Grande est ma surprise lorsque je découvre Mamu Sindy et Arthur assis sur nos vieux fauteuils, ils sont entrain de papoter tranquillement avec mes parents qui sont installés dans le canapé en face d'eux. Je reste debout à l'embrasure de la porte, attendant de me réveiller car je suis certaine d'être entrain de rêver.

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