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Finement confiné

Finement confiné

Auteur:: promotion
Genre: Nouvelle
Ces ambiances de bistrot où les gens réinventaient le monde, ces purs instants de détente, précieux, où chacun y allait de son intelligence et de sa résistance à l'alcool ont disparu à cause de l'isolement. Finement confiné se résume en quelques tranches de vie imaginées. Agréable moment de distraction à partager autour d'une coupelle de cacahuètes. Biographie de l'auteur Inventer ses propres histoires dans un style où l'humour et la réalité se côtoient pour susciter un sourire, une larme, une réflexion, telle est la vision de Arthur Desblés. Et comme tout ce qui est drôle réjouit le coeur, il s'en est inspiré pour écrire Finement confiné.

Chapitre 1 No.1

À Isabelle

Tu vas te faire appeler Arthur.

Sylvain

Auteur

Épidémie, pandémie, le choix des mots n'est plus de mise, le virus est bien là, la communauté scientifique s'accorde sur ce même constat.

« Putain de virus » diraient certains par chez moi, « saloperie de virus » diraient d'autres situés non moins loin. Reste que notre quotidien, bouleversé pendant ces semaines, gardera des traces fortes du passage de la covid 19, j'en fais le pari.

Le président l'annonçait sur nos petits écrans, ce jeudi 12 mars 2020 : « La France entre en confinement » ; comme si on savait ce qu'est un confinement et tout ce qu'il implique. En bon citoyen, chacun s'apprête à patienteren attendant la libération, moi aussi.

Rapidement, sur le réseau des réseaux, nombre d'initiatives voient le jour avec pour objectif commun, patienter. Pour certains confinés, c'est l'occasion rêvée de consacrer du temps à ces passions bien empilées, quelque part dans le « quand j'aurais le temps ». On y est.

Ma passion première, réinventer le monde, épiloguer sur tout et n'importe quoi, et surtout n'importe quoi. Un sport national en France.

Alors durant un mois, j'ai mis des mots sur ces histoires que j'invente de préférence sous la douche. Des histoires courtes sur le thème de la covid 19 et de son confinement.

Ici, rien n'est prémédité ni réfléchi. Tout est dans l'expression la plus primitive ; j'oserai dire primaire (de primate). Méchant, sympa, drôle, glauque, émouvant, con. La seule vraie logique vient de l'ordre de leur création, ici respecté dans la chronologie des pages.

Avec un peu de psychanalyse, on pourrait y retrouver les différents états d'âme de l'auteur au moment de leurs naissances. Voire construire une évolution ou plus précisément la dérive de ce mental qui se forge à ces nouvelles conditions de vie.

Chacun des textes est livré brut comme au premier jour de sa création ; gardant ainsi toute cette fraîcheur du quotidien ; le travail de la veille pour le lendemain, avec tout ce que cela implique de non abouti.

Vous êtes prévenus.

Prologue

Exercice assez compliqué que de se renouveler chaque jour pour « accoucher » de quelques lignes, un vrai moteur de création. Autant dire que ce sport m'a grisé pendant toute cette période. Lorsque je relis ces micronouvelles, je m'y revois, je m'y revis.

D'ailleurs au moment de la mise en page je me suis rendu compte d'une progression dans ces histoires courtes ; les premières, « assez » gentilles, expriment une actualité proche dont on saisit rapidement le propos. Mais des « premières » plutôt bancales, disons-le.

Les dernières, quant à elles, commencent à décrier certains comportements, certaines pratiques de mes compatriotes, de mon prochain ; oui, toujours intéressant de dire du mal, ça soulage ; une façon de pousser des coups de gueule de notre société comportementale, certainement.Et pis, jouer avec les stéréotypes reste une source de rire toute personnelle avec la volonté d'y mettre fin. Et enfin, certaines sont dignes de scénarios de films absurdes. Oui, l'absurde, une autre source de détente, une excellente amie récréative. La plus jolie de toutes.

Place aux confinements.

Chapitre 2 No.2

Les mariés de l'an deux mille

Ce matin, j'ai croisé ma colocataire, elle pédalait dans le salon du haut ; je l'avais oublié ce vélo ; je l'avais installé l'hiver dernier devant la télé du haut. Hé hé. Je l'ai rapidement délaissé au profit de la télé elle-même.

Autant qu'elle en profite, ma jolie colocataire. De mon côté, j'ai ressorti la fonte pour gonfler mes pecs avec quelques gestes quotidiens. On va profiter d'être verrouillés à la maison pour se faire une jolie silhouette. Enfin, elle les fessiers et moi les pecs.

Vingt ans que je l'ai épousée ma co-locataire ; c'était dans son village natal, nous étions une dizaine, non par confinement mais par manque d'argent. On s'était promis de faire la fête plus tard, avec nos amis. Mariés de l'an 2000, sympa ce coup du hasard ; alors cette année 2020, pour l'anniversaire des vingt ans, c'était le bon moment pour la faire, cette fête. Mais covid en a décidé autrement, on a tout repoussé.

Deux semaines déjà qu'on se côtoie au quotidien ; je redécouvre le son de sa voix, ses envies, ses manies, son amour, ça c'est moi. On redevient intimes.

Finalement, on va attendre un peu avant de se dire oui pour la deuxième fois ; faisons d'abord connaissance, ne pressons pas les choses. On a toujours aimé les préliminaires. Ça me revient.

Confinés de Français

Confinés les Français ! interdit de sortir, sauf pour une pratique sportive d'une heure. Dans un rayon de un kilomètre. Tu parles.

Ouais, à la campagne on est bien mieux que dans le béton des citadins. Ah ! Ces gros imbéciles à nous prendre pour des ploucs. J'en ris aujourd'hui. Par ici, il y a bien plus de vaches que d'habitants, si je veux croiser quelqu'un qui fait son footing, je dois aller à la ville voisine, à cinquante kilomètres.

Personne ne fait de footing ici, c'est un truc de feignant ça ; on n'a pas besoin de pédaler ou de courir pour entretenir la forme, ils n'ont qu'à venir passer quelques jours avec nous ; le soir quand tu rentres t'as pas envie de sortir un vélo ou une paire de baskets. Un coup de journal télévisé devant un bol de soupe et hop, au lit.

Et puis si je veux croiser quelqu'un, je dois prendre ma voiture, mon voisin le plus proche, c'est la ferme de l'André. Paraît même que je ne peux pas aller le voir, l'André. Il est à plus d'un kilomètre. Stupide règlement. Nous, c'est toute l'année qu'on est confinés, si tu vas par là.

Ce matin, Robert notre gendarme, il m'a mis une amende quand je suis allé au village chercher mon pain pour la semaine, je n'avais pas d'autorisation dérogatoire.

Mais c'est quoi ce pays ?

Par Aragos et Tataremis

- Capitaine nous avons un visuel

- Ah, alors à quoi ressemblent donc ces petits êtres. Je suis bien curieux de les voir de mes yeux. John, projetez sur l'écran principal.

- Oui capitaine.

Sur l'écran géant de la passerelle de commandement apparaît une vue aérienne d'un camp militaire ; aménagé en hôpital de campagne pour accuser la crise de la covid et accueillir les cas de contamination ; les hommes, en combinaison jetable de papier bleuté, portent tous un masque, des gants et des protections aux pieds.

- Par Aragos, qu'ils sont laids ces humains.

- Oui capitaine, bien loin des images que nous avions d'eux.

- Certes. Nos données doivent être obsolètes, l'évolution John.

- Oui, selon mes sources, ils devraient être vêtus d'animaux morts et habiter dans des trous à même le relief de la planète. Regardez capitaine, les images sont nettes sur cette revue du 13 mars 1966 : « Newlook for ever, spécial bêtes à poils. »

- Effectivement. Profitez pour mettre à jour nos données, John

Sur l'écran principal, l'agitation du camp reste palpable ; à l'instant, une ambulance s'immobilise et délivre un lit, que l'équipe médicale s'empresse de pousser sous les tentes.

- John, activez la vision infrarouge. J'aimerais comprendre ce qu'ils font sous ce tissu.

- Oui capitaine.

On distingue nettement des formes rougeâtres au travers des toiles ; deux urgentistes s'empressent d'intuber le patient et de le relier à une assistance respiratoire.

- Par Aragos et Tataremis, qu'est-ce qu'ils font ?

- Capitaine, le vivavirius temporel mesure un taux de vie plus faible sur la personne allongée que sur celle debout. Ah, maintenant le taux remonte. Je crois que leurs vies dépendent de ces machines, capitaine.

- Eh bien nous arrivons trop tard John, ce peuple arrive à son terme ; assisté par machine pour survivre. Nous n'y trouverons pas de main-d'œuvre valable pour nos mines de diamants. Avertissez le haut commandement, nous quittons l'orbite terrestre et nous nous dirigeons vers Mars ; allons rendre visite à ce peuple de petits verts, avec un peu chance, ils seront en bien meilleure santé.

- Bien capitaine. On détruit avant de partir ?

- Non John, ils n'en ont plus pour longtemps, laissons-les à leur triste sort.

Et voici notre belle planète bleue sauvée une nouvelle fois de l'envahisseur intergalactique.

Chapitre 3 No.3

Trois, deux, un

Deux spécialistes échangent leurs diagnostics.

- Je crois que nous arrivons à un statu quo.

- Oui, j'admets, nos conclusions sont identiques, une fois de plus.

- C'est la troisième fois depuis ce matin, la journée va être longue.

- Oui.

Le silence s'impose pendant quelques instants, puis l'un des deux reprend :

- Voyons le bon côté des choses, on ressort ces vieilles habitudes d'étudiant.

- Ouais carrément, tu as raison. Je me rappelle cette première fois ; c'était pour disséquer le cœur de bœuf en cours de chirurgie, tu te souviens ?

- Ah oui, j'avais perdu à l'époque. Bon, tu es prêt ?

- Oui.

- Pierre, feuille, ciseaux !

- C'est moi qui gagne. À toi de libérer un lit.

Le perdant entre dans cette grande salle dédiée à ses patients. Dix lits côte à côte le long d'un grand mur blanc. Il s'adresse à l'infirmier.

- Yoann, tu me débranches le trois ; on a besoin de la place.

- Bien docteur.

Yoann se retourne vers le reste de l'équipe qui s'affaire auprès des malades.

- Et les gars, on débranche le trois ; je lance les paris ; moi je dis moins de vingt secondes d'autonomie.

Tonds donc !

Le gouvernement annonçait le confinement que ma femme déclarait alors qu'il fallait gérer la coupe des cheveux, on a commandé une tondeuse.

Sur Internet, le choix fut rondement mené, trois comparateurs nous donnent des classements assez similaires ; rien d'étonnant quand on connaît l'argent mis en jeu dans ces publicités déguisées dans ces pseudo comparateurs.

Ce matin, la tondeuse est arrivée par la poste. Un joli bijou de technologie au prix asiatique, parfait pour fonctionner durant ces trois ou quatre semaines. Cinq sabots pour cinq longueurs de cheveux, un sabot pour dépaissir, un peigne et une paire de ciseaux, un modèle professionnel livré dans sa trousse ergonomique.

Sur l'internent, dans les essais et comparatifs, les débutants étaient mis en garde sur leurs premières utilisations. Aussi ma femme décidait de commencer avec le chat pour prendre en main ce nouveau matériel.

Méconnaissable qu'il est maintenant notre beau norvégien, un skinhead félin. Une nouvelle race de chats ! Puis vint le tour du berger allemand. Lui aussi devenu skinhead maintenant.

Je vous écris ces quelques lignes, caché dans le placard. Trois heures qu'elle me cherche, elle finira bien par me trouver, la maison n'est pas si grande.

Alors en tant que syndicat des coiffeurs, intervenez auprès du gouvernement et mettez en place un service d'urgence. Pensez à nous pauvres victimes ! Putain de virus.

Le nouveau

Par très loin de la glotte, dans le fond de la bouche, on entend cette conversation :

- Salut toi, nouveau ici ?

- Oui, j'arrive à l'instant.

- T'étais où ? Une poche de sang, une seringue, une piqûre de moustique... tu te transmets comment ?

- J'arrive d'une main, avant j'étais sur un sexe, avant sur une bouche et encore avant dans une chauve-souris.

- Ah merde, t'es une forme de vampire ?

- T'es con, non je suis un truc muté pour tuer de l'humain.

- OK, t'es des nôtres alors ?

- Oui, et en première ligne en ce moment, c'est moi qui mène l'offensive.

À ces mots, la bande de copains embarque sur la glande salivaire et attend le prochain postillon.

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