Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Loup-garou > Fiancé au roi Alpha
Fiancé au roi Alpha

Fiancé au roi Alpha

Auteur:: plume de shadow
Genre: Loup-garou
Blue, une jeune fille de dix-sept ans, vit dans un foyer brisé où la violence règne. Son père, alcoolique et cruel, la bat régulièrement, tandis que sa mère reste indifférente et son frère Draven prend plaisir à la tourmenter. Seul Maxen, son autre frère, lui témoigne un peu d'affection. Un jour, après avoir sauvé un loup blessé malgré les conséquences, Blue subit une punition encore plus brutale. Peu après, ses parents décident de la vendre à un homme inconnu, riche et impassible, nommé Démétrius, en échange d'une somme d'argent colossale. Arrachée à sa famille, Blue découvre que Démétrius n'est pas un simple homme : il est le roi des loups-garous, souverain d'un royaume caché derrière une porte magique au cœur de la forêt. Loin du monde humain, il lui révèle qu'il ne l'a pas achetée pour la posséder, mais pour faire d'elle sa reine et son épouse. Démétrius se montre protecteur et mystérieux, cherchant à apaiser la peur de Blue et à lui faire oublier les sévices subis. Peu à peu, elle découvre la vérité sur son nouveau monde : un univers où règnent des créatures puissantes, liées par le sang et la lune, et où elle occupe désormais une place centrale. Entre peur et fascination, Blue tente de comprendre les véritables intentions de Démétrius. L'Alpha, impitoyable envers ses ennemis, se montre d'une douceur inattendue avec elle, éveillant en Blue des sentiments qu'elle n'avait jamais connus. Mais au-delà de l'amour, des secrets entourent son passé et son lien mystérieux avec ce roi loup. Tandis qu'elle apprend à apprivoiser sa nouvelle vie, elle découvre que son destin est intimement lié à celui de ce monde sauvage, et qu'elle n'a peut-être jamais été totalement humaine.

Chapitre 1 Chapitre 1

Je t'en supplie, ne fais pas ça... » C'était la dernière fois que je le disais, mais comme toujours, mes paroles se perdirent dans le vide. Le silence me répondit, puis un coup violent s'abattit sur mon ventre. Mon corps se plia sous la douleur ; je mordis mes lèvres jusqu'au sang pour ne pas crier, refusant de leur donner la satisfaction de me voir faiblir.

« Alors, tu vas recommencer ? » gronda Draven, sa main s'agrippant à mes cheveux avec brutalité.

Je voulus répondre, mais aucun son ne franchit mes lèvres. Ma gorge brûlait encore de l'étreinte qu'il y avait exercée quelques minutes plus tôt.

« Réponds-moi ! » hurla-t-il à quelques centimètres de mon oreille, sa voix rugueuse m'éclatant les tympans.

« Laisse tomber, Draven, » intervint Maxen, son ton las et détaché. « Ce n'est qu'une moins que rien. Inutile de perdre ton temps. »

Mais son frère ne l'écouta pas. « Parle, salope ! » siffla-t-il avant de me gifler violemment.

C'en fut trop. D'un élan instinctif, je ripostai, mon poing heurtant son menton. Ma force n'eut sans doute aucun effet sur lui, mais ce geste me procura un soulagement amer.

« T'avise pas de toucher à mon visage, » crachai-je entre mes dents serrées.

« Espèce de petite ordure ! » rugit Draven, me tirant de nouveau les cheveux pour me forcer à me lever. Il m'asséna un autre coup de pied au ventre.

Mes yeux s'embuèrent, mais je refusai de pleurer. Pas devant lui. Jamais.

Il leva encore la main, mais cette fois, Maxen intervint. Il l'attrapa par les épaules, peinant à le retenir, et lui murmura quelque chose à voix basse. Je n'écoutais pas. Je ne voulais rien entendre. Je voulais juste disparaître.

Draven maugréa quelques mots avant de tourner les talons et de quitter la pièce en claquant la porte. Mes genoux tremblaient si fort que je crus m'effondrer.

« Viens, » dit doucement Maxen. « On va dans ta chambre. »

« Je... je ne peux pas marcher, » balbutiai-je, tentant d'étouffer mes sanglots.

Il soupira, passa un bras autour de moi et me soutint patiemment jusqu'à ma porte. Il la poussa du coude, referma derrière nous, puis me guida jusqu'au lit.

Quelques instants plus tard, il revint avec un bol d'eau et une serviette propre. Il s'assit à côté de moi, trempa le tissu et commença à nettoyer une plaie sur mon bras, laissée par la boucle de ceinture de Draven.

« Qu'est-ce que tu as fait, aujourd'hui ? » demanda-t-il calmement, sans lever les yeux.

« Je ne lui ai pas apporté sa bière. »

Il soupira. « Tu sais comment il réagit quand il n'a pas ce qu'il veut. »

« Je sais. Mais... j'ai croisé un animal sur la route. Il saignait. Je ne pouvais pas le laisser mourir comme ça. Je l'ai emmené chez le vétérinaire. Il avait une balle dans le flanc. »

« Et maintenant ? Où est-il ? »

« Dans la forêt. Je l'ai traîné jusque-là avec une corde pour qu'il retourne dans la nature. Il était lourd. J'espère qu'il survivra. »

« Tout l'argent du café y est passé, n'est-ce pas ? »

Je levai les yeux vers lui, amère. « Tu crois que je gagne quoi, en servant des cafés toute la journée ? Je n'ai pas les moyens de m'acheter des vêtements ni des livres. Et nos parents ne nous donnent rien - ils préfèrent se défoncer. Je ne comprends même pas pourquoi ils m'ont mise au monde s'ils ne voulaient pas de moi. »

Je repris, la voix tremblante : « Et Draven, lui, ne fait que boire, fumer, frapper et s'en prendre à des gamines. Et moi, je deviens son défouloir dès que sa bière manque. »

Maxen détourna le regard. « Je sais, Blue. Mais qu'est-ce qu'on peut faire ? »

« Aller à la police, comme je te l'ai dit. Mais toi, tu préfères te taire. T'es censé être le grand frère, non ? »

« Tu sais très bien que Draven nous tuerait. »

« Il me tue déjà, chaque jour un peu plus ! » explosai-je. « Et toi, tu te contentes de lui ramener des filles ! »

« Je ne le fais pas de bon cœur. »

« Tu le fais quand même. Tu le laisses souiller des gamines sous ton toit. Tu crois que ça t'excuse ? »

Il ne répondit pas. Ses mains tremblaient légèrement tandis qu'il rinçait la serviette dans le bol. « Ce n'est pas contre moi que tu devrais être en colère. »

« Alors contre qui ? Contre un père qui nous hait ? Une mère qui s'en fout ? Un frère qui me bat ? » Je laissai échapper un rire nerveux. « Je crois que je n'ai plus assez de colère pour tous. »

Max se tut. Il s'appliqua à nettoyer mes blessures une à une, avec cette douceur qu'il gardait pour moi seule. Il avait dix-huit ans, un an de plus que moi, et malgré tout, il restait ma seule ancre dans ce chaos.

Enfants, nous avions vite compris que l'amour parental n'existait pas pour nous. Père n'avait jamais voulu de fille. Il rêvait d'une lignée de fils, persuadé qu'ils hériteraient de ses richesses imaginaires. J'étais la tache dans son tableau, la fille indésirable.

Maman m'avait gardée près d'elle jusqu'à mes trois ans, puis s'était éloignée, absorbée par ses seringues et ses cachets. Comme si elle m'avait appris à survivre juste assez longtemps avant de m'abandonner.

Max et moi avons grandi dans cet enfer, mais la différence entre nous a toujours été flagrante : lui, on le tolérait ; moi, on me haïssait. À sept ans, Père m'avait frappée si fort que j'avais fini à l'hôpital. À ma sortie, il m'avait battue encore, furieux d'avoir dépensé de l'argent pour mes soins.

J'avais fini par apprendre à encaisser sans un cri. Pleurer ne servait à rien. Maman ne levait jamais la main, mais Père et Draven s'en chargeaient largement. J'étais leur exutoire, leur cible facile.

Draven avait vingt ans, Max dix-huit. Il disait souvent qu'il partirait après le lycée. J'espérais qu'il le fasse, même si je savais que je resterais seule face à Draven et Père.

Il y a une semaine, ce dernier avait failli me poignarder, fou de rage. Max l'avait désarmé à temps. Ce jour-là, j'avais crié que j'aurais préféré mourir plutôt que de subir encore leurs coups.

Depuis, ils me haïssaient davantage. Et chaque fois que je leur répondais, la punition redoublait. Max essayait de m'en empêcher, mais je ne pouvais pas me taire.

Je n'étais pas allée à l'école depuis plusieurs jours. Draven avait besoin d'argent et m'avait forcée à faire des heures supplémentaires au café. Il avait même obtenu un faux certificat médical affirmant que j'étais malade, pour justifier mon absence.

Tout l'argent que j'avais gagné ce jour-là était parti pour soigner l'animal blessé. Je me souvenais encore du moment où je l'avais vu. Marcello, mon voisin et camarade de classe, conduisait. Nous traversions la forêt quand une forme sombre sur le bas-côté avait attiré mon regard.

« Arrête-toi ! » avais-je crié.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il, surpris.

Je descendis sans répondre et m'approchai. Le corps respirait encore, faiblement.

« Il faut le conduire chez un vétérinaire, » dis-je.

« Blue, c'est un animal sauvage. On ne peut pas... »

« Et on va le laisser crever, c'est ça ? » le coupai-je sèchement.

Il secoua la tête. « J'ai pas d'argent, pas maintenant. »

Je pris une longue inspiration. Je savais ce que ça allait me coûter. « J'en ai un peu. Ça suffira. »

Marcello s'accroupit à son tour. « C'est trop gros pour être un chien... »

Je me penchai davantage. Ma main trembla en effleurant sa fourrure. « Ce n'est pas un chien, » murmurai-je. Mon cœur battait à tout rompre.

« Alors quoi ? » demanda-t-il.

« Un loup... » soufflai-je, stupéfaite. « C'est un loup. »

Chapitre 2 Chapitre 2

Je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. Max était parti après avoir nettoyé mes plaies et m'avait demandé de dormir, mais le sommeil refusait obstinément de venir. Chaque fois que je fermais les yeux, une angoisse sourde me serrait la poitrine, la peur viscérale d'être à jamais prisonnière de cette maison, de cette famille qui me dévorait peu à peu.

Les paroles de Max, un soir, revenaient me hanter. Il m'avait confié à voix basse que la haine de Père envers moi avait une explication.

« Tu ne remarques pas que tu ne lui ressembles pas ? » avait-il murmuré.

Je l'avais fixé, stupéfaite. « Tu veux dire qu'il me bat... simplement parce que je ne lui ressemble pas ? »

« Blue, ouvre les yeux. C'est évident. » Il avait détourné le regard, mal à l'aise. « Tu n'es pas son enfant. »

Mes doigts s'étaient crispés sur ma couverture. « Tu veux dire que maman l'a trompé ? Que je suis... le fruit de ça ? »

Il avait hoché la tête lentement. « Regarde Draven et moi : on a les cheveux blonds cendrés, les yeux gris. Et toi... tu n'as rien de tout ça. Tes cheveux sont bruns, tes yeux d'un bleu glacé. Même maman n'a pas ces couleurs. »

Ses mots résonnaient encore dans ma tête. J'étais différente. Mon visage n'avait rien de commun avec celui de Père. J'avais peut-être le nez de ma mère, mais le reste - la mâchoire, le regard, la peau - semblait étranger à cette famille. Peut-être que tout ce dégoût, toute cette violence venaient de là : j'étais la preuve vivante d'une trahison.

Je m'étais levée pour m'asseoir près de la fenêtre, cherchant un peu d'air dans la nuit étouffante. Le ciel était lourd, la lune voilée par les nuages. Tout semblait me presser à sortir, à grimper sur le toit, à m'abandonner à la pluie. C'était le seul moment où je me permettais de pleurer. Sous la pluie, personne ne pouvait voir mes larmes, et j'avais l'impression que la nature pleurait avec moi.

Un éclat de voix me fit sursauter. C'était Draven, encore. Ses cris résonnaient à travers la maison, plus furieux que d'habitude. Je n'avais pas besoin de savoir pourquoi ; je savais que, tôt ou tard, sa rage finirait par retomber sur moi. Alors, je fis ce que je faisais toujours : je restai immobile, silencieuse, espérant qu'il m'oublierait.

Je me couchai, épuisée, priant pour un peu de répit. Si je pouvais dormir, même quelques heures, la douleur de mon ventre se tairait peut-être. Mais la paix, chez nous, n'existait pas.

La porte s'ouvrit brusquement dans un fracas. Avant que je ne puisse réagir, une main s'empara de mes cheveux. Draven.

« Elle a pris l'argent, » cracha-t-il. « Demande-lui, Père. »

Je vis la silhouette de mon père dans l'encadrement. Son regard me traversa comme une lame. Deux contre moi. J'étais fichue. Une pensée absurde me traversa : j'espérais que Max penserait à m'enterrer quelque part loin d'eux.

« Tu as pris l'argent, Blue ? » demanda Père d'une voix glaciale.

Cette voix-là, celle qui ne montait pas, me terrifiait plus que tout. Quand il criait, je savais à quoi m'attendre. Mais quand il parlait ainsi, calmement, il devenait monstrueux. La dernière fois, il m'avait saisi la main et l'avait enfoncée dans la cheminée, me la maintenant dans les braises malgré mes hurlements. Ce n'est que l'intervention d'un voisin qui m'avait sauvé la main.

« Quel argent ? » soufflai-je, incapable de comprendre. Je ne prenais jamais leur argent - même pas pour acheter des médicaments ou des choses essentielles.

« Cinq cents dollars. Dans le deuxième tiroir de ma table de nuit. Tu les as pris ? »

« Non. »

Le poing partit avant même que j'aie fini de parler. Il m'atteignit à la gorge. Une douleur fulgurante m'explosa dans le cou. J'eus l'impression que mes os se fendaient. J'essayai de respirer, en vain.

« Menteuse ! » rugit Draven.

À cet instant, je compris que c'était lui, le voleur. Mais Père ne me croyait pas.

« Je... je ne mens pas, » réussis-je à articuler en suffoquant.

Draven grogna : « Elle ment, Père ! Cette catin ! »

« C'est faux ! » criai-je, la voix éraillée.

Draven me saisit par les cheveux et me tira en arrière si fort que je crus que mon cuir chevelu allait se déchirer.

« Doucement, » dit Père d'un ton mesuré. « Elle comprendra bientôt. »

Un sourire froid effleura ses lèvres. « J'ai trouvé notre premier client. »

Mes yeux s'écarquillèrent. Je crus d'abord avoir mal compris. Mais non... je savais de quoi il parlait. J'avais entendu leurs discussions deux jours plus tôt, leurs chuchotements sur "gagner de l'argent autrement". J'avais espéré que c'était une de leurs folies passagères.

« Combien il paie ? » demanda Draven en retenant mes cheveux d'une main.

« Cent dollars pour deux heures. »

Draven ricana. « Pas assez. Dis-lui cent cinquante. »

« Ce n'est que le début. Si tout se passe bien, on pourra faire plus, » répondit Père avec calme.

Un frisson d'horreur remonta le long de ma colonne vertébrale.

« Tu parles de moi, n'est-ce pas ? » balbutiai-je.

Draven eut un sourire tordu. « Exactement, petite sœur. Père et moi, on pense que ton corps pourrait enfin rapporter quelque chose. »

Mon cœur s'emballa. « Non... »

« Si, » trancha Père. « Si tu refuses, tu ne serviras plus à rien ici. »

« Alors je partirai. Je m'en irai ce soir, et je ne reviendrai jamais. »

Il ricana. « Tu crois que je t'ai gardée en vie pour rien ? »

« Tu veux vendre mon corps ? » hurlais-je, les larmes montant malgré moi. « Je préfère mourir que d'être le jouet d'un inconnu ! »

« Ferme-la, sale traînée ! » Draven me tira de nouveau les cheveux, son souffle brûlant contre mon visage.

Je me débattis, folle de rage et de peur. « Lâche-moi, espèce de monstre ! Pourquoi ? Pourquoi me fais-tu ça ? Je n'ai rien fait de mal ! »

Il colla sa bouche à mon oreille. « Tu vas adorer ça, ma chère sœur... »

Sans réfléchir, je levai le bras et le frappai. Mon poing heurta son menton dans un claquement sec.

« Comment oses-tu- ! »

Il attrapa ma tête, prêt à la cogner contre le lit, mais une voix venue du rez-de-chaussée le coupa net.

« Raphaël ! Quelqu'un veut te voir ! » appela ma mère.

Sa voix... douce, presque mielleuse. Ce ton-là, elle ne l'utilisait jamais. Pas avec nous. C'était forcément quelqu'un d'important.

Père relâcha la pression. « Draven, descends. Je ne veux pas qu'on entende ses hurlements. » Il me lança un regard de dégoût, comme s'il contemplait une chose répugnante.

Draven me lâcha en ricanant et sortit, claquant la porte derrière lui.

Je restai là, tremblante, repliée sur moi-même. Mes genoux pressés contre ma poitrine, j'éclatai en sanglots. Je ne voulais plus pleurer, mais les larmes coulaient malgré moi. En bas, des voix étouffées montaient, trop basses pour que je distingue des mots. Peu de gens franchissaient notre porte - à part le dealer, un homme massif à la moustache épaisse.

Une heure s'écoula. Des pas montèrent l'escalier. Je me glissai sous la couverture, feignant le sommeil.

« Blue, descends, » dit une voix. C'était Mère.

Elle semblait joyeuse, presque exaltée. Ce ton-là me glaça.

« Pourquoi ? » demandai-je d'une voix rauque.

« Viens, viens, » répondit-elle en m'attrapant par le bras. Sa poigne n'était pas aussi brutale que celle des autres, mais ferme.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » insistai-je.

Elle ne répondit pas. Son sourire demeura figé, presque inquiétant. Elle me fit descendre jusqu'au salon.

Je m'arrêtai sur le seuil. Père et Draven étaient là, silencieux. Mais il y avait aussi un autre homme.

Et ce que je vis dans ses yeux me fit comprendre, sans un mot, qu'il incarnait le péché lui-même.

Chapitre 3 Chapitre 3

Je n'avais jamais vu un homme pareil. Appuyé nonchalamment contre le mur, il me fixait sans ciller, de ce regard profond et brûlant qui semblait fouiller jusqu'au fond de mon âme. Jamais personne ne m'avait observée ainsi - avec autant d'assurance, de force et d'indifférence mêlées.

Il dominait la pièce par sa seule présence. Immense, même comparé à Draven qui dépassait pourtant la plupart des hommes, il dégageait une impression d'autorité tranquille, presque écrasante. La chemise blanche qu'il portait épousait la musculature ferme de ses bras et de ses épaules. Deux boutons ouverts révélaient un aperçu de sa poitrine, comme une provocation muette. Son visage long et impassible n'exprimait aucune émotion. Il n'y avait dans ses traits que dureté et froideur, une beauté dangereuse qui vous glaçait le sang.

Ses cheveux noirs tombaient légèrement sur son front, aussi sombres que ses yeux. Ces derniers, d'un noir d'encre, semblaient absorber toute lumière. Sa mâchoire taillée au couteau renforçait cette impression de puissance crue, sans pitié.

Quand son regard glissa lentement le long de mon corps, je sentis la honte m'envahir. Mon apparence me trahissait : peau meurtrie, marques anciennes et récentes, cheveux emmêlés que Draven avait tirés si souvent qu'ils ressemblaient à un nid de corbeaux. Je savais à quoi je ressemblais - à une ombre, à une fille usée avant d'avoir vécu.

« C'est ma fille », déclara mon père d'un ton satisfait, un sourire rare se dessinant sur ses lèvres.

« Elle a un corps agréable, dit ma mère avec une joie malsaine. Elle est peut-être menue, mais je suis sûre que tu trouveras chez elle tout ce qu'il faut. »

Ses mots me frappèrent comme un coup en plein ventre. La réalité me heurta avec une violence telle que j'en eus le souffle coupé. Me présentaient-ils... comme une marchandise ? Mon estomac se retourna. Mes yeux se remplirent de larmes brûlantes, mais la colère les empêcha de couler.

« Qu'est-ce que tu racontes ? » lançai-je d'une voix tranchante.

Ma mère me pinça brutalement le bras pour me faire taire, tout en gardant son sourire hypocrite.

« Tu la veux pour combien de temps ? » demanda Draven avec un ton de négociant, comme s'il parlait d'un objet.

« Je ne veux pas la louer, » répondit l'homme d'une voix grave et égale. « Je veux l'acheter. Pour toujours. »

Je crus que j'avais mal entendu.

« Elle n'est pas à vendre ! » protesta Draven aussitôt. « On la loue, c'est tout. »

« Je vous donnerai la somme que vous voudrez, » dit-il calmement, sans détourner les yeux de moi.

Mon père croisa le regard de Draven, et je vis dans le sien le calcul froid de l'avidité.

« Raphaël, je pense qu'on devrait accepter, » intervint ma mère. « Cette fille ne nous sert à rien. »

Mon cœur se serra si fort que j'eus l'impression qu'il allait se fendre. Tout se brouillait autour de moi : les voix, les visages, même la lumière semblait s'éteindre.

« Combien proposes-tu ? » demanda finalement mon père.

« Avant de parler prix, » ajouta Draven, « tu dois savoir qu'elle est pure. Elle n'a jamais été touchée. Ça augmente la valeur, non ? »

L'homme ne cilla pas. « Dix millions. »

Un silence glacé suivit. Puis Mère poussa un petit cri d'excitation tandis que les doigts de Draven tremblaient.

« Marché conclu, » dit Père sans hésiter. « Elle est à toi. Tu peux en faire ce que tu veux. »

Je me redressai brusquement, la rage explosant enfin. « J'irai à la police ! Vous paierez tous pour ça ! »

Draven s'élança vers moi, la main levée. Mais avant qu'il ne puisse me toucher, un bruit sec retentit : l'étranger venait de lui saisir le poignet et de le tordre d'un geste net. Draven hurla.

« Elle m'appartient désormais, » dit-il d'une voix basse et terrible. « Si tu la touches encore, je te brise le bras. Elle n'est plus rien pour vous. Plus jamais. »

Ses yeux plongèrent dans les miens. Il y avait dans ce regard une autorité si absolue que je me sentis pétrifiée.

« Va dans ta chambre, » ordonna-t-il. « Prends seulement ce qui t'est indispensable. Pas de vêtements. On part dans dix minutes. »

Je n'eus pas la force de répondre. J'obéis machinalement, le cœur battant à tout rompre. Cet homme ne pouvait pas être mon salut - il ne pouvait être qu'un autre enfer. Mais au fond, je savais aussi que rester ici, c'était pire. Au moins, dehors, j'aurais une chance de fuir.

Je gravis les marches en silence. Dans ma chambre, le vide m'accueillit. Tout semblait mort : l'air, les murs, moi-même. Je m'assis un instant sur le bord du lit, sentant mes membres trembler. Les larmes finirent par tomber, silencieuses. Même Max n'était pas venu me dire adieu. Où était-il passé ?

Je levai les yeux vers la fenêtre. La pluie dessinait des traînées sur la vitre. Cet endroit avait été ma prison et, malgré tout, une part de moi s'y accrochait. Je pris une grande inspiration et me levai. J'avais décidé : je partirais. Et si j'en avais l'occasion, je m'enfuirais.

Je passai dans la salle de bains. Mon reflet dans le miroir me fit frissonner. Les bleus, les coupures, les traces sur mes poignets racontaient mieux que moi ce que j'avais vécu. Aucun fard ne pourrait dissimuler cette laideur imposée. J'essuyai mes joues, inspirai profondément et redescendis.

En bas, Mère me jeta un regard feintement ému. « Tu ne prends rien ? » demanda-t-elle, faussement attendrie.

« Comme si j'avais quelque chose, » murmurai-je avec amertume.

« Elle a volé de l'argent, c'est sûr, » cracha Draven.

« Ferme-la ! C'est toi le voleur. Et maintenant, tu viens de me vendre. Dix millions, Draven. Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? »

Je franchis la pièce d'un pas décidé, ignorant leurs regards. L'homme s'approcha, ouvrit la porte et me fit signe de sortir. L'air frais et la pluie me giflèrent le visage.

« Dix minutes de marche à travers la forêt, » dit-il simplement.

Je restai muette, le regard fixé sur l'obscurité devant nous. J'étais petite à côté de lui, fragile comme une brindille sous la tempête. S'il décidait de me retenir, je n'aurais aucune chance. La façon dont il avait maîtrisé Draven en un geste m'avait glacée.

« Regarde-moi, Blue, » dit-il soudain.

J'hésitai, puis levai les yeux vers lui. Entendre mon prénom dans sa voix fit battre mon cœur plus vite, sans que je sache pourquoi. Ses pupilles, noires et profondes, semblaient avaler la nuit. Il n'y avait aucune lumière en elles, et pourtant je ne pouvais détourner le regard.

« Ne pense même pas à t'enfuir, » dit-il calmement. « Je te retrouverais avant que tu n'aies parcouru un kilomètre. Et maintenant que je t'ai vue, tu ne m'échapperas plus jamais. »

Ses mots me firent frissonner, comme un courant d'air glacé sur ma peau mouillée.

« Mais écoute-moi bien, » ajouta-t-il plus doucement. « Tu es en sécurité, désormais. Peu importe ce qu'ils t'ont fait, personne ne te fera plus jamais de mal. Pas tant que tu seras avec moi. »

Je déglutis difficilement. « Je ne suis pas en sécurité avec toi non plus. »

Un sourire effleura ses lèvres, léger, presque imperceptible. « Si, Blue. Tu le seras. Et tu seras plus heureuse, aussi. »

Son regard se posa sur mes poignets meurtris, et pour la première fois, j'y crus percevoir autre chose que de la froideur - une ombre de tristesse peut-être.

Je voulus hurler : Tu viens de m'acheter ! Mais ma voix s'éteignit avant d'atteindre mes lèvres.

« Je t'ai achetée, oui, » dit-il comme s'il avait lu dans mes pensées. « Mais pas pour ce que tu crois. »

« Pour faire de moi ton esclave ? » soufflai-je.

Il secoua lentement la tête. « Non. »

Je ne le crus pas. Tous les hommes mentaient. Pourquoi celui-là serait-il différent ?

Je le regardai avec toute la rage que j'avais gardée enfouie, la gorge serrée. « Alors pourquoi ? Pourquoi m'avoir achetée ? Tu veux me posséder, me frapper, m'utiliser ? Tu veux faire de moi ton jouet et me tuer ensuite, c'est ça ? Tu es leur premier client, n'est-ce pas ? Celui qu'ils attendaient ! »

Ma voix tremblait autant que mon corps. Toute la douleur, toute la haine, tout le désespoir se déversaient en un flot incontrôlable.

Il me fixa longuement, sans colère, sans ironie. Puis il répondit, simplement :

« Non, Blue. »

Un silence s'étira. La pluie tombait plus fort.

« Je te veux comme épouse. »

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022