Dimanche 15 octobre, 5h du mat'
Cher journal intime,
C'est la dernière fois que je te parle ce soir.
J'en suis désolée d'avance...
Mais aujourd'hui, je me dis qu'il serait temps pour moi de cesser de te raconter mes malheurs. Tout ceci ne peut plus durer je dois arrêter de m'apitover sur mon sort.
Avery m'a repoussée.
Je suis désespérée. Anéantie. Complètement déprimée. Et en colère aussi ! Il a tout gâché!
Huit ans! Tu te rends compte? Ça fait huit ans que je suis éperdument amoureuse de lui. Huit ans durant lesquels j'ai essayé par tous les moyens de le faire succomber J'ai bien cru que j'avais réussi ma mission, mais voilà ce qu'il m'a dit ce soir après son concert :
« Je n'suis pas un mec pour toi, Shav... Oublie-moi. »
Après m'avoir embrassée et touchée comme j'en ai souvent rêvé, il s'est cassé, le salaud !
Avery a décidé de mettre un terme à notre histoire alors qu'elle avait à peine commencé. Je pensais vraiment que j'allais vivre des moments exceptionnels avec lui...
Il est 5h du matin quand je t'écris ces mots. Depuis plus de quatre heures maintenant, je pleure comme une madeleine, allongée sur mon lit, dans la pénombre où seule une petite lampe de poche éclaire ma chambre. Je n'arrive pas à chasser ma tristesse et je sais que les jours qui viennent ne vont guère être meilleurs.
Mais malgré tout, ce n'est pas pour autant que je vais tout laisser tomber ! Non ! Je n'ai pas dit mon dernier mot. Avery a des sentiments pour moi, et il est hors de question qu'il les chasse parce qu'il croit que je ne suis pas pour lui. Lorsque je le reverrai, je lui ferai face. Et peu importe les conséquences !
Je suis prête à tout pour ce mec !
Qui sait? Peut-être que je viendrai ?
Shay
Huit ans plus tôt...
Le soleil est en train de se coucher et un vent affreux vient d'apparaître. Un frisson m'envahit, mais bien que des éclairs zèbrent le ciel et que le tonnerre gronde au loin, ce n'est pas pour autant que j'ai envie de rentrer. Je veux rester dehors. Rester pour lui.
Assise sur un muret devant le magnifique jardin de mon oncle Emery et ma tante Amy, je l'observe jouer au ballon avec mon cousin Eden. Il est vêtu d'un banal sweat à capuche et d'un jean dans les tons foncés. Je le trouve beau. Son visage est plutôt fin. Il a des veux d'un marron noisette aux nuances caramé-lisées, des cheveux d'un noir profond en bataille, et des fossettes qui se creusent sur chacune de ses joues lorsqu'il sou-rit. Je ne sais rien sur lui. Seul son prénom résonne incessamment dans ma tête : Avery. Un mystérieux garçon qui doit avoir à peu près l'âge de mon cousin. J'ai envie de connaître plein de choses à son sujet, mais bien que des questions effleurent mes lèvres, je n'ose pas lui demander quoi que ce soit. Il m'inti-mide.
Les jambes dans le vide qui se balancent d'avant en arrière, je le contemple sans vergogne. Ma bouche s'étire sans cesse pour sourire. Il me fascine. Chaque fois que nos regards se croisent, ma peau se couvre de chair de poule. Quelque chose m'intrigue chez lui. Même s'il dégage un côté sombre et froid, j'ai la sensation qu'il n'est pas méchant pour un sou. Aucune ombre de malveillance ne colore ses prunelles, Avery semble être quelqu'un de bien. Oui, je l'ai deviné dès que nos yeux se sont ren-contrés. Jamais il ne s'est moqué de moi. Jamais il ne m'a dévisagée. Jamais il ne m'a posé une seule question. Ce garçon est différent. Différent de tous les garçons de mon âge que je côtoie. Différent parce qu'il ne se comporte pas comme eux. Il se fiche de mon handicap apparemment, ça lui est égal.
L'orage se met à gronder très fort d'un coup et une pluie abondante vient s'abattre sur nous. Oh non! Je n'ai pas envie de rentrer m'abriter, mais je n'ai pas le choix malheureusement, si je ne veux pas me faire disputer par mes parents.
Triste de devoir les quitter, je cours jusqu'à la maison, affronte la tempête en grimaçant, tête baissée vers le sol tout en espérant que les garçons me suivent. Je veux en savoir plus sur Avery, lui poser toutes les questions qui fusent dans mon cer-veau.
Je jette un coup d'œil derrière moi et me rends compte qu'il continue à jouer au ballon avec mon cousin, sans se soucier de ce temps désastreux. Déçue, je rentre dans la bâtisse. Mon Dieu! Je suis trempée de la tête aux pieds, ma robe à fleurs me colle à la peau et la pluie qui s'est infiltrée dans mes cheveux dégouline dans mon dos.
Je tremble. J'ai froid.
Ne sachant pas quoi faire, je reste quelques minutes dans le couloir à chercher ce que je vais bien pouvoir raconter à mes parents. Ils vont me tuer. J'ai désobéi à ma mère qui m'avait pourtant prévenue de ne pas sortir. Elle doit croire que je joue sagement à l'étage dans la salle de jeux. A vrai dire, je m'en-nuyais, et lorsque j'ai vu Eden qui s'amusait avec ce garçon mystérieux, j'ai eu envie d'aller les rejoindre.
Finalement, je prends mon courage à deux mains pour les affronter, en marchant tel un escargot vers le salon jusqu'à ce que j'entende des voix derrière moi. Le cœur battant la cha-made, je me retourne brutalement et découvre mon cousin ainsi que ce garçon qui me fascine tant. Mes lèvres s'élargissent immédiatement dans un sourire. Il est dans le même état que moi, trempé comme s'il venait de se ieter tout habiller dans une piscine. Eden me scrute de bas en haut en remuant sa bouche bizarrement, avant de grimper les escaliers qui mènent à l'étage, me laissant seule avec son pote pour mon plus grand bonheur. Nous restons l'un face à l'autre sans piper mot. Je le trouve encore plus beau de si près. Ses yeux me fascinent. Ils m'hypnotisent tellement que je me retrouve toute chancelante d'un coup.
- Tout va bien ? me questionne-t-il en se rapprochant de moi, l'air inquiet tout en fronçant les sourcils.
Je sursaute à l'intonation de sa voix qui me transmet des frissons le long de mon échine, et je hoche la tête en lui adressant un rictus timide.
- Tu dois avoir froid, ajoute-t-il en me prenant la main.
Je suis tellement près de lui à cet instant que je ne résiste pas à l'envie de humer son odeur. Les effluves de son parfum masculin qui me parviennent jusqu'aux sinus me font planer davan-tage. Il sent bon le caramel.
- Allez, viens avec moi, princesse, me lance-t-il soudainement avant de m'offrir un sourire aussi magnifique que celui d'une star.
Mon cœur se met à battre avec frénésie dans ma poitrine. Je rêve?
- Tu vas attraper la crève si tu restes comme ça. Il te faut quelque chose de sec.
Encore sous le choc qu'il m'ait attribué ce tendre surnom, J'acquiesce simplement d'un mouvement de tête et le laisse m'embarquer avec lui dans son sillage, grimpant quatre à quatre les marches des escaliers.
- T'es trempée jusqu'aux os, me chuchote-t-il une fois dans la chambre de mon cousin. T'aurais pas dû venir dehors.
Il se retourne vers Eden et lui demande s'il a un vêtement à me prêter. Celui-ci se dirige vers son dressing, et en sort un de ses tee-shirts, que je trouve affreux, pour les fans du groupe AC/DC.
- Tiens, p'tit monstre. Va te changer dans la salle de bains, m'ordonne-t-il en me le balançant en plein visage.
Eden aime bien m'appeler « p'tit monstre ». Je trouve ce surnom débile, il ne me correspond pas du tout. Même si je n'obéis pas toujours à mes parents, je suis la plupart du temps une fille très sage. Loin d'être un monstre comme il aime tant me qualifier... Seulement Eden adore passer son temps à me charrier. Je suis un peu comme sa petite sœur. Il me protège et me rassure quand j'en ai besoin, joue avec moi et me taquine lorsqu'il s'ennuie.
- Arrête de m'appeler comme ça, je suis angélique! rétorqué-je avant de lui tirer la langue.
Je l'entends rire alors que je me dirige vers la salle de bains à grands pas. Je l'adore, même si parfois il peut se révéler bien chiant. Fort heureusement, c'est souvent de courte durée. Bien qu'il dégage un côté rebelle sur les bords, il est avant tout quelqu'un de respectueux. Lorsqu'il s'aperçoit qu'il va trop loin, il vient s'excuser et me dit qu'il ne recommencera plus. Je lui pardonne à chaque fois, mais je reste quand même sur mes gardes. Eden est quelqu'un de très taquin et ne peut s'empêcher de revenir à la charge régulièrement.
Une fois dans la salle de bains, je m'empresse d'ôter ma robe trempée, fouille dans une armoire et en sors une serviette. Je m'essuie vite fait avant d'enfiler le tee-shirt de mon cousin, qui est bien trop grand pour moi. Il m'arrive pratiquement aux genoux. J'ai l'air ridicule, je ressemble à un sac à patates là-dedans. Mais tant pis, je suis au sec après tout. C'est l'essentiel.
Et je me sens beaucoup mieux, plus à l'aise et surtout sur mon petit nuage, car Avery a pris soin de moi. Mais lorsque j'entends maman m'appeler, l'angoisse vient de nouveau m'enva-hir.
Que vais-je lui raconter?
La vérité... Je crois que je n'ai pas le choix !
Je déglutis lorsque je sors puis décide d'aller la rejoindre. La voix qui transpire l'inquiétude, elle m'appelle de la salle de jeux qui se trouve au fond du couloir. Même si je sais que je vais me faire gronder, je cours vers elle afin d'aller la rassurer au plus vite. Mais maladroite comme je suis, je me retrouve rapidement sur les fesses au milieu du couloir.
Aie !
Sans que je puisse le retenir, un cri aigu sort de ma gorge.
C'est pas vrai ! Je grimace et alors que j'essaie de me relever, une main immense se dresse devant moi. Le cœur battant toujours la chamade, je relève le visage lentement. Mes yeux plongent dans ceux d'Avery, qui me sourit d'un air bien-veillant. J'ai l'impression de rêver encore une fois. Mon prince charmant est venu me secourir comme dans mes Walt Disney favoris! Et en plus, il est sans tee-shirt dorénavant! Oh mon Dieu !
- Ca va ? Tu ne t'es pas fait mal ?
Je secoue la tête pour lui faire comprendre que je n'ai rien.T'es sûre? s'inquiète-t-il en fronçant les sourcils.
- Oui, réponds-je en lui tendant mon bras. Tout va bien !
Il sourit et je l'imite. Je suis tellement hypnotisée par ce beau gosse que je ne me rends pas compte sur le moment que je viens de lui tendre mon mauvais bras. Son regard change tout à coup. Il bloque sur ma prothèse comme s'il n'avait jamais rien vu d'aussi étrange. Je me sens subitement mal à l'aise. Ressent-il du dégoût? Est-il effrayé ? Je ne sais pas quoi penser et pour être honnête, j'ai peur de m'être trompée sur lui. Oui, j'ai peur qu'il se moque de moi comme certains le font parfois. Mais finalement... Ça ne se passe pas de la façon dont je l'imagi-nais. S'apercevant que la panique me submerge, il s'empresse d'enrouler ses doigts autour de ma prothèse et m'aide à me relever. Je suis proche de lui, presque collée contre son corps qui sent merveilleusement bon. Des picotements envahissent mes joues et mon cœur continue sa course folle. J'ai honte.
- N'aie pas honte, me susurre-t-il en me lâchant. Tu es une très jolie fille, princesse.
Il me décoche un clin d'œil. Je me sens rougir. A-t-il lu dans mes pensées ?
- Les petits défauts font souvent de belles personnes, et tu en es une, me chuchote-t-il à l'oreille d'une voix enveloppante.
Sur ces derniers mots, il recule tout en me gratifiant d'un rictus à se damner avant de rejoindre Eden dans sa chambre. J'en suis encore bouche bée. Ma prothèse ne l'a même pas écœuré.
Sait-il ce qu'il m'est arrivé? Peut-être que mon cousin lui a parlé de mon handicap ? Ou il a peut-être pitié de moi? En réa-lité, je n'en sais strictement rien, mais une chose est sûre, je suis tombée sous son charme.
Je rejoins ma mère dans la salle de jeux après m'être remise de mes émotions. Je remarque qu'elle est blanche comme un linge. Elle fouille partout dans la grande pièce à ma recherche en criant après moi. Lorsque je lui signale que je suis là en lui tapotant le dos, elle se retourne brusquement et m'enveloppe instantanément de ses bras, soulagée. Je m'en veux de lui avoir fichu les jetons. Ma mère est toujours aux petits soins pour moi. Elle me protège tout le temps.
Limite un peu trop parfois...Tu m'as foutu la trouille, Shay.
Je suis désolée, maman.
Elle m'adresse un rictus et me contemple de la tête aux pieds en prenant un air dubitatif.
Oups! C'est le moment de vérité. Elle va me gronder, mais tant pis. Ça en valait la peine après tout.
Ce soir-là, elle m'a fait la morale et m'a ordonné de rester près d'elle jusqu'à ce qu'on reparte. Même si je n'étais pas fière de moi sur ce coup-là, je ne pouvais pas m'empêcher d'être toujours ailleurs. Je ne pensais qu'à Avery, à tout ce qu'il m'avait dit. Je n'espérais qu'une chose depuis : le revoir pour apprendre à le connaître davantage. Il était devenu celui qui hantait mes pensées du matin au soir.
Avery
De nos jours...
Suis-moi, me souffle Shay à l'oreille, une main posée sur mon épaule. J'ai quelque chose d'important à te montrer.
Elle me caresse doucement le bras avant de se diriger vers le couloir tout en faisant exprès de rouler du cul. Putain... Je me fais violence pour ne pas la bloquer dans un coin. Cette nana veut ma mort. Je devrais tourner la tête ou zieuter quelque chose d'autre afin de ne pas m'attirer d'ennuis.
Malheureusement, je n'y parviens pas. C'est plus fort que moi, je suis hypnotisé par cette fille.
- Allez, viens, insiste-t-elle en se retournant sans jamais cesser de marcher.
Dès qu'elle me lance un clin d'œil, je comprends rapidement ce qu'elle mijote. Les pulsations de mon cœur grimpent en flèche. Je sens que je vais craquer, putain!
Non, résiste, me chuchote ma conscience...
Toutefois, je n'ai pas envie de l'écouter aujourd'hui. Non, j'ai envie de m'autoriser une folie.
Bon sang... Je risque gros si je fais ça!
J'inspire un grand coup, et tout en buvant une lampée de bière, je reluque ses fesses bien moulées dans sa robe noire à dentelle. Ma queue durcit immédiatement dans mon froc. Elle va me rendre cinglé. Je sais ce qu'elle désire : MOI! Seulement, je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de la suivre. Que dois-je faire ? Écouter mon cœur? Ou la petite voix dans mon cerveau qui m'ordonne de rester avec mes potes?
J'abandonne ma canette sur la table tout en zieutant autour de moi. Je suis rassuré qu'il n'y en ait aucun qui ne prête attention à nous. Ils sont bien trop concentrés à papoter de notre futur concert.
Je soupire tout en plongeant mes doigts dans ma tignasse négligée.
Pour être honnête, je n'en peux plus de lutter comme ça. Ça devient une calamité. Un calvaire. À la limite du supportable.
J'aime cette nana depuis des années. Des années que je lutte pour ne pas commettre l'erreur fatale.
Des années que je tente de chasser les sentiments que j'ai pour elle dans les bras d'autres gonzesses.
Sans succès malheureusement. Je l'ai toujours dans la peau. Cette fille me fascine. Et ce, depuis le premier jour où j'ai posé les yeux sur elle. Elle n'avait que dix ans pourtant, mais elle avait réussi à me charmer avec ses iris de différentes couleurs, un d'un marron noisette, et l'autre d'un bleu océan. Je l'ai trouvée rayonnante et adorable. Timide et sensible en même temps. Son handicap y était sûrement pour quelque chose. J'avais comme une immense envie de la prendre dans mes bras, de la réconforter, de la câliner. Cela dit, elle n'avait pas l'air malheureuse... Mais une part de moi voulait le faire. Elle respirait l'insouciance. Ce soir-là, quand elle me regardait jouer au foot avec son cousin, j'avais ressenti un truc. Un truc étrange que je ne saurais pas expliquer. Je n'étais pas tombé amoureux d'elle, mais j'avais comme le besoin de la protéger. Comme un grand frère peut-être. Enfin bref... C'est ce que je pensais au début. Au fil du temps, je me suis rendu compte que les sentiments que j'avais pour cette fille avaient changé. Ils étaient devenus plus forts. Plus terrifiants! Terrifiants dans la mesure où j'avais l'interdiction de la toucher. Eden a tout le temps été très clair sur ce point.
Le souci, en réalité, c'est que j'ai fait une promesse, et si je ne m'y tiens pas, je risque de perdre l'amitié de mon meilleur ami. Or, je n'ai pas envie que ça se produise. Eden est mon pote depuis presque toujours, et également le guitariste du groupe de rock que nous avons formé il y a une dizaine d'années de ça maintenant. Je le connais depuis mon enfance. On a sympathisé très vite grâce à notre passion : la musique. Plus jeune, j'allais chez lui chaque week-end, et j'ai eu la chance de côtoyer toute sa famille. Eden a trois cousines, Willow, Clara et Shay. Tout ce beau monde n'est autre que la progéniture chérie des membres des Hot Devils, un groupe de rock mondialement connu. Lorsque les trois filles sont devenues ados, Eden nous a demandé, à Ashton et à moi, de ne jamais sortir avec l'une d'entre elles si on souhaitait conserver notre amitié avec lui.
Trop protecteur, ce gars...
Mais en réalité, ce petit malin savait comment on se comportait avec les meufs... On n'était pas des anges, on aimait avant tout se faire plaisir sans s'attacher à l'une d'entre elles. Enfin Ashton, le batteur de notre groupe, est pire que moi... Quoique non... Toujours est-il que j'ai l'interdiction d'approcher Shay. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé de tirer un trait sur elle. J'y suis parvenu pendant six mois dans les bras d'Ariana. Cette fille avait vraiment tout pour me plaire. D'une, elle avait un physique qui me faisait rêver. De deux, elle était intelligente. Et de trois, elle était putain de douée au pieu, bordel de Dieu! Que demander de plus? J'aurais pu m'en contenter, surtout qu'elle était folle amoureuse de moi. Eh bien non! Il a fallu que je foute tout en l'air. Je n'éprouvais pas les mêmes sentiments qu'elle, tout ça parce que la diablesse Shay avait pris possession de mon cœur. Et ce... depuis bien longtemps.
Je pousse un long soupir tout en fermant un instant les paupières afin de tenter de me ressaisir. Mais lorsque je rouvre les yeux, c'est pire. Elle est en train de m'envoyer un sourire de petite effrontée. Je ne vais jamais y arriver... Il faut qu'elle arrête de me provoquer comme ca!
Je lui adresse un regard sévère pour lui faire comprendre de cesser ça tout de suite. Elle ne trouve pas mieux que de ricaner.
C'est bon, j'ai compris. Je suis foutu! Foutu, car je sais très bien ce qui va se passer...
-Eh, mec! T'as entendu ce qu'on a dit? m'interroge Ashton en me tapotant légèrement l'épaule.
Je tourne la tête vers lui, le cœur battant.
- Nan... J'ai pas suivi. Vous disiez quoi?
Il émet un petit rire.
- Avoue que tu étais captivé par le cul de Shay, me murmure-t-il à l'oreille avant de me sourire de toutes ses dents.
Je le toise d'une façon meurtrière, ce qui le fait rire davantage, attirant le regard d'Eden vers nous.
- Tu veux ma mort ou quoi? lui chuchoté-je lorsqu'Eden reporte son attention sur sa meuf.
- C'est bon, calmos mon pote! Y'a pas mort d'homme. Je voulais juste déconner, me rassure-t-il avant de prendre son verre de bière en main.
II me dédie un clin d'œil, mais ce n'est pas pour autant que je parviens à me détendre.
Ashton est le seul qui sait que j'éprouve des sentiments pour Shay. Je le lui ai révélé le mois dernier parce que je n'arrivais plus à garder ça pour moi. Même si je sais qu'il l'avait deviné depuis un long moment, il fallait que j'en touche un mot a quelqu'un.
- Bon... vous étiez en train de parler de quoi au juste? le questionné-je en jetant un regard discret vers le couloir où j'aperçois Shay qui me contemple, ce coup-ci avec le bout de son index entre les lèvres tout en papillonnant des cils.
Elle m'emmerde, sérieux!
- Eden disait que ça serait cool de passer les vacances de Noël dans les Hamptons. T'en penses quoi, toi?
Lorsque j'observe dans la direction d'Eden, je remarque qu'il me toise d'une façon étrange, comme s'il me soupçonnait de quelque chose. Il n'est pas dupe. Il a bien compris qu'il y a un truc avec sa cousine.
Comme si de rien n'était, je ne le calcule plus et réponds à mon pote tout en saisissant une poignée de cacahuètes :
- Ouais... Ca pourrait être cool. Que prévoyez-vous de faire là-bas?
- Enfiler des perles, ricane-t-il tout en passant un bras autour des épaules de Love, sa copine.
Il lui mordille l'oreille et celle-ci rigole comme une sotte avant de l'embrasser comme si ça faisait une éternité qu'ils ne s'étaient pas vus. Je ne peux m'empêcher de sourire. Ces deux-là filent le parfait amour depuis quelques mois maintenant. Les veinards... Je suis le seul à être célibataire. Eden, lui est en couple depuis plus d'un an avec Lexie, la chanteuse de notre groupe et envisage d'habiter avec elle d'ici peu. Il me l'a révélé la semaine dernière, et compte bien lui en parler ce soir, après notre concert.
J'ai pensé qu'on pourrait visiter le phare de Montauk et aussi un peu la ville par exemple, intervient justement celle-ci.
Elle me sourit tout en massant le cuir chevelu d'Eden.
- Pendant combien de temps? le questionné-je en jetant un nouveau regard vers Shay qui frappe du pied sur le sol, les poings sur les hanches, impatiente que je la rejoigne.
- Une semaine, m'annonce Eden. J'ai demandé à mes parents s'ils voulaient bien nous prêter leur maison à Southampton, et ils sont OK. T'es partant?
Mes lèvres s'élargissent un tantinet pour lui sourire.
- Ouais, ça me tente... J'ai rien de prévu de toute façon.
- Parfait alors, sourit-il à son tour avant de jeter une poignée de cacahuètes dans sa bouche.
Ca ne me pose aucun problème en effet. Je suis prof de musique dans un collège de New York, et j'ai la chance d'avoir pas mal de vacances scolaires.
Mais... Je me demande si c'est une bonne idée d'y aller. Si Shay vient également, je risque de ne pas savoir me contrôler. D'ailleurs, en pensant justement à elle... Je la vois souffler ostensiblement et sortir de la baraque.
Je finis ma bière d'un trait, enfile mon cuir et me lève, mais j'ai à peine fait un pas qu'Eden m'interpelle :
- Où vas-tu comme ca?
Teve un œil inquisiteur vers moi.
- Passer un coup de fil, mens-je affreusement.
Ses sourcils se froncent.
- À qui?
Je ricane.
- T'es bien curieux, réponds-je avant de déguerpir du salon.
Je trace ma route sans prendre la peine d'attendre sa réaction, et m'aventure dehors. Un frisson m'envahit. Il caille.
Tout en suivant Shay de loin, j'allume une clope et observe ses hanches qui roulent au rythme de ses pas. Lorsqu'elle incline la tête vers moi tout en affichant un rictus qui ne fait qu'empirer la chaleur dans mon calecon, je ne peux m'empêcher de lui sourire à mon tour. Cette nana me fait un effet énorme simplement par son regard. II faut dire aussi qu'elle est parfaite à mes yeux. D'une, parce qu'elle est d'une beauté à couper le souffle et de deux, parce qu'elle a un caractère qui me plaît énormément. Si je l'ai connue timide et réservée quand elle était jeune, je peux dire qu'elle est tout l'opposé dorénavant. C'est une fille qui se montre la plupart du temps audacieuse pour obtenir ce qu'elle désire.
Elle n'hésite jamais à me faire du rentre-dedans. Même si je suis souvent tenté de la découvrir bien plus qu'amicalement. j'ai toujours réussi à garder mes mains dans mes poches jusqu'à présent.
Mais depuis qu'elle me travaille au corps, j'ai de plus en plus de mal à résister, alors peut-être pas ce sOIr..
Shay poursuit son chemin en contournant la maison, déambule dans le somptueux jardin d'Emery et Amy Torres, puis pénètre dans le bâtiment du fond, là où je répète avec mes potes. Légèrement nerveux, j'écrase ma clope par terre et entre à mon tour. Je longe le couloir en fourrageant dans ma crinière, ébouriffant un peu plus mes cheveux, car je sais que c'est comme ça qu'elle les aime. Puis une fois dans la pièce, je m'arrête net. Putain, elle est folle! Ce soir, Shay a décidé de m'en mettre plein la vue en laissant tomber sa robe à ses pieds, me dévoilant une culotte rouge à dentelle tout en m'exposant sa poitrine de rêve, pour mon plus grand bonheur.
Mon cœur se met à battre à toute vitesse. Impossible de décoller mon regard de ses seins nus qui me donnent l'envie incontrôlable de les toucher et de m'amuser un peu avec. Cette fille veut ma mort, c'est certain.
- Comment tu me trouves? me provoque-t-elle, tandis que ses doigts jouent avec un nœud qui se trouve sur un des côtés de sa culotte.
J'inspire un grand coup et relâche l'air de mes poumons d'un coup sec par le nez.
- Laisse cette culotte. T'es folle? la grondé-je tout en lui adressant un regard sévère.
Elle secoue la tête, un rictus malicieux aux lèvres tout en défaisant le lien de sa lingerie.
OK... Elle a décidé de ne pas m'écouter, mais bien sûr, je ne compte pas la laisser faire. Seulement...
Lorsqu'elle défait l'autre nœud et que son sous-vêtement tombe à terre, aucun mot ne sort de ma gorge. Je suis comme hypnotisé. Comme glacé sur place.
Putain de putain de merde! Je n'arriverai pas à garder mes mains dans mes poches... Elle est tellement... Tentante. Bandante. Si accessible.
Mon regard rivé sur son sexe, je passe inconsciemment ma langue sur ma lèvre inférieure tout en luttant pour ne pas faire sauter les dernières barrières qui nous séparent, puis je ferme les paupières en grognant lorsque je me rends compte que je suis à deux doigts de commettre l'erreur fatale
Va-t'en, Avery, me chuchote ma conscience... Fais pas l'con!
Mais lorsque je rouvre les yeux, je n'y parviens pas. Je suis toujours fasciné par ce corps merveilleux qui s'offre à moi.
- Je te veux, Avery, me susurre-t-elle tout en se rapprochant de moi alors que je recule lentement, les poings contractés au maximum.
L'ivresse qui se répand dans ses prunelles ne fait qu'augmenter ma température corporelle. Moi aussi je la veux, bon sang!
- Non, Shay... Rhabille-toi. Je ne te toucherai pas, parviens-je finalement à lui dire après un moment d'hésitation.
- Si, tu vas me toucher, ose-t-elle me répondre, avec ses lèvres qui se mettent à trembler.
Ses yeux se brouillent soudain de larmes. Putain... Je me déteste de lui faire de la peine. Je me déteste de me priver de cette fille. JE ME DÉTESTE TOUT COURT, BORDEL DE MERDE!
- Me... Me laisse pas comme ça, bredouille-t-elle en s'approchant de moi. Tu ne peux pas, Avery. Tu sais très bien que c'est toi que je veux, et personne d'autre.
Elle s'arrête à quelques millimètres de moi, les bras ballants, et attend que je vienne à sa rencontre tout en plongeant son regard suppliant dans le mien. Elle va me faire craquer.
- Tu sais ce qu'on risque?
- Oui... Mais personne ne le saura... On est seuls ici.
- On pourrait se faire choper.
- Je saIS..
- Et ça t'excite?
- Oui, dit-elle avant de planter ses dents dans sa lèvre inférieure.
Ma respiration s'accélère. Son audace me plaît beaucoup trop.
- Et toi? Ça t'excite aussi? m'interroge-t-elle à son tour tout en battant des cils pour m'amadouer.
Elle se rapproche dangereusement de moi tandis que je recule encore jusqu'à buter contre un mur.
Un silence se fait puis elle vient plaquer sa main sur ma queue. Ma queue qui a déjà atteint sa taille maximale, et qui ne demande qu'à sortir de mon calbute. Shay n'a vraiment peur de rien.
- Alors? Réponds-moi, s'impatiente-t-elle en me caressant le sexe à travers mon jean.
Son regard qui en dit long, aussi sexy que ténébreux, me fait transpirer de la tête aux pieds tellement elle me donne chaud.
- Tu as signé mon arrêt de mort. Mais j'espère que ça en vaudra la peine, lui lâché-je avant de me jeter sur elle.
Une main plaquée sur sa hanche et l'autre derrière son crâne, je rapproche son visage du mien et capture sa bouche sans plus attendre. Je ne peux plus me contrôler, il est trop tard maintenant.
Ma langue fait connaissance avec la sienne, elles tourbillonnent entre elles puis se déchaînent dans une danse endiablée tandis que je fais pivoter Shay afin que ce soit elle maintenant qui se retrouve adossée au mur. Elle gémit alors que mon corps bouillant se presse contre le sien. Ce baiser... Qu'est-ce qu'il est bon! Sauvage et sensuel à la fois. Pour être honnête, je l'ai souvent imaginé de cette façon.
Mais maintenant, je ne rêve plus, c'est la réalité. Et cette réalité me plonge dans une bulle où je ne pense plus à rien. Où je me délecte de ce baiser comme si c'était le seul que je lui offrirais.
Shay... Tu me rends dingue... Mais que va-t-il se passer après ça?
Je lui prouve que j'ai terriblement attendu ce moment moi aussi, tout en l'embrassant de plus en plus sauvagement. Elle gémit toujours, ses bras noués maintenant autour de mon cou, et presse sa poitrine contre mon torse. Bon Dieu... On est tellement excités que je doute pouvoir m'arrêter là.
Lorsque je romps notre baiser pour reprendre mon souffle, je la contemple sans piper mot, la respiration saccadée, puis lui adresse ensuite un sourire en coin tout en m'emparant de son sein gauche.
- C'est ça que tu veux, Shay... Que je t'excite à t'en rendre complètement folle? lui murmuré-je tout en malaxant son sein.
- Oui, me souffle-t-elle avant de laisser échapper un son sexy de sa bouche.
- Écarte les jambes alors, lui ordonné-je d'un ton autoritaire. Je veux voir à quel point tu mouilles pour moi.
Elle acquiesce sans timidité, les joues rougissantes d'excitation.
- Savoure bien ce que je vais te faire, car ce soir... C'est la dernière fois que tu me vois. N'oublie pas que je suis un homme mort.
Elle se met à rire tandis que je m'occupe de sa poitrine. Je parviens à sourire malgré moi. Elle ne doit pas se rendre compte de l'ampleur que va prendre la situation. C'est vrai, je suis un homme mort. Mais après tout... Eden n'est pas obligé de le savoir. En revanche, vivre une relation secrète avec sa cousine va s'avérer compliqué. Voire impossible. Je doute de tenir le coup. Et on n'est plus des gamins non plus. II va falloir qu'il comprenne. Mon but n'est pas de jeter Shay comme une vieille chaussette usée après avoir obtenu ce que je désirais. Non, je veux la rendre heureuse. Et je vais accomplir son rêve, là maintenant, en la faisant jouir en même pas une minute. Mais alors que je m'apprête à lui donner ce qu'elle veut, la voix d'une petite fille surgit derriere nous. Nous sursautons.
Eh merde! C'est pas vrai!
Le cœur battant la chamade, je me retourne brusquement, le visage probablement aussi blanc que celui d'un mort. Il n'y a personne, mais je l'entends toujours. C'est Estella, la sœur d'Eden qui chante « Crazy in love» de Beyoncé. Elle doit être dans la salle d'à côté, là où elle s'entraîne parfois à défiler
avec ses cousines.
Paniquée, Shay se décale de moi et ramasse sa robe. La déception vient s'afficher sur son visage.
Est-ce qu'Estella serait intervenue à temps pour qu'on ne commette pas l'rréparable?
Peut-être bien finalement..
C'est dans un silence absolu que je la contemple remettre sa robe. Lorsque je m'aperçois qu'elle galère un peu, je lui viens en aide. Shay n'a pas un énorme handicap, mais vivre avec une seule main ne doit pas toujours être évident.
Je passe une bretelle autour de son bras et la remonte jusqu'à son épaule avant de reculer sans la quitter du regard, puis je lui adresse un signe de la tête vers la porte afin de lui faire comprendre qu'il est temps de quitter les lieux.
Sur le chemin qui nous mène jusqu'à la maison, nous restons muets. Afin d'éviter tout soupçon, je rentre cinq minutes après elle. Des rires fusent à l'intérieur et je remarque que Shay a repris sa place à côté de Lexie. Dès que ses yeux croisent les miens, ses pommettes se teintent immédiatement de rose. Elle est jolie quand elle prend cet air timide. Ca me fait sourire, car il y a dix minutes de ça... Pour être franc, jamais je n'aurais pensé qu'elle se mette nue devant moi. Et pourtant...
Je me rassieds à ma place et pendant les minutes qui suivent, nous discutons de ces fameuses vacances prévues dans les Hamptons. Tous mes potes ont l'air emballés, et certains sont déjà en train d'imaginer ce que l'on pourrait faire là-bas. Lorsque Shay annonce qu'elle sera également présente, je souris. Je ne sais pas ce qu'il va se passer entre temps avec cette nana, mais une chose est sûre, c'est que notre relation ne sera plus pareille dorénavant.