Je lui avais naïvement posé cette question, une simple question.
Moi : dis mama, pourquoi est-ce que papa bat sur nous à chaque fois ?
Elle m'avait regardé pendant des secondes. Elle voulait articuler des mots mais à chaque fois ses lèvres n'y arrivaient pas. Sa langue était conne nouée. Je n'avais que dix ans d'âge et pourtant je n'avais jamais vu ma mère rire aux éclats. Jamais elle ne souriait. Comment sourire ? Comme rire ? Mon père était de ces hommes au cœur noirci par l'orgueil, l'arrogance, au fond nous vivions avec un psychopathe déguisé en père et mari.
Très tôt ce matin, maman s'était encore réveillé avec les yeux gonflé et des blessures sur la poitrine. Sans répondre à ma question, elle me donna juste la pommade qu'elle tenait en main. Je devais lui masser toutes parties qui étaient douloureuses.
Moi : regarde comment il te fait du mal
Maman : tout ça n'est pas de ton âge. C'est une affaire pour les grands
Moi : j'espère juste qu'un jour nous allons nous en aller très loin de cet homme.
Maman : pour aller où mon fils ? Il est tout pour nous. En dehors de lui je n'ai plus aucune autre famille. On va seulement supporter.
Elle avait fondu en larme. Je ne pouvais pas supporter ça. J'avais pleuré avec elle. Je détestais mon père. Non pas pour les bastonnades qu'il m'infligeait chaque soir mais pour les larmes que maman versaient chaque jour. Ne pouvant me prendre dans ses bras à cause de ses douleurs corporelles, elle m'avait juste sourit pour que je sèche mes larmes.
Moi : pourquoi tu ne te trouves pas un autre mari qui ne te battrai pas ?
Maman : les maris ne courent pas les rues mon bébé, nous allons juste supporter.
Moi : je ne veux plus supporter ça. Papa est trop méchant.
Je ne comprenais pas les raisons pour lesquelles maman acceptait de vivre autant de souffrance. Fatigué de mes questions, elle alla s'allonger sur notre vieux canapé. Elle n'avait même pas eu assez de force pour ouvrir son petit point de vente de beignet haricot.
Je devais vaguer à mes occupations. Papa avait laissé des consignes que je devais suivre à la lettre. Entre courir chez ses amis laisser l'enveloppe pour sa réunion et faire les taches ménagères, j'avais une famine qui me creusait le ventre. Je courus voir maman pour qu'elle apaise ma famine. C'est là que je compris les raisons de cette nouvelle bastonnade.
Moi : j'ai trop faim maman... Tu as dit hier que comme on a un peu vendu tu vas acheter la bonne nourriture nor.
Maman : regarde comment je suis mon bébé, ton père a pris tout l'argent pour les cotisations de ses réunions. Attends demain mon chéri. Va au magasin prendre la patate tu manges. Prends même pour nous deux.
Moi : j'ai compris maman
Une fine goute de l'arme m'avait échappé. Ma mère m'avait regardé ce jour, elle m'avait tiré dans ses bras malgré ses douleurs.
Maman : tu seras un grand homme, tu seras différent de ton père. Va chercher nos patates.
J'avais mangé les patates crues une semaine d'affiler. Non seulement papa récupérait tout le revenu de maman mais ne laissait rien à manger. Après avoir comblé le petit creux du ventre, j'allai commencer mes travaux. Papa était sorti très tôt mais n'avait pas mis de temps à revenir. Je faisais encore la vaisselle lorsque je remarquai le bout de sa vielle veste. Il arriva en vrac et sans même poser l'œil sur moi, il alla à l'intérieur de la maison. Au bout d'une dizaine de minute, il commença à nous verser ses humeurs. Cette fois la goutte d'eau avait débordé le vase.
Papa : Ibrahim... L'enfant la est où ? Fatima ton fils et toi avez mis mon argent où ?
Maman : je ne sais pas de quoi tu parles Ndji, nous n'avons pas touché à ton argent.
Il me retrouva à l'extérieur. Son regard était froid. Aujourd'hui encore je me demande si cet homme était véritablement mon père.
Papa : dépose les assiettes la et vient te mettre à plat ventre ici
Je savais déjà ce qui allait m'arriver. Mes genoux avaient déjà atterris au sol pour supplier. Mes yeux étaient déjà remplis de larme. Je ne savais même pas de quel argent il parlait.
Moi : tu sais que je ne vole pas papa, je n'ai pas pris ton argent, j'ai seulement l'argent de ta réunion
Papa : je ne parle pas de l'autre là. Je constate que tu es en train de devenir un voleur et un menteur. Je vais te montrer le feu.
Moi : je ne mens pas papa, je n'ai rien fait.
Il avait tiré sa ceinture d'un coup et m'avais administré un coup assez violent sur le dos. J'avais commencé à me tortiller comme une chenille. J'hurlais de toutes mes forces. Ma vision était floue mais je voyais maman se battre contre lui pour qu'il ne me frappe plus. Il l'avait poussé par terre avant de déchirer mon habit. A plat vendre et dos nu, je recevais des coups successifs et de plus en plus intenses. Personne ne pouvait venir me secourir, tout le quartier savait ce qui se passait chez nous. Certains avaient pitié, d'autres s'en moquaient.
La bastonnade de ce jour fut tellement intense que je me sentis perdre connaissance, je ne bougeais plus. Je ne criais plus. Maman avait couru vers moi, elle avait posé les mains sur la tête. ''Ibrahim'' avait-elle crié. Papa nous avait laissé là, tout seul. Maman m'avait porté jusqu'à l'intérieur. Elle avait fait bouillir de l'eau, y avait pressé une serviette et m'avait massé le corps.
Moi : maman partons d'ici. Même si nous n'avons nulle part où aller, même si nous n'avons rien à manger, partons. Je n'en peux plus maman. Je suis fatigué. Un jour il va te tuer, s'il te tue alors je mourrais aussi maman.
Maman : on va partir mon bébé. Cette fois il m'a touché en plein cœur
Je m'étais endormi. Les mains douces de maman m'avaient bercé. A mon réveil, elle était toujours assise près de moi. Cette fois il y avait en face d'elle une vielle maman du quartier qui aimait bien nos beignets. Elle avait eu assez de courage pour venir parler à maman. Les gens ne venaient jamais chez nous. Tous avaient peur de papa.
-ma fille, tu es jeune mais tu es là comme une femme qui a déjà tout vu sur terre. Tu veux mourir à cet âge ? Tu veux aussi perdre ton enfant ? Je sais que ta vie ne me regarde pas mais quitte cet homme. Sort de cette vie avant que la vie elle-même ne te quitte.
Mama : je vais faire comment pour partir ? J'ai quoi pour nourrir mon garçon ? Même mon petit argent que j'ai mis de côté pendant six mois, le père a tout pris pour ses réunions. Je vais faire comment ?
En ce moment je me rendis compte que papa m'avait confié de l'argent pour ses cotisations. Il s'agissait certainement du même argent. Je me levai de suite.
Moi : ma'a, c'est surement l'argent qu'il m'a demandé d'aller donner pour sa réunion. Je n'ai pas encore donné.
La grand-mère se mit à sourire. Elle me regarda et me dit :
-prends cet argent mon fils, c'est la souffrance de ta mère. Allez-vous en de cet endroit, allez-vous construire loin d'ici. Rien n'est facile et tout sera encore plus dure pour vous mais garde toujours la foi. Prends soin de ta mère et de toi-même.
Moi : j'ai compris grand-mère mais dis à maman qu'on doit partir même maintenant. Elle va faire comme ça jusqu'à papa va rentrer prendre encore l'argent là.
Maman : non mon bébé, nous allons partir demain matin. Papa va dormir dehors, il est à une dote.
-demain matin je vais envoyer mon fils vous chercher avec sa moto. Il vous laissera là-où vous voulez mais loin d'ici. Dieu vous bénisse mes enfants !
Elle était partie. Je voyais une lueur d'espoir, j'étais loin d'imaginer que là dehors se trouvait le pire. C'était certainement mieux que de continuer à vivre avec cet homme qui me servait de père. L'argent était suffisant pour lancer un tout petit fonds de commerce et se louer une toute petite case pour un mois. Cette fois maman n'étais pas prête de baisser les bras. Elle était déterminée à partir. Elle prépara mes affaires et les siennes. On devait partir à l'aube.
On avait dormi ce jour avec un œil ouvert, à chaque fois on avait peur que papa arrive à n'importe quel moment. Le jour s'était enfin levé, il n'était toujours pas là. J'étais encore couché, lorsqu'on entendit les bruits d'une moto à l'extérieur. On apprêta rapidement nos affaires et sans même faire de toilette. On courut jusqu'à l'extérieur avec nos affaires. Hélas la malchance s'en suivit. Papa descendit de cette moto et se mit à me regarder, à regarder maman.
Papa : je vis avec des voleurs dans ma maison. J'ai bien dit que vous aviez volé mon argent, vous m'avez dit non. Vous partez où avec ces sacs ?
Maman réussit à nous sortir de cette situation.
Maman : on va au marigot. On doit rapidement laver les habits avant que le soleil ne sorte.
Un peu honteux, papa nous laissa. Au moment d'entrer, son vieil ami chez qui je devais laisser l'argent pointa son nez.
Moi : ma'a on est mort. C'est chez le père ci que je devais laisser l'argent
Maman : tu vois qu'on ne peut pas échapper à cette vie. Même Dieu refuse de nous laisser partir.
Moi : ma'a voilà le fils de la grand-mère.
Il était de l'autre bout de la rue et nous faisait signe de le rejoindre.
Moi : on cour maman, on cour.
On avait engagé cette longue course. Le temps que l'ami de papa arrive chez nous et ne commence la conversation, nous avions déjà sauté sur la moto. Bien assis, on démarra. C'était un allé non-retour vers une vie pleine de batail. Nous ne connaissions pas notre destination. On roulait juste. Après près d'une heure sans dire ou nous allions, il s'arrêta et nous fit descendre.
-mon carburant ne va pas finir parce que ma mère veut aider toute la ville. Ici vous êtes bien loin de votre maison donc battez-vous.
Maman : wouai mon garçon, laisse-nous encore plus loin nor. Là-où il y'a au moins les gens. Tu veux qu'on fasse quoi ici ? S'il te plait mon fils.
-pardon, épargnez les gens. Je ne vais rien travailler aujourd'hui à cause de vous. Battez-vous, j'ai fait ma part. Moi-même j'ai une femme et un enfant que je dois nourrir.
Maman : en tout cas merci mon père.
Nous étions au milieu de nulle part. Il n'y avait personne part là. A quelques pas de cette rue se trouvait une vielle maison abandonné. Les constructions y avaient été arrêtées.
Moi : maman regarde la maison-là, on part voir. S'il n'y a personne la bas on reste un peu nor. On va rester en route comment ?
Maman : allons alors.
Il n'y avait aucun signe d'habitation. On essaya de nettoyer les lieux et de s'y installer. Maman avait aussi ramassé tout le reste de patate alors on en fit le petit déjeuné. Il fallait maintenant trouver un moyen pour arriver au moins à un marché.
Maman : on va rester ici seulement une heure de temps. On doit marcher jusqu'au marché.
Moi : tu connais un marché ici ?
Maman : oui. Au moins là-bas on va trouver quelque chose à faire. Comme tu as encore mal là, je vais porter les sacs.
Moi : tu vas porter tout ça seul ? Humm... Non ! On va partager.
Je n'avais que mon sac à dos plein de patate. Maman avait pris le sac de vêtement. Nous n'en avions même pas beaucoup. La marche n'était pas des moindres. Nous avions marché pendant près de trente minutes sans voir la moindre poule sur la route. Les douleurs de ma bastonnades se faisant de plus en plus forte mais je ne voulais pas déranger maman. Elle était devant moi. Elle se retournait à chaque fois pour me regarder. A un moment, je ne sentais plus mes jambes. J'avais tellement mal que je m'écroulai. J'avais encore plus mal de voir maman jeter toute nos affaire par terre pour venir secourir son garçon.
A suivre...
Maman : c'est quoi Ibrahim ? Tu t'assois par terre pourquoi ?
Moi : on se repose un peu maman. Je suis fatigué
Elle posa la main sur mon front et baissa la tête.
Maman : tu veux comme ça tomber malade. Je vais te porter on va vite arriver au marché
Moi : et les bagages alors ?
Maman : je vais aussi porter ça. Accroche-toi bien
Mon corps était devenu faible. Je sentais une forte fièvre venir. Maman dû me mettre sur le dos pour continuer la route. Elle avait toujours eu l'habitude de porter de lourdes charges. On marcha encore quelques minutes et je vis des femmes, hommes, enfants et animaux qui commençaient à venir des quatre coins d'un grand carrefour. Un sourire émerveilla le visage de maman. On y était presque. On prit l'une des routes et en moins d'une dizaine de minutes, on était dans ce grand marché. Tout s'y vendait. Tout s'y faisait.
Des petits garçons de mon âge avaient des plateaux sur la tête, les filles ne manquaient pas de travailler comme des hommes. Malgré la faiblesse de mon corps, je voulus descendre me trouver une activité pour la journée.
Moi : Ma'a, je ne veux pas rester sur le dos. Je dois aussi aller travailler.
Maman : je dois d'abord couper ton palu avant que ça ne se complique. Je connais une maman ici qui vend les remèdes du village. Elle va nous aider.
Elle se fraya une fine route au milieu de la foule. On passa de piste en piste jusqu'à ce marché qui avait une odeur d'écores d'arbres. Maman s'arrêta devant une femme couverte de voile de la tête aux pieds comme la majorité des femmes qui y étaient.
Maman : Salam Fadimatou !
-Fatima c'est toi ? Tu fais quoi ici ? Tu as laissé ton mari ? C'est Ibrahim sur ton dos ?
Maman : on aura le temps de parler. Ibrahim a une fièvre. Je veux que tu me fasses une bonne composition pour le soigner. Hier il a été battu et son corps tremble beaucoup.
-je vois ! Asseyez-vous, je vais vous trouver ce qu'il faut. Comme c'est toi, je vais te faire un bon prix.
Maman : merci ma sœur !
On prit place pour la première fois depuis près d'une heure. La femme au visage recouvert que maman appelait Fadimatou nous fit une sorte de mélange qui ne m'attirait pas du tout.
-il prendra ça pendant une semaine et je t'assure qu'il ne connaitra plus la fièvre. Il doit prendre ça sans sauter une seule journée. J'espère qu'il ne fuit pas les médicaments.
Maman : non ! C'est un grand garçon. Pour sa santé il prend tous les médicaments qu'il faut. Il peut boire l'autre maintenant ?
-sans problème. Il doit d'abord manger et pas un peu.
Elle alla chercher à manger et m'installa dans une petite case qui semblait être son magasin. J'y mangeais malgré le manque d'appétit et prit mon médicament. Je ne voulais pas que maman soit en colère.
Maman me laissa dans la case et alla rejoindre son ami. Elles avaient parlé pendant des heures pendant que je dormais certainement. Une forte transpiration m'avait mouillé de partout. Ma fièvre était tombée.
Moi : maman...
-ta maman arrive. Elle est allée chercher un endroit où vendre, répondit Fadimatou depuis l'extérieur.
Je m'enfouis à nouveau dans ce petit drap et je repensais à mon père. Les choses auraient pu être tellement différentes s'il était ce genre de père dont j'entends souvent parler. Ceux-là qui s'occupent de leur famille et qui les protège au péril de leur vie. Mon père à moi m'auraient tué pour une pièce sans valeur.
Maman arriva après un long moment. Elle avait beaucoup marché semblait-il. Je ne voulais pas manquer leur conversation alors j'allai m'installer avec eux dehors.
Maman : je vois que tu vas déjà mieux.
Moi : ou Ma'a, je ne suis plus fatigué.
Maman : j'ai trouvé un petit endroit où m'installer. J'ai même acheté les ingrédients et mes accessoires. J'ai aussi trouvé une petite maison. On va jongler comme ça avant de voir.
Moi : on va faire les beignets ?
Maman : oui, tu sais que c'est le domaine de maman nor.
Moi : un jour je vais t'ouvrir une grande boulangerie comme ça, en écartant mes mains.
Toutes les femmes qui se trouvaient là se mirent à rire aux éclats. Elles étaient émerveillées de voir un enfant comme moi.
Maman : je te remercie pour tout Fadimatou. Ce petit m'a bien fait peur ce matin
-de rien ma sœur. Tu sais que ton fils c'est mon fils. N'oubliez pas que moi aussi j'aime les beignets haricots hein.
Moi : je viendrai avec ta part chaque matin que je pourrai.
-j'ai compris mon garçon, merci beaucoup. Tu dois aussi complètement guérir. Toute la semaine tu dois boire ton remède.
Maman : on y va Ibrahim
Cette fois je pouvais marcher en sautillant comme d'habitude. J'avais récupéré mon sac à dos. Maman m'arrêtait la main et ne cessait de me gronder car je voulais aller partout. Une fois devant une grande boulangerie où bon monde entrait et sortait, je m'arrêtai.
Maman : tu sais même que bientôt la nuit va tomber ? Avance !
Moi : regarde cette boulangerie maman, un jour on aura la nôtre, pas vrai ?
Maman : tout est possible quand on y croit mon chérie. Reste tout simplement dans le droit chemin et suit toutes les recommandations d'Allah.
Moi : et je t'achèterai aussi une grosse voiture qui aura même dix roues
Maman : c'est le camion ?
Moi : avec de beaux sacs à main à trois cordes et de jolies chaussures avec beaucoup de talons. Tu n'auras rien que des choses que les autres femmes n'ont pas.
Maman : hahaha, ne me finit pas les côtes. Voilà, on est arrivé. J'ai tout laissé là-bas.
On était en face d'une petite maison, une très petite maisonnette. On allait faire avec. Au moins on avait un toit sous lequel dormir. Un petit tapis était posé par terre, on n'y passerait surement le nuit. L'heure de la prière sonna, on remercia le ciel pour ses bienfaits. Maman m'allongea et alla chercher de quoi manger. Ce n'était pas grand-chose à ses yeux mais c'était tout pour moi puisque ça venait d'elle. On garda le reste pour le déjeuner du matin.
A l'heure du couché, on tourna la farine de beignet et maman arrangea son foyer à l'extérieur pour le feu. On venait juste d'arriver et je ne savais pas comment elle allait se faire de la clientèle en ci-peu de temps.
Moi : Ma'a, on va avoir les clients comment ? On vient à peine d'arriver.
Maman : quand tu dormais je travaillais. On aura assez de client pour la quantité que j'ai tourné. Tu vas voir
Moi : tu connaissais déjà cet endroit ?
Maman : Oui ! C'est ici que mes parents vendaient souvent. Je connais chaque recoin du marché et du quartier. J'y ai vécu.
Moi : parle-moi de tes parents maman. Pourquoi on ne va jamais les voir ?
Maman : c'est compliqué Ibrahim. Je te raconterai ça quand tu seras en mesure de comprendre. Grandit encore un peu
Moi : donc je suis court hein
Maman : hahaha... Pardon allons dormir. J'ai fini. Prions qu'il fasse beau temps demain.
On alla se coucher et pour la première fois depuis des années, on ne reçut aucun coup de ceinture pendant le sommeil. Aucune insulte ne se fit entendre. Tout était calme et paisible. Le matin arriva très rapidement. Il faisait déjà pleinement jour. Je croyais que maman dormais encore mais non ! Elle avait déjà posé son huile au feu. Elle avait vraiment fait tous les achats à la veille. Pour le moment il n'y avait pas de bouillie car elle venait de tremper le maïs.
Je me rinçai le visage et les pieds puis j'allai la rejoindre.
Moi : bonjour maman
Maman : bonjour mon garçon. Il y'a le reste de pain d'hier dans ton sac. Mange ça avec le haricot que je t'ai laissé et viens prendre ton remède.
Elle pensait à tout, à tout moment. Je fis exactement comme elle me l'avait dit puis je m'assis près du feu avec elle. Ça faisait un bien fou de me retrouver près d'elle. L'huile avait à peine chauffé qu'on recevait déjà le premier client.
-As-Salam Alaykoum! Ce n'est pas encore prêt ?
Maman : Salam Laadji ! C'est presque prêt ! Prends place et laisse mon garçon te donner un petit verre d'eau.
-non, je vais attendre !
Maman coupait ses beignets avec tellement de rapidité et de joie. Elle souriait à chaque fois qu'un nouveau client se pointait. En retirant le premier tour, il y'avait au moins dix hommes assis sur le tapis. Chacun avait déjà passé la commande. Je me chargeais de porter son plat à chacun et de récupérer l'argent. Tantôt de jeunes filles qui arrivaient avec des plats pour emporter leur part, tantôt des petits enfants qui venaient acheter un petit beignet. On avait presque tout vendu.
Maman : voilà, on emballe. C'était bon pour aujourd'hui.
Moi : il y'a encore dix beignets et du haricot.
Maman : c'est ce que tu vas manger pour passer la journée. N'oublie pas que ton médicament c'est matin, midi et soir pendant une semaine. Tu dois bien manger.
Un nouveau client arriva sur le moment.
Maman : c'est fini pour aujourd'hui
-et ce qu'il y'a dans le panier ?
Maman : c'est pour que mon fils prenne ses médicaments. Je ne peux pas vendre ça mais demain matin vous aurez un cadeau. Rappelez-moi
-d'accord ! Je voulais déjà me fâcher mais ça va. Bonne journée
On emballe rapidement pour éviter de chasser un autre client. Avec maman, on lava tout ce qui avait été utilisé et on classa tout avant de commencer les comptes. Elle retira son capital en y ajoutant un plus et garda le bénéfice.
Moi : l'argent la est beaucoup hein
Je reçus un coup sur la tête.
Maman : tes yeux ne doivent jamais être longs sur l'argent... On doit aller au marché. On achète la marchandise de demain.
On lança des pas joyeux jusqu'à un coin assez sombre et calme du quartier. On y était passé la veille mais comme il faisait nuit, je n'avais pas remarqué la différence avec les autres endroits. Maman marchait calmement et semblait prier.
Moi : pourquoi l'endroit ci est un genre comme ça ?
Maman : ça a toujours été comme ça. Marchons vite, je n'ai jamais aimé cet endroit.
On pressa le pas jusqu'à la sortie. Au moment de lancer le dernier pas, on homme nous barra la route. On se retourna mais un autre y était déjà.
Maman : reste près de moi Ibrahim
Moi : qui soit-il maman ?
Maman : de mauvaises personnes.
L'un d'entre eux s'approcha de maman.
-donne tout et vous n'aurez aucun problème.
Maman fouilla rapidement son sac et retira son porte-monnaie. Elle voulut donner tout notre dur labeur à cet homme mais n'y opposai.
Moi : tu vas tout lui donner comme ça ? On a travaillé dur pour ça et tu vas tout lui donner ?
Maman : tais-toi Ibrahim !
Moi : s'il vous plait baba, ne prenez pas notre argent. C'est tout ce qu'on a
Maman reçu une gifle qui la jeta par terre.
-tu n'as pas sus éduquer ton fils et voilà le résultat. Il ne sait pas parler aux grands.
J'étais tellement en colère. Quelqu'un avait à nouveau levé la main sur ma mère. J'avais compris qu'il fallait tout donner. Je leur remis le porte-monnaie les larmes aux yeux. Maman était couchée à pleurer pendant que ces hommes comptaient notre argent. Ils me sourirent et se tournèrent pour s'en aller.
Moi : c'est haram ce que vous faites, Allah vous donnera des coups de fouets le jour du jugement dernier
L'un d'eux se retourna vers moi.
-on doit un peu te montrer comment un enfant doit se comporter ici
Maman : laissez-le je vous en prie ! Vous avez déjà eu ce que vous voulez alors laissez mon fils.
Il ne l'écouta pas. Cet homme vint m'arracher des bras de maman qui ne comptait pas me lâcher. Elle me tenait fortement et criait de toutes ses forces mais il restait plus fort qu'elle. Il me mit à plat ventre et me donna quelques coups de fouets qui retombaient parfois sur maman car elle ne cessait de s'interposer entre le fouet et moi. Il s'en alla en riant avec son ami. Malgré la douleur, maman me porta sur son dos et on reprit le chemin du retour. Tête posée sur ce dos que j'ai connu comme seul support depuis toujours, je pensais à notre vie. Je ne trouvais aucune issus.
Moi : dis-maman, Allah sélectionne les gens qui vivront heureux et d'autres qui vivrons malheureux ?
Maman : ne perds pas la foi mon fils, ne commet jamais cette erreur.
#A_suivre...
Comment garder la foi lorsqu'on n'a jamais un moment de bonheur ? Lorsqu'à chaque fois nous sommes persécutés ? Je commençais à remettre en question l'existence de celui que maman me faisait prier et adorer plus que tout. Au bout de quelques minutes de marche, je sentis que maman était fatigué de me porter ainsi.
Moi : tu sais maman, papa m'a déjà donné tellement de coups que je ne ressens presque plus rien après un bout de temps. Donc je peux maintenant marcher.
Maman : ne cesse pas de ressentir la douleur mon fils, je ne voudrai pas que ton cœur durcisse.
Je n'avais pas compris grand-chose à ce qu'elle venait de dire mais au moins elle m'avait posé par terre. Une fois à la maison, elle s'était allongée sur la nappe et s'était mise à réciter des quantiques religieuses. Elle avait tellement chanté qu'elle s'était endormie. J'étais assis là, comme un bon à rien pendant que maman faisait tout. J'eus une idée, je devais moi aussi allé chercher de l'argent.
Je lui posai une bise sur la joue et je sortis de la maison. Je savais qu'elle serait fâchée à mon retour. Ma petite mémoire avait déjà enregistré la route, j'avais juste peur de revoir ces ''Haram'' sur mon chemin. Avec mes petits pieds, je faufilai entre les pistes jusqu'au grand marché de la veille. Il était encore plus rempli de monde qu'à la veille. Je devais trouver une activité, je ne savais même pas par où commencer. Je vis un petit garçon d'environ mon âge. Il classait les courses d'une femme dans sa voiture. Après quoi il reçut quelques pièces. Je commençai à harceler la clientèle.
Moi : hé mama, je peux porter votre sac ? Salam Laadji laissez-moi vous aider...
Au bout d'une trentaine de minutes à répéter la même phrase avec le sourire aux lèvres, une femme voilée m'interpella et me confia un sac vide.
-tu vas me suivre, tu t'en sens capable ?
Moi : bien sûr mama, je suis très fort... Alhamdoulilah j'ai enfin une cliente !
J'aurai dû me taire. Cette femme avait rempli son sac de caillou à la place de nourriture ou quoi ? Je transpirais tellement que je sentais mes vêtements couler. Pour couronner le tout, elle saluait tous ceux qu'elle voyait sur son chemin. Des heures à la suivre m'avaient néanmoins rapporté un revenu assez costaud. Maman et moi allions bien manger ce jour. Après avoir porté ses courses jusqu'à une voiture non loin du marché, elle démarra aussitôt. Seulement, je remarquai son porte-monnaie par terre. Elle était déjà bien loin.
''Je ramasse ou je laisse ? Maman me dit toujours de ne pas prendre ce qui n'est pas à moi. Mais c'est là par terre, ça souffre. Est-ce que c'est Haram ?'' Me demandais-je.
Au bout de quelques secondes, je ramassai le porte-monnaie et me mis à courir en direction de la maison. J'étais passé sur notre piste d'égression à la ''speedy Gonzales'', ces gens, même s'ils le voulaient, n'auraient pas pu m'agresser. De retour à la maison, maman était éveillé et très furieuse.
Maman : tu sors d'où Ibrahim ? C'est le porte-monnaie de qui entre tes mains ? Je sens que tu veux pleurer.
Moi : maman, je suis allé chercher de l'argent pour qu'on mange bien ce soir. Je ne veux plus rester là à ne rien faire.
Maman : et qui t'a demandé d'aller chercher de l'argent ? Je t'ai dit que je ne pouvais plus le faire ? S'il t'arrivait malheur là dehors ? Tu allais me laisser où ? Apprends à réfléchir hein.
Moi : excuse-moi maman...
Mes yeux brillaient déjà. J'aurais supporté mille coups de fouets, je ne pouvais supporter les cris de ma mère contre moi. Je sniffais, je m'essuyais le visage. Elle m'avait arraché le porte-monnaie des mains l'avais ouvert et en était étonné.
Moi : il y'a quoi dedans maman ?
Maman : de l'argent, beaucoup d'argent. Des pièces personnelles aussi. Il y'a aussi un numéro de téléphone, on va appeler la personne et lui rendre ses affaires.
Moi : et comme on n'a même pas de téléphone la ?
Maman : on va le faire au call-box.
Moi : ma'a prend...
Je lui tendais mon labeur du jour. Elle avait à nouveau froissé son visage mais mon aire de chien battu l'avais fait sourire. Maman était la plus belle femme du monde. Il suffisait qu'elle m'expose sa belle dentition, qu'elle valorise son piercing sur le nez en souriant. Elle compta mes pièces et me félicita sans oublier ses reproches.
Maman : c'est bien mon chéri mais ne me fait plus des coups pareils. Quand tu veux sortir tu me préviens.
Moi : tu aurais certainement refusé.
Maman : tu es même trop petit pour te mettre sur ce genre de tâche. Bon, allons rendre les choses de quelqu'un.
On marcha jusqu'au premier kiosque sur notre chemin. Dans mon cœur, je priais que cette femme nous récompense.
Moi : dis maman, elle va nous donner un petit quelque chose ?
Maman : si oui alors c'est bien, au cas contraire c'est toujours bien. Il ne faut pas compter sur ce genre de chose mon fils, c'est toujours décevant. Faisons juste ce qu'Allah recommande, rendons lui son porte-monnaie.
Maman composa le numéro. Elle parlait certainement à cette femme.
Maman : Salam madame, je suis en possession d'un porte-monnaie qui contenait ce numéro. C'est mon fils qui l'a...
Elle s'arrêta de parler. Je n'entendais plus que des ''Okay'', ''c'est compris''. Ensuite elle indiqua notre position et on prit place près du vendeur qu'on avait déjà payé. Constatant mon regard posé sur ces multiples bonbons et biscuits qui ne faisaient pas partir de mon quotidien, maman m'en acheta un. J'étais tellement ému.
Moi : merci maman...
Le vendeur fut étonné de me voir aussi heureux pour ce qu'il avait appelé ''un seul paquet de biscuit''. Il ne voyait pas les choses comme moi. Je contemplais encore mon biscuit sans vouloir qu'il finisse un jour lorsque la voiture de tout à l'heure gara en face de nous. La femme voilée sortit de là et vint vers nous.
-inshallah ! Vous m'avez sauvé la vie. Qu'Allah vous comble pour toujours.
Maman : remerciez mon garçon
Moi : comme vous étiez déjà trop loin, j'ai couru donner ça à maman.
-tu es un brave garçon mon petit. Tu as de l'avenir, ne cesse jamais d'être honnête.
Elle retira tout l'argent qui était dans le porte-monnaie et me le tendit. J'étais époustouflé. Je me retournai vers maman.
Moi : est-ce que je peux prendre maman ?
Maman : tu l'as mérité mon chérie !
Je pris ces billets avec le sourire aux lèvres. La femme s'en alla en nous remerciant encore plus. Une fois à la maison, je donnai tout l'argent à maman. On se mit à compter. Ce montant était largement supérieur à celui que nous avaient pris ces bandits.
Moi : wow maman ! C'est beaucoup hein ! Pourquoi certains ont autant d'argents et d'autres mangent seulement la patate ?
Maman : c'est le monde des humains mon chéri. Devant Allah, tout ceci ne vaut rien. Au jour du jugement dernier, ton argent, tes bijoux, te voitures... Tout ça ne servira à rien. Si tu dois bruler alors tu bruleras. Fais juste ce qui est bien mon fils.
J'avais juste compris la dernière phrase.
Moi : on fait comment maman ? On part acheter les ingrédients ? Tout notre argent est encore revenu.
Maman : tu vois pourquoi je t'ai demandé de ne jamais perdre la foi. Si Allah t'enlève quelque chose, c'est pour te le rendre au centuple. Ne remet jamais en cause l'existence de ton créateur.
Moi : finalement on part au marché ?
Maman : hahaha, oui on part mais cette fois on change de route. Viens boire ton remède d'abord.
En moins d'une dizaine de minutes, on était au marché car on avait emprunté une moto. Les achats se firent assez rapidement. Comme maman ne mettait plus son voile depuis qu'on était parti de la maison, elle était considérée comme une femme célibataire. Le marché terminé, nous avions pris le chemin pour le retour. Sur le trottoir, maman fut interpellé par un monsieur assez mure. Il courut jusqu'à elle.
-Salam jolie dame, il y'a mon patron dans cette voiture qui voudrai te parler.
Je n'avais jamais vu une aussi grosse et belle voiture de toute ma vie. Elle était énorme. Maman semblait s'en foutre.
Maman : s'il voulait vraiment me parler, il aurait eu l'amabilité de sortir de sa caisse. En tout cas mon fils et moi avons plus à faire que ça. Allons-nous en Ibrahim.
Le simple fait d'entendre que j'étais le fils de maman avait fait fuir cet homme. Dans notre communauté, une mère célibataire était victimes de nombreuses persécutions.
Moi : ma'a... Tu as vu sa voiture ?
Maman : il n'a rien de plus que nous mon chéri. Toi et moi avons tout car on est ensemble. Le reste n'est qu'éphémère.
Moi : ça veut dire quoi ?
Maman : que nous devons vite marcher
Nous avions pressé le pas car le jour se couchait presque. Une fois près de la maison, on se rendit compte que la porte était ouverte.
Maman : j'ai pourtant les clés sur moi. C'est moi qui l'ai ailleurs fermé.
Moi : c'est comme si on a cassé la porte.
Maman : on va passer par derrière pour voir
On alla contourner. Il y avait des pas derrière la maison. Une respiration se faisait entendre de l'intérieur. Maman posa les sacs et m'ordonna de ne pas bouger de la. Je ne pouvais pourtant pas la laisser toute seule. Dès qu'elle fut un peu éloigner, je commençai à la suivre. Elle ramassa une latte, je fis pareil. On continua jusqu'à l'intérieur de la maison. Cet homme sans cœur y était assis et avait un fouet en main. On eut un moment de sursaut.
Moi : papa ?
Papa : tu appelles qui papa ? Vous avez pensé que vous pouvez me dépouiller de tous mes biens et vous en aller comme ça ? Je vais vous montrer le feu. Ramassez vos affaires, on rentre à la maison.
Moi : même pas en rêve, on ne rentrera plus chez toi.
Papa : tu oses me répondre ? Je crois que ces deux jours t'ont fait croire que tu avais un peu grandi. Je vais te montrer comment on respecte les grands.
Il cherchait déjà à dérouler son fouet. Maman le regardait avec tellement de colère dans les yeux. Je me demandais bien ce qu'elle pouvait avoir en tête.
Maman : si tu touches à cet enfant, tu vas regretter de m'avoir prise comme concubine. Tu vas regretter de m'avoir fait quitter ma famille. Je vais te tuer Abdou.
Papa : tu m'appelles maintenant par mon nom ? Tu as oublié comment on respecte son mari ?
Maman : tu n'as jamais été et ne sera jamais mon mari. Tu m'as usé et m'a battu sans relâche. La roue tourne mon cher ami.
Papa : je vais vous tuer tous les deux
Il avait avancé d'un bond. Maman avait soulevé sa latte sans crainte.
Papa : tu n'as pas le cœur
Sans réfléchir, maman lui avait donné un coup sur les pieds. La force de frappe avait raclé papa qui était plus léger qu'une plume. Maman lui avait pris son fouet des mains.
Papa : c'est Haram de battre son mari, tu bruleras...
Et un coup de fouet bien appliqué sur cette bouche. Il s'était à peine levé que la latte l'avait de nouveau renversé. Maman versait sur lui tout ce qu'elle gardait en elle pendant toutes ces années. Elle le traina par son habit et la jeta à l'extérieur. Je courus pour lui donner ma part de coup mais maman me retint.
Maman : ne porte pas la malédiction mon fils, il reste et demeure ton père. Jusqu'à ta mort tu l'honoras en tant que telle.
Papa : je crois que ce qui vous est arrivé ce matin était petit. Je vais vous détruire la vie, je vais vous nuire.
Tant de cruauté, cet homme ne méritait pas d'être mon père, il ne méritait pas que je l'honore.
A suivre...