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Envers et contre tout

Envers et contre tout

Auteur:: YEM
Genre: Romance
Parce qu'on s'était promis de s'aimer et s'unir pour toute la vie

Chapitre 1 01

Stage 1. Coups durs

- Une source anonyme... Journal... désolé chérie... Tu tiens le coup ?

Non, je ne tiens pas le coup, pensé-je les bras ballants, la respiration presque douloureuse tant ma poitrine me brûle. Les mots de mon mari me parviennent comme à travers un brouillard. Ils ont réussi, ils sont parvenus à creuser assez profond pour remuer toutes les souillures de mon passé.

- Ils y sont parvenus. Un rictus de dépit me barre les lèvres, mon regard est brouillé, vide.

Posé sur la table, trônant fièrement à côté du petit déjeuner, s'étale le journal à scandales. La une m'a suffi, il m'est impossible d'en tourner les pages, de lire tout ce ramassis de mens... Non, encore s'il s'agissait d'un mensonge. Alyssa, au moins reconnais qu'ils ont fait du bon boulot, du très bon même. Tout est vrai malheureusement et à ma grande honte. Moi en tenue plus qu'explicite, moi dans des positions pas très catholiques, moi entièrement offerte au regard de mon cavalier d'un soir... Oh mon Dieu.

Anthony mon époux me rejoint en quelques pas nerveux et me prend dans ses bras.

- Chut, chut Aly. Je suis là. Je ne te promets pas que ce sera facile mais on s'en sortira.

Je ne parviens pas à lui rendre son étreinte alors je me contente d'enfouir mon visage dans son col de chemise. Cet homme... Notre union ne tenait pas uniquement à l'amour. Nous nous sommes promis plus que ça : foi, confiance, communication, challenge. Parce que quand l'amour s'estompe que nous reste-t-il ? Cet homme... Je le ferai souffrir, je l'entrainerai avec moi dans ma chute... Sa famille, ses amis, ses partenaires d'affaires... Oh mon Dieu.

Tu le savais Alyssa, tu le savais depuis le début que ton passé ne resterait pas bien longtemps tapi. Surtout pas avec la position sociale de votre couple. A quoi as-tu pensé einh toi la belle de nuit, la prostituée de la haute. J'essaie tant bien que mal de résister au flot de pensées sombres qui veut m'engloutir.

Anthony me retient aussitôt.

-Non Aly, non, ne faiblit pas maintenant. Quoi qu'il arrive, je serai là. Envers et contre tout.

Il a raison. Je ne dois pas faiblir, pas après tous ces sacrifices, pas maintenant qu'une lutte se prépare.

Le regard planté au sien, je murmure dans un souffle notre leitmotiv « Envers et contre tout ».

Chapitre 2 02

Stage 2. Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil

Le soleil vient à peine de se lever et je suis sur pied depuis une bonne heure déjà. Les bruits venant de la maison m'indiquent que l'heure du réveil familial a sonné. Umh il faut que je fasse vite avant que la patronne ne me trouve encore en train de balayer la cour. Je me redresse péniblement, ôte la poussière de mon visage et rajuste mon page noué à la va-vite.

- Eh toi là, mais tu es encore là ? Et les enfants, tu crois que qui va s'en occuper ?

Je viens de dire quoi ? Et c'est comme ça tous les jours. Alyssa, 16 ans, bonne à tout faire dans une maison de la commune huppée de Cocody, enchantée. Je disais donc, c'est comme ça tous les jours. Réveil à 5h tapantes, balayage de la cour (dont la superficie n'est pas des moindre), toilette des enfants, petit déjeuner, ménage, lessive, cuisine... C'est bon, je m'arrête là.

- Tantie, j'ai fini même. Je vais m'occuper d'eux et les accompagner au car. Faut pas t'inquiéter.

- Mais qui t'a dit que je m'inquiète ? Impolie. Allez dépêches toi là-bas ! Regardez-moi sa tête !

Mieux je me tais. Je ramasse mon balai et me dirige vers la chambre des enfants. Tania et Yann sont encore au lit essayant de grappiller quelques minutes de sommeil. C'est à croire qu'ils veulent qu'on m'insulte encore ce matin.

- Tania ! Yann ! Eeeh debout ! Il est 6h, vous allez être en retard ! A la douche !

Je les secoue tout en parlant et ils finissent par se lever. Je sors leurs effets de la journée et file à la cuisine leur préparer leur petit déjeuner. 40 minutes plus tard, je les confie propres et frais au conducteur du minicar scolaire. Au moins une chose de faite. La villa est tellement paisible, apparemment Madame et Monsieur (on va faire comment, ce sont les patrons non ?) sont déjà sortis.

Le calme, l'architecture de cette maison si semblable à une autre... L'espace autour se brouille et un nouveau tableau prend forme sous mes yeux. Une maison basse, beaucoup plus spacieuse, une femme souriant heureuse au bras d'un homme très élancé. Des enfants, deux garçons et une fille, qui courent et crient dans la cour. Ils ont l'air si heureux... Le klaxon d'une voiture au loin me ramène à la réalité et pourtant ô combien j'aurai souhaité ne plus y retourner.

Qui l'eût cru ? Moi la petite fille choyée de ma famille, me retrouver à faire le ménage dans la commune qui m'a vue naître ! Mon père travaillait comme cadre dirigeant dans une entreprise de la place et ma mère avait fait le choix d'être femme au foyer. Nous ne manquions de rien, l'avenir semblait tout tracé et puis... Et puis la crise a eu lieu. Nous nous sommes terrés dans le sous-sol de la maison, espérant un arrêt des combats ou même une accalmie. Mais le temps passait et toujours aucun signe positif. Ayant dû accueillir plusieurs membres de la famille, les provisions alimentaires s'étiolaient à vitesse grand V. Papa, contre l'avis de tous, décida de braver les tirs pour trouver un peu de nourriture à nous mettre sous la dent. Il n'est plus rentré de la journée. Son corps fut retrouvé sur le boulevard Latrille, non loin du supermarché Sococé. D'après la version qui nous parvint des semaines plus tard, son véhicule devait être réquisitionné et ayant opposé une résistance il s'était fait tiré dessus. La famille de papa ne s'est pas fait prier. Les biens furent partagés selon le droit d'aînesse et la contribution à la réussite de mon père (logique vous ne trouvez pas ?) et maman essaya de sauver ce qu'elle pouvait. Ne pouvant plus maintenir notre niveau de vie passé, maman, les jumeaux et moi nous sommes installés dans un petit studio à Yopougon. Fini la belle vie, les caprices d'enfant et les rêves tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Les maigres économies de maman et la vente de certains objets nous ont permis de tenir quelques mois. J'avais seize ans, j'étais l'aînée et il m'incombait désormais de soutenir la famille. Et me voilà, du haut de mes 1,77m, sous le chaud soleil qui me brûle le crâne en train de ressasser ma vie.

Je pousse un soupir et étire mon long corps. Ce n'est pas tout ça mais j'ai une pile de linge qui m'attend.

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A & A.

Chapitre 3 03

Stage 3. Les inséparables

On est samedi, c'est mon week-end de libre et il fait beau. Non, non Sacha ne parviendra pas à me gâcher cette belle journée. Respires Lyssa, elle t'a dit il y a 20 minutes qu'elle était en route. Sauf que pour Sacha être en route se situait entre la pose vernis et la retouche du make up. Je pense avoir attendu assez longtemps pour rentrer chez moi sans mauvaise conscience. Sans compter qu'en dépit de notre entente sur mes week-end en quinzaine de libre, ma patronne s'était arrangée pour me retenir le vendredi soir (elle organisait une réception et avait besoin d'aide, vous voyez le scénario). Je compte mentalement mes sous en poche et décide du moyen de transport jusqu'à Yopougon Sicogi. La tête pleine de mes calculs arabes, je ne prête pas attention à l'arrivée en fanfare de Sacha. Voiture coupé sport rouge flamboyant, mèches humaines au creux des reins, ongles ultras manucurés et maquillage on point. De l'autoradio, un célèbre Dj s'époumonait en des paroles incompréhensibles. Sacha dans toute sa splendeur.

- Tu comptes aller où comme ça ?

- Chez moi, tu veux que j'aille où d'autre ?

- Orh pardon montes vite, on nous attend. J'ai un vrai plan pour toi ma petite.

Cette fille est folle. Elle me fait poireauter et elle me presse pour aller je ne sais où. Je grimpe dans la voiture et enchaîne aussitôt :

- Stp Sacha, on en a déjà parlé. Je rentre d'abord voir maman et les jumeaux. J'ai été absente deux semaines tout de même. On avisera par la suite.

- Pardon à d'autres. Vu comment il est impossible de te voir, je te réquisitionne tout l'après-midi et même le soir. Fais-moi confiance, tu ne regretteras pas ton week-end. Elle me fait un clin d'œil malicieux.

Avec Inès, Sacha est l'une de mes meilleures amies. Notre amitié s'est forgée depuis les bancs de l'école maternelle jusqu'à ceux du lycée classique d'Abidjan. Inès poursuit ses études à l'INPH-B de Yamoussoukro. Elle a tenté sa chance au BAC en candidat libre l'année dernière et l'a obtenu avec brio. La fofolle à côté de moi quant à elle est le bouc en train du trio, toujours dans les bons plans, à la page des coins in de Babi. Inès et moi (surtout moi qui aie dû stopper l'école en première) essayons tant bien que mal de la pousser à être plus assidue aux cours. Bien que nos vies aient pris des tournants différents nous restons soudées les filles et moi.

- Evites moi tes plans louches stp. Et tu la sors d'où cette bagnole ?

Nouveau clin d'œil, grand éclat de rire. Elle a encore fait quoi ?

- Ma chérie tu te rappelles du vieux que j'avais rencontré quand je travaillais comme hôtesse ? Bah c'est son cadeau. IL y a des gens que l'argent démange et comme on ne refuse pas les cadeaux.

Son aplomb m'a désarçonné et mon rire a retenti dans l'habitacle de la voiture luxueuse. Nous sommes restées là de longues minutes à nous taper un fou rire. Tania avait la manie de prendre les hommes pour des pigeons en dépit de son jeune âge.

- Et là j'ose espérer que tu ne m'entraînes pas comme garde-fou à un rendez-vous avec lui.

- Krkrkrkr non du tout. On va au HB. Des potes y sont. Après promis, je te conduis chez toi. Alleeeez Lyssa, ça fait tellement longtemps que je ne t'ai pas vu.

- Ok tu as gagné, mais pas trop longtemps.

De la musique soft filtre des portes du Hollywood Boulevard. Sacha me précède en habituée du coin. Elle pianote rapidement sur son téléphone portable et se dirige d'un pas rapide vers un bloc de fauteuils un peu isolé. Il n'y a pas grand monde en ce Samedi après-midi. Tant mieux, ça m'évitera de croiser un visage familier. En dehors des filles peu de gens savent pour ma situation actuelle et ça me va très bien. Des jeunes hommes sont assis, sirotant des verres et remuant légèrement au son de la musique en sourdine. L'un d'eux attire mon attention, sa silhouette m'est familière. Mon souffle se suspend un bref instant.

- Sacha, tu n'aurais pas omis de me signaler que Lionel ferait partie de tes chers amis ?

- Moi ? Quand même pas. Sans doute un oubli. Elle me le murmure innocemment à l'oreille et change immédiatement de ton lorsque nous arrivons dans le salon. Lio-nel ! Cé-dric ! Je suis trop contente de vous revoir ! Alyssa tu te souviens d'eux n'est-ce pas ?

Comment pourrais-je les oublier ? Lionel était le mâle ! J'en avais le béguin depuis des années mais on avait comme une limite tacite (enfin lui plus que moi). Welcome to Friendzone !

- Alyssa ! Ca fait vieux, dis donc. Pour te voir tes potes doivent prendre rendez-vous ? me taquine Lionel en me serrant dans ces bras. Son parfum m'embrouille les sens. Le mâle.... Ce mec a tout bon du début à la fin. Il me relâche et coupe mon délire quand il ouvre la bouche :

- Alors racontes, qu'es-tu devenue depuis ce temps. Je veux tout savoir !

Eh merde, je suis sensée répondre quoi moi ?

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