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Entre ombres et espoirs :La quête de la vérité

Entre ombres et espoirs :La quête de la vérité

Auteur:: Lovely plume
Genre: Aventure
"Élise, une femme hantée par la disparition de son ancien amour Thomas qui avait péri lors d'un voyage en bateau , se lance dans une quête de vérité qui bouleverse tout ce qu'elle croyait savoir. Ce qu'elle découvre dépasse de loin ses soupçons : un réseau criminel tentaculaire impliqué dans des trafics abominables, dirigé par des individus en qui elle pensait pouvoir faire confiance. Aidée par Samuel, un homme qui se sentait coupable de la mort de thomas et dont la loyauté se transforme en un amour sincère, et Clara, une alliée perspicace et déterminée, Élise affronte mensonges, manipulations et trahisons pour détruire cet empire de corruption. Dans cette lutte acharnée pour la justice, Élise trouve non seulement la vérité, mais aussi une nouvelle force, un espoir, et l'amour qu'elle n'attendait plus. Cette histoire est une exploration de la résilience, de la quête de soi et du renouveau face à l'obscurité.

Chapitre 1 L'éveil des étoiles

Rivemarine, une petite ville côtière du sud balayée par les vents salés, semblait toujours endormie au crépuscule. Les rues pavées et les façades blanches des maisons s'illuminaient d'une teinte dorée, reflet du soleil couchant qui mourait lentement à l'horizon. Pour Élise SUNSHINE, cette sérénité apparente n'était qu'un voile recouvrant des souvenirs douloureux.

Cela faisait maintenant un an que son monde s'était effondré. Un an que Thomas JORDANS, son fiancé, avait disparu en mer lors de cette nuit fatidique, lorsque le bateau sur lequel il travaillait avait sombré pour des raisons inexpliquées. À chaque lever de soleil, Élise espérait qu'elle trouverait une réponse ou, au moins, un apaisement. Mais ni l'un ni l'autre n'étaient jamais venus.

Ce soir-là, Élise se tenait sur la vieille jetée de bois, les mains profondément enfoncées dans les poches de son manteau léger. Le vent frisquet agitait ses cheveux bruns, et ses yeux, fixant l'horizon, semblaient chercher une silhouette qui ne reviendrait jamais.

Elle sortit un pendentif de sa poche, une petite étoile en argent qu'elle serra si fort dans sa main que ses jointures blanchirent. Thomas lui avait donné ce pendentif la veille de sa disparition. Il avait dit, dans un sourire espiègle : « Peu importe où je suis, Élise, tant que tu portes cette étoile, je resterai avec toi. »

« Mensonge, » murmura-t-elle, sa voix emportée par le bruit des vagues. Une larme roula le long de sa joue, qu'elle essuya rapidement, comme si elle voulait garder sa douleur pour elle-même.

Elle était plongée dans ses pensées lorsque des bruits de pas la tirèrent de sa torpeur. Un homme s'approchait. Élise leva les yeux et vit un inconnu, grand et mince, vêtu d'un manteau noir usé, qui marchait nonchalamment en direction du bord. Il semblait perdu dans ses propres réflexions, et pourtant, quand il croisa son regard, un instant fugitif de reconnaissance sembla traverser ses yeux.

Le lendemain matin, Élise tenta de rompre la monotonie en se rendant dans son café favori, Le Marin Bleu. C'était un endroit modeste, avec des murs en bois clair et des tables recouvertes de nappes à carreaux. Le propriétaire, un vieil homme nommé Victor, lui adressa un sourire chaleureux lorsqu'elle entra.

- Ton thé au jasmin habituel ? demanda-t-il en s'essuyant les mains sur son tablier.

- Oui, merci, répondit-elle en souriant faiblement.

Elle s'installa à sa table habituelle, près de la fenêtre qui donnait sur le port. Elle aimait observer les bateaux entrer et sortir, même si cela lui rappelait toujours Thomas. Mais ce jour-là, autre chose attira son attention.

Un carnet était posé sur la chaise voisine. Sa couverture en cuir était usée, comme si elle avait été manipulée des centaines de fois. Intriguée, Élise le prit et l'ouvrit à une page au hasard. Ce qu'elle y découvrit la laissa sans voix.

Des dessins détaillés, des notes manuscrites, et une carte grossièrement dessinée occupaient les pages. Mais ce qui la frappa le plus, c'était un croquis précis du bateau sur lequel Thomas avait disparu. Au bas de la page, une phrase attirait son regard : « Le bateau n'a jamais coulé par accident. »

Son cœur s'emballa. Qui avait écrit cela ? Était-ce une coïncidence ou un signe ?

Alors qu'elle tournait les pages, Élise découvrit d'autres détails énigmatiques. Des séries de chiffres, des annotations en marge, et des phrases cryptiques comme « Ils savaient tout. » ou encore « Ne fais confiance à personne. »

Une serveuse s'approcha avec son thé et remarqua l'expression troublée d'Élise.

- Tout va bien, Élise ? demanda-t-elle en posant la tasse.

- Ce carnet... Il a été laissé ici ? demanda Élise, incapable de dissimuler son agitation.

La serveuse haussa les épaules. - Je suppose que oui. Un client l'a peut-être oublié ce matin.

Élise remercia la jeune femme et referma le carnet, son esprit en ébullition. Devait-elle chercher à en savoir plus ou le rendre à son propriétaire ? Et si ce carnet contenait vraiment des réponses sur l'accident ? Elle n'avait jamais cru à la version officielle - une simple tempête qui aurait surpris le bateau.

Alors qu'elle quittait le café, le carnet serré contre elle, une silhouette familière entra dans son champ de vision. L'homme de la jetée. Son cœur rata un battement. Était-ce une simple coïncidence ou le destin qui les réunissait de nouveau ?

Elle se précipita vers lui sans réfléchir. - Vous, attendez ! appela-t-elle.

L'homme se retourna, surpris, et fronça les sourcils en la reconnaissant.

- Vous êtes encore là, dit-il. Qu'est-ce que vous voulez ?

- Ce carnet, dit-elle en le brandissant. Il est à vous, n'est-ce pas ?

Il resta silencieux un instant, ses yeux fixant le carnet comme s'il contenait un secret qu'il voulait protéger à tout prix.

- Où l'avez-vous trouvé ? demanda-t-il finalement, sa voix teintée d'une certaine nervosité.

- Cela importe peu, répondit Élise avec défi. Ce que je veux savoir, c'est ce que signifient ces notes. Ce croquis, cette phrase... Pourquoi ce carnet parle-t-il du bateau de Thomas ?

L'homme pâlit légèrement. - Vous devriez oublier ce que vous avez vu, dit-il en tendant la main pour récupérer le carnet.

Mais Élise recula, le carnet toujours fermement dans sa main. - Pas avant que vous m'expliquiez ce que vous savez. Si vous êtes impliqué dans ce qui est arrivé à Thomas, vous me le direz, que vous le vouliez ou non.

L'homme soupira, visiblement agacé, mais aussi résigné. - Très bien, dit-il finalement. Rencontrons-nous ce soir, ici même. Je vous dirai ce que je peux. Mais sachez que certaines vérités sont dangereuses. Élise hocha la tête, déterminée. Elle était prête à affronter n'importe quelle vérité, aussi sombre soit-elle, si cela signifiait comprendre ce qui était réellement arrivé à Thomas.

Alors qu'Élise faisait le chemin du retour vers son appartement, le carnet toujours serré contre elle, des images floues de Thomas envahirent son esprit. Elle se souvenait encore de la nuit où tout avait changé. Il pleuvait ce soir-là, une pluie fine qui embrumait les vitres. Thomas était entré, sa veste trempée, mais son sourire radieux illuminait toute la pièce.

« J'ai accepté une dernière mission, Élise. Je pars demain, mais ce sera rapide. Je reviendrai avant que tu ne t'en rendes compte. »

Elle n'avait pas aimé cette nouvelle, mais elle connaissait la passion de Thomas pour la mer et les voyages. « La mer est mon domaine, » disait-il souvent, comme une promesse secrète faite aux vagues.

Son sourire, sa voix, même son parfum marin semblaient encore présents dans l'air. Pourtant, tout ce qu'elle avait aujourd'hui, c'était ce carnet et les mystères qu'il renfermait.

Cette nuit-là, Élise dormit à peine. Elle feuilleta à nouveau le carnet sous la lumière tamisée de son bureau. Elle nota chaque détail qui semblait important : des coordonnées vaguement notées sur un coin de page, des dessins d'objets qu'elle ne reconnaissait pas et cette fameuse phrase qui revenait comme une litanie : « Ils savaient tout. »

Elle voulait croire qu'il y avait un sens derrière tout cela. Mais un autre sentiment, plus sombre, commençait à naître en elle. Et si ce carnet ne faisait qu'ajouter à son tourment ? Et si, au lieu de réponses, il ne faisait que soulever de nouvelles questions sans fin ?

Mais au fond, elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Si elle ne poursuivait pas cette piste, elle ne se le pardonnerait jamais. Le lendemain, Élise retourna sur la jetée, comme convenu avec Samuel. La brise marine jouait avec son écharpe tandis qu'elle l'attendait, le carnet dissimulé sous son manteau. Elle n'était pas sûre qu'il viendrait. Peut-être avait-il changé d'avis.

Mais Samuel arriva, ses pas lourds résonnant sur les planches. Il semblait plus tendu que lors de leur première rencontre.

- Vous êtes là, dit-il simplement.

- Je ne pouvais pas partir sans comprendre, répondit Élise, les bras croisés.

Samuel soupira et jeta un coup d'œil autour de lui, comme pour s'assurer qu'ils étaient seuls.

- Écoutez, ce carnet... Vous n'auriez jamais dû le lire. Il contient des choses dangereuses, des choses que vous ne pouvez pas comprendre.

- Alors expliquez-moi, rétorqua Élise, défiant son regard. J'ai perdu Thomas, et si ce carnet peut m'aider à comprendre pourquoi, je suis prête à prendre le risque.

Samuel hésita, mais il finit par acquiescer.

- Très bien, je vais vous raconter ce que je sais. Mais sachez une chose : ce que vous découvrirez pourrait tout changer. Ils s'assirent sur un banc, un peu à l'écart. Samuel semblait nerveux, regardant constamment par-dessus son épaule.

- Le bateau sur lequel Thomas travaillait, le Lune de mer, n'était pas qu'un simple bateau de pêche, commença-t-il. Il transportait quelque chose... quelque chose de précieux pour des gens très puissants.

- Quoi, exactement ? demanda Élise, les mains tremblantes.

- Je n'en suis pas sûr. Mais ce carnet contient des indices. Mon rôle était d'écrire tout ce que j'apprenais pour le compte de... disons, des gens intéressés. Mais les choses ont mal tourné.

Élise était sidérée. Elle avait toujours cru que Thomas était victime d'un simple accident. Mais maintenant, tout semblait indiquer un complot plus vaste.

- Et Thomas ? Que faisait-il sur ce bateau ? Il n'était pas impliqué, si ?

Samuel baissa les yeux, comme s'il hésitait à répondre.

- Je ne peux pas vous répondre avec certitude, avoua-t-il. Mais il est possible qu'il ait vu quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir.

Élise sentit un mélange de colère, de peur et de détermination bouillonner en elle. Si Thomas avait été victime d'un complot, alors elle ferait tout pour découvrir la vérité.

- Très bien, dit-elle en se levant. Si ce carnet peut m'aider à comprendre ce qui s'est passé, alors je vais continuer à chercher, avec ou sans votre aide.

Samuel la regarda un instant, puis se leva à son tour.

- Vous êtes plus courageuse que je ne le pensais, dit-il avec un léger sourire. Mais faites attention, Élise. Ceux qui cherchent des réponses ne trouvent pas toujours ce qu'ils espèrent.

Il s'éloigna, laissant Élise seule sur la jetée, le carnet toujours serré contre elle. Mais cette fois, elle ne se sentait pas seule. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait un but, une direction à suivre.

Et même si les étoiles semblaient perdues, Élise savait qu'elle trouverait un jour leur lumière.

Chapitre 2 Le masque du passé

La nuit tombait lourdement sur Rivemarine, étouffant la lumière des réverbères dans une brume salée. Élise déambulait dans les rues pavées, son esprit englué dans les souvenirs de Samuel, du carnet mystérieux, et, bien sûr, de Thomas. L'absence du carnet lui pesait, comme si elle avait perdu une partie essentielle de son propre cœur. Pourtant, son intuition la poussait à continuer. Chaque pas sur ces pierres usées par le temps était un battement dans le rythme de sa quête pour la vérité.

Alors qu'elle atteignait la porte de sa maison, son téléphone vibra sur le rebord de son manteau. L'écran éclaira brièvement la pénombre, et elle s'arrêta net. Un message. Non, pas de Lydia cette fois, ni même de Samuel. Mais "A". Antoine LEROY.

Élise hésita. Antoine avait été là, autrefois, pendant les jours heureux où Thomas et elle partageaient des projets pour l'avenir. Antoine et Thomas avaient été collègues et amis. Puis, sans véritable explication, Antoine s'était éloigné après la disparition de Thomas, comme s'il portait sur ses épaules une culpabilité qu'il refusait de partager. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce silence soudain brisé par un message aussi bref ?

Elle resta immobile devant la porte, ses doigts resserrant un instant le téléphone. Le message était urgent. Elle le savait. Pourtant, une vague d'appréhension l'envahissait. Antoine avait toujours été une énigme, à la fois familier et distant, à la fois chaleureux et énigmatique. Pouvait-elle lui faire confiance ?

Finalement, elle se détourna de sa maison et fit demi-tour, prenant la direction du port où se trouvait l'ancien atelier d'Antoine. L'air froid de la mer giflait son visage, mais ses pas ne ralentirent pas. Elle devait savoir. L'atelier d'Antoine était un bâtiment modeste, presque oublié dans le paysage vibrant de Rivemarine. Les murs en bois vieilli dégageaient une odeur d'huile et de rouille, et une lumière vacillante filtrait à travers les fenêtres. La porte était entrouverte, comme pour l'inviter à entrer dans un espace où les mystères semblaient l'attendre. Élise hésita une seconde, puis poussa la porte.

L'intérieur était un chaos organisé : des établis surchargés d'outils, des moteurs à moitié démontés, et des croquis de bateaux épinglés aux murs. Antoine était là, courbé sur un moteur qu'il ajustait avec précision, sa chemise tachée d'huile. Il semblait concentré, presque absent, jusqu'à ce que ses yeux se lèvent vers elle.

- Élise, tu es venue, dit-il doucement, posant ses outils. Son visage, marqué par des cernes et une barbe mal entretenue, semblait porter le poids de secrets qu'il était prêt à partager.

- Ton message, Antoine... Pourquoi maintenant ? demanda-t-elle, son ton mi-curieux, mi-agacé.

Antoine essuya ses mains sur un chiffon avant de se diriger vers une vieille armoire en bois. Il en sortit une boîte métallique qu'il posa sur l'établi avec précaution. Ce qu'il sortit ensuite paralysa Élise : une boussole dorée, gravée d'une étoile identique à celle de son pendentif.

- Où as-tu trouvé ça ? souffla-t-elle.

- À bord du Lune de mer, dit Antoine, le regard rivé sur l'objet brillant.

Le cœur d'Élise s'emballa. Cet objet appartenait au monde perdu de Thomas, elle le sentait. Mais la réponse d'Antoine ne faisait qu'ajouter à sa confusion.

- Tu étais sur ce bateau ? insista-t-elle, cherchant à percer le mystère.

Antoine esquissa un sourire amer, secouant légèrement la tête.

- Non. Mais j'ai mes façons de savoir. Ce que je peux te dire, c'est que cette étoile n'est pas qu'un simple symbole. Elle est liée à quelque chose... de beaucoup plus vaste.

Ses mots résonnaient comme une énigme.

Alors qu'Élise tentait de faire sens des révélations d'Antoine, un autre détail dans la pièce attira son attention. Une carte accrochée au mur, marquée de plusieurs points rouges qui semblaient suivre une trajectoire maritime. Elle s'en approcha, son regard suivant ces points.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle en montrant la carte.

Antoine fronça les sourcils, visiblement hésitant.

- C'est une piste. Les ports où le Lune de mer a fait escale avant... ce qui s'est passé, répondit-il à contrecœur.

Élise sentit son esprit s'emballer. Elle voulait poser mille questions, mais quelque chose dans l'attitude d'Antoine la freina. Il était nerveux, constamment sur le qui-vive, comme s'il attendait l'arrivée de quelqu'un ou quelque chose.

- Antoine, commence par le début, supplia-t-elle. Je mérite des réponses. Thomas mérite des réponses.

Mais au lieu de répondre, Antoine se détourna, son visage marqué par une expression indéchiffrable.

- Il y a des choses que tu ne devrais pas savoir, Élise, dit-il finalement. Crois-moi, certaines vérités ne feront qu'ajouter à ta douleur.

- Tu as peur de quoi ? Des gens ? Des conséquences ? Tu me caches quelque chose, je le sens.

Antoine se tourna vers elle, ses yeux d'un bleu acier brillant d'une intensité qui la désarma. Il posa la main sur son épaule, son ton se faisant soudainement plus doux.

- Élise, écoute-moi. Ce que tu cherches... ce que tu veux découvrir... pourrait te mettre en danger. Tu ne réalises pas à quoi tu t'exposes.

Ces mots frappèrent Élise comme un avertissement, mais au lieu de l'effrayer, ils renforcèrent sa détermination. Elle n'était pas prête à laisser les secrets du passé la contrôler. Elle voulait tout savoir, même les sombres vérités. Alors qu'ils continuaient à parler, un bruit retentit à l'extérieur. Antoine se raidit, sa main glissant instinctivement vers une porte arrière qui semblait mener à une sortie secondaire.

- Tu dois partir, dit-il précipitamment. Maintenant.

- Quoi ? Pourquoi ? Antoine, qu'est-ce qui se passe ?

Mais Antoine se dirigeait déjà vers la sortie, la tension palpable.

- Fais-moi confiance, Élise. Il vaut mieux que tu sois loin d'ici. Je t'appellerai.

Élise hésita, mais l'insistance dans ses paroles la poussa à quitter l'atelier. Dehors, elle retrouva l'air glacial du port, mais quelque chose avait changé. Elle savait que les mystères entourant Antoine allaient bien au-delà de ce qu'elle avait imaginé.

Sur le chemin du retour, ses pensées tournaient en boucle. Elle repassait chaque mot, chaque geste, chaque détail. Qui étaient ces "gens" dont Antoine avait parlé ? Et pourquoi semblait-il si nerveux ? La boussole, la carte, ses avertissements... tout semblait converger vers un complot plus vaste, plus sombre.

Élise savait qu'elle n'en avait pas fini avec Antoine. Il détenait des réponses, mais il semblait aussi pris dans les filets d'une force qu'elle ne comprenait pas encore.

Lorsque la silhouette d'Élise disparut au coin de la rue, Antoine resta planté à la porte de l'atelier, la mâchoire crispée. Il scrutait l'obscurité, ses yeux courant sur le moindre mouvement suspect dans la nuit. Le vent marin s'insinuait sous son col, mais il ne bougea pas, comme paralysé par une inquiétude qu'il portait seul.

Une fois certain qu'Élise était hors de portée, il referma la porte à clé et s'adossa contre celle-ci, soupirant longuement. Antoine n'avait jamais été un homme craintif, mais ces derniers mois avaient mis son sang-froid à rude épreuve. Il passa une main dans ses cheveux en bataille, comme s'il espérait y trouver des réponses, puis marcha lentement jusqu'à l'armoire où il avait rangé la boussole. Il la prit dans ses mains, l'observant sous la faible lueur vacillante d'une lampe suspendue.

La boussole brillait d'un éclat ancien, usée par le temps mais toujours fascinante. Antoine connaissait son importance - pas seulement pour Élise ou même pour Thomas, mais pour une raison bien plus sombre et complexe qu'il n'osait admettre.

Antoine Leroy n'avait pas toujours été cet homme replié sur lui-même. Avant, il était plein de vie, connu à Rivemarine pour ses compétences en mécanique et son sourire facile. Sa passion pour les bateaux et la mer l'avait conduit à travailler sur le Lune de mer aux côtés de Thomas, à une époque où l'avenir semblait clair et prometteur. Mais les événements de cette fameuse nuit avaient tout changé.

Il se souvenait encore du jour où on lui avait présenté Thomas. « Un gars bien, » avait-on dit. Et c'était vrai. Thomas avait cette manière de rassembler les gens, de les faire se sentir importants. Rapidement, une camaraderie s'était nouée entre eux. Mais Antoine n'avait jamais été aussi insouciant que Thomas. Là où Thomas voyait la mer comme un terrain de jeu ou une passion, Antoine y voyait un territoire dangereux, peuplé de secrets et de choses mieux laissées tranquilles.

Leur dernier voyage ensemble sur le Lune de mer hantait encore ses nuits. Antoine n'avait rien dit à Élise, ni à personne d'autre, mais il se souvenait des murmures à bord, des regards échangés dans l'ombre, des caisses scellées qui semblaient toujours voyager sous les radars. Il n'avait pas posé de questions à l'époque, préférant fermer les yeux sur ce qu'il considérait comme des affaires qui ne le concernaient pas. Mais aujourd'hui, ces choix le rattrapaient.

De retour à son établi, Antoine ouvrit un tiroir secret dissimulé sous un faux panneau de bois. À l'intérieur, une série de documents soigneusement pliés et un carnet noir relié en cuir. Contrairement au carnet qu'Élise avait trouvé, celui-ci était rempli de son propre écriture. Des dates, des observations, et même des croquis de certains symboles mystérieux qu'il avait vus gravés sur les caisses du Lune de mer. Il passa ses doigts sur les pages, le visage sombre.

Antoine n'avait pas voulu impliquer Élise. Elle était innocente dans cette affaire, une victime d'une tragédie plus grande qu'elle ne pouvait l'imaginer. Mais le hasard - ou peut-être le destin - avait décidé autrement. Et maintenant qu'elle était embarquée, il savait qu'il ne pourrait pas la protéger éternellement.

À travers une petite fenêtre de l'atelier, Antoine jeta un dernier coup d'œil à l'extérieur. Dans la rue, une ombre semblait bouger, lente et calculée. Ses sourcils se froncèrent. Il éteignit rapidement la lumière de l'atelier, s'accroupit derrière l'établi, et écouta. Le bruit de pas, discrets mais audibles, confirma ce qu'il redoutait.

« Ils sont là, » murmura-t-il pour lui-même.

Ces derniers temps, il avait remarqué qu'on l'épiait. Des visages inconnus dans les cafés, des voitures qui restaient garées trop longtemps devant son atelier, des appels anonymes où personne ne parlait de l'autre côté du fil. Antoine savait ce que cela signifiait : il avait attiré leur attention. Et maintenant, avec le retour d'Élise et son carnet disparu, les choses ne feraient que s'intensifier.

En fouillant dans un vieux coffre, Antoine sortit une petite boîte métallique. À l'intérieur, une clé en argent et un morceau de papier plié. Sur le papier, une adresse : "Port de Valmont, Quai 7. Demain à minuit." Il déglutit difficilement en relisant ces mots. Il savait que ce rendez-vous pouvait sceller son destin, mais il n'avait plus le choix.

Avant de quitter son atelier pour la nuit, il écrivit rapidement une note qu'il glissa sous une pierre posée près de l'entrée. Elle était adressée à Élise, au cas où elle reviendrait avant lui. La note disait simplement :

"Garde tes distances. Ne fais confiance à personne."

Il prit une profonde inspiration, enfila son manteau, et quitta l'atelier en silence, s'enfonçant dans la nuit noire.

Chapitre 3 Les reflets trompeurs

Le soleil déclinait lentement sur Rivemarine, peignant le ciel d'un mélange de pourpre et d'or. Élise, assise près de la fenêtre de son salon, fixait le mot qu'elle avait trouvé devant l'atelier d'Antoine. "Garde tes distances. Ne fais confiance à personne." Ces mots résonnaient dans son esprit, un avertissement qui semblait venir de quelqu'un pris dans une toile de secrets bien plus vaste qu'elle ne l'avait imaginé. Malgré sa méfiance croissante, quelque chose en elle refusait d'abandonner.

Si Antoine savait quelque chose, elle devait le découvrir, même si cela signifiait désobéir à son propre instinct.

Alors qu'elle s'apprêtait à quitter sa maison pour retourner voir Antoine, son téléphone vibra. Cette fois, ce n'était pas un message. C'était un appel. Le nom qui s'affichait à l'écran la fit hésiter : Samuel. Après un court instant, elle décrocha.

- Samuel ? fit-elle, un mélange d'espoir et de prudence dans la voix.

- Élise, je crois que j'ai trouvé quelque chose, répondit-il rapidement. C'est à propos du carnet. Il y a un homme, à Valmont. Il prétend qu'il a des informations sur le Lune de mer et... sur ce qui s'est passé cette nuit-là.

Le cœur d'Élise bondit. Enfin, une piste concrète, quelque chose de tangible.

- Tu en es sûr ? demanda-t-elle, la voix tremblante.

- Oui. Mais fais attention. Ces gens... ils ne plaisantent pas. Tu dois rester sur tes gardes.

La conversation s'interrompit brusquement, et malgré ses appels répétés, Samuel ne répondit plus. Élise resta un instant paralysée, essayant de calmer les battements frénétiques de son cœur. Elle savait qu'elle devait agir, mais une ombre de doute planait sur ses pensées. Pourquoi Samuel semblait-il si soudainement impliqué ? Et pourquoi ne lui avait-il pas parlé de cet homme plus tôt ?

Plus tard dans la soirée, Élise se rendit au port de Valmont, suivant les instructions que Samuel lui avait laissées dans un message ultérieur. Le quai 7 était désert, plongé dans une obscurité pesante, à peine éclairée par les réverbères faiblissants. Un bateau, long et étroit, était amarré à côté. Alors qu'elle avançait, une voix masculine s'éleva dans l'obscurité.

- Vous êtes Élise, je présume ?

Elle sursauta légèrement et se tourna vers un homme grand et robuste, vêtu d'un imperméable gris. Son visage était dissimulé sous une capuche, mais sa voix était calme, presque rassurante.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle, tentant de dissimuler son inquiétude.

- Je suis quelqu'un qui veut vous aider, répondit-il.

L'homme tendit un dossier qu'Élise saisit avec hésitation. Elle ouvrit les premières pages et découvrit des copies de documents officiels, des manifestes de cargaisons maritimes, ainsi qu'une série de noms qui lui étaient inconnus. À la dernière page, une photo retint son attention : celle du Lune de mer, prise quelques jours avant son naufrage.

- Pourquoi me montrez-vous ça ? demanda-t-elle.

L'homme baissa légèrement la tête.

- Parce que vous méritez la vérité. Et parce que vous n'êtes pas la seule à chercher des réponses. Mais sachez que la vérité peut être plus dangereuse que vous ne le pensez.

Avant qu'elle ne puisse poser plus de questions, l'homme s'éloigna rapidement, disparaissant dans la nuit comme une ombre.

De retour chez elle, Élise étala le contenu du dossier sur sa table. Chaque document semblait contenir des indices potentiels : des dates, des itinéraires, des noms. Mais un détail particulier attira son attention. L'un des manifestes mentionnait une caisse marquée d'un symbole étrange : une étoile encerclée par un anneau. Ce symbole réveilla en elle une vague de souvenirs. Où l'avait-elle déjà vu ?

Et puis cela lui revint. Antoine. Lorsqu'il avait brièvement ouvert son carnet à l'atelier, elle avait aperçu ce même symbole dessiné dans un coin de la page. Une colère sourde monta en elle. Pourquoi Antoine ne lui avait-il jamais parlé de ça ? Pourquoi continuait-il de lui cacher des choses alors qu'il prétendait vouloir l'aider ?

Malgré ses doutes et ses frustrations, Élise se convainquit qu'elle tenait enfin une piste solide. Si ce symbole était lié au naufrage, alors il pourrait également être la clé pour comprendre la véritable raison de la mort de Thomas.

Le lendemain matin, Élise retourna voir Antoine. Cette fois, elle n'était pas là pour discuter calmement. Dès qu'elle entra dans l'atelier, elle lui lança une copie de la page contenant le symbole.

- Explique-moi, Antoine. Pourquoi ce symbole se trouve-t-il à la fois dans le manifeste et dans ton carnet ? Qu'est-ce que tu me caches ?

Antoine, visiblement surpris, prit la page et la regarda un long moment sans rien dire.

- Élise... Ce n'est pas ce que tu crois, dit-il enfin, sa voix empreinte d'une fausse sincérité.

- Alors qu'est-ce que c'est ? cria-t-elle, les larmes menaçant de couler.

Antoine posa la page sur l'établi et la regarda droit dans les yeux.

- Ce symbole appartient à une société privée. Ils utilisaient le Lune de mer pour transporter quelque chose... quelque chose d'illégal. Thomas n'avait rien à voir avec ça, je te le jure. Mais il a été pris au mauvais endroit, au mauvais moment.

Les mots d'Antoine semblaient vrais, et pourtant, une petite voix en elle lui soufflait qu'il ne disait pas tout.

- Pourquoi ne m'as-tu rien dit plus tôt ? demanda-t-elle, la voix tremblante.

- Parce que je voulais te protéger, Élise, répondit Antoine, posant une main sur son épaule.

Ce geste se voulait réconfortant, mais il ne fit qu'accentuer sa méfiance. Antoine souriait, mais ce sourire était teinté d'une nuance qu'Élise ne pouvait pas nommer. Était-ce de la pitié ? Ou autre chose, quelque chose de plus sombre ?

Alors qu'Élise repartait avec l'impression d'être enfin sur le point de découvrir la vérité, elle ne savait pas que chaque détail qu'on lui avait donné jusqu'à présent - les manifestes, le symbole, et même le soi-disant homme du port - faisait partie d'un mensonge soigneusement orchestré par Antoine lui-même.

Dans l'ombre de l'atelier, Antoine déplia un document secret qu'il avait pris soin de garder hors de la vue d'Élise. Sur ce document, le même symbole de l'étoile encerclée. Mais cette fois, les mots inscrits en dessous révélaient un sombre secret : "Mission achevée. Toutes traces effacées."

Antoine soupira profondément. Il savait qu'Élise n'était qu'à un pas de découvrir la vérité. Mais ce pas, il ferait tout pour l'empêcher de le franchir.

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