La plupart de sa vie n'est faite que de douleur, de haine de rancœur. Le sentiment d'être faible face aux insultes aux humiliations à son encontre. Obliger de choisir, son lot quotidien, vouloir réussir, vouloir connaitre, vouloir être : devenir. Tel est son histoire !!!
On l'appelait Aita Gueye autrefois........
Sa mère : jeune, très belle, à la noirceur d'ébène, élancée avec des yeux de biches était issue d'une famille très pauvre. Afin d'aider sa famille et ses proches, elle dut arrêter très tôt ses études.
Habitant à la médina, la grande banlieue dakaroise, quartier situé en plein cœur de la capitale, elle commença d'abord à travailler comme lingère.
Soda Gueye :
Depuis 7h du matin, elle est là à faire le linge : le triple de ce qui était convenu avec sa cliente. Sous ce chaud soleil, ou elle détalait les habits secs, son ventre se mit à crier famine. Il était 15h et elle n'avait rien mangé. L'odeur de la pâte d'arachide du mafé que dégustait la famille de sa cliente en face d'elle, ne cessait de lui titiller les narines. Pourtant personne n'avait daigné l'appeler à venir manger. Pourquoi l'appellerait-elle ? Elle n'était que leur lingère. Ce premier jour où elle commença sa cliente avait été très claire avec elle.
_ Tu viendras deux fois par semaine faire le linge et le repassage. Tu auras 1500f par semaine. Cependant tu ne mangeras point ici. Chaque habit que tu bruleras, sera déduit de ta paie. Lui avait cité la maitresse des lieux.
1500f ne constituait déjà pas une belle somme à l'époque. Et c'était tout un problème pour avoir sa paie. Voilà un mois ! un mois, qu'on ne lui avait rien payé. A chaque fois sa cliente ne faisait que lui déplorer ses problèmes lui promettant de la rémunérer les jours suivants. Elle qui avait le plus de problèmes, devant nourrir ses parents et ses deux sœurs Oulèye et Maty. Elle dont cette paie misérable ne pouvait couvrir ses frais. Ce travail exigeait énormément de force physique que mentale. Il arrivait qu'elle ne soit pas payée sous prétexte que le linge n'est pas propre. Et dans ces cas-là, elle n'avait nul autre choix que de s'en aller sans son argent. Il ne pouvait se passer deux semaines sans qu'elle ne tombe malade : des courbatures, ou mal de tête occasionné par son long exposition au soleil.
Il était 20h quand elle termina son repassage et se présenta devant sa cliente pour récupérer son dû.
_ J'ai fini mère Kène lui dit-elle affaiblie par la faim
_ Ah Soda ton travail devient de plus en plus lent maintenant
_ Il y'a toujours plus beaucoup d'habits .....
_ C'est la même quantité de toujours
_ Il se fait tard donc je n'attends que vous pour rentrer
_ M'attendre ah pour tes 1500 francs je vais les chercher
_ Non mère Kène vous me devez 6000 francs voilà un mois je vous cours après
_ Hey douma sa morom moussou mala yorel xaliss (je ne suis pas ton égale, je ne te dois rien du tout)
_ Mère Kène ayez peur de Dieu..........
_ Ah tu me traites de menteuse maintenant cria-t-elle pour ameuter ses enfants qui vinrent à la rescousse menaçant de frapper Soda.
Quand elle sortit indemne de la maison, elle se jura d'arrêter ce travail pour chercher autre chose. Cependant, partout où elle allait, elle ne trouvait rien qui lui convienne. C'est ainsi que sa meilleure amie lui conseilla d'aller chercher du travail au camp français situé à Ouakam.
_ Penses-tu que j'aurais une chance chez ces toubabs ? demanda-t-elle à son amie.
_ Mais bien sûr Soda ce n'est que pour travailler comme ménagère en plus tu te débrouilles pas mal en français. Tu n'as rien à y perdre alors vas-y !
Ce qu'elle fit dès le lendemain !
Il y avait de nouveaux soldats qui venaient d'arrivés, certains accompagnés de leurs familles et par chance elle fut prise par l'une de ces familles comme servante.
Contente était Soda d'avoir un travail, un bon salaire avec des avantages. Après une longue journée de travail, elle avait comme habitude à sa descente de se rendre à la montagne de Ouakam s'assoir sur un rocher prendre l'air. C'était sa manière d'évacuer son stress et d'oublier ses problèmes. Dès fois elle y restait jusqu'à la nuit tombante avant de rentrer à la Médina.
C'est à cet endroit qu'elle rencontra le père de sa fille.......
Comme à son habitude, face à la mer, elle se mit à penser à son père qui voulait la donner en mariage à un vieillard. Sur ces pensées, elle s'était levée du rocher en glissant, menaçant de tomber. Si ce n'était ce bras vigoureux qui l'avait secouru alors, elle se retrouverait sans doute avec des fractures.
En retrouvant l'équilibre, tenant droit sur deux pieds, elle fit face à un homme, un blanc, brun aux yeux vert athlétiquement bâti.
_ Vous allez bien ? Demanda ce dernier Vous ne vous êtes pas blessée ?
_ Non ça va
_ Vous devriez faire attention, ces rochers sont très glissants
De là naquit leur amour. Et cette montagne devenue leur lieu de rencontre, leur point de rendez-vous. Par le plus grand des hasards, son blanc faisait parti des soldats français déployé à la base d'Ouakam.
Au fil du temps, leur amour grandissait de jour en jour à l'insu des autres biens sûrs. Pour Soda, il était hors de question que sa famille le voit avec un blanc. Comment dire le racisme n'existe pas que chez les blancs mais aussi chez certains noirs telle la famille de Soda. Lorsqu'elle avait annoncé à ses parents avoir eu un boulot chez des blancs, ces derniers restèrent muets. A l'expression de leurs visages, leur fille sut qu'ils n'étaient pas du tout emballés alors il fallait qu'elle les convainc.
_ Père, mère je sais que vous vous faites du souci pour moi. Mais soyez sans crainte. J'ai toujours été travailleuse.......
_ Nous savons Soda. Imposa la forte voix de son père. Ma fille tu as toujours été travailleuse. Nous t'avons donné une bonne éducation et aussi nous savons quelle genre de personne tu es. Soda c'est vrai que tu es brave mais cependant j'ai peur que tu n'aies pas les épaules assez solides et du cran pour travailler chez des blancs. Ces blancs ne nous respectent pas. S'ils ne t'utilisent pas comme esclave alors ils font pire en te prenant pour leur objet. Ma fille tu es jeune et belle mais pauvre. Et cela ne constitue pas un avantage pour toi dans ce genre d'endroit et surtout en compagnie de blancs.
_ Papa je sais que tu te fais du soucis pour moi mais les tentations et les vices n'existent pas que chez les blancs mais partout. Ce n'est pas le lieu du travail qui importe mais plutôt la personne. Nous avons besoin de ce travail. Notre situation devient plus en plus difficile ici. Et là-bas on me propose un bon salaire....
_ Combien demanda sa mère Amy les yeux tout ronds ?
_ 20.000 Francs
_ 20.000 répéta mère Amy. Aladji laisse la y aller elle ne nous a jamais montré un manque de responsabilité de sa part en plus nous avons besoin de cet argent cela nous aidera beaucoup.
_ Papa je peux t'assurer que je ne ferai rien que mon travail là-bas.
Ainsi elle eut la bénédiction de ses parents. Pour ne pas éveiller les soupçons, son blanc et elle se voyaient à l'abri des regards ou à la montagne de peur d'être juger.
Pourtant au début de leur relation, Arnauld son blanc n'eut jamais l'intention de cacher leur relation jusqu'à qu'il dise à ses compagnons être tomber amoureux d'une noire. Et là le choc!
Lui qui pensait que, les relations entre personnes de couleurs différentes étant ce qu'elles étaient en ces temps, ces commentaires désobligeants ne seraient adressés qu'à des personnes plus âgées, mais il découvrit que les jeunes couples aussi n'étaient pas épargnés.
<< Pourquoi cherches tu les problèmes ? Une nègre n'est bon qu'au lit pas au coeur. Pourquoi est-ce que tu sors pas avec cette belle rousse du camp? Tu ne devrais pas plutôt sortir avec quelqu'un de la même origine que toi ? Si elle ne peut pas utiliser ton peigne, ne la ramène pas chez toi! Je doute que ton père soit vraiment très fier de toi. Qu'est-ce qui ne va pas avec les blanches? Tu n'aimes pas les blanches? Elle ne sera jamais en mesure de te donner ce qu'une femme blanche pourrait. Pourquoi tu es avec elle ? Tout ce qu'elle veut de toi, c'est de l'argent.>>
Voilà les commentaires que reçu en retour Arnauld. Alors secrètement vivaient-ils leur idylle jusqu'au jour où Soda perdit connaissance.
Depuis des jours, elle se sentait affaiblie. Jamais au plus grand jamais cette idée ne lui avait traversé l'esprit ! La voilà perdue, la tête entre ses mains, elle venait de recevoir la plus grande surprise de sa vie. Depuis qu'elle fut transportée à l'infirmerie du camp, sa vie bascula !
Comment avait-elle pu ne pas s'en rendre compte ? Dire qu'elle a dû s'évanouir en faisant le ménage pour enfin savoir. Le choc passé, elle n'eut autre choix que de faire face à la réalité.
Sa patronne Colette, depuis qu'elle apprit la nouvelle ne cessait de la dévisager. Elle se sentit idiote de n'avoir pas cru à ses compatriotes lors des leurs séances de cartes qu'elles organisaient au sein du camp.
_ Cette nègre qui te sert de femme de ménage, tu devrais l'avoir à l'œil Colette. Ce genre de femme avec leur airs de sainte ni touche s'amourache vite de ton mari et se retrouve enceinte de lui du jour au lendemain pour l'avoir à sa merci.
En repensant à ce commentaire, Colette vu rouge. Ayant peur que son mari ne soit l'auteur de cette grossesse, elle préféra licencier Soda le même jour.
Anéantie, était Soda au plus haut point. Elle qui était l'ainée de sa famille, elle qui était l'unique soutien de ses parents, elle qui était une référence pour ses sœurs, la fierté de ses parents : était enceinte de 2 mois. Se retrouver enceinte hors mariage était déjà très mal perçu alors être enceinte d'un blanc serait tout simplement une calamité.
Ramassant son sac, elle resta longuement assise devant le camp à attendre l'auteur de sa grossesse qui ne venait toujours pas. N'ayant pas le courage de rentrer à la médina, elle prit la direction de chez sa meilleure amie qui habitait aussi Ouakam.
C'est en plein repas qu'elle arriva chez sa copine. A voir son mine défait, cette dernière su que quelque chose n'allait pas. Sans mot, Soda trouva refuge dans la chambre pour éclater en sanglot.
_ Soda que se passe-t-il ? Tu me fais peur est-il arrivé malheur ? Demanda son amie troublée
_ Aita, je suis foutue. Ma vie est gâchée..........
_ Quoi ? Ne me dis pas que ton père t'a donné en mariage à ce vieux
_ Non .... Mais je suis enceinte.......
_ Quoi ? Comment est-ce qu'une telle chose peut t'arriver ?
_ Je sais que je mérite tous les blâmes mais pas toi Aita. Il n'y a que toi qui puisses me comprendre. Et tu me connais mieux que personne donc je ne suis pas mauvaise
_ Soda je ne vais pas te juger. C'est juste que ça me surprenne. Et qui est l'auteur de ta grossesse ?
_ C'est un blanc qui est au camp.......
_ Un blanc ? Hum Soda tu n'as jamais eu la vie facile et avec ta nouvelle situation je n'ai peur que ça s'empire surtout avec ta famille.
_ Je sais qu'ils me haïront.............
_ Et que comptes tu faire maintenant ?
_ Je ne sais pas. Ma patronne m'a licencié et personne ne voudra d'une femme enceinte comme travailleuse. Tout le monde m'abandonnera ........
_ Soda, tu sais qu'entre nous c'est plus de l'amitié. On est sœur de cœur. Tu as toujours été présente pour mes enfants et moi. Sache que je serai à tes cotés dans ces moments durs et que tu auras tout mon soutien. Jamais je ne tournerai le dos.
Aita sa meilleure amie passa la nuit à la rassurer en lui réaffirmant son amitié.
Ayant de l'argent de côté, Soda rentra chez ses parents. Prétextant un congé, elle put y rester trois mois. Nauséeuse à chaque fois, pour ne pas éveiller les soupçons, elle disait avoir la malaria. Soda avait la chance de ne pas avoir un gros ventre. Jusqu'à ces 4 mois de grossesse, elle réussit bien à camoufler la petite bosse que formait son ventre dans des habits amples.
Un beau jour, ils furent tous réveiller par les chants d'une griotte avec une grande bassine au-dessus de la tête qu'elle déposa au beau milieu de la cour.
Dans cette bassine : du riz, du sucre, du lait, de l'huile, de la tomate : des denrées de première nécessité dont ils avaient besoin en ces temps durs.
_ Veuillez bien prendre ceci mère Amy, tendit la griotte une enveloppe de billets de banque à la mère de Soda. Cet argent est à vous ainsi que tout ce que contient cette bassine. Un cadeau du noble du quartier Habib qui souhaite faire de Soda sa troisième épouse.
_ Vous direz à votre expéditeur que nous n'avons rien besoin venant de lui. Alors rendez lui ses présents et dite lui de chercher une troisième femme ailleurs. Répondit Soda
Habitant dans une grande maison familiale, tous étaient présents de la scène. Tous s'étonnèrent de sa décision ses parents les premiers qui l'entrainèrent presque de force dans leur chambre.
_ As-tu perdu la tête Soda ? Pourquoi lui avoir rendu tout ceci ?
_ Mère je ne vais pas rien accepter venant d'Habib car jamais je ne deviendrai sa femme.
_ Et pourquoi ? Il est bon musulman, il pourra subvenir à tes besoins et les nôtres aussi. Epouse Habib et tu ne seras plus obliger de travailler pour nous aider.
_ Père, j'aurais aimé faire tout ce que tu me demandes mais épouser Habib est au-delà de mes forces. Il a ton âge, il pourrait être mon père. ...........
_ Ay Soda ne veux-tu pas mettre fin à notre misère et améliorer notre condition de vie ?
_ Si maman mais pas en épousant ce vieux Habib
Pour tenter de détendre l'atmosphère et apaiser la colère de ses parents, Soda leur remit tout le restant de ces épargnes.
A cinq mois de grossesse, son ventre commençait à bien s'arrondir à travers ses habits. Habits qui ne parvenaient plus à cacher sa grossesse, Soda repartit chez son amie prétextant la fin de son congé pour ne pas éveiller les soupçons.
Soda était vraiment malheureuse : de devoir vivre tout cela, de devoir mentir à sa famille. Le seul point positif dans tout ça était uniquement le soutien de son amie. Son amie Aita, elle qui était veuve !
Son mari ancien chauffeur de bus mourut dans un terrible accident. Avec l'argent que sa famille reçu comme indemnisation, Aita bâti sa maison en y tenant une gargote. Elle fut la seule à aider Soda. L'achat des médicaments prescrits à chacune de ses visites prénatales était à ses frais bien qu'elle avait en charge ses trois enfants sans aucune aide de sa famille ou de sa belle-famille.
A son huitième mois de grossesse, le médecin conseilla à Soda de faire des exercices et de se détendre afin de préparer l'accouchement. Ainsi elle débuta ses promenades nocturnes, chaque soir en allant se promener au bord de la montagne. Il lui arrivait d'y rester un long moment, ressasser sa vie, ses peines et surtout le peur de l'inconnu.
Un jour sur le chemin de retour, elle eut un terrible choc en faisant face à son blanc. Ce blanc qu'elle avait perdu de vu depuis ce jour où elle apprit porter son enfant. Elle avait beau vouloir le détester comme elle se l'était promise mais n'y arrivait pas.
Aucun d'eux n'en croyait leurs yeux. Arnauld fut le plus surpris de la voir dans cet état. Il n'était pas au courant de sa grossesse.
_ Soda.... Qu'est-ce que c'est ? Dit-il en indexant son ventre. Je t'ai cherché partout. Je venais chaque jour ici dans l'espoir de te revoir.
_ Comme tu le vois je suis enceinte Arnauld. J'ai été licencié à cause de ma grossesse. Je porte ton enfant je suis à huit mois ....
_ Je n'en doute pas une seule seconde, j'ai été le premier homme dans ta vie.........
_ Je m'en vais Arnauld j'espère que j'aurais l'occasion de te revoir et avoir réponse à mes questions.
Comme il se faisait tard, son blanc se proposa de la ramener chez son amie en lui promettant de revenir le lendemain.
Soda fut vraiment soulagée de savoir qu'il la recherchait et qu'il l'aimait toujours autant.
Sourire était chose qu'elle n'avait pas faite depuis longtemps. Mais cette nuit-là, elle s'endormit toute souriante.
Le lendemain, c'est aux environs de 10h du matin qu'elle vu Arnauld franchir le seuil de la maison. Depuis son réveil, elle n'avait cessé de poiroter, le guettant tout le temps. Après les présentations faites avec Aita, ils prirent place à une table libre de la gargote pour discuter.
_ Arnauld va tu me dire ou tu étais ?
_ Soda j'étais en mission et à mon retour je ne t'ai plus trouvé au camp. Et je n'avais nul autre lieu ou je chercher que la montagne.....
Savoir que tu attends un enfant de moi est la plus merveilleuse des nouvelles. Comment se passe ta grossesse ?
_ Physiquement je vais bien mais psychiquement je suis anéantie. Ma famille n'est pas au courant de mon état. Ils croient toujours que je travaille au camp. Le jour où ils sauront, mes parents me renieront.....
_ Soda je t'aime, je serais toujours là pour toi. Tout finira par s'arranger crois-moi ...........
En partant il remit une enveloppe remplie d'argent à Soda pour ses consultations et autres frais. Et en fit de même, les jours suivants à chacune de ses visites jusqu'au jour ou Soda n'eut plus jamais de ses nouvelles.
L
a souffrance de Soda augmenta ! Souffrance qui commençait à se répercuter à travers des douleurs sur sa grossesse dès le début de son neuvième mois.
Une semaine plus tard, tard dans la nuit Soda fut réveillée par de douloureuses contractions qui s'enchainaient de plus bel. Ses cris furent sursauter Aita avec qui elle partageait le même lit.
Eveillée, cette dernière partie appelé un de ses voisins véhiculé à défaut de trouver un taxi à ces heures de crimes. Le voisin aidé par Aita, portèrent Soda qui se tordait de douleur à l'arrière de la voiture.
Durant tout le trajet, Aita ne cessait de formuler des prières pour son amie. Ils arrivèrent à temps à l'hôpital bien que le travail eut déjà commencé en route. L'accouchement se passa très vite quand soudain une sage-femme sortit demander l'accompagnante de la patiente Soda Gueye.
_ C'est moi se présenta Aita ! Comment va-t-elle ?
_ Elles vont bien toutes les deux
_ Elles ?
_ Oui elle a eu une magnifique petite fille en bonne santé félicitation.
Soda ne passa que deux jours à l'hôpital principal qu'elle avait pu payer grâce à l'argent restant que lui avait offert Arnauld. Elle était aux anges d'avoir sa fille malgré toutes ses peines et souffrances. Quant à son amie qui n'eut jamais de fille, gardait tout le temps le bébé dans ses bras.
Comme Soda n'avait pas assez d'argent pour faire un baptême, le septième jour après la naissance de sa fille, elle l'a baptisa simplement en allant voir l'imam du quartier qui prononça un appel à la prière à l'oreille du bébé et lui donna le nom de sa meilleure amie Aita pour lui rendre hommage en guise de tout ce avait fait pour elle. Elle, la seule qui l'avait tant soutenu durant toute cette épreuve.....
Soda ne passa que deux jours à l'hôpital principal qu'elle parvenu à payer grâce à l'argent que lui avait offert Arnauld. Elle était aux anges d'avoir sa fille malgré toutes ses peines. Quant à son amie qui n'eut jamais de fille, gardait tout le temps le bébé dans ses bras.
N'ayant plus assez d'argent pour faire un baptême, le septième jour après la naissance de sa fille, elle alla la baptiser simplement chez l'imam du quartier qui prononça un appel à la prière à l'oreille du bébé. Elle lui donna le nom de sa meilleure amie Aita pour lui rendre hommage en guise de tout ce qu'elle fit pour elle : celle qui l'avait tant soutenu durant toute cette épreuve.
A l'état civil, Soda déclara difficilement son enfant. Arrivée sur les lieux, l'agent lui avait demandé la pièce d'identité du père qu'elle n'avait pas. Elle faillit rebrousser chemin pour condamner sa fille à l'apatridie comme ses millions d'enfants qui peine à aller à l'école à cause de cela. Si ce n'était pas Aita qui expliqua la situation à l'agent alors sa fille ne serait jamais déclarée. Ainsi des documents nécessaires lui furent demandés comme : le certificat d'accouchement, les références de témoins. Il fallait deux témoins mais Soda n'en avait qu'un : Aita. Compatissant, l'agent s'octroya le statut de second témoin en lui demandant le prénom et nom de l'enfant.
_ Aita Gueye répondit fièrement Soda de donner son nom à sa fille.
Quinze jours après avoir déclaré sa fille, Soda partit rendre visite à ses parents. Cela faisait 4 mois qu'elle ne les avait pas vu. Seule Aita allait les voir en les remettants un peu d'argent qu'elle disait de la part de leur fille. Comme leurs avait dit Aita, les parents de Soda crurent leur enfant en voyage dans la sous-région avec ses patrons.
Elle arriva chez eux un soir aux environs de 17h, toute sa famille accourut la voir pour discuter avec qu'elle mais elle n'y resta pas très longtemps. Comment pouvait-elle rester longtemps ayant laissé un nourrisson à sa meilleure amie. On dit qu'une mère est capable de s'apercevoir de n'importe quel changement chez sa fille mais ce n'était point le cas de mère Amy la mère de Soda. Cette vielle à vrai dire n'avait que faire de Soda. Celles qu'elle sur couvrait d'amour était Maty et Oulèye ses deux autres filles. Soda n'était bon qu'à travailler et les nourrir.
A Ouakam, Soda ne voulut plus devenir une charge supplémentaire pour son amie alors elle se mit à chercher un emploi en vain. C'est ainsi qu'elle se décida d'aller de nouveau au camp français tenter sa chance. Comme si son destin s'y trouvait, elle fut prise par une nouvelle famille installée depuis peu qui cherchait une nounou pour leur fils de 3ans. C'était difficile pour elle de s'occuper d'un autre enfant alors que son esprit se préoccupait tout le temps pour le sien. Elle eut la chance que George le fils des patrons soit un enfant calme qui adorait les promenades. Souvent elle l'amenait au bord de la montagne ou à l'aire de jeu à l'intérieur du camp. C'est à ce parc de jeu qu'elle son revu le père de sa fille. Pour ne pas que son blanc ne la voie elle s'enfouit. Mais c'était trop tard, depuis qu'elle était arrivée Arnauld ne cessait de la garder se demandant s'il ne rêvait pas. Discrètement, il l'a suivi pour la voir rentrer chez Jeanne.
Leur rencontre inévitable eut lieu au sein du camp. Arnauld faisait son footing et Soda venait juste d'arriver.
_ Soda l'appela-t-il avant que cette dernière ne presse le pas ne voulant carrément pas lui parler. Par maintes ruses, il essaya d'entrer en contact avec elle. Fatigué de jouer au chat et à la souris, il se rendit chez Jeanne. Ce fut Soda en personne qui lui ouvrit la porte.
_ Toi fut la seule chose capable de sortir de sa bouche prise de panique
_ Qu'importe ce que ça te couteras aujourd'hui tu vas me parler
_ Arnauld c'est mon lieu de travail je t'en prie
_ Non Soda j'ai assez attendu. Tu me fais entrer ou je le fais sans invitation ?
_ Va m'attendre à la montagne et je te dirai tout ce que tu veux savoir
_ Si tu me poses un lapin je reviendrai te voir ici
Elle ne s'y rendu au rendez-vous qu'une heure après sa descente en y trouvant Arnauld qui y était déjà. Dès qu'il la vue, il lui posa cette question qui lui brulait tant les lèvres:
_ Ou est notre enfant ? Les yeux pleins d'espoir.
Soda ne descellant point ses lèvres alors il enchaina :
_ J'ai tant de projets pour notre enfant avant tout je voudrais lui donner mon nom, le reconnaitre ainsi je pourrais lui avoir un extrait français en conséquence l'amener en France pour lui donner un avenir radieux, dis-moi s'il te plait est-ce un garçon ou une fille Soda ?
_ Comment as-tu pus ? Ou étais-tu durant tout ce temps ? Je n'aurais jamais cru cela venant de toi, m'abandonner ainsi presqu'à terme sans nouvelle et tu oses revenir revendiquer des droits !
Non elle ne pouvait plus regarder cet homme qui l'avait abandonné misérablement sur le point d'accoucher. Elle partit les larmes aux yeux laissant Arnauld sans réponse. La nuit tombante elle relata sa mésaventure à sa meilleure amie. C'était une sorte de rituel pour elles, chaque soir quand les enfants s'endormaient, elles se racontaient mutuellement leur journée.
_ Que dois-je faire Aita ? Demanda-t-elle conseille à son amie
_ C'est à toi seule de décider même après tout ce qu'il t'a fait il mérite de savoir la vérité, de connaitre sa fille. En plus il veut offrir un meilleur avenir à son enfant. Alors réfléchit bien à ce que tu vas faire, toi seule peut décider de ce qui est bien ou mal pour ton enfant.
Soda ne pipa mot pour se coucher auprès de sa fille pensive. Dans sa tête, plusieurs questions lui torturaient l'esprit :
« Pourquoi lui parlerais-je de ma fille ? Qu'est ce qui me garantit qu'il ne me l'enlèvera pas ou que je la reverrais un jour ? S'il a pu m'abandonner de la sorte que l'empêchera-t-il de le faire à nouveau ? S'il l'amène lui parlera-t-il de moi ? »..........
Le lendemain terminant son travail, sortant pour rentrer, Arnauld qui la guettait, accouru la voir les yeux pleins d'espoir. Avec une voix pleine d'émotion il la supplia :
_ Soda amène moi voir mon enfant je t'en prie.........
_ Ton enfant ?
_ Notre enfant Soda s'il te plait je ne peux plus attendre. Je ne rêve d'une chose tenir mon enfant dans mes bras alors amène-moi je t'en supplie
_ Non je ne peux pas même si je voulais.
_ Soda laisse-moi t'expliquer au moins je sais que tu m'en veux mais tu me comprendras ..........
_ Ce n'est plus la peine Arnauld, notre enfant est mort.....
_ Mort ? Quoi ? Comment ça mort Soda ? Mon enfant ne peut pas mourir Soda........
_ Malheureusement si. A vrai dire notre enfant n'a jamais vu le jour
_ Mais tu étais presqu'à terme la dernière fois que je t'ai vu
_ Oui mais j'ai eu des complications ce qui a fait que j'ai accouché d'un bébé mort-né.
A ces mots, on aurait dit que la terre venait de se dérober sous les pieds d'Arnauld. Brisé, sur le coup ses larmes jaillirent puis il partit. Depuis ce jour Soda n'eut plus jamais de ses nouvelles ni ne le revu.
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La vie reprit son cours. Bien que difficile lentement Soda parvenait à trouver l'équilibre. En allant travaillée, elle laissait sa fille à Aita et mettait son lait dans un biberon qu'elle avait pu prendre des affaires que sa patronne voulait mettre à la poubelle. Chaque matin elle quittait sa fille pour ne la revoir que le soir.
Quand sa fille eut deux mois, elle se décida de l'amener un dimanche soir chez ses parents. Angoissée, dès qu'elle franchit le portail, les membres de sa famille accoururent voir le bébé « toubab ».
_ Wa Soda tes patrons te laissent amener leur enfant ici s'enquit l'un d'entre eux.
Alors elle ne dit rien pour démentir et en fut au contraire soulagée. C'était une porte qui venait de souffrir à elle alors ce fut de même pour tous les dimanches qui suivirent.
En rentrant un jour, ces parents lui firent part du baptême d'une de ses cousines qui allait se faire le mardi.
_ Mardi je ne pourrai venir je travaille se justifia-t-elle devant une mère insensible.
_ Ay Soda repose toi un peu. Regarde comment tu es ? Tu n'as plus de temps pour tes parents ni même pour ta famille. Mardi ta présence sera obligatoire alors fais tout pour venir....
Devant une telle mère qui ne lui laissait jamais le choix elle ne pouvait faire que ce qu'elle faisait toujours se plier à ses exigences. Dès qu'elle reprit le boulot, elle en fit part à sa patronne Jeanne qui lui donna la permission à condition de l'accompagner n'ayant jamais assisté à une cérémonie sénégalaise. Comme jeanne ignorait qu'elle était mère, le jour du baptême Aita du partir avec son homonyme la première à la médina avant que Soda n'aille récupérer Jeanne et son fils pour les rejoindre. Dès leur arrivée, elles furent accueillies par les battements de tam-tam, le chant des griottes. Le petit George essayant de suivre le rythme péniblement faisait rire sa mère qui ne perdait rien de l'ambiance en filmant avec la caméra qu'elle apporta.
Attirée par la mignonne petite fille en face d'elle, elle partit vers elle :
_ Puis-je prendre votre fille, elle est si jolie ? Demanda-t-elle à Aita qui joua le jeu.
Comme il se faisait tard Jeanne prit congé sous l'escorte de Soda pour lui trouver un taxi. Entre temps Aita aussi rentra chez elle faisant coucher sa filleule dans la chambre de ses grands-parents à l'insu de sa mère.
Comme il se faisait tard Jeanne prit congé sous l'escorte de Soda pour lui trouver un taxi. Entre temps Aita aussi rentra chez elle faisant coucher sa filleule dans la chambre de ses grands-parents à l'insu de sa mère.....
Vers minuit la cour fut totalement déserte. Fatiguée, Soda alla prendre une douche pour ensuite se coucher étant donné que Jeanne lui avait donnée comme jour de repos le lendemain. Soudain elle entendit des cris, apeurée elle écourta sa douche. Les cris provenaient de la chambre de ses parents, tous y accoururent : c'était mère Amy qui criait en voyant sa petite fille couchée sur son lit. Elle hurlait à gorge déployé :
_ La blanche a oublié sa fille c'est du jamais vu.
Tous furent ébahis par cette nouvelle et les commentaires fusèrent :
_ Comment est-ce qu'une mère peut oublier son enfant ?
_ Quel genre de mère est-ce?
_ Ceci n'existe que chez les blancs....
A ces mots Soda tomba à terre et se mit à pleurer. L'assistance lui disait de se calmer mais rien ne pouvait la calmer. Alors son cousin Baye un chauffeur de clando se proposa de l'amener rendre l'enfant à sa mère avant de sortir prendre ses clés. A son retour il demandait à sa cousine de se lever pour partir et d'arrêter ses pleurs. C'est à ce moment-là que la petite se réveilla et commençai à pleurer de faim sans doute. Le plus naturellement sa mère la berça dans ses bras avant de lui donner le sein pour la calmer.
_ Es-tu devenue folle d'allaiter un enfant d'autrui. Toi qui n'as pas eu encore d'enfant. Et surtout tu donnes ton sein à un enfant de blanc as-tu perdu la tête Soda. La réprima sa mère
_ Elle essaye de la calmer n'entends-tu pas comment hurle cette petite. Dépêche-toi Soda nous allons la rendre à ses parents avant qu'il ne soit plus tard. Intervenu Baye
_ Non elle ne partira nulle part c'est ma fille. Dit Soda avant d'éclater en sanglot étonnant tout le monde.
Sur le coup, un terrible silence envahit la pièce que l'on aurait pu entendre une mouche volée. Cette quiétude fut brutalement rompue par le père de Soda qui se mit à gueuler:
_ Maudite, maudite sois tu, sois maudite Soda que la malédiction s'abat sur toi. Je n'aurais jamais cru cela de toi. Pendant que tu prétendais travailler en vérité tu te prostituais chez les blancs. On aurait préféré mourir de faim que de vivre de ce sale argent que tu nous apportais. Sort immédiatement de ma maison. Ici est un endroit respectable. Sache qu'ici n'est plus ta maison. Tu n'es plus ma fille, tu n'as plus de famille ici. Sort, dehors avant que je ne te tue de mes propres mains.
Il ajouta des actions à ces menaces en lançant le sac de sa fille dans la rue avant de lui tirer le bras pour le jeter dehors à son tour. Pour éviter qu'il ne blesse sa fille, Soda se leva sans un mot et sortit de la chambre pour se rhabiller dehors et mettre sur son dos son enfant avec un pagne. En quittant sa maison, personne n'intervenu, pas sa mère ni même son cousin chauffeur qui se proposait auparavant de l'aider. Elle longea la route avant de prendre un taxi avec l'argent qui lui restait étant donné qu'à cette heure il n'y avait plus de transport en commun. Elle n'arriva à Ouakam qu'aux environs de deux heures du matin. Toquant longuement à la porte, Aita l'ouvrit par méfiance croyant qu'il s'agissait d'un voleur ou d'un mal intentionné. Au vue de sa meilleure amie, elle prit dans ses bras son homonyme et referma la porte. Après lui avoir narré ce qui c'était passé, cette dernière la réconforta comme à son habitude avant qu'elles ne s'endorment....................................
Les jours passèrent............
Soda travaillait toujours le cœur vide. Depuis son père l'avait chassé, elle passait ses nuits à pleurer. Cette famille malgré tous les sacrifices qu'elle eut à faire pour eux lui manquait terriblement. Elle regrettait d'avoir rencontré Arnauld dans sa vie. Cette relation maudite ne lui avait apporté que de bon sa fille. Dorénavant c'était pour elle seule qu'elle se tuait à la tâche. C'était pour sa fille qu'elle refusait de baisser les bras.
Aita voyant l'état de son amie fit tout son possible pour qu'elle renoue avec ses parents. Ces derniers campèrent toujours sur leur décision refusant tout dialogue. Il a fallu qu'Aita décide d'aller voir l'imam et les notables de leur quartier pour une intervention.
Deux mois plus tard..............
Ils furent tous convoqués à la grande maison familiale aux environs de 17h. Depuis qu'elle était là, les autres ne cessaient de la dévisager elle et sa fille. Aita qui emmena du cola en signe de rédemption le remit à l'imam qui prit parole le premier pour tenter d'apaiser la tension.
_ La vache peut donner un coup de pied à son vau mais ne le hait pas. Nous sommes des êtres humains et surtout des musulmans. Nul n'est parfait donc l'erreur est humaine. Soda est votre fille, une fille brave qui vous a toujours soutenu. C'est vrai ce qu'elle a fait est très mal et je le condamne fermement. Cependant ça ne signifie pas qu'elle puisse être mauvaise ou qu'elle soit ainsi répudier. Vous ses parents si vous la répudiez il peut lui arriver pire dans la rue. En tant que parents vous avez des droits et devoirs envers votre enfant et le jour du jugement dernier vous devrez rendre des comptes sur l'éducation que vous avez octroyez à vos enfants. Encore une fois votre acte est compréhensif, votre fille vous a déçu, elle vous a blessé. Mais chaque jour que Dieu fasse nous faisons quelque chose qui lui déplait et à chaque qu'on lui demande pardon nous obtenons grâce car il est miséricordieux. Alors qui sommes-nous pour ne pas pardonner ?
_ L'Imam a dit tout dit, tout le monde mérite une seconde chance. Elle est de votre chaire et de votre sang alors vous ne pouvez la laisser ainsi à sort renchérirent les autres notables
_ Soda renchérit l'Imam prend ce cola et va quémander le pardon de tes parents. Le paradis d'un enfant se trouve aux pieds de ses parents.
_ Père, mère débuta-t-elle dans un sanglot qu'elle essaya d'étouffer. Je vous supplie de me pardonner. J'ai péché et je ne demande que l'absolution. Je sais que je mérite toute votre colère mais sachez que je regrette amèrement. Pardonnez-moi, je sais aussi que plus rien ne sera comme avant mais je suis prête à faire tout ce qu'il faudra pour obtenir votre pardon.
_ Nous vous remercions tous de vous être déplacer pour ça exprima le père de Soda. Comme vous l'avez dit Imam la vache peut donner à son petit un coup de pied mais ne le déteste pas pour autant. Alors je ne déteste pas Soda. Elle est ma fille. Par contre je ne tolère pas ce qu'elle a fait, du tout. Nous avons notre religion, nos coutumes et traditions et Soda a dérogé à toutes leurs règles. Plusieurs personnes sont venues ici me demander sa main et je lui ai toujours demandé son avis mais voilà le résultat. Refusant de se marier, elle fornique avec des blancs et nous ramène un enfant illégitime. Connait-elle le père de son enfant ? Reconnait-il son enfant ? Que des questionnements ......... Si au moins elle avait eut un enfant avec un musulman, alors nous pourrions peut être parlé mariage. Devant toute cette assemblée je vais accepter de pardonner à Soda à condition qu'elle arrête de travailler et se marie à toute personne musulmane qui voudra d'elle et de sa fille.
Sans aucune issue, ni choix Soda accepta sans gaieté de cœur. Ce même jour, elle partit chercher ses affaires chez sa meilleure amie qu'elle remercia longuement.
Le lendemain, elle alla trouver Jeanne pour lui présenter sa démission. Comme motif, elle lui expliqua qu'elle devait aider ses parents à la maison. Comme rémunération, sa patronne lui remit plus qu'elle ne lui devait. Elle parut triste de ne plus avoir cette fille sympathique qui contribuait à égailler ses journées dans ce cas remplie d'hypocrites et leurs séances de cartes qui se transformaient plutôt en séance de commérage.
A la médina, la nouvelle se répandu comme une trainée de poussière.
« Quoi Soda a eu un enfant blanc ? Elle est revenue vivre chez ses parents ? Non ça ne doit pas être la même Soda que je connaisse » Tel était devenu le sujet de discussion sur toutes les lèvres.
Soda reçut maintes visites soit disant amicaux. En réalité, le motif de ces visites était de s'assurer qu'elle avait bien un bébé illégitime et de surcroit « Toubab » (blanc) : elle le savait....
De toutes ces visites, ce fut celle du vieux Habib qui la surprit au plus haut point. Ce dernier voulait encore l'épouser malgré son refus du passé et sa nouvelle situation. Ce vieux qui avait l'âge de son père voir plus le dégouter rien qu'aux regards. Face aux menaces de ses parents, Soda accepta sa proposition. Comme pour se débarrasser de leur fille et petite-fille, ses parents célébrèrent le mariage deux jours plus tard. Ainsi Soda devenu la quatrième épouse d'Habib Diop............
C'est à mes 5 ans que je commençai à comprendre les choses tout autour de moi : mon environnement. Certains enfants du vieux Habib étaient plus âgés que ma mère..........
Je me rappelle qu'étant petite, ces trois autres femmes me frappaient souvent à l'insu de ma mère. Elle s'en apercevait au vue des traces que les coups laissaient sur ma peau...............
Eh oui Je suis tellement blanche qu'on ne me croirait pas métisse ! Ma mère m'amenait très souvent chez tante Aita étant donné que son mari n'aimait pas beaucoup. Il ne pouvait pas même pas me voir en peinture. A vrai dire, il a été forcé de me recueillir pour faire plaisir à sa plus jeune épouse mais surtout sans avoir le choix. C'était la seule condition que ses beaux-parents dont ils partagent la même génération d'accepter cet union.
Personne ne voulait avoir à ces cotés cette enfant illégitime, la Toubab qu'on prétendait un peu sorcière avec ses yeux de démon.
Si j'ai pu aller à l'école, c'est un peu grâce à ma tante. Un jour, chez elle après une longue discussion avec ma mère, le lendemain je fus inscrite dans une école privée.
Etant trop âgée pour la maternelle, je commençai directement mon cursus scolaire par la classe de C.I. A cet âge, je ne comprenais pas trop les regards qu'on me regardait à la récréation.
Des camarades de classe avaient pour habitude de me détacher, les couettes que me faisait ma mère pour laisser ainsi pendre mes cheveux. Ils les touchaient émerveillés pour lâcher à chaque fois ce discours :
« Waouh holal karawam bi holko, holal beutam yi (waouh regarde ses cheveux regarde la, regarde ses yeux) »
Et c'était de même à la descente de l'école lorsque ma mère venait me chercher. Là ce n'étaient plus les camarades de classes mais les institutrices qui nous regardaient pour parlaient entre elles. A par cela, mon cursus se passa bien dans l'ensemble.
Quant à moi je changeais ! De jour en jour, je ressemblais plus à la Toubab qu'on me tarifait. J'avais hérité de ma mère de ses formes généreuses, son visage tout en gardant des traits fins comme mon nez. Par contre ma peau très claire, mes yeux verts clairs, mes longueurs capillaires, mes traits fins je les tenais sans nul doute de mon paternel. Aussi élancée que maman, sans me vanter j'ai vraiment été gâtée par la nature. Le métissage a ses avantages !
J'eus l'obtention de mon certificat de fins d'études élémentaires et d'entrée en sixième à mes dix ans. A ma onzième année, j'entrais au collège public. Public parce que ma mère n'avait plus les moyens de continuer à me scolariser dans le privée.
Maman pour subvenir aux achats de mes fournitures scolaires et nos besoins quotidiens, dut commencer un commerce de poisson. Ces poissons lui étaient offerts par son pécheur de mari. Commerce qui ne dura que le temps d'une rose. Les coépouses de ma mère se plaignaient d'inégalité de la part de leur mari. Je les entendais tout le temps insulter ma mère la traitant de garce et moi d'enfant illégitime, maudit la plupart du temps. Jamais maman ne répliquait pour nous défendre préférant garder le silence. Il arrivait que le vieux Habib prenne partie pour elle lorsque je n'étais pas mise en cause bien évidemment. Il ne me portait pas dans son cœur.
Comme j'habitais à la médina, je me rendais à mon collège à pied. Heureusement que l'école n'était qu'à quelques mètres. A mes 14ans devant passer en lycée après l'obtention de mon Brevet de fin d'études moyennes au premier tour avec mention, j'obtenu une bourse. C'est ainsi que je pu intégrer cette école privée très réputée à l'époque qui se trouvait à la point E. Mes bonnes notes au collège avaient joué.
Quand la plupart des récipiendaires célébrer leur réussite par une fête d'arrosage pour moi rien ne changea. Comme à d'habitude, je partis voir ma marraine à Ouakam. Là-bas une surprise m'attendait : elle m'offrit trois nouveaux pantalons, une paire de belle ballerine noire, une robe et une dizaine de cahiers comme cadeau. A chaque rentrée, mes cahiers me venaient d'elle.
C'était première fois qu'elle m'offrait des habits occidentaux. A vrai dire des habits, elle ne m'en donnait que lors des fêtes de Tabaski, de Korité et encore c'étaient des habits traditionnels que je n'aimais pas tant. Ce qui me valait des insultes du vieux Habib en me voyant habillée d'une jupe lors de ces fêtes.
Je ne saurais dire s'il est la cause de mon manque de spiritualité. Maman m'avait inscrite très jeune chez un Oustaz du quartier pour apprendre l'arabe et le Coran. Je n'y passais que le temps d'une rose : ce maitre coranique ne m'apprenait rien. Il passait tout son temps à me regarder tout comme les autres enfants d'ailleurs.
A chaque fois que je sautillais ou pleurnichais à cause des piqûres de fournis qui circulaient sur les nattes, je recevais des coups de son chapelet sur les jambes. A force je ne voulais plus y aller.
Chez vieux Habib c'était différent ils ne me frappaient pas mais cependant faisaient pire. En voulant prier tout comme ses enfants, ses épouses ou lui-même se moquaient en me disant de ne pas souiller leur maison plus que je l'ai fait. N'y trouvant pas ma place alors je renonçai. Je remerciai longuement tante Aita pour son car à ce que je me rappelle ma mère ne m'achetait que de la fripe dans les marchés hebdomadaires............................